Men in Black : Un morceau de pop culture
Il est d’usage aujourd’hui de railler les années 90, cette époque obscure bloquée entre l’effervescence joyeuse des années 80, où l’Amérique pouvait encore crier « fuck yeah » à la face du monde, et l’explosion des nouvelles technologies numériques des années 2000. Entre les deux, on se plaît à dire que l’on n’a pas retenu grand chose, si ce n’est les pulls pastels, les pokémons, et Britney Spears. Admettons le, on a tous préféré oublier le discman (ou baladeur CD), le mini-disque et le hip-hop « cool » de Biz Marckie et Markie Mark (Mark Walberg). Pour le cinéma c’est à peu près pareil, on aime dire qu’il y a eu une sorte de vide artistique, malgré l’émergence de cinéastes reconnus tel Fincher, Burton ou Michael Bay… oui Michael Bay, souvenez vous d’Armageddon, gros succès de l’époque. Pourtant de cette période étrange, est apparu un symbole qui s’est ancré dans la pop culture. Tout le monde les connait et en a déjà entendu parler au moins une fois. Qui sont ils ? Ils sont nous, ils sont eux, ils sont les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention) ils sont… Les Men in black !
Juste un fragment de notre imagination…
Au départ, il s’agissait seulement d’une légende urbaine apprécié des complotistes et ufologistes de tous poils. Une théorie comme quoi le gouvernement chercherait systématiquement à couvrir les apparitions d’aliens sur notre planète, envoyant des agents spéciaux pour effacer les traces. Êtres surnaturels ou organisation secrète, les théories sont diverses et variées, mais un détail revient sans cesse : ils sont par groupe de 2 ou 3 et sont toujours vêtus de costumes noirs. Puis cette rumeur a donné naissance à un comics écrit par Lowell Cunningham et illustré par Sandy Carruthers, publié par Malibu Comics. L’idée fait son chemin, tranquillement, mais reste cantonnée au domaine de la culture Geek, encore marginale à l’époque. Toutefois, le potentiel du sujet suffit à convaincre les producteurs de lancer une adaptation au cinéma. Le premier film sort en 1997, réalisé par Barry Sonenfield, ancien directeur photo des frères Coen, et réalisateur apprécié pour sont travail sur l’adaptation d’une autre bande dessinée : La famille Adams de Charle Adams. L’histoire raconte l’enquête de l’agent K, chargé de réguler l’activité extraterrestre sur la planète terre, aidé par James Edward, une jeune recrue qui deviendra l’agent J. Ensemble, ils doivent arrêter le criminel Edgard, avant que celui-ci ne déclenche une guerre inter planétaire. Le rôle de K avait d’abord été proposé à Clint Eastwood, qui le refusa, avant que Tommy Lee Jones, amusé par le scénario, accepte. Plusieurs acteurs furent envisagés pour le rôle de J, tel Chris O’Donell qui refusa après le flop Batman & Robin, et David Shwimmer. C’est finalement Will Smith qui est choisi, refuse d’abord le rôle, avant que sa femme le persuade de revoir sa décision. Il aurait pu le regretter, car Men in black est un succès surprise, et fait de lui une star internationale (plus de 500 millions de recettes dans le monde).
Son succès, le film le doit probablement à ce paradoxe : il parle d’aliens, et est un ovni lui même. A la fois film policier mettant en scène un duo improbable (le vieux briscard et le jeune cool), comédie familiale, film de science fiction et un peu film d’horreur, l’ensemble est une sorte de foutoir visuel ou se confronte référence pop, univers pulp, blagues potaches et effets spéciaux délirants. On est assez loin du produit formaté, car si le scénario n’est pas très original, il n’est finalement qu’un prétexte pour faire découvrir au spectateur un univers fantastique ou les possibilités semblent infinies. L’idée est simple sur le papier, mais tellement brillante : et si, dans notre vie de tout les jours, nous étions cernés d’extra-terrestres ? Si tous ces gens bizarres que l’on croisent dans la rue venaient en vérité d’un autre monde, et qu’une agence serait chargé de réguler tout ça ? Il n’en faut pas plus pour laisser le génial maquilleur Rick Baker, le designer Bo Welch et la jeune société ILM déployer des trésors d’imaginations pour mettre en place un univers formidable qui fourmille de détails absurdes. Tête qui repoussent, exosquelettes, lombrics accroc au café, chien qui parle, octopodes informaticiens, bébés calamars… Rarement un film avait proposé une telle diversité dans son bestiaire, mais la grande réussite de Baker restera surtout le maquillage d’Edgar (Vincent d’Onofrio), cafard géant se servant de la peau d’un fermier comme déguisement, qui s’abîme de plus en plus au fil du temps, devenant véritablement effrayant.
