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Crédits image : Sidonis Calysta - Coffret également disponible en DVD.

Coffret Ray Harryhausen : des soucoupes volantes, un alien traqué et un monstre marin en Blu-ray chez Sidonis Calysta

Retour sur le troisième coffret Blu-ray consacré à Ray Harryhausen chez Sidonis Calysta. Au programme : des soucoupes volantes, un alien humanoïde traqué et une pieuvre géante qui marqueront tout un pan de l’imaginaire cinématographique mondial.

SUR LES FILMS

Une pieuvre devenue géante suite à des essais de bombe atomique s’en prend à San Francisco, des soucoupes volantes pacifistes qui attaquent suite à la peur de l’altérité et à un manque de patience et de compréhension, et enfin un nouveau-né alien ramené sur Terre et de plus en plus terrorisé et dangereux au fur et à mesure de son développement. Voilà le programme monstrueusement cinématographique qui va vous tenir en haleine sinon vous émerveiller tout au long de votre visionnage du troisième coffret consacré à Ray Harryhausen et comprenant respectivement Le Monstre vient de la mer (It came from beneath the sea, 1955), Les Soucoupes volantes attaquent (Earth vs. the Flying Saucers, 1956) et À des millions de kilomètres de la Terre (20 Million Miles to Earth, 1957).

A-t-on encore besoin de présenter Ray Harryhausen ? Magicien des effets spéciaux et de l’animation dont la période d’activité fut conséquente (40s-80s avec une adaptation de conte démarrée en 1952 et terminée en 2002), le démiurge poète aux vers cinématographiques fantastico-monstrueux a su marquer l’imaginaire contemporain grâce à ses spectaculaires images et grandioses créatures et objets animés avec sensibilité et personnalité. Tim Burton, Dennis Muren, Phil Tippett, Steven Spielberg, Joe Dante… Autant de grands noms de l’imaginaire contemporain qui ont été biberonnés à la créativité de Ray Harryhausen.

Les pieds dans l’eau.

Après avoir plus ou moins bien édité Jason et les Argonautes, L’Île mystérieuse ou encore la trilogie Sinbad, Sidonis Calysta propose avec ce coffret n°3 de découvrir les trois longs métrages qui ont permis à Harryhausen d’asseoir son savoir-faire et son génie avant de poursuivre son ascension et d’atteindre son apogée avec les films précédemment cités, mais aussi Les Premiers Hommes dans la Lune (First Men in the Moon, 1963) et Le Choc des Titans (Clash of the Titans, 1981). Ces trois films constituent aussi les débuts de la longue collaboration entre Ray Harryhausen et le producteur Charles H. Schneer qui couvrira l’ensemble des films sur lesquels le magicien travaillera, avec la seule exception d’Un million avant J.C. (One Billion Years B.C., 1966).

L’intérêt de leur première collaboration, Le Monstre vient de la mer, réside moins dans l’intrigue humaine que dans l’épanouissement monstrueux. Un problème qui vient tant de la mise en scène que de l’écriture et de l’interprétation effacées derrière le déluge spectaculaire d’Harryhausen. Des problèmes qu’ils contribueront rapidement à résoudre par la suite, et ce dès Les Soucoupes volantes attaquent, qui réussit à nous embarquer avec son efficacité et son duo d’acteurs, Hugh Marlowe et Joan Taylor, prêts à croire à ce qu’ils jouent. Émotion face à la bêtise à l’origine de la confrontation, suspense quant à l’avenir de la race humaine, émoi face au spectacle de destruction toujours aussi prégnant plus de soixante ans après la sortie du film. Le titre, Les Soucoupes volantes attaquent, annonce un programme de série B voire Z ici transcendé par le savoir-faire de toute l’équipe créative. Ce n’est pas un film de science-fiction parmi d’autres, ni un film assez médiocre élevé par le talent de Ray Harryhausen. Les Soucoupes volantes attaquent tient, à l’image de La Guerre des Mondes d’Haskin (1953), d’un grand film du genre qui en a d’ailleurs été marqué pour l’éternité comme en témoignent les films Mars Attacks! (1996), Independance Day (1996), Men in Black (1997) ou encore la très sympathique série vidéoludique, Destroy All Humans! (2005-2020).

Avant Mars Attacks!, Independence Day et Destroy All Humans!

