Rétro Tim Burton : Mars Attacks – Critique

Au milieu des années 90, Burton est au sommet de sa créativité. Sa vision résolument sombre des Batman, la poésie gothique d’Edward aux mains d’argent et le biopic d’Ed Wood en ont fait une valeur sûre d’un cinéma différent, loin des canons d’Hollywood et attirant un public en quête d’univers oniriques et délirants. C’est alors qu’arrive Mars Attacks, œuvre loufoque et résolument inclassable. Après Tarantino, qui trouve son inspiration dans les magazines Pulp de sa jeunesse, Burton fait encore plus fort en prenant pour point de départ…des cartes à collectionner offertes dans des paquets de chewing-gum. Ah, les années 90…

Y a-t-il un président pour sauver la Terre ?

Difficile, même 18 ans après, de vraiment cerner ce Mars Attacks. S’agit-il d’une sorte de parodie déjantée se moquant des films d’invasions extra-terrestre et du syndrome de toute-puissance des États-Unis au cinéma ? Après tout, le film est sorti quelques mois après Independence Day (coïncidence ?). Ou bien s’agit-il d’une simple farce cosmique, pour un Tim Burton décidé à surprendre ses fans comme ses détracteurs en s’ingéniant à ne pas suivre les sentiers battus ? Toujours est-il que le scénario est plus une enfilade de sketches autour des pires caricatures du genre qu’une véritable histoire de SF.

Pas moins de 23 personnages s’y suivent et s’y télescopent, de la hippie post-Woodstock et ses colombes au redneck ultra-patriotique et bas du front, en passant par un président incapable et sa famille névrosée. Fidèle à sa réputation, Burton montre une nouvelle fois sa passion pour les freaks à travers ce combat entre des aliens verdâtres et bavards et cette humanité condamnée à disparaître, victime de sa propre stupidité. À noter d’ailleurs que le film est probablement la plus belle brochette de stars affichée dans un seul film pour l’époque. Quand on sait que Johnny Depp ou Michael Keaton, ses deux chouchous, auraient dû figurer au casting…

En rouge et vert

Visuellement inspirée des fameuses cartes à collectionner, la direction artistique est un déluge de couleurs flashys et de trouvailles de plus ou moins bon goût. Tim Burton est au sommet de son art, lâchant totalement la bride à son casting qui prend visiblement un pied monstrueux. Il s’amuse comme un petit fou à s’approprier les codes du film catastrophe pour mieux les détourner, un peu comme il l’avait fait avec les films de super-héros et Batman. Petit problème, le succès ne sera cette fois plus au rendez-vous. Mars Attacks parvient tout juste à rentrer dans ses frais sur le sol américain, et ne fera guère mieux à l’étranger.

S’il a acquis avec les années un statut de culte, le film divise toujours autant. Pour certains, il s’agit de son sommet, et Burton s’est détérioré depuis. Paradoxalement, ce n’est qu’à partir de ce film qu’il commence à rencontrer le succès commercial. Pour d’autres, il ne s’agit que d’une purge visuelle d’une vacuité terrifiante. Chacun se fera son propre avis, bien sûr, mais il est difficile de nier le caractère à part de Mars Attacks dans le paysage cinématographique, et même dans la filmographie de son auteur.

Synopsis : Effervescence sur la planète Terre. Les petits bonshommes verts ont enfin décidé de nous rendre visite. Ils sont sur le point d’atterrir dans leurs rutilantes soucoupes. La fièvre des grands jours s’empare de l’Amérique dans une comédie de science-fiction nostalgique des années cinquante.

Mars Attacks! : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ukTX26ca9gU

Mars Attacks! : Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Jonathan Gems
Interprétation : Jack Nicholson (le président Dale), Glenn Close (Marsha Dale), Pierce Brosnan (Donald Kessler), Natalie Portman (Taffy Dale), Annette Bening (Barbara Land)
Producteurs : Tim Burton, Larry J Franco, Paul Deason
Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Warner Bros
Distributeur : Warner Bros France
Genre : Comédie/Science-fiction
Date de sortie : 26 février 1997

USA – 1996

Auteur : Mikael Yung

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.