Le voisin et ses super-pouvoirs

De cette intégrale en trois épisodes (Le Voisin 1 : 55 planches – Le Voisin 2 : 66 planches – Le Voisin 3 : 72 planches), j’évoquerai essentiellement le premier, le plus intéressant à mon avis, pour laisser davantage de surprise pour la suite.

Nous sommes en Espagne, dans une ville non citée (mais plutôt importante), à une époque qu’on a d’abord du mal à situer. Mais comme il est question d’une somme en euros, on peut considérer que c’est notre époque (dans Le Voisin 2, une livraison est faite par Dieuliveroo, petite ironie qui confirme l’hypothèse).

Un voisin particulier

José Ramon vit dans un immeuble, un appartement sous les toits (voir la belle illustration de couverture). Entendant du bruit (des gémissements) à côté, il va voir et fait la connaissance de son voisin, Javier. Celui-ci est en piteux état, mais en costume de super-héros : Titan. Un costume pour une soirée déguisée ? Pas du tout, Javier est bien Titan le super-héros. Il faut donc considérer que l’action se passe dans un monde qui ressemble au nôtre, mais où on peut croiser des super-héros qui, à l’occasion, font les choux gras de la presse (l’adversaire récurrent de Titan est le Docteur Tentacules).

Difficulté de l’anonymat

Ainsi, Javier fait son possible pour que son entourage ignore qu’il est Titan, en particulier sa petite amie la blonde Lola. C’est juste parce qu’il ressent le besoin de se confier à quelqu’un que Javier finit par tout raconter à José Ramon (et puis, il faut bien dire que pouvoir faire confiance à son voisin de palier, c’est très pratique).

Le quotidien d’un super héros

A vrai dire, ce personnage de Titan est tombé sur Javier sans crier gare. Alors qu’il est journaliste au Cosmos et qu’il déjeune chez ses parents une fois par semaine, une sorte de soucoupe volante a explosé au-dessus de chez lui (officiellement, on a parlé d’une explosion due au gaz) et un extra-terrestre mourant lui a ordonné de devenir Titan pour sauver le monde. Pour ce faire, il lui a laissé une collection de gélules : à chaque fois qu’il en ingère une, pendant quelques heures Javier a des super-pouvoirs qui lui permettent, dans son costume et masque rouge, de combattre le mal.

Le Voisin 1

Là où cet album se montre original, c’est en faisant en sorte que Titan soit perçu comme quelqu’un qui se ridiculise à tout bout de champ. Déjà, il cherche désespérément à cacher son côté Titan à Lola, alors que celle-ci se doute de quelque chose (très fortement à vrai dire) et qu’elle aimerait beaucoup que son copain soit Titan, alors que Javier provoque des quiproquos absurdes en tentant de renier son statut de super-héros. José Ramon n’est pas en reste. Alors qu’il devrait se concentrer sur ses études (il prépare un concours), il minaude avec la caissière du supermarché du coin tout en se demandant s’il ne devrait pas répondre aux avances de sa voisine Rosa, une brune mignonne, tout en faisant son possible pour rattraper les initiatives malheureuses de Javier.

Gaffes, bévues et boulettes

A force d’accumuler les gaffes, Javier se fait virer du Cosmos. Il rebondit comme animateur sportif en attendant son prochain affrontement (forcément terrible) avec le docteur Tentacules. Nouvelle occasion pour Garcia et Perez pour nous concocter un enchainement de quiproquos très amusant qui se termine par une confrontation pour le moins imprévisible entre les deux adversaires. Dans le genre parodie, on atteint des sommets et on constate que non seulement Javier a du mal à identifier ses super-pouvoirs, mais avec le docteur Tentacules, ils ont tendance, comme deux grands gamins, à voir leurs affrontements comme un jeu où la ville serait l’équivalent d’une cour de récré dans une école primaire.

Dessin et scénario

Le voisin 1 vaut donc pour la vision parodique des super-héros (avec des références que les amateurs apprécieront), un scénario avec de nombreuses péripéties et une ambiance assez inattendue. Le dessin n’est malheureusement pas toujours à la hauteur du scénario, avec souvent 4 bandes par planche, parfois 3 bandes et aussi quelques dessins plus gros, mais un trait trop souvent grossier (bâclé ?), le tout heureusement fort bien mis en valeur par de belles couleurs.

L’intégrale

Elle ne comporte aucune mention de date. Il faut aller à la pêche aux informations pour apprendre que l’édition originale espagnole (en albums) date de 2007 (Le Voisin 1 et Le Voisin 2), puis 2009 (Le Voisin 3), ce qui peut expliquer pourquoi ce dernier est en noir blanc, contrairement aux deux premiers. On note d’ailleurs une évolution dans le style sur ce troisième épisode. Autre regret, si l’album mentionne les noms des auteurs, il ne mentionne pas qui est le scénariste (Santiago Garcia, ne pas confondre avec le footballeur argentin) et qui est le dessinateur (Pepo Perez). Le bonus en fin d’album (11 pages de croquis préparatoires) ne compense pas.

Le Voisin 2

Autant j’ai été agréablement surpris par Le voisin 1 (et ses couleurs qui donnent un charme particulier), autant j’ai été déçu par le suivant (Le voisin 2) où ce qui me plaisait dans le premier disparaissait presque complètement : une seule intervention de Titan (3 planches) qui se termine en queue de poisson et une ambiance où l’aspect parodique s’efface au profit d’un côté beaucoup plus sombre. En effet, Javier semble chercher à échapper à son personnage de Titan (trop lourd pour lui ?) et il trouve refuge dans un tunnel désaffecté où il côtoie des sans-abris, dont un ancien curé qui a, semble-t-il, fait de la prison. Les situations sentimentales des personnages principaux ont évoluées. Javier assumera-t-il son personnage de Titan et José Ramon le retrouvera-t-il ?

Le Voisin 3

Quant au troisième épisode, il présente d’autres défauts. En noir et blanc (sauf le rouge du costume de Titan quand il intervient), il enchaîne les planches à quatre bandes avec de nombreuses situations façon sitcom, comme si le but était de faire du remplissage. Pourtant, l’intrigue générale n’est pas si mauvaise, avec l’intervention d’un cousin de José Ramon (ce dernier constamment en train de chercher le calme pour réviser), tandis que Javier tente de passer du journalisme à l’écriture d’un roman. Tout cela combiné aux intrigues sentimentales provoque quelques situations qui remettent la série sur les rails de l’ironie. Et quelques passages montrent Titan en train de gérer l’image de son personnage. L’ensemble est meilleur que ce qu’on pouvait craindre après la lecture de l’épisode précédent, malgré un dessin qui donne encore cette impression de bâclage. Ainsi, pourquoi ce plan enfin soigné de Javier à l’avant-dernière planche, sinon parce que le dessinateur a senti qu’il pouvait se permettre d’y passer le temps nécessaire ?

Adaptation TV

Sur la couverture, un sticker annonce que Le Voisin (El Vecino en espagnol) est une série originale Netflix. Les amateurs (amatrices) de série auront donc l’occasion de découvrir une adaptation de la BD. Voilà qui explique la publication française de cet album qui permet de découvrir un univers surprenant, bien que parfois déroutant.

Le Voisin, Santiago Garcia et Pepo Perez
Dargaud, janvier 2020, 216 pages

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3

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