Enfin, À des millions de kilomètres de la Terre réussit le pari audacieux, grâce à la sensibilité, à l’animation encore perfectionnée et aux choix de Ray Harryhausen dans la supervision des scènes à effets visuels, de prendre le parti de la créature amenée puis traquée sur Terre, de plus en plus effrayée et alors de plus en plus dangereuse face au genre humain dont l’incarnation semble assez éteinte face au charisme et à l’émotion déchirante d’Ymir, alien volé à son destin dans d’autres contrées étoilées. Si le film de Nathan Juran – qu’on retrouve sur deux autres formidables aventures Harryhausen-iennes (Le 7e Voyage de Sinbad, Les Premiers hommes dans la Lune) – a aussi marqué l’histoire de l’imaginaire et de la technique cinématographiques, À des millions de kilomètres de la Terre constitue certainement l’expérience émotionnelle la plus saisissante du coffret. Saisissante d’autant plus qu’elle met parfaitement en lumière une caractéristique essentielle du travail démiurgique de Ray Harryhausen : une sensibilité d’abord au service des dieux, des monstres et de l’altérité, face auxquels l’humanité doit apprendre à réagir avec empathie, sagesse et imagination.

BLU-RAY HARRYHAUSEN

On pourrait de suite s’exaspérer du fait que les masters présentés par Sidonis Calysta sont en réalité les mêmes édités par Sony en Blu-ray en 2008 (puis en 2017 dans une édition anglophone chez Powerhouse Films), comme pour les deux premiers volets de la trilogie Sinbad. Mais l’éditeur français a corrigé les problèmes de cadrages notables sur Le Monstre vient de la mer ainsi que sur À des millions de kilomètres de la Terre. Ainsi obtient-on davantage d’image en haut et en bas de l’écran par rapport à l’ancienne édition. Ce qui constitue un vrai plus en termes de respect filmique. Aucun progrès cependant du côté de la restauration de l’image, mais les masters s’en sortent encore correctement malgré les mêmes problèmes de gestion parfois hasardeuse du grain, de manque de définition (ce qui amène à des images beaucoup trop douces) et d’artefacts (salissures, entre autres) remarqués plus ou moins régulièrement. Les problèmes sont notables sur les deux versions de chaque film.

En effet, Sony avant lui, l’éditeur Sidonis Calysta vous donne accès aux versions originales des films en noir et blanc, ainsi qu’à leurs versions couleurs conçues entre 2003 et 2007 par Legend Films avec le soutien et la contribution de Ray Harryhausen. Dans un bonus, ce dernier argumente en leur faveur en expliquant que les films auraient été conçus avec une pellicule couleur si le budget l’avait permis. Il explique aussi que la colorisation d’anciens films permet selon lui de leur donner une nouvelle vie et qu’il ne s’agit pas de coloriser des œuvres telles que Citizen Kane (1941) dont le noir et blanc contribue de façon essentielle à l’ambiance. Les techniciens responsables de Legend Films vont bien sûr dans ce sens en parlant de respect de l’œuvre. Mais ni eux, ni Harryhausen ne pensent au problème éthique de la colorisation : la création d’une nouvelle version rarement demandée par les créateurs mais par l’industrie hollywoodienne, encore moins accompagnée par les créatifs sinon les techniciens, pour des œuvres qui ont été conçues avec la prise en compte des contraintes techniques.

Le débat mis à part, le rendu général est correct, voire satisfaisant avec un aspect tendant vers le comic book même si certains trucages sont davantage visibles à cause d’un travail colorimétrique parfois beaucoup trop contrasté, manquant de nuances.

Ray Harryhausen en Couleur.

Du côté du son, on vous conseillera d’éviter la seule piste française présente dans le coffret, précisément sur Les Soucoupes volantes attaquent tant elle est datée et alors peu agréable à l’écoute. Entre la version surround 5.1 et celle stéréo mono d’origine, toutes deux restaurées, on vous conseillera la deuxième, plus punchy par rapport à la première qui apporte très peu d’amplitude au final.

