La 71e édition du Festival de Cannes complète sa Sélection officielle avec 10 films, parmi les ajouts en compétition, on trouvera Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (avec Vanessa Paradis), et les très attendus longs-métrages, The House That Jack Built du réalisateur danois Lars von Trier, présenté hors compétition, alors que L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam sera projeté lors de la cérémonie de clôture le 19 mai.
L’enfant terrible Lars von Trier de nouveau bienvenu sur la croisette
Pierre Lescure, président du Festival, et son conseil d’administration ont décidé le retour de Lars von trier, banni depuis sept ans, Palme d’or 2000, en Sélection officielle pour Dancer in the Dark. En 2011, venu présenté son film Melancholia en compétition pour lequel l’Américaine Kirsten Dunst remporta le prix de la meilleure interprétation féminine, le réalisateur est déclaré persona non grata sur la Croisette, suite à des propos polémiques tenus lors d’une conférences de presse. Son nouveau film The House That Jack Built (avec Uma Thurman, Bruno Ganz, Sofia Grabol, Riley Keough, la petite-fille d’Elvis Presley), suit les traces d’un serial killer interprété par l’acteur américain Matt Dillon, sera projeté Hors Compétition, indique le célèbre Festival international du cinéma dans un communiqué.
Don Quichotte le film maudit de Terry Gilliam en clôture
Le cinéaste a passé près de vingt ans sur ce projet, après un premier tournage avorté en 2000 et divers déboires qui ont fait l’objet d’un documentaire intitulé Lost in La Mancha en 2002, le film a failli ne pas sortir en raison d’un conflit avec le producteur Paulo Branco, finalement résolu début avril. « Il fallait la magie du Festival de Cannes pour rompre le sortilège et présenter enfin au monde entier ce film mythique, attendu avec ferveur depuis plus de 20 ans« , se sont félicités jeudi les producteurs et distributeur du film. Au générique de The Man Who Killed Don Quixote, on retrouve Olga Kurylenko, Adam Driver et Jonathan Pryce, l’œuvre sera projeté en clôture le 19 mai et sortira en même temps en France.
21 films en lice pour la Palme d’or
L’édition 2018 qui débute le 8 mai compte désormais 21 longs-métrage, dont trois films en compétition Ayka de Sergey Dvortsevoy (reparti avec le prix Un Certain Regard en 2008 pour Tulpan), Ahlat Agaci/The Wild Pear Tree/Le Poirier sauvage, l’histoire d’un homme qui rêve d’être écrivain et retourne dans son Anatolie natale du Turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d’or 2014 avec Winter Sleepet Un couteau dans le cœur du Français Yann Gonzalez, (un second long métrage 5 ans après Les rencontres d’après minuit), sur une productrice de porno gay.
Muere, Monstruo, Muere (Meurs, monstre, meurs) de l’argentin Alejandro Fadel : Fin de l’hiver, une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes.
Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé, au pied de la montagne. Un homme, David, porté disparu depuis des jours, est recherché en vain par la Police Rurale.
Chuva E Cantoria Na Aldeia Dos Mortos (The Dead and the Others / Les Morts et les autres) du portugais João Salaviza et de la brésilienne Renée Nader Messora
Donbass de l’ukrainien Sergey Loznitsa le réalisateur d’Une femme douce, présenté l’an dernier en compétition, fera l’ouverture le mercredi 9 mai : « Quand on appelle “paix“ la guerre, quand la propagande est présentée comme la vérité, quand on appelle “amour“ la haine, c’est là que la vie même commence à ressembler à la mort. Le Donbass survit. Manuel pratique de l’enfer. »
Séance Spéciale
Le film d’animation Another day of life de Damian Nenow et Raul De La Fuente.
Fahrenheit 451 en séance de minuit
Les festivaliers pourront voir la nouvelle adaptation du roman culte Ray Bradbury Fahrenheit 451, celle de l’américain Ramin Bahrani avec Sofia Boutella, Michael B. Jordan et Michael Shannon, plus de 50 après celle de François Truffaut.
Un documentaire de l’écossais Kevin Macdonald sur la chanteuse Whitney Houston.
Amateurs de films d’aventure hollywoodiens à l’ancienne, voici une bonne nouvelle : la sortie, pour la première fois en DVD et Blu-Ray, chez ESC Distribution, de La Révolte des Cipayes, de Laslo Benedek, avec Rock Hudson.
Synopsis : 1856. L’Inde est entre les mains des Britanniques depuis un siècle. Au Nord-Est, les Fusiliers du Bengale, compagnie où des soldats indiens sont commandés par des officiers britanniques, assiègent un fort où se sont retranchés les rebelles de Siri Nath. Parmi ces officiers, le capitaine Jeff Claybourne est particulièrement apprécié de ses hommes, qu’il traite avec respect.
C’est juste après son grand succès, L’équipée sauvage (le film où Marlon Brando tenait le rôle d’un motard, avec blouson noir et grosse cylindrée), que Laslo Benedek se voit confier cette adaptation d’un roman de Hall Hunter inspiré de faits réels. Ces faits, comme on l’apprend dans un très bon entretien en complément de programme avec la romancière et philosophe Catherine Clément, constituent donc le premier acte de la guerre de décolonisation des Indes britanniques : des soldats hindous et musulmans se révoltent contre leurs officiers, et les Occidentaux en général. Le conflit durera un an et demi.
La Révolte des Cipayes, pour commencer, contient tout le charme de ces films d’aventure hollywoodiens se déroulant en Inde. Il s’inscrit dans la droite ligne des Trois lanciers du Bengale (de Henry Hathaway avec Gary Cooper) et Gunga Din (le film qui a inspiré Indiana Jones et le Temple Maudit, d’après un poème de Rudyard Kipling, réalisé par George Stevens, avec Cary Grant).
On y trouve donc, pêle-mêle : des fusillades, des danses colorées, un rajah mystérieux dans son palais somptueux, une jungle où l’on chasse le tigre, des marais brumeux où l’on ne peut pas voir l’ennemi arriver, des mendiants dans la poussière, un fort retranché dans les montagnes, etc. Tout ce qui fait le charme de ce genre de film est réuni ici.
Bien entendu, pour avoir un film d’aventure digne de ce nom, il faut donc un aventurier, un héros. Ici, c’est un capitaine, Jeff Claybourne, interprété par Rock Hudson. C’est là que les comparaisons avec les glorieuses références du film d’aventure à l’indienne arrive à ses limites : l’acteur n’est pas forcément à son mieux ici, moins convaincant en héros invincible et bon qu’il ne le fut, la même année, dans le somptueux mélodrame de Douglas Sirk, Le Secret magnifique. Cependant, dans les moments plus dramatiques, il parvient à apporter une certaine profondeur non négligeable à son personnage.
Il faut dire que ce Jeff Claybourne est le héros rempli de qualités, tel que Hollywood les adorait. Il est courageux, il a le sens du sacrifice, il est séduisant, et surtout (c’est là son aspect le plus intéressant) il est un grand connaisseur de l’Inde, des rites, de la bienséance et de la politesse de la population indienne. Dès le début, il se démarque des autres officiers, qui considèrent les Indiens comme de la piétaille sans intérêt sacrifiable à l’envi. Il respecte les autochtones, ce qui lui attache leur respect en retour. Ainsi, il ira même jusqu’à défendre leur cause au sujet des cartouches.
