Maestro, un film de Léa Fazer : Critique

Maestro, voilà un film précédé d’un bouche-à-oreille très favorable. Un avis positif consensuel, tous âges confondus. Une réputation de feel good movie, ce qui n’est pas forcément de très bon augure…

Synopsis : Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.

A la lecture du dossier de presse, il apparaît que le film est réalisé par Léa Fazer, amie proche de Jocelyn Quivrin, et pour les funestes raisons que l’on connaît, ce dernier n’a pas pu réaliser. Il s’agit d’un « témoignage » suite à sa rencontre avec Eric Rohmer sur le tournage de son dernier film, Les Amours d’Astrée et Céladon. Léa Fazer a été coscénariste dans le projet initial.

Un film qui aurait pu être auto fictionnel donc, voire autobiographique, mais qui ne l’est pas, et ça pose souci, car c’est sans doute une des raisons qui font que ce film sonne faux, à la manière d’un carton-pâte.

Maestro raconte l’histoire de la rencontre improbable entre Henri (Jocelyn Quivrin), et Cédric Rovère (Eric Rohmer), sur le mode initiatique de l’acteur habitué aux films d’action (qui cite par cœur des dialogues entiers de Fast and furious visionné en boucle avec son meilleur ami), qui découvre le cinéma d’auteur et son maître, et qui petit à petit devient le fan numéro 1 du génie et poète.

Le film est une juxtaposition de gags plus ou moins réussis. Parmi les plus réussis, on trouve par exemple Michael Lonsdale dans des gags très visuels où il se lève et se rassied de manière très majestueuse, mais tel un automate rouillé, qui déploie péniblement ses éléments un à un, vraiment hilarant. Ou encore cette scène où Michael Lonsdale, est dans le recueillement voire la componction la plus absolue en faisant la lecture d’un passage de l’Astrée aux comédiens, quand il reçoit en pleine face une boulette de papier qui s’est trompée de destinataire ; il la défroisse et la lit à voix haute « ta meuf, je la kiffe, gros… » : la tête de Lonsdale en lisant ces mots qui de toute évidence lui sont plus incompréhensibles que du mandarin ancien est juste impayable. (Plus tard, quand il prend Henri à part pour lui demander presque timidement : « qu’est ce que ça veut dire : ta meuf, je la kiffe , gros », il nous offre une vraie belle scène de tendresse et d’émotion).

Du coup, s’il est indéniable que le film comporte de vrais moments d’humour, il semble rater sa cible qui est de rendre hommage à Rohmer, tant la volonté de faire rire prend le pas sur le reste et rend Rovère ridicule dans son attitude d’homme décalé, avec son cinéma différent, à l’économie, impulsif (quand il demande impromptu à Henri d’apprendre le biniou par exemple) ; on ne n’appréhende pas vraiment dans ce film ce qui fait de Rohmer, un poète, un Maestro.

La mise en scène, qui se veut également un hommage est surtout mise en valeur par le choix d’un cadre magnifique (le val de Creuse tel qu’on le rencontre dans l’Indre), dans les belles lumières mordorées d’un début d’automne du chef op Lucas Leconte.

Une mention spéciale à Dominique Rémond qui joue très bien le rôle de l’assistante du grand maître ; sa belle voix grave et cassée, donne à son jeu une sensualité que l’on regrette de ne pas voir plus souvent au cinéma.

Quant aux autres acteurs, ils font le job comme on dit, dans un registre de pure comédie. Seule Déborah François, Rohmérienne à souhait, dépasse ce contexte et nous rappelle, de manière assez fade, il faut bien en convenir, que le film est censé être un peu plus que ce que  ce que l’on voit…

Fiche Technique: Maestro

Réalisateur : Léa Fazer
Genre : Comédie
Année : 2013
Date de sortie : 23 Juillet 2014
Durée : 81 min.
Casting : Pio Marmaï (Henri), Michael Lonsdale (Cédric Rovère), Déborah François (Gloria), Alice Belaïdi (Pauline), Dominique Rémond (Francine)
Musique : Clément Ducol
Scénario : Léa Fazer, Jocelyn Quivrin
Chef Op : Luca Leconte
Production : France
Maisons de production : Mandarin Films, Rézo Production, Canal +
Distribution (France) : Rézo Films

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.