Par Accident, un film de Camille Fontaine: Critique

C’est avec le dit accident que débute Par Accident. Il arrive brutalement, après quelques minutes de film. Il vient si tôt qu’il en précède même le titre du film qui vient conclure cette introduction d’une concision glaçante.

Synopsis: Un soir, Amra, une jeune algérienne installée en France, renverse accidentellement un piéton. Celui-ci reste entre la vie et la mort. Ravagée par la culpabilité et la certitude qu’elle n’obtiendra jamais ses papiers français, elle est miraculeusement innocentée par Angélique, une belle rousse aussi libre et décomplexée qu’Amra est sauvage introvertie. Les deux jeunes filles deviennent amies. Mais l’attitude d’Angélique devient de plus en plus étrange, voire inquiétante…

La coupable idéale

« C’est toujours mieux de découvrir les personnages en action. Je n’aime pas les débuts où l’on plante le décor et les personnages et ensuite on lance l’intrigue. Un personnage plongé dans l’action se révèle beaucoup mieux que dans la vie de tous les jours. » Entretien avec Camille Fontaine

Ce qui intéresse la réalisatrice, c’est d’installer tout de suite ses protagonistes face à une situation conflictuelle qui sera le cœur de l’intrigue du film. Avec Par Accident, elle élabore une sorte d’essai sur le poids de la culpabilité, le tout charrié par un déterminisme social aux funestes conséquences. Ce n’est qu’après le générique-sentence que l’on découvre Amra, l’une des deux héroïnes. On pense à un film des frères Dardenne ou de Ken Loach : la caméra suit le personnage dans son quotidien. Le spectateur apprend qu’Amra est une jeune immigrée algérienne en attente de régularisation. Elle travaille au noir dans une blanchisserie et vit à l’écart de la ville, dans un Mobil-home décrépit posé au milieu d’un trou de verdure. Ajoutons encore qu’elle est mariée à Lyès, celui avec lequel elle a quitté l’Algérie, et qui, on le comprend rapidement, ne possède pas de papiers. Ils ont ensemble une petite fille, prénommée Blanche, prénom-amulette faisant rêver à une intégration facile. Le début de cette histoire a tout du film social, pourtant, le scénario prend un tournant lors de l’entrée en scène de la seconde protagoniste, Angélique. L’action se cristallise autour du rapport dangereux que vont entretenir les deux femmes. Camille Fontaine manie bien les ressorts du suspense. Elle parvient à faire monter la tension crescendo et à semer le doute, tant chez son héroïne qu’auprès de ses spectateurs. A l’image de ce que laissait présager l’introduction, l’intrigue est épurée, elle ne s’encombre pas de séquences inutiles qui la ralentirait. Aucune graisse superflue, tout n’est que muscles et nerfs. L’histoire se joue autour de ce duo de femmes, admirablement écrit.

Amra et Angélique sont les deux faces d’un même personnage. Inclassables, inaptes socialement, Amra la farouche et Angélique la fantasque trouvent une forme de complétude à être ensemble. Lyès fait remarquer à sa compagne, sans aucune amertume tant il est heureux de la voir heureuse, que c’est au contact d’Angélique qu’Amra s’est épanouie, quand lui était impuissant et désemparé devant sa tristesse. Le scénario est ponctué de petits moments de grâce : allongées dans l’herbe au soleil ou dansant dans une boîte de nuit comme si elles étaient seules au monde, les deux femmes sont là seulement l’une pour l’autre. Mais cette fusion égoïste ne durera pas. Peut-être que la peur d’être trahie par celle qui lui était devenue si proche alimente la psychose d’Amra. La réalisatrice laisse la gangrène du soupçon s’installer en le rendant légitime. Angélique ne se laisse pas facilement cerner: dans une forme de bipolarité, elle passe de la jeune femme solaire à la diabolique inquiétante. Le caractère hors-norme de la jeune femme causera sa perte.

Avec ce premier film en tant que réalisatrice, Camille Fontaine nous offre un thriller aux accents de film social. Cette hybridité ne nuit en aucun cas à l’intrigue, le scénario ne s’encombrant jamais de superflu. Peut-être ce mélange vient-il injecter un certain fatalisme à la conclusion, tout aussi âpre que la scène d’ouverture. Finalement, c’est la situation dans laquelle se trouve Amra qui détermine le sombre dénouement de ce film. Le constat est un peu amer, la fin abrupte, la cinéaste clôt son oeuvre à la manière dont elle l’a commencée : par une embardée lourde de conséquences.

Par Accident : Fiche Technique

Réalisation : Camille Fontaine
Scénario: Camille Fontaine, Marcia Romano
Distribution : Hafsia Herzi (Amra), Émilie Dequenne (Angélique), Mounir Margoum (Lyès), Thelma Deroche Marc (Blanche)
Photographie : Elin Kirschfink
Montage : Albertine Lastera, Marion Monnier
Musique : Christophe
Décors : Mathieu Menut
Produit par: Elzévir Films (Denis Carot, Marie Masmonteil)
Genre: Drame
Date de sortie: 14 octobre 2015

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.