« La Quête d’Ewilan » (T.06) : filiations

Depuis 2013, Glénat adapte en bande dessinée La Quête d’Ewilan, la célèbre trilogie de feu Pierre Bottero. Le scénariste Lylian et la dessinatrice Laurence Baldetti nous plongent dans un univers fantasy traversé de monstres et de complots, le tout sur fond d’ode à l’amitié.

Ce sixième tome est à l’image de toute la saga : plaisant à lire, manichéen à souhait, amarré aux questions filiales et aux luttes de pouvoir, sensible aux liens indéfectibles qui unissent Camille/Ewilan et son meilleur ami Salim. D’un duel expédié en quelques cases à la double quête parents naturels/Merlin de la jeune héroïne, le lecteur passe d’un monde à l’autre, de l’univers médiéval fantastique de Gwendalavir à la vie terrestre, dont les usages vont notamment mener Bjorn en prison.

Crédits : Glénat.
Extrait de « La Quête d’Ewilan » (T06), visible sur le site de l’éditeur.

Reprenons dans l’ordre. La Quête d’Ewilan est un récit qui a très bien marché en littérature. La bande dessinée ne déroge pas à la règle et le lecteur suit avec un réel plaisir les aventures de Camille, une gamine de treize ans surdouée découvrant les arcanes d’un monde parallèle et secret. L’empire de Gwendalavir se trouve cependant à la dérive : il est menacé par les Ts’liches, les fourbes et une série de guerres sans fin.

C’est ici qu’intervient une forme de manichéisme regrettable. Alors que le lecteur est appelé à s’identifier à des héros diaphanes, les « méchants » sont englobés en une masse informe aux motivations peu explicitées. Tous les personnages s’avèrent relativement archétypaux, dont un Salim dont on évente les origines modestes. C’est l’une des faiblesses d’écriture à la fois des romans et de leur adaptation en bande dessinée. Les dialogues ne sont pas non plus toujours du meilleur effet, et il est parfois difficile de s’attacher à Camille – aussi surdouée qu’hautaine.

Cela relève cependant du détail au regard de la qualité du dessin, de l’ode à l’amitié, de la richesse de l’univers (bien que conventionnel), des séquences de passage dans le monde réel – une bagarre qui tourne mal, des parents adoptifs confrontés à leurs manquements, l’implication de Mathieu/Akiro, le frère d’Ewilan… Une fois encore, le plaisir et le tempo imprimé par le récit prennent le dessus. « La quête d’Ewilan » devient un peu la nôtre, malgré les fragilités observées çà et là.

La grande force de ce sixième tome réside peut-être dans l’esquisse et l’évolution des rapports entre les différents personnages. Ewilan retrouve son frère, va à la rencontre de Merlin, passe dans l’autre monde avec Bjorn, règle ses comptes avec ses parents adoptifs, tandis que Mathieu et Siam se rapprochent l’un de l’autre… En prime, Camille et son frère en apprennent un peu plus sur leurs origines.

La Quête d’Ewilan (T06), Lylian & Laurence Baldetti
Glénat, novembre 2018, 72 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.