Sin City : J’ai Tué pour Elle, un film de Frank Miller – Critique

Sin City : J’ai Tué pour Elle : Un exercice de style visuel bluffant assorti d’un scénario relativement bancal…

Sin City : J’ai Tué pour Elle, n’a jamais constitué qu’un hommage. L’hommage d’un homme de cinéma à une bande dessinée, toute droit sortie d’un auteur cynique, désabusé et esquissant dans ses traits de crayons l’inquiétude et la peur de ce monde nouveau, un monde dangereux, pressé, ayant perdu sa morale au détriment de pouvoir ou d’argent. Une BD ou comic constituant à elle seulE un hommage à tout un pan de la culture cinématographique US : le film noir. Un genre aujourd’hui défendu par Martin Scorsese, les frère Coen ou encore Brian de Palma, préférant tisser un tableau austère, lugubre, froid, suspicieux, plutôt qu’une myriade de personnages sans profondeurs et sans charismes.

Et dans ce sens, voir Robert Rodriguez à la barre de ce projet avait constitué dès le départ une surprise. Lui un énergumène dopé aux VHS et slashers des 70’s, bon qu’à filmer de minables séries B ou Z et à voguer dangereusement vers les cimes du moviemaking mercantiliste outrancier. Un choix improbable, voire voué à l’échec, mais qui se révèle après étude, parfaitement cohérent. Car cet énergumène, grand pote de Quentin Tarantino partage avec ce dernier, l’amour du cadre, préférant ainsi dépeindre d’abord l’univers dans lequel évolueront les personnages que les personnages eux-mêmes.

Une toile de fond, un univers capital que cette ville du péché. Cette Babylone d’où émane le vice, la violence et le stupre, est le lieu de pérégrinations de flics, qu’ils soient ripoux ou intègres, tueurs, hommes d’églises, sénateurs, strip-teaseuses et pédophiles. Une brochette de personnages tarés, évoluant dans une ville aux airs de prisons mentale et sociale, qui tel un aimant, attire tous les pourris.

Polar urbain stylisé et violent, Sin City avait ébranlé la planète ciné pour avoir été le premier film entièrement tourné sur fond vert et qui malgré un casting dithyrambique (Bruce Willis, Mickey Rourke, Rutger Hauer, Elijah Wood, Josh Hartnett, Clive Owen ou encore Benicio Del Toro) avait su capter l’attention par une de ses spécificités attirant bien malgré elle le regard : son ton monochrome.

Forme picturale reléguée à symboliser le virage entrepris par le cinéma lorsqu’il est passé à la couleur, le style monochrome utilisé ici, en plus d’épouser la prose des comics d’origine de Frank Miller, parvient tout simplement à conférer au film un parfum rétro-futuriste impressionnant, évoluant constamment dans un cadre contemporain ou se reflètent les maux du monde moderne entre violence urbaine, corruption endémique et mégapoles tentaculaires, tout en revendiquant une partie de son univers aux 50’s avec cigarette, alcool à outrance et ton très sombre.

Une réussite formelle indéniable toutefois entachée par des soucis de narrations récurrents, donnant au film un rythme clairement distordu, conséquence de la difficile transcription de la case de BD à la pellicule monochrome.

Fort d’un succès loin d’être immérité et une publicité cannoise inespérée (le film fut en effet au sein de la Compétition du Festival de Cannes 2005), Sin City avait généré bien malgré lui une horde de fans irréductibles, prêts à tout pour voir la suite des aventures de Marv, du sénateur Roarke ou de Dwight McCarthy.

A force de cris de désespoir d’une communauté de fans se sentant oubliés et ressemblant années après années à d’intenses sollicitudes véhémentes, Sin City J’ai Tué Pour Elle est finalement arrivé finalement sur la planète ciné et ce, quelques neuf ans après la sortie du premier. Neuf années d’attentes lancinantes, de doutes, de questionnements harassants et de frayeur, attestant du chemin de croix quasi matriciel auquel a dû se plier Robert Rodriguez pour sortir la suite tant attendue de son chef d’œuvre.

BACK IN BLACK

Après être retombé dans les travers de son cinéma popcorn ultra référencé, à la fois empli de niaiserie et de jouissance, fait d’invasion de zombies (Planète Terreur) et de survival dopé au tacos et aux tapins (Machete) tout en opérant une renaissance à la nouvelle mascotte Old El Paso, Robert Rodriguez accompagné de Danny Trejo a  finalement repris le chemin des studios pour s’attaquer à l’arlésienne de sa filmographie.

