Lego Batman, un film de Chris McKay : Critique

Le bat-justicier de Gotham est de tous les plans dans ce spin-off de La Grande Aventure Lego qui réitère avec plus ou moins de succès la recette gagnante du film signé Phil Lord & Chris Miller (21 & 22 Jump Street) : un prodige d’animation couplé à un ton joueur et très référentiel.

Back in black

De La Grande Aventure Lego, on ne retenait (presque) que lui. Sa trogne sévère et musclée, ses blagues faisant toujours mouche, cet air d’ado mégalo toujours bon à sortir LA punchline ultime et sa garde-robe oscillant toujours entre le noir très noir ou le gris très foncé. Fatalement, à force de s’arroger les meilleurs passages dudit film et se muer en un second couteau de luxe, il n’a pas fallu beaucoup de temps aux grands pontes de la Warner pour déceler tout le potentiel contenu dans un éventuel spin-off du personnage. Déjà nanti d’une large mythologie et de la technologie apte à l’exploiter, le succès semblait assuré ; la seule question restant en suspens était de savoir si exploiter le filon comique déployé par le Bat au gré de ses courtes apparitions était possible, et ce sans en affecter la rythmique ou même le ton référentiel. Une problématique rapidement balayée ici, puisque à l’instar de la gaudriole geek qu’avait été le premier film, Lego Batman tisse un condensé de pop culture, mâtiné du même fumet méta exploité par le tandem Lord/Miller. On se retrouve ainsi, explorant à 1000 à l’heure, une histoire qui oscille entre parodie et révérence dédiée à ce grand gaillard à la penderie monochrome, et dont le penchant méta très affirmé aura vite fait de transformer son métrage en véritable coffre à jouet hystérique rempli de personnages directement issus de la pop-culture. Voldemort, Godzilla, les Dalek de Doctor Who, le Joker sont ainsi autant de figures du Mal qui cohabitent ici pour mener la vie dure au Batman, non sans manier l’auto-dérision en égratignant au passage les déboires de Warner et de leur récent Suicide Squad, encore copieusement décrié. Une manière de rendre encore plus méta ce joyeux bordel référentiel et bien jouissif comme il faut.

Beaucoup de briques pour rien…

Reste que le film, tient difficilement la comparaison avec La Grande Aventure LEGO. Si l’exécution singe avec parfois beaucoup de difficultés le travail effectué par Phil Lord et Chris Miller, c’est bel et bien parce que Lego Batman n’a pas une moelle aussi subversive que ne l’avait son ainé. Condamné à devoir raconter les errements du Batman dans un stand-alone tout ce qu’il y a de plus classique, Lego Batman ne peut ainsi faire illusion plus longtemps, si bien que la technique semble ici utilisée à tort et à travers comme pour mieux masquer l’évident manque d’idée que doit gérer le film. Cela a pour résultante de voir le métrage user d’une flopée de poncifs assez éculés et d’instaurer un foisonnement (de décors comme de personnages) qui bien vite se mue en un joyeux bordel incontrôlable. C’est d’ailleurs au milieu de toutes ces explosions et autres délires à 100 à l’heure qu’on remarque l’importance de l’absence du tandem Lord/Miller (parti depuis shooter les prochaines aventures de Han Solo) : le duo arrivait à puiser dans l’énergie communicative de la mise en scène, le terreau apte à faire germer leurs nombreuses mises en abîmes, et ce, sans altérer la bonne construction du métrage.

Si Lego Batman n’a rien à envier question dynamique à La Grande Aventure Lego, reste que le spin-off consacré au chevalier noir pâtit d’une certaine carence question scénario confondant foisonnement et bordel généralisé. Une tare qui n’enlève ceci dit en rien le plaisir ressenti devant ce film d’animation détonnant et qu’on se le dise, clairement original. 

 Lego Batman : Bande-Annonce

Lego Batman : Fiche Technique

Réalisation : Chris McKay
Scénario : Seth Grahame-Smith
Doublage : Will Arnett, Michael Cera, Zack Galifianakis, Rosario Dawson, Ralph Fiennes, Mariah Carey, Jennie Slate, Billy Dee Williams, Channing Tatum, Jonah Hill
Musique : Lorne Balfe
Montage : David Burrows
Production : Roy Lee, Dan Lin (en), Phil Lord et Chris Miller
Production déléguée : Will Allegra, Ryan Harris, John Powers Middleton et Zareh Nalbandian
Coproduction : Ryan Halprin
Sociétés de production : Animal Logic, DC Entertainment, Vertigo Entertainment, Village Roadshow Pictures et Warner Bros. Animation
Société de distribution : Warner Bros
Langue originale : anglais
Genre  : Animation, super-héros, comédie
Durée : 104 minutes
Dates de sortie : 8 février 2017

Etats-Unis – 2017

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

I Want Your Sex : l’apocalypse fait de la résistance

Après dix ans de gestation, le nouveau Gregg Araki porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman, "I Want Your Sex" débarque enfin en salles. Entre fantasme de muse, rapport de domination et lettre d'amour pop et acidulée à la Gen Z, le cinéaste de 66 ans flirte avec son époque sans jamais vraiment la bouleverser.

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

I Want Your Sex : l’apocalypse fait de la résistance

Après dix ans de gestation, le nouveau Gregg Araki porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman, "I Want Your Sex" débarque enfin en salles. Entre fantasme de muse, rapport de domination et lettre d'amour pop et acidulée à la Gen Z, le cinéaste de 66 ans flirte avec son époque sans jamais vraiment la bouleverser.