Très court (un peu plus de 80 minutes seulement), La révolte des Cipayes est un film passionnant, le rythme est soutenu. Le travail de restauration nous offre une image splendide, rendant hommage à un Technicolor idéal pour retranscrire le charme exotique de cette Inde fantasmée.
Le film est proposé avec une brève présentation (un peu moins de deux minutes) et surtout un excellent entretien avec Catherine Clément, qui permet de remettre l’œuvre dans son contexte historique. On y apprend, entre autres, que l’affaire des graisses employées sur les cartouches est authentique, et la philosophe nous parle aussi de Karl Marx, correspondant de guerre en Inde, ou de la passion de la Reine Victoria pour l’Inde.
Caractéristiques :
Format : 1.85
langues : anglais mono/français mono
Sous-titres français
Durée : DVD : 83 minutes / Blu-Ray : 87 minutes
Compléments de programme :
Présentation par Linda Tahir (1mn 49)
« Inde ! La première guerre d’indépendance » par Catherine Clément (22 minutes)
Le Festival de Cannes a dévoilé ce matin qui sera aux côtés de Cate Blanchett pour juger de la Palme d’Or de la 71ème édition : ce jury ne passe pas inaperçu.
Comme à son habitude, le Festival a une fois encore choisi un jury cinq étoiles composé de quatre hommes, quatre femmes et la Présidente Cate Blanchett. Une semaine après avoir dévoilé la liste des films en compétition, c’est l’information que tout le monde attendait. Parmi les jurés donc, il y aura deux français, l’actrice Léa Seydoux habituée de la Croisette et le réalisateur Robert Guédiguian dont le dernier film La Villa avait enchanté la critique. À leurs côtés, on retrouvera la star américaine Kristen Stewart, venue présenter Personal Shopper d’Olivier Assayas en 2016, et le réalisateur canadien Denis Villeneuve, récemment auréolé de succès aux Oscars pour Blade Runner 2049. Andrey Zvyagintsev sera aussi de la partie, après avoir remporté le Prix du Jury l’an passé pour son film Loveless. La réalisatrice et productrice américaine Ava DuVernay, l’acteur chinois Chang Chen (notamment connu pour son rôle dans Happy Together) et la compositrice Khadja Nin s’ajoutent également à cette belle liste de jurés.
Il ne reste plus qu’à attendre le 19 mai pour savoir quel film sera primé par ce jury. Pour rappel, on retrouve notamment en compétition Jean-Luc Godard, Spike Lee, Christophe Honoré, Alice Rohrwacher, Eva Husson, Stéphane Brizé ou encore Asghar Farhadi qui projettera son film en ouverture.
COMMUNIQUE OFFICIEL : Le Jury du 71e Festival de Cannes est dévoilé ! Découvrez les huit personnalités qui décerneront le Palmarès sous la présidence de Cate Blanchett, samedi 19 mai au cours de la cérémonie de Clôture. #Cannes2018 Plus d’infos : https://t.co/UVBu5wDeoRpic.twitter.com/WQStx8rkN2
C’est auréolé du buzz engendré par le film de James Franco que débarque dans nos librairies sous l’égide des éditions Carlotta la traduction française de The Disaster Artist. Soit le livre qui retrace le tournage du fameux The Room (aka « le film le plus nul de tout les temps »). De quoi offrir un regain d’intérêt au culte entourant la chose et au mystère entourant Tommy Wiseau, son sulfureux auteur dont le présent ouvrage brosse un portrait bien peu flatteur. Et ce, bien qu’il ait été coécrit avec Greg Sestero, son meilleur ami et accessoirement homme de l’ombre de l’objet du long-métrage.
Sans pitié et sans complexes
Relatant les souvenirs de sa relation chaotique avec Wiseau au sein d’une structure en flash-back passant du tournage ubuesque de The Room et les débuts d’une amitié dysfonctionnelle, The Disaster Artist n’est pas vraiment conçu comme une stèle à l’effigie du réalisateur controversé. Personnage résolument bigger than life dont la mystique autoentretenue se prêtait à une caractérisation romanesque, Tommy Wiseau est ici promptement dégagé du piédestal fictionnel sur lequel il aime se jucher. Asocial caractériel, menteur invétéré, acteur raté, manipulateur compulsif, réalisateur inepte et abusif, névrosé erratique, lunatique dangereux… Le gaillard ne sort pas vraiment grandi du livre de Greg Sestero et Tom Bissell, qui ramènent Wiseau à sa médiocrité toute pathétique, à laquelle il essaie vainement d’échapper.
A tel point que les quelques qualités qui lui sont concédées ici et là résonnent comme des compromis passés avec la rancœur de Sestero. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème de lecture, tant il est impossible dans un premier temps de comprendre ce qui motive Sestero à s’accrocher avec le personnage qu’il étrille à longueur de pages. L’entreprise manque même de devenir franchement antipathique, tant le livre fait passer l’objet du scandale (Wiseau donc) pour un sombre loser et Sestero pour un opportuniste qui prend la nullité du premier comme un marchepied pour s’élever de sa propre ineptie. Certes, on trouve bien de quoi se délecter ici et là avec les anecdotes hallucinantes délivrées par Sestero sur le tournage de The Room et le comportement de Wiseau. Reste que la péripétie sensationnaliste, aussi croustillante soit-elle ne saurait constituer une technique d’écriture en soi (à moins que Morandini n’ait repris le flambeau de Bernard Pivot sans le dire à personne).
Tommy Wiseau et Greg Sestero, des amis effectivement très proches
Je t’aime, moi non plus
De fait, il faut s’accrocher quelques dizaines de pages pour dépasser l’impression désagréable d’être pris à parti dans un règlement de comptes entre never-been du showbiz, et détecter l’ambivalence diffuse derrière le pamphlet vindicatif. A mesure que l’on avance dans la lecture, le curseur du lecteur se détache progressivement des frasques du premier pour se tourner vers le regard du second, victime/complice qui reste à ses côtés quand tous (y compris ses proches) lui conseille de partir. La trame de The disaster artist tient alors sur ce que l’auteur confesse du bout de la plume et narre entre les lignes, cette certitude refoulée à laquelle il essaie de faire face dans l’écriture. A savoir la conscience d’être pris dans une relation profondément sadomasochiste et abusive, ou la fascination et la répulsion sont à ce point entrelacées qu’on ne peut jamais les séparer.