Les effets spéciaux sont une des grande réussite du film, mais leur donner tout le crédit du succès serait injuste. Ce que le public aura surtout retenu, c’est le duo d’acteur Tommy Lee Jones/ Will Smith qui, contre toute attente, fonctionne mieux que bien. Les deux acteurs sont devenus quasiment indissociables dans l’imaginaire collectif. Déjà, le film à réussi a rendre Tommy Lee Jones drôle, ce qui n’est pas une mince affaire. L’acteur, que l’on connaît surtout pour ses rôles sérieux, utilise à la perfection son mutisme coutumier pour déclencher le rire face à un Will Smith plus électrique et « cool ». Deux styles de jeu antithétiques qui se complètent à la perfection, donnant au film une identité comique assez inédite. L’humour du film fonctionne surtout par son ton décalé. Les blagues sont relativement drôles, mais lorsqu’elle sont dites avec le ton le plus sérieux du monde, par deux gugusses en costume noir, elles deviennent 
Back in black

Il faudra attendre 2002 pour voir une suite au cinéma. Un deuxième film très attendu qui aura pourtant déçu beaucoup de gens par plusieurs aspects, particulièrement son scénario jugé un peu niais et débile. Il est vrai que cette histoire étrange de « lumière de Zarta », couplée à une romance un peu trop fleur bleue, n’est pas véritablement trépidante. De plus quelques détails relatifs au premier film en auront fait tiquer certains. Le retour de K, malgré son départ à la fin du premier film, sonnant comme une volonté des producteurs de renouer coûte que coûte avec le succès, mais également, plus anecdotique tout de même, la disparition de L’agent L (Linda Fiorentino), qui rejoignait le MIB après la victoire contre Edgar, a peine expliquée au détour d’une conversation avec Z (Rip Torn). Une occasion manquée de rajouter un peu de féminité dans ce monde d’hommes. Mais le film n’est pas non plus un échec complet, la même équipe technique est de retour et réinvente l’univers que l’on aimait tant, en le faisant évoluer. Les armes on l’air plus futuristes, de nouvelles races aliens font leur apparition, jouant plus encore avec les échelles de taille que ne le faisait le premier film, en allant jusqu’à inventer un « peuple du casier de la gare » et une méchante entièrement végétale, la plante carnivore Seerlina (Lara Flynn Boyle), adoptant les mensurations d’un mannequin Victoria Secrets. On croise également un ver géant métro-phage, un testigeule et Michael Jackson.
Néanmoins, ce qui aura dérangé le plus de fans, c’est l’aspect auto-parodique du film. Au lieux de développer son univers et le faire évoluer, Men in Black 2 reprend plus ou moins la structure du premier film, en reformant son duo iconique, tout en le détournant, appuyant plus encore l’humour potache et l’aspect cheap du scénario, qui ressemble sérieusement à une mauvaise série B, ce dont les scénaristes semblent conscients en intégrant une caricature d’émission ufologique aux effets spéciaux risibles, présentée par Peter Graves. 
