« Schlock » : à savourer comme une panade à la banane

Carlotta nous propose de découvrir Schlock, le premier film de John Landis, en DVD/Blu-ray, dans une version restaurée 4K. Cette parodie de film de monstre apparaît légère et décomplexée, mais certainement pas dénuée d’intérêt.

Il n’est pas interdit de penser à Edgar Allan Poe en visionnant Schlock. La ville de Canyon Valley se voit décimée par un tueur en série dont les scènes de crime ont la particularité d’être recouvertes de peaux de bananes. Les policiers, étourdis, voire puérils, n’ont pas le début d’une piste, comme l’affirme sans honte l’inspecteur Wino au reporter Joe Putzman. Ce dernier ne semble pas contrarié pour autant : il propose à ses téléspectateurs, dans la foulée, de participer à un concours consistant à découvrir combien de corps sont entassés dans des sacs, pour gagner… des plats surgelés. Tout Schlock est là : un représentant de l’ordre annonçant potentiellement « des centaines de milliers de victimes », un monstre inspiré de Double assassinat dans la rue Morgue, des contrechamps hilarants de pathétisme, une nuée de dialogues absurdes souvent savoureux…

Pour ses débuts au cinéma, John Landis s’essaie à un genre délicat : la parodie. Il embrasse 2001 : l’Odyssée de l’espace, La Belle et la Bête, le film de monstre, tout en citant à l’écran des films tels que Le Blob. Chaque élément du récit est un nouveau prétexte à l’humour et à l’absurde : une tirade policière exigeant « huit voitures et trois hommes » ; l’interview cocasse d’un scientifique ; un gorille se pavanant parmi la foule sans que personne ne s’en préoccupe ; une aveugle le confondant avec un chien et l’envoyant courir après une branche ; cette même jeune femme, une fois la vue recouvrée, recevant de son petit ami un ouvrage d’initiation à la sexualité ; un monstre terrifié par ceux du cinéma ; une voiture démembrée devant son propriétaire impuissant ; et même la bordure d’un trottoir, tellement haute qu’il en devient difficile d’ouvrir la portière de son véhicule. « Loufoque » et « calamiteux » : les propres mots de John Landis semblent en effet fidèles à ce que représente son film.

Bien entendu, l’exercice est parodique et le futur réalisateur des Blues Brothers et du Loup-garou de Londres ne se prend pas une seconde au sérieux. Ça cabotine, ça se perd en visions subjectives rudimentaires, ça brocarde avec cynisme la télévision, la police et même les spectateurs irritants des salles de cinéma… Schlock, le « chaînon manquant » de l’humanité, s’apparente à un juke-box à gags et quiproquos, sitôt humanisé, déjà défait. Et pourtant, sans avoir l’air d’y toucher, le film produit son petit effet. Les 80 minutes de péloche s’écoulent à une vitesse folle et on décroche plus de sourires béats qu’on ne voudrait l’admettre. Le Bertrand Blier de Buffet froid avait une science de l’absurde que l’on retrouve, et pas seulement sous forme lyophilisée, dans cette petite comédie méconnue. Il est peut-être temps de la réhabiliter.

BONUS

Parmi une pelletée de bonus, un retiendra en particulier notre attention. Il s’agit d’une interview de John Landis d’une quarantaine de minutes, au cours de laquelle le réalisateur raconte sa passion du cinéma née après le visionnage d’un Ray Harryhausen, puis raconte son admiration pour Massacre à la tronçonneuse, revient sur son parcours du courrier de la Twentieth Century Fox à un poste d’assistant pour le long métrage De l’or pour les braves, avant d’apprendre les ficelles du métier de réalisateur avec Schlock (et notamment le montage du film, le prix des costumes ou la difficulté à dénicher des distributeurs).

Fiche technique

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC •  Version Originale / Version Française DTS-HD Master Audio 1.0 • Sous-Titres Français •  Format 1.78 • Couleurs • Durée du Film : 79 mn

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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