C’est dans cet écart entre notre pulsion de rejet de Wiseau, et la persistance avec laquelle Sesteros s’accroche à lui qu’émerge le point d’ancrage du lecteur. Il faut reconnaitre à Sesteros l’honnêteté de vider son sac sans essayer de garder quelque chose. Un peu comme celui qui accable son ex de tous les maux avant de remettre le couvert le lendemain. The disaster Artist n’est pas un pamphlet virulent, mais un acte d’amour-vache. Ce n’est pas un livre sur Tommy Wiseau, dont l’aura survit paradoxalement au livre dans la mesure où elle se nourrit sur les ruines de ses accomplissements, ni même la chronique d’un tournage catastrophe. C’est une introspection déguisée, où l’auteur essaie de mettre son propre masochisme en abyme. Nul doute qu’il n’en a pas finit avec les questions posées ici…
EDITIONS CARLOTTA FILMS AVEC LA COLLABORATION DE PANIC CINEMA ET DE CHROMA
PARUTION LE 23 JANVIER 2018 THE DISASTER ARTIST « Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma »
THE DISASTER ARTIST Un livre de Greg Sestero & Tom Bissell Une aventure incroyable racontée par l’acteur Greg Sestero ou comment un personnage hors du commun, Tommy Wiseau, va réaliser le film le plus mauvais de l’histoire du cinéma… et le plus culte !
Créé dans la foulée des événements de mai 68 comme alternative au festival de Cannes, jugé trop académique, la Quinzaine des Réalisateurs n’a de cesse, depuis ses débuts, de faire découvrir au grand public les œuvres de cinéastes talentueux et moins connus. Cette année encore, du 9 au 19 mai, elle nous propose une programmation riche, avec des films venus du monde entier.
En tout le festival présentera 21 longs métrages et 10 courts-métrages, la majeure partie en avant première mondiale. Il s’ouvrira sur Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) des colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego sur la naissance des cartels de drogue en Colombie, et sera clôturé par Troppa Grazia, une comédie de l’italien Gianni Zanasi.
Si la sélection est principalement composée de fictions, le public cannois pourra néanmoins y découvrir le documentaire Samouni Road, de l’italien Stefano Savona, sur une communauté de fermiers aux abords de Gaza, en Palestine, ainsi que Our Song to War de Juanita Onzaga et Skip Day de Patrick Bresnan & Ivette Lucas.
La Quinzaine présentera également les premiers longs-métrages de deux réalisatrices : Joueurs de Marie Monge et Carmen y Lola de Arantxa Echevarria qui présente l’histoire d’amour de deux jeunes femmes gitanes en Espagne.
La production française est largement représentée avec le nouveau film de Gaspard Noé (Love, Irréversible), Climax, et Le Monde est à toi avec Isabelle Adjani, le second long-métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste Costa Gavras, l’un des fondateurs de la Quinzaine des Réalisateurs. Nous pourrons également y découvrir la comédie de Pierre Salvadori En Liberté ! ainsi que le drame Amin de Philippe Faucon, déjà largement récompensé pour son film précédent Fatima.
Bande-annonce : Isabelle Adjani et Vincent Cassel réunis dans Le Monde est à toi de Romain Gavras
Côté courts-métrages la programmation est tout aussi variée entre les films d’animation La Nuit des Sacs Plastiques de Gabriel Harel et Le Sujet de Patrick Bouchard, les documentaires déjà cités de Juanita Onzaga et de Patrick Bresnan ou encore La Chanson, le court métrage déjanté de Tiphaine Raffier sur fond de reprises d’ABBA.
Sélection longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :
« On va beaucoup parler espagnol cette année », souligne Edouard Waintrop, le délégué général lors de la conférence de presse présentant cette 50e sélection.
Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) – Ciro Guerra, Cristina Gallego (Colombie/Danemark/Mexique) (film d’ouverture)
Amin – Philippe Faucon (France)
Climax – Gaspar Noé (France)
Carmen y Lola – Arantxa Echevarria (Espagne)
Buy Me a Gun – Julio Hernández Cordón (USA)
Les Confins du Monde – Guillaume Nicloux (France)
El motoarrebatador – Agustín Toscano
En Liberté ! – Pierre Salvadori (France)
Joueurs (Treat me Like Fire) – Marie Monge (France)
Leave No Trace – Debra Granik (USA)
Los Silencios- Beatriz Seigner (Brésil/France/Colombie)
The Pluto Moment (Ming Wang Xing Shi Ke) – Ming Zhang (Chine)
Mandy – Panos Cosmatos (USA/Belgique)
Mirai – Mamoru Hosoda (Japon)
Le Monde est à toi [+] – Romain Gavras (France/Espagne)
Petra – Jaime Rosales (Espagne/France)
Road – Stefano Savona (Italie/France)
Teret (The Load) – Ognjen Glavonic (Serbie/France/Croatie/Iran/Qatar)
Weldi (Moncher Enfant) – Mohamed Ben Attia (Tunisie/Belgique/France)
Troppa grazia – Gianni Zanasi (Italie) (film de clôture)
Sélection courts-métrages de la la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :
Basses – Félix Imbert (France)
La Chanson- Tiphaine Raffier (France)
La lotta – Marco Bellocchio (Italie)
Las cruces – Nicolas Boone (France)
La Nuit des Sacs Plastiques – Gabriel Harel (France)
The Orphan – Carolina Markowicz (Brésil)
Our Song to War – Juanita Onzaga (Belgique)
Ship Day – Patrick Bresnan, Ivette Lucas (France)
Le Sujet – Patrick Bouchard (France)
Ce Magnifique Gâteau ! – Emma De Swaef, Marc Roels (Belgique)
Cette année, la Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, dévoile un programme très alléchant, et s’offre des stars comme Isabelle Adjani, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Devos, Pio Marmaï, Tahar Rahim, Nicolas Cage, Ben Foster, Gérard Depardieu, Adèle Haenel… Martin Scorsese 75 ans, sera également honoré lors d’une journée exceptionnelle le 9 mai par le prix du Carosse d’or,
Après la Sélection officielle du Festival de Cannes, la 57e Semaine de la critique vient de dévoiler, ce lundi, sa programmation pour l’année 2018. Parmi ces œuvres venues du monde entier, les films d’ouverture et de fermeture sont particulièrement attendus.
La 57e Semaine de la critique s’annonce d’ores et déjà comme une ode aux films européens. Cette année sept premiers films seront projetés. Cette section parallèle du Festival de Cannes, consacrée à la découverte de nouveaux talents, se déroule du 9 au 17 mai. La cuvée 2018 met en valeur le cinéma européen avec des films de nationalité belge, polonaise, islandaise, suisse et hongroise.
Le jury est présidé cette année par le réalisateur norvégien Joachim Trier. Il est accompagné par les comédiens Nahuel Perez Biscayart et Chloë Sevigny, le journaliste Augustin Trapenard et par la directrice du Festival du film de Vienne, Eva Sangiorgi. Ce jury remettra trois prix : pour un film ainsi que pour un acteur et une actrice, considérés comme des révélations.
En clôture, l’acteur et humoriste Alex Lutz viendra présenter Guy, un faux documentaire sur un chanteur populaire dont la carrière commence à battre de l’aile.
Longs-métrages en compétition dans le cadre de la 57e Semaine de la critique :
Chris the Swiss d’Anja Kofmel : Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d’enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l’implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.
Dimantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt : Diamantino, icône absolue du football, est capable à lui seul de déjouer les défenses les plus redoutables. Alors qu’il joue le match le plus important de sa vie, son génie n’opère plus. Sa carrière est stoppée net, et la star déchue cherche un sens à sa vie. Commence alors une folle odyssée, où se confronteront néo-fascisme, crise des migrants, trafics génétiques délirants et quête effrénée de la perfection.