Boucle temporelle
Pourtant il faudra encore attendre avant de retrouver les agents J et K dans de nouvelles aventures. Malgré le succès du second, aucune suite n’est annoncée, les Men in black semblent avoir rangé leur costumes au placard. C’est en 2009 que Sony annonce enfin un troisième épisode, sans en dire plus sur la teneur de l’intrigue. La nouvelle est plutôt bien accueillie, preuve que les personnages on encore une place dans le cœur du public mais malheureusement les tuiles s’accumulent. Le scénario ne cesse d’être réécrit et le tournage commence sans que celui-ci soit finalisé, prend du retard…et tout cela se ressent sur le produit final. Will Smith et Tommy Lee Jones reviennent (malgré ses hésitations), mais il aura fallu attendre 10 ans pour voir ces nouvelles aventures et du coup, l’univers que l’on aimait a beaucoup changé. Nous sommes en 2012, Rip Torn ne revient pas en Z, remplacé par l’agent O joué par Emma Thompson et beaucoup de choses semblent avoir disparu sans explications comme Franck 
On a aussi l’impression que le film est un peu a part, en présentant un univers légèrement différent, plus lisse et un peu moins étrange qu’a l’accoutumée. Aucune référence n’est faite au sujet de l’ex femme de K (pourtant évoquée dans les deux premiers), remplacé ici par un vague flirt avec l’agent O plus jeune (Alice Eve), malheureusement réduite au rang de blonde de service. On peu aussi remarquer que présenter le MIB dans les années 60 comme une entreprise à la Mad Men, détruit finalement l’aspect anachronique de l’agence.
Mais maintenant peut on espérer une suite ? Probablement pas. Sony pictures à déjà annoncé un reboot de la saga manifestement sans Will Smith, et il est peu probable que Tommy Lee Jones rempile, vu sa présence raccourcie dans le troisième volet. On imagine déjà les fans râler devant ce projet, car le concept de reboot n’a pas vraiment la côte. Il suffit de voir la saga Amazing Spiderman détruite par une horde de rageux avant même la sortie du film, pour le seul crime que Sam Raimi n’était pas aux manettes… Pourtant en prenant du recul, l’idée ne semble pas si mauvaise. Après tout Men in Black 3 concluait bien l’histoire de J et K, en remettre une couche serait peut être suicidaire, et comme on l’a dit, si le duo fonctionne très bien, c’est surtout l’univers de la saga qui lui donne son identité particulière. Tout y est possible, alors pourquoi ne pas raconter de nouvelles histoire en conservant le même concept ? Donnons leur chance au producteurs, regardons s’ils sont capables d’imaginer de nouvelle facette à cet univers, tout en y ajoutant un peu de sang neuf. Le principe de base est tellement simple qu’il ouvre des centaines de portes possibles (sauf cette idée de cross over avec 21 jump street, là c’est vraiment trop bête). La franchise pourrait même se développer à la télévision, cela pourrait donner quelque chose de fun, ou en jeu vidéo (autre que les nullités déjà sorties à la suite des films) tout en gardant ce ton particulier. Les producteurs aurait tort de laisser tomber, car plus que les super héros qui cartonnent aujourd’hui, le motif de l’homme en noir est connu de tous et facilement identifiable.
On ne peut pas nier que les films ont eu une certaine influence. Qui, aujourd’hui, n’y pense pas automatiquement dès qu’il voit quelqu’un portant un costume et des lunettes noires (les blues brothers ça marche aussi me direz vous) ? Et comment ne pas y penser en voyant des personnages aussi divers que le G-man de Half-life, les silences de Doctor Who ou encore l’agent du FBI qui poursuit Simon Pegg et Nick Frost dans le film Paul de Greg Motola? Même l’agent Coulson de l’univers cinématographique Marvel en semble inspiré. Non les Men in Black ne sont pas morts, bien au contraire, et les possibilités qui s’offrent à eux pour l’avenir sont pour l’instant infinies. Cette saga ne ressemble à aucune autre, et la seule crainte que l’on pourrait avoir, c’est de la voir dépossédée de son identité et de son étrangeté qui détonne dans le paysage un peu trop lisse des blockbuster hollywoodiens.
Will Smith – Men In Black





