Rétro Stephen King : Fenêtre secrète, un film de David Koepp

Une adaptation sensiblement fidèle au récit original est-elle pour autant un bon film ? Avec le scénariste et réalisateur David Koepp aux commandes et un Johnny Depp cabotin dans le premier rôle, Fenêtre secrète est-il parvenu à sortir des sentiers battus pour nous offrir un thriller haletant ?

Scénariste chouchou d’Hollywood (Jurassic Park, Mission : impossible, Spider Man) David Koepp avait été sollicité par les plus grands, comme Brian de Palma ou encore David Fincher, avant de s’adonner lui-même à la réalisation. Passionné de surnaturel, Koepp côtoie le fantastique sur plusieurs longs-métrages et c’est donc tout naturellement que le réalisateur et scénariste est désigné pour donner vie à l’un des récits du Maître, par les studios Columbia Pictures. À l’époque, les critiques étaient mitigées quant à la qualité du récit, qu’en est-il de l’adaptation cinématographique ?

Synopsis : Mort Rainey est un écrivain à succès, mais le mal causé par son divorce semble lui ôter toute créativité. Alors qu’il se morfond dans sa maison de campagne, incapable d’écrire, il reçoit la visite d’un dénommé Shooter qui l’accuse d’avoir plagié l’une de ses histoires.

« Secret Window, Secret Garden », en français « Vue imprenable sur jardin secret » est une nouvelle de Stephen King publiée dans le recueil Minuit 2, paru en septembre 1990. L’écrivain raconte s’être inspiré d’une anecdote personnelle pour écrire cette histoire, ayant été lui-même accusé d’avoir volé le manuscrit de son roman Misery par une femme prétendant en être l’auteure et jurant qu’il s’était introduit chez elle pour le lui dérober.

Le syndrome de la page blanche

Dans « Vue imprenable sur jardin secret », Stephen King imagine une mise en abîme astucieuse bien que peut-être bancale, dans laquelle il dépeint un écrivain en manque d’inspiration, tourmenté depuis que sa femme l’a quitté pour un autre. Ce n’est pas la première fois que l’auteur s’intéresse aux écrivains puisque en 1987, il narrait les mésaventures de Paul Sheldon dans Misery, publiait deux ans plus tard La Part des ténèbres sur l’influence d’une création sur son auteur et qu’en 1998 il soulevait la question du blocage de l’écrivain dans Sac d’os, pour ne citer qu’eux. Depuis toujours, King explore à travers diverses personnalités, le rapport entre un auteur et ses œuvres dans ce qu’il a de plus passionné et de plus tourmenté, jusqu’à l’angoisse de perdre l’inspiration.

À sa publication, la critique se montre peu enthousiaste, jugeant le récit faible et manquant d’originalité. Mais au début des années 2000, les studios Columbia Pictures ont l’idée d’adapter le récit. En 2004 « Vue imprenable sur jardin secret » est adaptée au cinéma sous le nom de Fenêtre secrète, par le réalisateur David Koepp, déjà à l’origine des scénarios de Spider-Man et Panic room écrits pour la firme. Johnny Depp y donne la réplique à John Turturro, qui campe l’intrigant John Shooter.

Très vite, le spectateur se prend d’affection pour le personnage principal, campé par un Johnny Depp espiègle, qui au début du film désarçonne les éléments de mise en scène mis en place pour amener le suspens avec des mimiques et des réactions hors de propos, comme un enfant qui rigolerait très fort face à une situation qui lui fait peur. Ces situations souvent drôles, créent un décalage bienvenu permettant d’apporter une vraie identité au film. En plus d’être en décalage avec le ton du film, Mort Rainey est en décalage avec le monde dans lequel il évolue. Et si d’un côté cette marginalité en fait une personne dont le spectateur peut se sentir proche, d’un autre elle l’exclut petit à petit de l’univers dans lequel il se meut si péniblement, à tel point que ce dernier lui deviendra hostile, alors que Mort avait plutôt à cœur de s’en moquer, en bon écrivain qu’il est.

Au centre de ce triller psychologique où se mêlent fiction et réalité, propos cher à l’écrivain, la maison de Mort Rainey. À la fois refuge et environnement hostile, elle est l’élément autour duquel vont s’articuler tous les aspects du scénario, ainsi que les personnages qui tour à tour, y feront leur apparition. Comme dans de nombreuses œuvres de Stephen King, l’endroit fascine autant qu’il dérange et c’est presque claustrophobe mais surtout inquiet d’une menace tapie dans l’ombre, que le spectateur se retrouve malgré lui, enfermé avec les protagonistes. Mort Rainey peine d’ailleurs à en sortir, passant ses journées à dormir sur le canapé et traîner en pyjama, et lorsque soudain il est amené à partir, la sonnerie du téléphone l’y retient ou une menace extérieure le conforte dans l’idée qu’il s’y sentira davantage en sécurité, le cloitrant. La maison semble en effet exercer un fort pouvoir d’attraction, amenant un à un les personnages à y pénétrer, poussés par une intuition qu’aucun ne saurait expliquer. Cette fameuse « destinée » qui pousse presque chacun des personnages de King à agir. L’âme de Mort semble être prisonnière de cette maison qui lui rappelle sans trêve les moments d’amour passés avec sa femme, alors que celui-ci est en plein divorce. La maison n’a strictement rien de familier ni de chaleureux, on ne voit d’ailleurs jamais la moindre scène de quotidien. Elle est un témoin, comme nous le rappelle la fameuse fenêtre donnant sur le jardin, à travers laquelle le spectateur regarde. Le réalisateur joue avec des décadrages pour que les pièces paraissent bancales, ce qui donne à l’endroit tout comme au personnage un aspect déstructuré, un sentiment de déracinement.

Des thèmes forts et une atmosphère saisissante, des personnages introduits intrigants et une intrigue prenante, malheureusement desservis par trop peu d’imagination dans les rebondissements, qui ne nous font jamais vraiment oublier que nous regardons un film.

Johnny Depp, par son jeu captivant, apporte au film une certaine fantaisie. Il est la cerise qui essaie de dissimuler la part du gâteau étouffante que l’on tente de nous faire avaler, nous évitant de peu l’indigestion, à cause d’une deuxième partie franchement moins savoureuse que la première, qui se conclut par une révélation plus que moyenne. Pourtant, on aurait pu penser que le format « nouvelle » aurait parfaitement collé au deux heures de film, permettant d’en dire ni trop ni pas assez, mais ce qui pêchait déjà au niveau de l’écriture n’est malheureusement pas rattrapé par la mise en scène. L’histoire et la réalisation, tout comme le protagoniste, manquent de créativité, nous offrant toutefois un film divertissant et beau à regarder.

Fenêtre secrète : Bande annonce

Secret Window – Fenêtre secrète : Fiche technique

Titre original : Secret Window
Réalisation : David Koepp
Scénario : David Koepp, d’après le roman court « Vue imprenable sur jardin secret » de Stephen King
Interprétation : Johnny Depp (Morton « Mort » Rainey – John Turturro (John Shooter) – Maria Bello (Amy Rainey) – Timothy Hutton (Ted Milner)
Photographie : Fred Murphy
Décors : Howard Cummings
Costumes : Odette Gadoury
Montage : Jill Savitt
Musique : Philip Glass et Geoff Zanelli (additionnel : Blake Neely)
Genre : Thriller psychologique
Durée : 96 minutes

Etats-Unis – 2004

Auteur : Yael Calvo

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