Egy Nap de Zsófia Szilágyi : Anna a la quarantaine, trois enfants, un mari, un emploi et des soucis financiers. Elle passe son temps à courir, entre le travail, la maison et les enfants. Elle essaie de joindre son mari. Il faut absolument qu’elle lui parle. Elle est en train de le perdre, elle le sent. Mais elle est happée par le rythme frénétique de sa journée. Le quotidien, la monotonie se heurte à la fragilité, à ce que l’on ne peut pas recommencer.
Fuga de Agnieszka Smoczyńska : Alicja a perdu la mémoire et elle ignore comment elle en est arrivée là. En deux ans, elle parvient à se reconstruire : changée, indépendante, loin de chez elle. Elle ne souhaite pas se remémorer le passé. Alors, quand sa famille la retrouve, elle est contrainte d’endosser le rôle de mère, de fille et de femme, entourée de personnes qui semblent être de parfaits étrangers. Que reste-t-il lorsqu’on oublie que l’on a aimé quelqu’un ? Est-ce nécessaire de se souvenir du sentiment amoureux pour être heureux ?
Kona fer í stríð (Woman at War) de Benedikt Erlingsson : Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…
Sauvage de Camille Vidal-Naquet : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.
Sir de Rohena Gera : Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu’il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n’a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément. Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s’effleurer..
Film d’ouverture de la 57e édition de la semaine de la critique :
Wildlife de Paul Dano : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère.
Film de clôture :
Guy d’Alex Lutz : Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.
Nos Batailles de Guillaume Senez : Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.
Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin : Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traine dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade…
Les cinéastes de l’ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) vont présenter à Cannes neuf longs métrages sur la Côte d’Azur. En plus de la programmation classique, une séance spéciale « ACID Patrimoine » et un focus sur le cinéma portugais, l’ACID TRIP #2 Portugal, sont prévus.
Neuf films, dont huit premiers longs, seront présentés cette année et accompagnés par les cinéastes de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) et les équipes des films en parallèle du Festival. Pour cette édition 2018, parmi les onze cinéastes accueillis à l’ACID, sept sont des femmes.
En 1992, 180 cinéastes signent un manifeste intitulé « Résister ». Dans la foulée, ils créent l’ACID ou Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion. Depuis 1993, l’ACID a sa propre programmation au Festival de Cannes. Elle y montre 9 longs métrages, choisis par une quinzaine de cinéastes de l’association, parmi plusieurs centaines de films en provenance du monde entier.
L’ACID est une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs. Ils ont très tôt affirmé leur souhait d’aller échanger avec les publics et revendiqué l’inscription du cinéma indépendant dans l’action culturelle de proximité.
Dans un marché cinématographique où les 10 premiers films occupent chaque semaine 93% des écrans, les cinéastes de l’ACID soutiennent et accompagnent chaque année une vingtaine de nouveaux longs métrages réalisés par d’autres cinéastes, français ou internationaux. Choisir ces films, c’est pour eux se poser la question du renouvellement et de la pluralité des regards en donnant de la visibilité à des œuvres insuffisamment diffusées, et en proposant une alternative à l’hyperconcentration et au regard unique.
L’édition 2018 promet donc une belle dose d’évasion et de découvertes.
Ausculter le monde, trouver au fond de soi le geste le plus juste pour en témoigner, le rejeter, puis l’aimer encore et à nouveau. Le filmer en réinventant sans cesse le regard. Saisir ses névroses carabinées comme sa folie douce, discerner la force vitale, résistante et libre des êtres comme la fragilité imprévisible de leur destin et la vanité de leurs ambitions, mais toujours célébrer quelque part leur délicate et éphémère beauté de vivants. Ainsi font les cinéastes qui ont frappé à notre porte cette année, riches de la variété de chacune de leurs propositions formelles et de chacun de leurs récits.
Les cinéastes programmateurs pour cette édition 2018 : Aurélia Barbet, Laurent Bécue-Renard, Karim Bensalah, Marie Dumora, Alice Fargier, Philippe Fernandez, Jean-Louis Gonnet, Ilan Klipper, Mathieu Lis, Chloé Mahieu, Vladimir Perisic, Lila Pinell, Idir Serghine, Pierre Vinour.
La programmation ACID Cannes 2018 :
L’Amour debout de Michaël Dacheux (France – Fiction)
Bad Bad Winter de Olga Korotko (Kazakhstan – Fiction)
Cassandro, the Exotico ! de Marie Losier (France – Documentaire)
Dans la terrible jungle de Caroline Capelle & Ombline Ley (France – Documentaire)
Il se passe quelque chose de Anne Alix (France – Fiction)
Seule à mon mariage de Marta Bergman (Belgique – Fiction)
Thunder Road de Jim Cummings (Etats-Unis – Fiction)
Un violent désir de bonheur de Clément Schneider (France – Fiction)
Nous, les coyotes de Hanna Ladoul et Marco La Via (France – Etats-Unis – Fiction)
Une séance spéciale du film Reprise de Hervé Le Roux, en partenariat avec La Cinémathèque du documentaire, est également programmée pour le mardi 15 mai à 14h. La séance sera présentée par Julie Bertucelli et Régis Sauder.
En 2017, l’ACID a ouvert une nouvelle fenêtre de programmation à Cannes : l’ACID TRIP, offerte à une association étrangère de cinéastes indépendants, partenaire de l’ACID, impliquée dans les problématiques de diffusion et de formation des publics.
Après l’ACID TRIP #1 Serbie en 2017, des cinéastes membres de l’ACID ont sélectionné trois longs métrages portugais parmi un panel de films proposés par l’APR, Association Portugaise de Réalisateurs, afin de mettre à l’honneur le cinéma portugais contemporain. Les films seront projetés lors du premier week-end du festival, en présence des cinéastes.
Les errances fêtardes d’une jeunesse qui se cherche un futur. La dérive d’une famille que les problèmes économiques fait lentement imploser. La constance inébranlable d’un pêcheur du Tage et des siens. Ce panorama traversé par les conséquences de la crise qui mine le Portugal, raconte pourtant en trois films, deux fictions et un documentaire, l’énergie irréductible d’un peuple. A l’image de son cinéma, opiniâtre et résilient qui, malgré les difficultés de production, invente ses propres conditions pour continuer à exister et créer.
La programmation ACID Trip #2 Portugal :
COLO – un film de Teresa Villaverde
TERRA FRANCA – un film de Leonor Teles
VERÃO DANADO – un film de Pedro Cabeleira
La sélection de l’ACID au Festival de Cannes avait déjà révélé les films suivants par le passé :
Kaouther Ben Hania – Le Challat de Tunis, Olivier Babinet – Swagger, Sébastien Betbeder – 2 automnes, 3 hivers, Serge Bozon – L’Amitié, Djinn Carrénard – Donoma, Benoit Forgeard – Gaz de France, Marielle Gautier, Ludovic & Zoran Boukherma, Hugo P.Thomas – Willy 1er, Alain Gomis – L’Afrance, Emmanuel Gras – Bovines, Sébastien Laudenbach – La jeune fille sans mains, Damien Manivel – Le Parc, Ursula Meier – Des épaules solides, Yolande Moreau et Gilles Porte – Quand la mer monte, Ioanis Nuguet – Spartacus & Cassandra, Justine Triet – La Bataille de Solférino ou bien encore Patrick Wang – Les secrets des autres.