L’objectif officieux : combler les attentes des fans profondément étiolées face à l’émergence massive de productions 3D pétaradantes (Gravity, L’Odyssée de Pi, Avatar) tout en évitant l’erreur de parcours, représentée par le banal film de commande sensé rehausser le parcours de son auteur.

Four monumental aux States, avec seulement 6,5 millions de dollars récoltées pour son premier week-end d’exploitation (à titre d’exemple Les Gardiens de la Galaxie en ont fait 94), Sin City : J’ai Tué pour Elle arrive affublé d’un nombre conséquent de casseroles, si ce n’est d’exécutions critiques US en bonne et due forme, dont la quasi-unanimité ne pouvait qu’accroitre la curiosité apportée sur cette œuvre étrange.

Les fans auraient-ils trop attendus ? Signe avant-coureur de la piètre qualité du film ? Ou simplement banalisation de ce genre de produits hyper-stylisés dépeignant un univers magnifique pour cacher un scénario la plupart du temps assez pauvre ? Difficile à dire….

VOL AU DESSUS D’UN NID DE COUCOUS

Nous revoilà donc, à Sin City, John Hartigan s’est sacrifié pour protéger la seule femme n’ayant jamais compté dans sa vie, la strip-teaseuse Nancy Callahan. Dwight McCarthy, revient à Sin City récupérer son amour perdu, symbolisée par l’envoûtante et sensuelle Ava Lord, tandis que Johnny, fils illégitime du sénateur Roarke, arrive dans la ville du péché pour régler ses comptes avec son paternel.

En somme, une pluralité d’histoires empruntant autant au préquel qu’au séquel, et provoquant dans le cerveau de son spectateur une surprise assez forte, tant voir un tel contenu assimilable à un numéro de funambule sans filet de sécurité, ne mérite tout simplement pas neuf ans d’attente.

Car encore une fois, Rodriguez se joue de son spectateur en promettant monts et merveille, alors qu’à l’écran le résultat est pauvre. Ne pouvant plus compter sur l’effet de surprise généré par le teint monochrome du premier opus, ce deuxième film dévoile au grand jour tous les défauts du premier qui malheureusement étaient déjà conséquents : des histoires à la durée inversement proportionnelles à leur importance, une galerie de personnages la plupart du temps peu exploités, si ce n’est inutiles (pourquoi sortir Doc Brown de sa retraite ?), un rythme distordu voire long, une nouvelle fois un univers stylisé impressionnant.

Presque seul mérite du film, l’univers Noir et Blanc stylisé ne vaut que pour son ajout de la 3D qui confère à Sin City : j’ai tué pour elle, une profondeur permettant de rapprocher l’image à une case de BD telle qu’imaginée par Frank Miller. Couplé à un jeu d’acteur inégal (Eva Green en femme fatale dénudée est le seul personnage valant la peine) et des musiques omniprésentes quasi dérangeantes, ce Sin City charmera sans doute les spectateurs peu regardants mais ne satisfera pas la horde de fan de Miller qui se sentiront esseulés.

Synopsis: Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv… Tous vont se retrouver à Sin City…

Fiche Technique: Sin City : J’ai Tué pour Elle (Sin City : A Dame to Kill for)

Américain – 2014
Réalisation: Robert Rodriguez, Frank Miller
Scénario: Frank Miller d’après: la série de bandes dessinées Sin City de: Frank Miller
Image: Robert Rodriguez
Interprétation: Eva Green (Ava Lord), Josh Brolin (Dwight McCarthy), Jessica Alba (Nancy Callahan), Bruce Willis (John Hartigan), Mickey Rourke (Marv), Joseph Gordon-Levitt (Johnny), Rosario Dawson (Gail)…
Genre: Action, Thriller, Drame
Son: Angelo Palazzo, Clark Crawford, Tim Rakoczy
Montage: Robert Rodriguez
Musique: Robert Rodriguez, Carl Thiel
Producteur: Robert Rodriguez, Aaron Kaufman, Stephen L’Heureux, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Mark Manuel
Production: Troublemaker Studios, Miramax Films, Aldamisa Entertainment
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 17 septembre 2014
Durée: 1h42

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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