« Introduction à la finance » : quand le « Meilleur professeur » de HEC Paris rencontre Largo Winch

Directeur exécutif du MSC Finance de HEC Paris, Olivier Bossard s’est vu décerner cette année le prix Vernimmen du Meilleur professeur. Dans une Introduction à la finance originale sur la forme (plus que sur le fond), il exploite l’univers de Largo Winch pour initier son lectorat aux arcanes de la finance internationale.

« Démocratiser la finance et la rendre accessible à tous » : le pari d’Olivier Bossard tient en bonne partie de la gageure. Une idée chez lui a pourtant fait son chemin en vingt-cinq ans de lecture : Largo Winch pourrait être un allié précieux dès lors qu’il s’agit de vulgariser les flash crash, les produits dérivés, les stock options, les paradis fiscaux ou la finance islamique. C’est ainsi qu’un alliage plutôt original a pris forme : des vignettes empruntées à Philippe Francq viennent doubler des textes de vulgarisation touchant aux grands domaines financiers – la bourse, la régulation, l’entreprise, la science des données… Académique sur le fond – mais rigoureuse et passionnante –, cette Introduction à la finance se distingue essentiellement par le recours à la bande dessinée comme accroche graphique et culturelle.

De l’actualité…
Ces dix dernières années, la finance a investi les médias par phases successives : crise des subprimes, affaire Madoff, problème des dettes souveraines européennes, guerre des monnaies, contentieux commerciaux américano-chinois, produits dérivés et trading à haute fréquence… Certaines de ces questions font l’objet d’une entrée, voire d’un chapitre entier, dans l’ouvrage d’Olivier Bossard. Sur les subprimes, l’auteur rappelle que des prêts douteux ont été accordés à des ménages peu solvables, avant d’être titrisés, c’est-à-dire découpés et transformés en titres échangeables, que les agences de notation peinaient à évaluer correctement. Deux phénomènes ont sous-tendu cette crise : la bulle immobilière et la volonté des responsables politiques de permettre à chacun d’accéder au logement. L’affaire Madoff est celle d’un investisseur talentueux, longtemps à la pointe dans la fourniture de capacités de transactions électroniques. Mais celui qui deviendra en 1990 le président du Nasdaq, l’un des principaux indices boursiers américains, va tromper les régulateurs (la célèbre SEC) et mettre en place un système frauduleux tentaculaire. Sa pyramide de Ponzi sera l’une des chaînes les plus ruineuses de toute l’histoire américaine : Bernard Madoff va attirer les investisseurs avec des promesses de rendements élevés, puis les rémunérer – ou les rembourser – en employant l’argent des nouveaux venus, appâtés par ces mêmes hypothèses de gains. Montant estimé de la fraude : 65 milliards de dollars. Le trading à haute fréquence (THF) est exposé par le biais de ses différentes prises de positions – sonar, liquidité fantôme, front-running… L’auteur note à son sujet plusieurs controverses, dont celle des ordres annulés (un ratio de plus de 85% sur le marché américain !). Les vignettes de Largo Winch démontrent comment des millions peuvent être amassés chaque jour grâce à la vitesse des ordinateurs, en bénéficiant de différences de valeurs infinitésimales sur différentes places boursières : on passe des milliers d’ordres en une micro-seconde, acquérant ainsi des titres d’une valeur X sur la place Y pour ensuite les revendre dans la foulée à X+0,00001 sur la place Z.

… et du fondamental
Olivier Bossard est tout aussi intéressant dans sa manière de vulgariser certains fondamentaux : les racines italiennes de la finance moderne, la gestion du risque, la survenue de krachs, le marché des dérivés, les OPA hostiles, les grandes places boursières… Dans un sous-chapitre consacré à la structure du capital des entreprises, l’auteur explique pourquoi l’endettement est parfois préféré aux fonds propres : contrairement aux dividendes, le paiement des intérêts aux banques est déductible des impôts. Il pointe aussi les trois principaux états financiers d’une société : bilan (photographie de la situation financière à l’instant T), compte de résultat (bénéfices nets) et flux de trésorerie (cash disponible). La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des bourses américaines (comme l’indique une vignette de Largo Winch), se voit analysée à l’aune de son rôle dans la protection des investisseurs et l’efficience des marchés, de sa structure organisationnelle (cinq commissaires, neutralité politique), mais aussi via le contexte de son apparition et les grandes enquêtes qu’elle a menées : British Petroleum, Madoff, 51 milliards de dollars d’amendes après la crise de 2008, etc. Le New York Stock Exchange (NYSE) et le Nasdaq se trouvent naturellement au frontispice des grandes places boursières : 10% des emplois new-yorkais seraient liés à la finance et les 180 000 employés des compagnies financières ont reçu en 2018 une prime moyenne de… 154 000 dollars ! C’est toutefois à Washington que sont édictées les règles. Et l’auteur de rappeler les rôles respectifs de la FED, du Département du Trésor, du Glass-Steagle Act, de la règle de Volcker ou encore du Congrès américain.

Introduction à la finance (Largo Winch), Olivier Bossard
Dupuis, septembre 2019, 104 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.