A l’heure de la polémique avec les films Netfix bannis de Cannes, l’ACID va donc permettre de concrétiser les rêves de jeunes cinéastes du monde entier, d’encourager de futurs talents et de proposer des œuvres originales. La 26e édition de l’ACID Cannes se tiendra du mercredi 9 au vendredi 18 mai 2018. Après Cannes, les neuf films sont accompagnés dans divers festivals et soutenus par l’association jusqu’à leurs sorties en salles. Les séances sont prévues à Cannes dans les salles suivantes : Les Arcades, Studio 13, Théâtre Alexandre III, Cinéma Le Raimu – MJC Ranguin.
Après le puissant Mustang, Denis Gumze Ergüven persiste et signe dans l’intime en confrontant une mère de famille à l’enfer des émeutes de 1992 post-Rodney King ayant embrasé la Californie. Manque de pot, à ne soigner ni le contexte, ni la famille qui est plongée dedans, la réalisatrice franco-turque échoue sur (presque) tous les tableaux avec Kings.
Propulsée sur le devant de la scène après le choc Mustang, c’est peu dire qu’on attendait Deniz Gamze Ergüven au tournant. Et encore plus quand on a su qu’elle n’avait pas hésité à traverser l’Atlantique, direction les États-Unis pour y filmer, à l’instar de sa consœur Kathryn Bigelow (Detroit), les conséquences d’une émeute raciale d’envergure sur les populations avoisinantes. Ces émeutes, ce furent celles ayant embrasé la Californie en Avril 1992, après qu’un grand jury avait finalement acquitté les officiers de police ayant agressé Rodney King. Une décision contestée qui avait transformé la Cité des Anges en une zone de guerre, où, au pic des émeutes, on aura enregistré la mort de 55 personnes, la blessure de quelques 2500 autres et des dégâts s’estimant à près de 800 millions de dollars. Un milieu pour le moins chaotique dans lequel la réalisatrice, fidèle au crédo érigé dans Mustang, va plonger une mère de famille (Halle Berry), bien décidée à protéger les siens, aux cotés d’un voisin étrange (Daniel Craig). Une intention louable et pas qu’un peu, mais qui peine à s’imprimer sur l’écran, la faute à une relative paresse de la part de la réalisatrice franco-turque.
Entre contexte et personnage, il faut choisir
Avec un sujet pareil, véritable reflet des dérives ségrégationnistes de l’Amérique, le regard d’une personne étrangère aux évènements était plus que souhaité. D’une telle manière, on pouvait éviter le pensum/biopic fade, et davantage coller aux principales victimes de ces émeutes : les populations civiles. C’est à n’en pas douter ce qu’a dû penser Ergüven lors de la rédaction de son script, à savoir confronter de manière abrupte le chaos et l’intimité, pour en dégager un flot de sentiments difficile à feindre. Un cri en quelque sorte. Mais si Mustang se voulait le cri du cœur de sa réalisatrice, Kings semble n’être qu’une gigantesque cacophonie inaudible, la faute à un manque de précision de sa part. En cause, sa volonté de mettre l’accent d’abord sur le contexte plutôt que sur les personnes qui vont le vivre. Ainsi, le montage – passablement raté- s’évertuant à montrer la tension en train de monter, on assiste pantois à la plongée dans le chaos d’une famille dont on se fiche éperdument. Ce choix artistique, discutable, occulte totalement l’empathie qu’on pourrait développer vis à vis de cette famille qui semble de la même sorte plus être unie comme symbole (tous sont noirs et le personnage de Daniel Craig – un blanc- est là pour montrer qu’il existe des gens biens) que par vraie nécessité. Cela a pour conséquence de déployer sur le film un sentiment d’inachevé, de grossier, lequel est d’autant plus frustrant qu’il est sans cesse contrebalancé par des petites fulgurances.
Un film non dénué de fulgurances.
Ce qui est d’autant plus dommage, tant le film est traversé par endroits de quelques fulgurances bien senties. A l’instar de Detroit, Ergüven sait filmer des moments de tensions en plein chaos, sait distiller une ambiance oppressante. Malheureusement, ce don qu’on aurait aimé voir exploité davantage se retrouve utilisé parfois n’importe comment, si bien qu’on ne peut que ronger son frein devant le film, tant il semble regorger d’une richesse qu’on entrevoit que de manière fugace. On pourra aussi noter la partition musicale lancinante de Nick Cave et Warren Ellis, ou la performance magnétique de Daniel Craig, qui arrive sans peine à incarner ce voisin alcoolique et exubérant qui va pourtant aider la mère de famille campée par Halle Berry. Autant d’éléments ici qui rappellent constamment ce qu’aurait pu être le film si la réalisatrice avait peaufiné son scénario et su l’élever au-delà d’une romance plan-plan telle que la bande-annonce ou les nombreuses interviews ne le laissait présager. Une belle déception donc…
On sent encore une fois un fort désir de cinéma dans Kings. Dommage que Denis Gamze Ergüven n’ait pas su canaliser l’énergie qui l’habite au profit d’un angle plus précis sur l’affaire Rodney King. Ça lui aurait sans doute éviter de délivrer cet essai vain et clairement inabouti sur l’un des faits divers les plus retentissants des Etats-Unis.
Kings : Bande-annonce
Synopsis : En 1992, dans le quartier de South Central à Los Angeles, une mère de famille va trouver de l’aide auprès d’un homme vivant reclus, alors qu’éclatent de terribles émeutes suite au verdict de l’affaire Rodney King
Kings : Fiche Technique
Réalisation et scénario : Deniz Gamze Ergüven
Interprètes : Daniel Craig, Halle Berry, Lamar Johnson, Rachel Wilson…
Script : Ludivine Doazan
Direction artistique : Céline Diano
Décors : Nancy Niksic
Costumes : Mairi Chisholm
Casting : Heidi Levitt
Direction d’acteur : Suzanne Marrot
Photographie : David Chizallet
Son : Pierre Mertens
Montage : Mathilde Van de Moortel
Musique : Nick Cave et Warren Ellis
Production : Charles Gillibert
Co-production : Geneviève Lemal
Production exécutive : Wei Han, Yee Yoo Chang, Celine Rattray, Trudie Styler, Charlotte Ubben, Olivier Gauriat
Sociétés de production : CG Cinéma, Ad Vitam, France 2 Cinéma, Scope Pictures, Suffragettes
Sociétés de distribution : Ad Vitam (France), Fabula Films (Turquie), Imagine Film Distribution (Belgique), The Orchard (États-Unis)
Budget : 10 millions d’euros3
Genre : drame, thriller
Durée : 92 minutes
Dates de sortie : 11 Avril 2018
La saga marseillaise Taxi, scénarisée et produite par Luc Besson revient pour un cinquième opus avec cette fois-ci un nouveau duo formé par Franck Gastambide et Malik Benthala.
