The Affair, une série de Sarah Treem et Hagai Levi : Critique de la saison 2

A l’issue de la saison 1, Alison et Noah avaient quitté leurs conjoints respectifs pour s’installer ensemble, laissant Helen et Cole entre incompréhension, rage et désarroi.

Synopsis : Après avoir refait sa vie avec Alison, Noah est auréolé de succès grâce à son dernier roman plébiscité par les lecteurs et la critique. Accaparé par sa renommée soudaine, il délaisse sa nouvelle compagne et les problèmes s’installent, d’autant que son passé resurgit. Rapidement, il est plongé en pleine tourmente judiciaire et se trouve à nouveau confronté à un choix crucial…

Alison était tombée enceinte, et Noah avait écrit un roman inspiré de leur rencontre et de la vie à Montauk, ouvrage qui s’était rapidement imposé comme un best-seller : tout leur souriait. Oui mais voilà, c’était le calme avant la tempête. Les enquêteurs, que l’on voyait déjà mener leur investigation au sujet d’une étrange affaire, sont de retour ; ils sont en passe de résoudre le meurtre de Scotty Lockhart, le frère de Cole, et ont enfin trouvé un suspect en la personne de… Noah ! Plus sombre, plus mystérieuse, cette seconde saison, qui lorgne du côté du thriller, reprend ses thèmes fétiches pour les revisiter sous un angle nouveau, faisant passer l’intrigue de la sphère privée à la sphère publique. 

Chacun sa route, chacun son chemin

Alors que l’on s’était habitués à une narration à deux voies menée par Alison et Noah, ici, les conjoints évincés prennent leur revanche et gagnent eux-aussi le droit de s’exprimer, éclatant le récit en quatre parties bien distinctes et rompant par la même occasion cet effet de vase clos propre à la première saison. Alison s’ennuie chez elle et délaisse ses études, pendant que Noah parcourt les quatre coins du pays afin de promouvoir son livre, tout en succombant au charme de quelques admiratrices. De leur côté, tandis qu’Helen se reconstruit auprès d’un nouvel amant qui semble la rendre heureuse, Cole sombre dans la déprime et peine à surmonter l’épreuve. Cette nouveauté offre la possibilité aux spectateurs d’en découvrir davantage sur les grands perdants de l’histoire, et le procédé s’avère efficace car générateur d’empathie. On retient surtout le personnage de Cole, interprété par Joshua Jackson, qui prend de plus en plus d’importance au fil des épisodes. Touchant, cet homme au destin brisé nous émeut par sa détresse et l’amour qu’il porte encore à Alison, au point qu’un basculement s’opère : l’ancienne serveuse devenue femme au foyer, qui n’aspirait qu’à quitter son mari dans la saison précédente, se trouve en proie au doute et envisage de remettre le couvert avec son ex, notamment parce qu’elle n’est pas épanouie avec Noah. Là encore, les créateurs de la série parviennent à disséquer les rouages de l’intime en montrant qu’après la passion et la fougue s’installe la routine, ce tue l’amour fatal à bien des relations. Ce revirement est triste mais aussi jubilatoire : le trompeur est trompé à son tour, c’est l’arroseur arrosé, et on comprend par la même occasion que les liens qui unissent Cole à Alison, intenses et profonds, sont peut-être plus complexes que l’on ne croyait. Ce retour de flamme saisissant arrive encore à nous faire ressentir des émotions aussi fortes que pudiques, garantissant à The Affair une assise certaine auprès du public, encore impacté par la dimension psychologique du show, toujours aussi juste. 

