Gaycation, une série de Ellen Page et Ian Daniel : Critique

Présentée sur Viceland, la toute nouvelle chaîne câblée du groupe A&E Networks, elle-même spécialisée dans les biographies, documentaires et séries dramatiques (Bad Ink, Bates Motel, Longmire, Damien), Gaycation marque d’une pierre blanche le retour d’Ellen Page sur le devant de la scène, qui tient, depuis son discours-coming-out émouvant à Las Vegas le 14 février 2014 lors de l’ouverture de la Time To THRIVE Conference (promouvant la sécurité, l’inclusion et le bien-être pour les jeunes LGBT), à lutter contre les discriminations.

Synopsis: Ellen Page et son meilleur ami Ian Daniel parcourent le monde entier à la rencontre de personnes LGBTQ* pour souligner l’homophobie encore latente…

Elle s’est en effet lancée dans un périple international accompagnée de son meilleur ami Ian Daniel pour venir à la rencontre de personnes à la sexualité différente, qu’elle soit lesbienne, gay, bi, trans ou queer. En 4 épisodes, 4 pays, les deux protagonistes découvrent et nous font découvrir les politiques et les enjeux actuels au Japon, au Brésil, en Jamaïque et aux Etats-Unis. Il est frappant d’apprendre qu’un métier existe pour accompagner ceux qui désirent faire leur coming out à leur proche au pays du soleil levant et nous assistons avec Ellen et Ian et toute l’équipe (l’ingé son, le cadreur et la productrice), aux mots difficiles prononcés par un jeune homme à sa mère. Il est bouleversant de voir le Carnaval de Rio de Janeiro comme une fête à part, une journée d’émancipation comme aucune autre, tandis que la loi interdit encore formellement deux personnes du même sexe de témoigner leur amour en public. Incompréhensible pour nous occidentaux de savoir qu’il existe des ghettos insalubres en Jamaïque dans lesquels des adolescents, des hommes et des femmes fuient pour leur survie, car le crime organisé est la première cause de mortalité chez ces jeunes LGBTQ. Ecoeurant d’écouter des politiciens américains qui luttent encore contre les droits de ces minorités. En dehors des grandes villes telles que San Fransisco, capitale LGBTQ, Portland, Salt Lake City ou New Orleans, les conservateurs ont la peau dure et continuent de perpétuer une homophobie forçant les homosexuel(le)s, trans à se replier sur soi.

En 45 minutes, il est difficile de cerner toutes les problématiques et enjeux d’un pays, mais Ellen et Ian, touchés par une mère brésilienne qui a perdu son fils, par le combat et d’une militante jamaïcaine (et sa propre survie quotidienne) ou par un tueur en série revendiqué d’homos sous anonymat (la tension est palpable), s’interrogent sensiblement avec plus de sincérité qu’il n’en est possible sur ces conditions qui finissent par tous nous concerner. Leurs yeux sont les nôtres et en plus du dépaysement lié à l’exotisme perçu par le regard étranger, le voyage initiatique finit toujours par prendre les traits d’une dramaturgie sérielle. Dramaturgie, entendons-nous sur la définition, aucune consonance péjorative sur une volonté de surdramatiser, mais simplement « l’art de transformer une histoire, vraie ou imaginaire, en un récit construit, comportant un ou des personnages en action ». Comment la Californie peut être un des états où il fait le plus bon vivre sa sexualité alors qu’en Oklahoma, Texas ou Arkansas, vivre heureux rime avec vivre caché? Imaginez en France, – attendons la saison 2 annoncée pour espérer être au centre de cette expédition politico-socio-existentielle – un découpage du territoire, région par région à la manière de « qui vote le plus à gauche ou à droite », afin de savoir dans quelle ville ce n’est pas dangereux de se balader main dans la main de son compagnon ou sa compagne. Absurde n’est-ce pas ? Ellen et Ian ont réussi à démontrer l’absurdité d’un combat qui ne devrait pas en être un en nous captivant un peu à la manière de Lost in Translation de Coppola junior ou d’une tout autre façon Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato. Le rapprochement semble élucubrant, mais la violence des images rejoint celle des propos.

Lorsque le chant new rave de CSS, groupe brésilien, proche de The Ting Tings et également issu de la pop culture émergente des années 80/90, résonne en guise de générique, les ceintures ont intérêt d’être bouclées, car l’avion décolle sans turbulence. Le transport s’apparente tant à une ballade indie pop-rap une fin de journée d’été qu’une danse endiablée électro. Mêlant la fougue d’une nuit rythmée au calme et paisible couché de soleil, Gaycation nous émeut, nous galvanise, nous effraie, nous console, nous emporte loin pour nous laisser bouche bée, le cul terré sur un coin de pelouse au bord d’une route quasi déserte, le regard humide et perdu à l’horizon.  Si la structure semble prévisible par habitude, la voix off d’Ellen, conteuse et interrogatrice, permet une meilleure cohésion. Seul défaut, il n’y a que 4 épisodes…

*Il est vrai qu’à aucun moment le terme queer n’a été définit dans la série ou dans cet article, alors voici de quoi vous instruire en vous amusant.

Trailer Japan Clip

Clip promo USA

https://www.youtube.com/watch?v=DoFiX-X-rHo

Fiche Technique

Créateur : Niall Kenny et Ellen Page
Réalisateur : Niall Kenny
Interprètes : Ellen Page, Ian Daniel …
Photographie : Niall Kenny
Montage : Sam Nalband, Niharika Desai, Jessica Potter
Musique : CSS
Producteurs : Alec Macrae, Lucy King, Brendan Fitzgerald, Bradley J. Levin, Jim Czarnecki, Nomi Ernst Leidner, Alex Braverman, Ellen Page
Sociétés de production : –
Diffusion : Viceland
Format : 4 épisodes de 45 minutes
USA – 2 mars 2016

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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