Synopsis : Sylvain Marot, flic parisien se prenant pour Schumacher au volant, est muté à la Police Municipale de Marseille contre son gré. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville, lui confie la mission d’arrêter le « Gang des Italiens ». Pour y arriver, Marot collabore avec Eddy Maklouf, minable chauffeur de VTC de Marseille : il est le petit-neveu de Daniel Morales, le grand conducteur du taxi…
Si elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords. Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.
Franck Gastambide et Malik Bentalha se sont investis dans le projet pourtant clairement commercial. Gastambide passe derrière la caméra tout comme il se charge du scénario avec Bentalha mais aussi avec Luc Besson, déjà scénariste et producteur des quatre premiers films de la saga. Luc Besson (Valérian et la Cité des mille planètes) au scénario n’était alors pas le seul moyen pour rassurer éventuellement les fans de la première heure. Par exemple, le commissaire Gibert, désormais devenu Maire de la ville, fait également partie de la distribution. Enfin, pour tenter de réunir les premiers spectateurs de la saga et les jeunes d’aujourd’hui, le scénario noue le lien avec les précédents volets. Ainsi, le personnage de Malik Bentalha est le petit-neveu de Daniel, loué à plusieurs reprises au cours du film pour ses différents exploits avec son taxi. La question de l’héritage était un point a priori intéressant sur le papier.Hélas, elle ne l’est pas à l’écran.Et ce n’est pas le seul défaut de cette comédie qui accumule les moments de malaise.
Taxi 5 est alors un mélange improbable et indigeste entre Raid Dingue (reprendre François Levantal dans le rôle d’un chef de la police n’aide pas à changer cette impression), Hot Fuzz (le super flic de la capitale débarque dans un commissariat géré par des incapables), Bienvenue chez les Ch’tis (à l’envers), Les Kaïra (un machin vulgaire réalisé par, tiens, Franck Gastambide) et toutes les émissions réunies de Touche pas à mon poste. Ainsi, la moquerie contre les nains, la grossophobie particulièrement permanente et la scatophilie (et encore, on n’a pas eu de blagues autour du pet) seraient les armes humoristiques de cette « comédie » destinée en partie à la nouvelle génération. Les seules scènes à peu près drôles ne sont pas liées à ces ingrédients et c’est bien dommage. On ne dit pas qu’il n’y avait des choses douteuses dans les précédents volets – loin de là – mais à côté, les précédents volets de Taxi avaient l’air bienveillants.
Au-delà d’un humour crade et stupide, le scénario n’exploite jamais les différences ni le malaise entre Sylvain le parisien et ses collègues marseillais. On n’a jamais l’impression que ce Sylvain ne se sent pas bien à Marseille alors qu’il accepte la mission pour pouvoir mieux rentrer à Paris. A côté, Dany Boon et ses Ch’tis avait déjà mieux compris ce type d’enjeu similaire. Côté action, là encore, quelle déception : non seulement elles sont trop peu nombreuses mais en plus, les trop grandes références aux précédents volets font qu’elles ne parviennent pas à nous en mettre plein les mirettes. Le seul point qui serait à peu près positif concerne la valorisation de la ville même de Marseille, plus frappante que dans tous les autres épisodes de la saga. Cela dit, pour les connaisseurs, certains points du scénario concernant les différents déplacements au cœur de Marseille (notamment quand Eddy évoque les possibles raccourcis pour aller plus vite) ne sont pas toujours crédibles.
Enfin, le nouveau tandem est décevant puisqu’il est complètement déséquilibré : Gastambide (Pattaya) et Benthala ont beau être sympathiques, leur duo n’a pas de sens. Gastambide est le flic qui conduit comme un chef la célèbre bagnole, Benthala n’existe que pour faire des vannes stupides, ne servant pratiquement jamais à la résolution de l’intrigue ou autre. On préfère se concentrer, le temps de quelques petites minutes qui nous semblent trop précieuses, sur quelques seconds rôles. Bernard Farcy est toujours hilarant dans le rôle de Gibert même s’il sert clairement de fan-service. Sabrina Ouazani est également convaincante même si son personnage méritait d’être plus exploité (peut-être que cela sera le cas dans un possible 6e opus).
Dix ans auparavant, Taxi 4 signait déjà la fin de la saga à bout de souffle. Avec ce 5e opus qui avait pour but de lui redonner un coup de boost, Franck Gastambide enterre définitivement le mythe et ne donne en aucun cas envie de nous intéresser à une possible suite.
Taxi 5 : bande-annonce
Taxi 5 : Fiche Technique
Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Luc Besson, Stéphane Kazandjian, avec la participation de Malik Bentalha
Interprètes : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Sabrina Ouazani, Salvatore Espositio, Anouar Toubali, Edouard Montoute, Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe, Sissi Duparc, Bengous, Soprano…
Producteur : Luc Besson
Société de production : EuropaCorp, ARP Sélection, TF1 Films Production
Distributeur : EuropaCorp Distribution / ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genre : comédie, action, policier
Date de sortie : 11 avril 2018
Sous des habits de film policier, The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu est un beau film qui s’intéresse davantage aux hommes qui se cachent derrière un meurtrier ou un avocat qu’aux aboutissants d’une enquête ou d’un procès.
Synopsis : Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client.
Le Crime express de l’Orient
Passer des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent, Après la Tempête, qui faisait le récit des émois d’un jeune homme en mal de trajectoire, inapte à la société et forcé, le temps d’un typhon, à cohabiter et avec une mère juive du soleil levant et avec une épouse qui l’a quitté de guerre lasse. Un film assez peu passionnant, mais qui a pris le parti de recentrer le débat sur les adultes, avec cette fois-ci l’enfant qui reste en filigrane.
The Third Murder suscite plus d’intérêt pour le spectateur, car il embrasse un genre plus dynamique, celui du film policier, tout en restant totalement fidèle à l’exploration de l’intime. Un homme (le très grand Kôji Yakusho, maintes fois vu chez Kurosawa) marche dans la nuit derrière un autre, le fracasse d’un coup violent, et le brûle sans autre forme de procès sur les berges de la rivière. Le lendemain, on retrouve Misumi, l’homme en question, derrière les barreaux. Une équipe d’illustres avocats, emmenée par Shigemori (Masaharu Fukuyama) est chargée de le défendre. Un film qui démarre sur des chapeaux de roue, donc, mais qui très vite trouve un rythme plus ralenti au travers d’un entrelacs de relations bijectives entre différents personnages et, au centre de celles-ci, les face-à-face nombreux entre le présumé coupable et l’avocat. Misumi en effet est emprisonné pour ce troisième meurtre, comme étant le suspect idéal en tant que repris de justice déjà coupable de l’assassinat de deux yakuzas dans le temps, d’autant plus qu’il a reconnu le meurtre. Le travail de son avocat consiste alors à lui éviter la peine de mort, un état de fait montré par le cinéaste dans toute son absurdité et dont il semble ici faire le plaidoyer de son abolition (voler pour tuer vaut par exemple la peine de mort, tandis que voler quelqu’un après l’avoir tué, non !). La peine de mort associée aux codes de l’honneur à la japonaise semble en effet aboutir sur des situations difficilement compréhensibles… Ces échanges nombreux, presque atones, sont l’occasion pour le cinéaste de creuser jusqu’à l’os l’essence et la vérité d’un homme, le mystérieux Misumi bien sûr, mais également Shigemori, acharné à obtenir cette vérité.