Bonjour tristesse

On constate que par bien des aspects, la saison 2 fonctionne comme le miroir de la saison 1, mais à l’envers. Ainsi, Noah et Alison, dont l’histoire était clairement ascensionnelle dans les dix premiers épisodes, connaissent une crise de couple et leur complicité se dégrade progressivement. Cette évolution est motivée par plusieurs thèmes centraux qui réaffirment une fois de plus le statut très réaliste de The Affair, drame psychologique qui calque son intrigue sur la vie, la vraie. Tout n’est pas rose, et les problèmes de chacun affectent l’équilibre de tous. Noah n’a plus les pieds sur terre et son succès le grise ; Alison remet tous ses choix en question ; Cole boit pour oublier le chagrin ; Helen perd brièvement le contrôle de sa vie ; Bruce se rend compte qu’il vit dans le mensonge depuis des années et quitte sa femme ; Scotty déraille et les problèmes financiers de sa famille le poussent à nouer des relations douteuses. Les rivalités entre les clans s’accentuent, le linge sale est lavé en public, le vernis craque : tout vole en éclats. Le programme, qui prend parfois des airs de série chorale, élargit son panel de protagonistes et multiplie les noeuds dramatiques pour varier les registres : plus rien ne va, et Scotty, le mouton noir de la famille, s’enlise dans une spirale infernale qui préfigure la déchéance de plusieurs personnages, Noah en tête. Très grave, l’intrigue délaisse progressivement romance et érotisme sulfureux pour une ambiance plus crue et une tonalité plus abrupte : faillite, addiction à la drogue, conflits d’intérêt familiaux, descente aux enfers des uns, ruine des autres et trahisons à tous les étages sont au rendez-vous de cette seconde saison pour un résultat efficace, mais qui perd de sa magie. 

Whodunnit ? 

On le sait désormais, la mystérieuse enquête amorcée dans la saison précédente portait en fait sur la mort de Scotty, survenue à Montauk le soir du mariage de Cole avec sa nouvelle compagne. A cet événement, tout le monde était convié : Alison, Helen, Noah, mais aussi les ennemis du clan Lockhart. Tant de suspects potentiels dans cette affaire nébuleuse. Retrouvé sans vie au bord d’une route, Scotty, endetté et cocaïnomane, aurait été renversé volontairement par une voiture. Mais qui conduisait ? Rapidement, les soupçons des policiers se portent sur Noah, qui aurait un motif solide : Scotty a flirté avec sa fille aînée Whitney et l’a mise enceinte, affront que l’écrivain n’aurait pas avalé. Les preuves s’accumulent et jouent contre lui, Alison et Helen s’en mêlent et y mettent leur grain de sel, la bataille judiciaire fait rage et leur linge sale est lavé en public. Mais, dans cette série qui se garde bien de tomber dans un quelconque manichéisme, on remarque vite qu’aucun des protagonistes ne paraît irréprochable, ce qui corse l’affaire ! Là encore, comme dans la saison 1, la narration reste éclatée chronologiquement et le récit est morcelé, les révélations nous sont dévoilées petit à petit, ce qui entretient le suspense, d’autant que des flashbacks brumeux viennent titiller notre curiosité et faire planer le doute. Finalement, l’identité du coupable sera révélée, et Noah se retrouvera à nouveau confronté à un choix crucial qui résonne comme un écho à la saison 1 : une fois de plus, il devra choisir entre Alison et Helen, sorte de retour à la case départ qui sonne comme le glas d’une parenthèse enchantée bel et bien terminée. Vers qui ira sa loyauté ? Réponse le 20 novembre !

En résumé, The Affair reste fidèle à son style et conserve son identité propre mais pâtit d’une trop grande disparité de registres qui fait basculer la série dans le thriller, ce qui est dommage. Pourquoi avoir introduit une affaire de meurtre au sein d’un show qui se présentait au départ comme un drame psychologique de l’intime ? Redondante par certains aspects et trop gourmande par d’autres, cette seconde saison se disperse et amorce une direction risquée mais continue cependant de travailler des thèmes universels avec pertinence. 

The Affair Saison 1 Critique

The Affair : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=c_Tl7bWEL7o

The Affair saison 3 : Preview 

Après une saison 2 mouvementée et riche en rebondissements, The Affair revient sur nos écrans le 20 novembre 2016. Cela mettra-t-il fin au suspense ?

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The Affair : Fiche Technique

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisation : Jeffrey Reiner, Ryan Fleck, Anna Boden, John Dahl, Laura Innes, Scott Winant, Michael Slovis
Scénario : Sarah Treem,  Alena Smith, Anya Epstein, Sharr White, David Henry Hwang, Abe Sylvia
Interprétation : Dominic West (Noah Solloway) ; Ruth Wilson (Alison Bailey) ; Maura Tierney (Helen Solloway) ; Joshua Jackson (Cole Lockhart) ; Colin Donnell (Scotty Lockhart) : John Doman (Bruce Butler)
Image : Steven Fierberg, Tod Campbell
Musique : Marcelo Zarvos
Production : Sarah Treem, Andrea P. Stilgenbauer, Abe Sylvia, Sharr White
Genre : Drame
Format : 12 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Showtime
Diffusion aux USA : Depuis le 4 octobre 2015

Etats-Unis – 2015

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Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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