Vous pourrez ensuite poursuivre l’expérience des films avec de multiples compléments intéressants distillés sur les trois galettes Blu-ray. Sidonis Calysta a repris la majorité des bonus présents sur les précédentes éditions Sony. On a pu remarquer qu’il en manquait quelques-uns, certains qu’on ne regrette pas tel le module « Regard d’aujourd’hui sur le stop motion » avec Kyle Anderson, un animateur étudiant présentant la chaîne de travail de cet artisanat, de la fabrication des éléments à leur animation. Ne nous mentons pas, Harryhausen explique et revient souvent sur ces techniques et en particulier sur son travail lors du complément « Souvenirs du film » – présent pour chacun des films sur chaque disque – dans lesquels lui, et de façon irrégulière, d’autres intervenants tels que John Bruno, Rick Baker, John Landis, Stan Winston (rien que ça), reviennent sur la genèse, la production du film et son impact sur les futures générations d’artistes truquistes et cinéastes constitués par ces derniers. On aurait toutefois pouvoir garder par exemple l’adaptation en comic book du Monster vient de la mer lisible avec sa télécommande directement sur le Blu-ray ou encore les galeries de photos finalement reportées dans le livret de Marc Toullec. Ce dernier, grand habitué des éditions DVD/Blu-ray (Hellraiser Trilogie, Zombie Cult’Edition, Les Voyages de Gulliver), revient sur le parcours des trois films (conception, réception) de façon chronologique, répétant au passage plusieurs anecdotes et citations des compléments vidéo. On réussira toutefois, comme souvent avec l’auteur, à trouver satisfaction dans la lecture de détails méconnus.

Le phénomène de croisement ou répétition des informations sera toutefois plus problématique dans les commentaires audio accompagnant les films par la redondance de nombreux propos alourdie par les déclarations de compliments certes attendues mais tout de même épuisantes. Vous trouverez ensuite, comme expliqué précédemment, un module sur la colorisation des films, ainsi qu’un module sur le matériel promotionnel d’époque destiné aux exploitants avec notamment la mise en avant du double programme. Vous pourrez enchainer avec complément intéressant mais beaucoup trop long sur Bernard Gordon, scénariste des Soucoupes volantes attaquent mis sur la fameuse liste noire créée lors de la chasse aux « sorcières » communistes par le sénateur McCarthy pendant la première moitié des années 50’. L’interviewé, un ancien de cette fameuse liste, exprime avec pudeur la joie pour lui et pour la Guide des Auteurs d’avoir pu réinscrire le nom de Bernard Gordon au générique du film. Il revient ensuite sur la création d’un comité dans les années 80’ ayant pour but de retrouver les films dont les scénaristes ont été effacés afin de réinscrire leur vrai nom, ainsi que l’histoire difficile de la guide qualifiée à l’époque d’organisation communiste. Il termine sur des exemples de films au(x) scénariste(x) effacé tels Le Pont de la Rivière Kwai (Bridge on the River Kwai, 1957).

Top 10 anglo-saxon des créations animées de Ray Harryhausen.

Après avoir consulté le retour pertinent de David Schecter (spécialiste américain des instruments de musique) sur les bandes-sonores originales des films, vous pourrez terminer avec deux interviews dont une avec Joan Taylor, l’atout cœur et charme des Soucoupes volantes attaquent et d’À des millions de kilomètres de la Terre. L’actrice revient sur son parcours, de son rêve de petite fille d’être actrice à Hollywood et non pas à New York, de ses premiers pas dans le Music-hall à la direction de spectacles à la Pasadena Playhouse, scène importante de l’état de Californie. Elle évoque aussi ses souvenirs de tournage, de ses premières interprétations dans des westerns au plateau des Soucoupes volantes attaquent, avec un tournage extérieur au Pentagone (ce qui serait probablement impossible aujourd’hui), une rapidité d’éxécution dans la production. Elle termine avec une déclaration d’amour à son mari Leonard Freeman, qui s’avère être le créateur de la série Hawaï Five-O (1968-1980), ainsi que par des remerciements à Ray Harryhausen pour l’avoir rendue « immortelle » dans deux classiques dont la pérennité la ravit. L’autre entretien met en lumière notre cher Ray Harryhausen interviewé par l’un de ses plus grands fans, Tim Burton, qui lui a dédié son film Mars Attack!. Les deux reviennent sur l’émotion et la personnalité des créations animées du spécialiste des effets spéciaux, sa sensibilité, son investissement financier personnel faute de budget assez important, sur les progrès du numérique qui sont superbes mais qui manquent selon eux encore d’une forme de magie propre à l’animation à la main. Ils poursuivent et terminent sur la colorisation des films (qui a décidemment pleinement satisfait Harryhausen), sur le fait que ses films, considérés comme série B, sont toujours vus et discutés à l’inverse de films à grand budget, sur la qualification des métrages considérés à l’époque comme films de genre horrifique et cela à tort, sur la lutte contre la censure et enfin sur l’importance qu’a accordé le créatif au son et à la musique dans la conception de ses créatures, monstres et autres grandes figures de l’imaginaire fantastique.