Le film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.
Malgré ce sujet quelque peu austère, la prison, le procès, le tout durant une saison hivernale peu vue chez le cinéaste, les fans de ce dernier retrouvent malgré tout cette ambiance du quotidien qui signe ses métrages. On retrouve la particularité et la subtilité japonaises jusque dans les déroulements de ces procès, de ces enquêtes. On retrouve les personnages d’enfants, les constellations familiales qui sont vraiment le vecteur privilégié de Kore-Eda Hirokazu. Tout se passe dans une ambiance feutrée. La caméra de Mikiya Takimoto, autre habitué du cinéaste, fait profil bas et opère le plus souvent dans la pénombre, comme celle du parloir où la vitre qui sépare Misumi et Shigemori fait figure de symbole d’une envie de transparence et de vérité de la part du grand avocat, mais également de barrière infranchissable en la personne de Misumi – traité par deux fois de « coquille vide » dans le film, cet homme affable en toutes circonstances, y compris lorsqu’il essuie d’un revers de la main le sang de la victime qui a aspergé sa joue.
Le dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (Nobody knows, I Wish), ou de dysfonctionnements familiaux (Tel père, tel fils, Après la tempête, etc.) ou au contraire des chroniques familiales intensément positives (Notre petite Soeur) .
The third Murder – Bande-annonce
The third Murder – Fiche technique
Titre original : Sandome no satsujin
Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu
Scénario : Kore-Eda Hirokazu
Interprétation : Masaharu Fukuyama (Shigemori), Kôji Yakusho (Misumi), Shinnosuke Mitsushima (Kawashima Akira), Mikako Ichikawa (Sasabara Itsuki), Izumi Matsuoka (Hattori Akiko), Suzu Hirose (Sakie)
Musique : Ludovico Einaudi
Photographie : Mikiya Takimoto
Montage : Kore-Eda Hirokazu
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, Toho, GAGA Communications, Amuse, Fuji IG Laboratory for Movies
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Meilleur Film, Japanese Academy – 2018
Durée : 124 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 11 Avril 2018
En mai 2017, le retour tant attendu dans l’univers polymorphe de Twin Peaks fut enfin permis avec la diffusion de la troisième saison du show nommée The Return. À l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-ray le 27 mars 2018, (éternel) retour dans et sur Twin Peaks, au troisième volume préoccupé par la transmission.
Mot de l’éditeur : Un quart de siècle après révolutionné le monde des séries TV, Twin Peaks est de retour. Un nouveau mystère entoure cette charmante ville du Nord-Ouest des États-Unis où, 26 ans auparavant décédait la jeune Laura Palmer dans des circonstances troublantes.
David Lynch / Mark Frost : mission transmission
Il y a bien des choses qui ont été écrites, déclarées, hurlées et soupirées ici et là à propos du retour de Twin Peaks. Et il y en a encore bien d’autres à dire, c’est pourquoi cet article se concentrera sur un questionnement parmi d’autres : Twin Peaks saison 3 ne serait-elle pas une rétrospective lynchienne par David Lynch et Mark Frost, les deux créateurs du show eux aussi de retour vingt-six ans après la fin de la deuxième saison ? Depuis 1991, la carrière de Lynch s’est agrandie : Lost Highway, Une histoire vraie, Mulholland Drive, Inland Empire… Justement, la troisième saison de Twin Peaks semble être une œuvre rétrospective ou presque. En effet, le cinéaste – accompagné par le co-créateur/scénariste Mark Frost – retravaille les formes de toute sa filmologie. Expérimentation numérique/vidéo, narration abstraite, situations du quotidien bousculées par la violence et l’absurde, et autres bizarreries lynchiennes viennent à nouveau se représenter à l’écran. Le cadre de la troisième saison se prête ainsi à tous les travaux du maître. Dans quels buts, entendra-t-on ?
S’il y a une démarche qui semble affirmée tout au long de cette troisième saison, c’est bien celle de la transmission. Une dizaine d’années après Inland Empire, plus de vingt cinq ans après la fin de Twin Peaks, Lynch revient. Les aficionados du maître sont alors heureux d’avoir entendu une réponse à leurs nombreuses prières. Car IL est de retour. Avec Mark Frost, ils proposent un récit où la transmission est importante : Cooper avec son « fils » ; la rose bleue et leur nouvelle jeune recrue prénommée Tammy ; les Horne et leur petit-fils Richard. Et cette transmission prend forme à d’autres niveaux.
L’agent Gordon Cole, (formidablement) interprété par David Lynch, fait une réflexion sur les langues au cours d’un échange avec son collègue Albert Rosenfield (Miguel Ferrer) dans lequel la transmission, le dialogue existe davantage par un jeu de regards et de silences.
En effet, il s’agit aussi de transmission en tant que dialogue/discours : il peut être « électrifié », critique et commercial à la fois (voir les diffusions internet des vidéos du Docteur Jacoby) ; difficile à appréhender pour le spectateur car d’une autre dimension (voir la sortie de Cooper de la chambre noire et de l’alter-univers) ; ou au-delà des nombreuses conceptions policières rationalistes connues par le shérif Truman et son adjoint, Hawk. De bien des façons, les personnages animés par Lynch et Frost transmettent des connaissances, des valeurs, des expériences, des émotions à leurs interlocuteurs, et donc aussi aux spectateurs. Justement, Twin Peaks The Return questionne aussi, comme l’expose très simplement le visuel ci-dessus, la transmission elle-même. À coup d’expérimentations visuelles (aux résultats parfois peu concluants), d’images incroyables, de situations jouissives, et d’énièmes basculements du rapport cinéma/séries loin d’avoir été conclu par les séries modernes – comme beaucoup le prétendent –, Lynch et Frost échangent avec le spectateur leur regard sur le monde, leur vision créative et narrative sans barrières d’une énergie sans limite quitte à toucher de loin ou de prêt la maladresse et l’échec. Entre le spectateur et Twin Peaks The Return s’opère un échange sans nul autre pareil. En effet, le questionnement de la transmission par les deux créateurs a une réponse : l’échange a de nombreux visages, et surtout, il défie les lois rationnelles de la physique, du temps, et de l’uniformisation créative. La transmission a lieu d’une matière à une autre, de la vidéo de caméscope aux images pelliculées du passé, d’une bûche à une vieille femme ; par de nombreuses voies matérielles et immatérielles : une prise de courant permet le retour de Cooper ; le rêve d’un patron de casino enragé par sa frustration lui permet de revenir sur ses intentions meurtrières ; ou encore avec le téléphone old school au commissariat et à l’hôtel dirigé par Benjamin Horne.
