Mr. Wolff, un film de Gavin O’Connor : Critique

Avec Mr. Wolff, Ben Affleck retente la partition du surhomme après son rôle de Batman dans un thriller du dimanche soir bien troussé mais très classique.

Synopsis : Petit génie des mathématiques, Christian Wolff est plus à l’aise avec les chiffres qu’avec les gens. Expert-comptable dans le civil, il travaille en réalité pour plusieurs organisations mafieuses parmi les plus dangereuses au monde. Lorsque la brigade anti-criminalité du ministère des Finances s’intéresse d’un peu trop près à ses affaires, Christian cherche à faire diversion : il accepte de vérifier les comptes d’une entreprise de robotique ayant pignon sur rue. Problème : la comptable de la société a décelé un détournement de fonds de plusieurs millions de dollars. Tandis que Christian épluche les comptes et découvre les rouages de l’escroquerie, les cadavres s’accumulent…

Hitman

Gavin O’Connor est un réalisateur que l’on pourrait typiquement qualifier de « faiseur efficace ». Sa filmographie n’est pas transcendante mais il a offert ici et là quelques films plaisants voir vraiment bien fait comme son Warrior en 2011. Même si à l’époque il n’avait pas dévier des codes du genre qu’il explorait, il parvenait à en tirer le meilleur, au contraire de son dernier film Jane Got a Gun où il ne parvint pas à dynamiser son western, le faisant tomber dans l’oubli. Jamais il n’a vraiment dévié du cahier des charges qu’un genre lui dictait, et ce ne sera pas différent avec son Mr. Wolff mais la question est de savoir si il arrive à en tirer ce qu’il y a de mieux ou pas ? Le film n’ayant pas eu une forte publicité, il ne possède que la présence de Ben Affleck pour apporter un peu de lumière sur lui. De quoi ne pas trop générer d’attente chez le public et être dans le conjecture parfaite pour s’imposer comme une agréable surprise.

Mr. Wolff est un film qui a une écriture plutôt cohérente, même si il use de gros sabots dans le déroulement de son récit et que les principaux retournements de situations sont visibles à des kilomètres, il se laisse suivre avec une étonnante efficacité. Évitant de faire que dans l’action, le récit soit avant tout un récit de personnages. Il prend bien le temps de les présenter, les placer sur l’échiquier et de creuser leurs motivations et leurs backstories. Ce procédé implique des retours dans le passé avec des flashbacks incessants et cela peut devenir agaçant notamment dans la deuxième partie du scénario qui devrait plutôt faire avancer l’histoire plutôt que de regarder en arrière mais il permet d’avoir un cheminement intéressant par moments, aidant le film dans sa démarche lorsqu’il traite de sujets importants comme l’autisme et trouver sa place au sein d’un monde hostile. Ce qui entoure l’enfance du héros est donc ce qui devient le plus captivant car le scénario ne prend pas l’autisme à la légère et cela offre un élan d’authenticité aussi perturbant que touchant. Surtout dans la relation père-fils qui définie le personnage principal, où son père entraîne ses deux fils à affronter le monde qu’il juge trop dangereux. Un rapport malsain mais solidaire se lie entre les trois hommes et offre un drama assez solide. C’est au final ce qui se passe dans le présent qui se révèle moins accrocheur, avec une intrigue prétexte à quelques scènes d’action et une romance qui est forcée mais aussi assez mal écrite. Le problème viendra du personnage d’Anna Kendrick qui est le seul à ne pas être creusé et qui n’est réduit qu’à un banal love interest.

Néanmoins, Mr. Wolff peut compter sur un casting solide pour élever les personnages. Ben Affleck est impeccable dans cette prestation monolithique pour un rôle qui semble avoir été fait sur-mesure. L’acteur ne s’est jamais vraiment imposé par de grandes performances mais il tire profit des limites de son jeu pour totalement faire corps avec son personnage. Le reste du casting est plutôt bon, notamment J.K. Simmons qui est le personnage avec le plus de bagage émotionnel et l’acteur excelle a exprimer toutes les nuances de celui-ci. On restera un peu sur notre faim avec Anna Kendrick qui n’a rien à jouer et Jon Bernthal qui reste dans le même registre de jeu qu’on lui connait. Il avait matière à aller dans un développement intéressant de son personnage mais il est malheureusement trop limité par le scénario. Le tout est aussi légèrement limité par sa réalisation qui manque d’exotisme. Que ce soit dans le choix des cadres, les environnement etc, le film parait ronflant et manque par moments d’ambitions. Les scènes d’actions même si efficaces et bien troussées manque d’idées dans les mises en situations ce qui fait qu’elles deviennent vite répétitives et qu’elles ne s’imposent pas face à la concurrence. On a vu le même genre de scènes ailleurs et en mieux. Le travail de Gavin O’Connor n’est en soit pas mauvais, il signe une mise en scène maîtrisée et sans accroc qui remplie sa mission mais il manque d’inspiration pour donner une vraie substance à son film. En résulte un produit bien fait mais tristement générique.

Mr. Wolff apparaît comme un divertissement idéal du dimanche soir. Efficace, par moments vraiment bien écrit et soutenu par un casting solide. Tout est réuni pour passer un moment agréable mais il manque quasiment tout pour que ce moment soit mémorable. Le film est générique, déjà-vu dans son intrigue principale et il manque de subtilité dans sa façon de préparer les twists. L’ensemble ne fera donc clairement pas date, surtout qu’il n’a même pas bénéficié d’un éclairage suffisant dans sa campagne promotionnelle quasi-inexistante. Un film voué à passer inaperçu et à être oublié mais qui avant ça aura le mérite divertir agréablement le spectateur qui s’y sera essayé.

Mr. Wolff : Bande annonce

Mr. Wolff : Fiche technique

Titre original : The Accountant
Réalisation : Gavin O’Connor
Scénario : Bill Dubuque
Interprétation : Ben Affleck (Christian Wolff), Anna Kendrick (Dana Cummings), J.K. Simmons (Ray King), Jon Bernthal (Brax), John Lithgow (Lamar Blackburn), Jean Smart (Rita Blackburn),…
Image : Seamus McGarvey
Montage : Richard Pearson
Musique : Mark Isham
Costumes : Nancy Steiner
Décors : John Collins
Producteur : Lynette Howell et Mark Williams
Société de production : Electric City Entertainment et Zero Gravity Management
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 128 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 1 novembre 2016

Etats-Unis – 2016

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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