Le troisième coffret consacré à Ray Harryhausen par Sidonis Calysta a de quoi franchement satisfaire les fans et curieux malgré les quelques soucis notés. On peut ajouter un léger bémol concernant le packaging et les petites erreurs remarquées ici et là : « et même temps de plus en plus dangereuse » ; « liste noir » ; entre autres.

À des millions de kilomètres de la Terre, le meilleur volet du coffret ?

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES ET COMPLÉMENTS

Le Monstre vient de la mer (It came from beneath the sea – 1955) : en mission dans l’Océan Pacifique, un sous-marin américain chargé de missiles nucléaires, échappe de peu à une masse que son commandement ne parvient pas à identifier. Les recherches aboutissent vite : il s’agit d’une pieuvre, dont la radioactivité aura poussé à la croissance au-delà des lois de la nature. Capable d’engloutir un grand bateau, la créature se dirige désormais vers San Francisco où, après avoir détruit le pont du Golden Gate, elle déploie ses monstrueux tentacules…

Technique

1.78 – 16/9 – MPEG-4 AVC 1080p HD – 24p – Noir & Blanc -ou- Couleurs – Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1 – Fantastique/Science-fiction – États-Unis – Durée : 79 mn

Bonus

Tim Burton face à Ray Harryhausen (27’)

Matériel publicitaire d’origine (18’)

Souvenirs du film avec Ray Harryhausen (21’)

Commentaire audio avec Ray Harryhausen, Arnold Kunert, Randy Cook, John Bruno

Les Soucoupes volantes attaquent (Earth vs. the Flying Saucers – 1956) : responsable d’un programme de lancement de fusées, le professeur Marvin entre brièvement en contact avec une coupe volante. Bientôt, ce sont d’autres engins, en provenance des profondeurs de l’espace, qui survolent les grandes villes du monde. La tension monte et les premiers coups de canon retentissent. Si Marvin et sa femme, une scientifique, découvrent que les Aliens n’avaient aucune intention agressive, il est déjà trop tard. Sous le feu des rayons destructeurs des soucoupes, le monde s’embrase…

Technique

1.78 – 16/9 – MPEG-4 AVC 1080p HD – 24p – Noir & Blanc -ou- Couleurs – Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1 -et- Français DTS-HD Master Audio 2.0 – Fantastique/Science-fiction – États-Unis – Durée : 83 mn

Bonus

Entretien avec Joan Taylor (17’)

Bernard Gordon sur la liste noire (29’)

Souvenirs du film avec Ray Harryhausen (21’)

Commentaire audio avec Ray Harryhausen, Arnold Kunert, Jeff Okun et Ken Ralston

À des millions de kilomètres de la Terre (20 Million Miles to Earth – 1957) : de retour d’une longue expédition sur Vénus, la fusée d’une mission spatiale s’écrase au large de la Sicile. À bord, un seul survivant, le colonel Robert Calder, ainsi qu’un cocon qui libère une petite créature. La preuve d’une vie extraterrestre. Terrifiée par ce nouvel environnement et en même temps de plus en plus dangereuse, son métabolisme la faisant grandir démesurément, la chose d’un autre monde s’échappe, traquée par l’armée jusqu’au sommet des ruines du Colisée de Rome…

Technique

1.78 – 16/9 – MPEG-4 AVC 1080p HD – 24p – Noir & Blanc -ou- Couleurs – Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1 – Fantastique/Science-fiction – États-Unis – Durée : 82 mn

Bonus

David Schecter sur la musique du film (22’)

La colorisation (des trois films) (11’)

Souvenirs du film par Ray Harryhausen (27’)

Commentaire audio avec Ray Harryhausen, Arnold Kunert, Dennis Muren et Phil Tippett

COFFRET RAY HARRYHAUSEN N°3 – Blu-ray – édité par Sidonis Calysta

Sortie le 15 octobre 2020 – prix indicatif public : 39,99€

Aussi disponible en DVD.

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