Le générique vous invite à revenir à Twin Peaks dont l’univers s’étale sur l’ensemble des États-Unis et au-delà de notre dimension. Et si tout nous ramenait finalement à Twin Peaks ?
Les concerts du passé menés par Julee Cruise laissent place ici à ceux de Nine Inch Nails, The Cactus Blossoms, Lark ou encore des Chromatics. Certains parleront d’« art branché », mais il est surtout question de regard vers l’avenir. Un regard parfois nostalgique mais jamais « doudou » qui a, comme l’explique François Cau sur le site Chaos Reign, accepté la mort. Et face à la mort certaine, Lynch et Frost présentent leur ferme volonté de continuer à marcher vers l’avant, en se rappelant parfois avec tendresse et mélancolie quelques souvenirs lointains, et surtout, en transmettant un maximum de données à ceux prêts à prendre le relais. Ces nouveaux venus vont avancer, parfois avec une certaine nostalgie – jamais invasive – pour tout ce qui les a inspirés. L’un des bonus met en avant le phénomène Twin Peaks, ou comment de nombreux fans ont continué à porter et faire vivre cet univers à coup de festival, de fan art, ou de création inspirée en profondeur ou plus légèrement. On pourrait ainsi considérer que cette troisième saison rend hommage à tous ceux qui ont vécu dans la foi de Twin Peaks, tout en leur prescrivant une nostalgie non invasive, non « doudou », non exclusive et absolue donc.
Expérimenter Twin Peaks : The Return équivaut ainsi à expérimenter une véritable phase de partage. Si l’échange n’a pas toujours semblé évident pour quelques spectateurs, notamment à cause du maladroit pilote, il est conseillé d’aller au-delà du doublon d’épisodes formant le pilote. Comme pour l’agent Cooper, le spectateur doit un minimum lutter pour revenir dans l’univers de Twin Peaks, et à nouveau comme ce bon vieil agent, il devra retrouver ses marques dans ce monde qui a vieilli et subi bien des changements (évolutions technologiques, ravages économiques, etcetera). Twin Peaks The Return, appel à la transmission, revient dans des éditions DVD et Blu-ray formidablement soignées. Rien à redire concernant les rendus visuel et sonore du show protéiforme, notons par ailleurs que les quatre premiers épisodes sont visionnables de façon couplée comme ils le furent lors de leur diffusion originale. Enfin les bonus qui accompagnent les épisodes raviront les fans, des formidables éléments de making-of aux extraits plus « promotionnels » tout de même intéressants, on pense notamment aux trois courts-métrages sur le phénomène Twin Peaks.
Bande-annonce – Twin Peaks The Return en Blu-ray & DVD
CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET Blu-ray :
– 7 Blu-ray contenant les 18 épisodes de la saison, et plus de 6h30 de bonus dont 1h30 de bonus exclusifs Blu-ray
– Durée totale Bonus : 390 mn dont 90 mn de bonus exclusifs Blu-ray ; Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois
– Bonus : Les 4 premiers épisodes à visionner séparément ou couplés, comme lors de la diffusion originale / 7 extraits promotionnels produits par David Lynch / Un documentaire sur le phénomène Twin Peaks / Twin Peaks au Comic-Con 2017
– Bonus exclusifs Blu-ray™ : Le making-of des débuts du tournage – Un rêve très agréable : une semaine à Twin Peaks / 2 films tournés par Richard Beymer sur le plateau de tournage
Prix du coffret Blu-ray : 49,99 €
CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET DVD :
– 9 DVD contenant les 18 épisodes de la série, et plus de 6h de bonus exclusifs
Pour la vingtième édition consécutive, le BAFICI – le festival international de cinéma indépendant de Buenos Aires – investit la capitale argentine pour dix jours d’effervescence cinéphile. Du 11 au 22 avril, Buenos Aires se transforme pour accueillir les multiples facettes du cinéma indépendant.
Sur la Plaza Francia, l’un des trente-six lieux du festival, le public s’installe dans l’herbe malgré les prévisions d’orage : c’est ici que s’inaugure le BAFICI, avec la projection – en première – de Las Vegas, le dernier film de Juan Villegas. Un peu plus tôt dans la journée, dans l’historique cinéma Gaumont de Buenos Aires, le réalisateur confiait : « Je suis heureux d’ouvrir le festival avec mon film mais c’est aussi une grande responsabilité. Pour moi, c’est une reconnaissance du lien que j’entretiens depuis le début avec le festival, comme spectateur et comme réalisateur. »
Car le BAFICI, c’est d’abord un rendez-vous des habitués du cinéma indépendant comme Juan Villegas, mais aussi Raúl Perrone, très attendu dans la compétition argentine avec Expiación, ou encore Mariano Llinás, qui présente son troisième film La Flor en compétition internationale, une œuvre fleuve de douze heures où quatre actrices jouent cinq histoires décousues.
Mais le festival a aussi su se distinguer en proposant chaque année des surprises et des invités réputés: l’une des catégories hors-compétition est consacrée à la filmographie de John Waters, de ses premiers films les plus trash comme Pink Flamingos (1972) aux plus populaires comme Hairspray (1988). Le maître de la provocation est présent à Buenos Aires où il rencontre le public lors des projections et d’une conférence.
Les Français ne sont pas en reste avec une rétrospective en onze films de Philippe Garrel, des Enfants désaccordés aux Amants Réguliers, qui a fait lui aussi le déplacement à Buenos Aires, et ceux d’Axelle Ropert, dont son dernier en date La Prunelle de mes yeux. La présence de nombreuses co-productions françaises font également preuve du dynamisme du cinéma français indépendant.
https://www.youtube.com/watch?v=yRGZ4STwaAs
Pour Javier Porta Fouz, directeur du festival pour la troisième année consécutive, « Waters, Garrel, Bremmer [Ewen Bremmer, acteur écossais connu pour son rôle dans Trainspotting, ndlr] sont des invités rêvés. Chacun fait un cinéma différent, mais ensemble ils représentent bien l’esprit du festival ». Il ajoute : « ll y a une centaine d’invités qui viennent présenter leurs films, créer un lien avec le public, et je crois que c’est un des attraits majeurs du BAFICI. »
Plus grand festival de cinéma indépendant d’Amérique latine, le BAFICI s’est installé à Buenos Aires pour la première fois en 1999 et s’y déroule chaque année depuis lors. « Ce n’est pas pour rien, explique Javier Porta Fouz. Depuis la première édition, il s’est marié avec la ville, les habitants de Buenos Aires ont vraiment accroché avec le festival. Je crois que cette ville est une des plus cinéphiles du continent, avec Montevideo et Lima. »
A côté des productions les plus under et expérimentales, de grands classiques sont diffusés, comme E.T. l’extraterrestre ou Le Bon, la Brute et le Truand, ce qui fait du BAFICI un évènement accessible aux cinéphiles comme aux non-initiés. Plus de 400 films sont projetés pendant les dix jours de festival, avec une vingtaine de salles fonctionnant en même temps dans toute la capitale argentine, auxquelles s’ajoutent des projections gratuites en plein air. Pendant ce mois d’avril, Buenos Aires fait sans aucun doute son cinéma.