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Série Noire, sommet du film noir à la française par Alain Corneau

Mercredi 11 avril ressort sur nos écrans Série Noire, formidable film d’Alain Corneau devenu un classique du cinéma français, avec l’immense Patrick Dewaere.

Série Noire.

Le titre fait inévitablement penser à la fameuse collection de romans noirs initiée par Marcel Duhamel en 1945, collection où fut justement édité le roman de Jim Thompson, Des Cliques et des Cloaques, dont le film de Corneau est l’adaptation. Jim Thompson était plutôt à la mode dans ces années 70 et même au début des années 80, puisqu’on trouve plusieurs de ses titres adaptés au cinéma : Guet-apens, par Sam Peckinpah, ou Coup de Torchon par Bertrand Tavernier. Quant à Corneau, on sait la fascination qu’il avait pour le cinéma policier américain, qu’il a su magnifiquement bien transposer en France dès ses tout premiers films (voir, par exemple, l’excellent Police Python 357, seconde réalisation du cinéaste).

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Écrit par le romancier Georges Perec et réalisé par Alain Corneau, Série Noire se présente donc avant tout comme un film de passionnés. Toute l’ambiance des films noirs se retrouve ici : absence de héros, femme fatale, description d’une société immorale et violente.

Dès les premières images, ce qui frappe, c’est le cadre dans lequel se déroule le film. La France dépeinte par Corneau ici est particulièrement sinistre. Les décors de terrains vagues boueux sur fond de cités de banlieues sont rendus encore plus tristes par une photographie grisâtre. Corneau met un soin particulier à ce que rien ne soit beau. Il serait facile de prendre ça pour une faute de goût si cette grisaille ne correspondait pas à merveille à la situation des personnages. Le monde montré ici est déshumanisé. Une chose frappe : à part les personnages du film, il n’y a personne, aucun passant, aucun figurant. Série Noire se déroule dans une sorte de désert. Les personnages sont enfermés dans leur solitude et leur médiocrité. Leur vie est aussi grise que le décor.

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Et sur ce terrain vague boueux, sortant d’une voiture grise, nous avons donc Franck Poupart, incarné par un Patrick Dewaere dont on ne chantera jamais assez les louanges et qui interprète ici son personnage avec un naturel et une intensité remarquables. Poupart apparaît tout de suite comme étant immature : il faut le voir, seul, mimer des scènes d’action prises, on le devine, dans des films policier ou des westerns. Le spectateur voit évoluer devant lui un grand gosse déstabilisant et imprévisible, et cette image restera constante durant tout le film, faisant de Poupart un personnage inoubliable face auquel on n’arrive pas à se situer. Corneau parvient ainsi à éviter l’écueil manichéen en nous présentant un caractère puéril, donc facilement manipulable, avec lequel on voudrait sympathiser ; mais il lui suffit de quelques secondes pour nous le montrer également brutal, tabassant sa femme, menteur, voleur… Autre preuve d’immaturité : Poupart n’assume jamais les conséquences de ses actes. Il provoque les gens, et dès qu’ils sont énervés il cherche à s’enfuir. Poupart est un fuyard : il fuit Mona la première fois qu’il la rencontre, il fuit le boxeur, il s’enferme dans une cabine téléphonique pour se protéger de Tikidès… Il est moralement faible (le film va d’ailleurs beaucoup jouer sur l’opposition entre les prétentions héroïques qui animent Poupart et sa lâche et sordide réalité), et c’est cette faiblesse qui en fait finalement un personnage typique de film noir.

Parce que, comme dans tout bon film noir, dans Série Noire, il est avant tout question de morale. Et sur ce plan-là, aucun personnage n’est capable de donner des leçons aux autres. Il y a la tante de Mona, qui monnaye sa nièce contre des services rendus. Et il y a Mona elle-même.

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Alain Corneau dirigeant Patrick Dewaere et Jeanne Herviale

Voilà un autre personnage bien déstabilisant. Elle apparaît d’emblée comme contradictoire : d’un côté elle se met physiquement à nu avec une facilité déconcertante ; et, d’un autre côté, son quasi-mutisme en fait un personnage mystérieux, qui justement ne dévoile rien. C’est ce jeu remarquable sur le dévoilement qui va prendre une bonne partie du film, faisant de Mona une sorte de version moderne de Salomé ôtant ses voiles un à un avec une science consumée dans le seul but d’appâter Poupart. Mais en faire simplement une image de la séductrice méchante serait faire fausse route : comme tout bon personnage de femme fatale, Mona est également une victime, elle est l’innocence vendue, donnée même à tous ceux qui entrent dans l’affreuse maison de la tante. Si Poupart se prend pour un héros de films d’actions, on peut facilement deviner que Mona s’imagine être la princesse victime de l’affreuse marâtre dans les contes de Perrault ou des frères Grimm.

Comme dans tout film noir, il y a un aspect tragique dans ce qui se déroule à l’écran, comme si les personnages étaient victimes d’une fatalité. Finalement, il suffit des trois premières scènes pour que tout soit joué. La première séquence nous présente Poupart en grand immature se prenant volontiers pour un héros de cinéma, sur un décor de désolation sociale. La deuxième scène met en relation Poupart et Mona, avec la tante comme maquerelle. La troisième scène est à nouveau centrée sur Poupart et nous le montre comme un paumé n’hésitant pas à mentir et à piquer dans la caisse du patron, bref quelqu’un pour qui les limites morales ne sont pas fixes. Trois séquences, et tout est déjà joué. Poupart va avancer petit à petit, par étapes ; ses maigres barrières morales vont céder une à une, et Corneau n’a plus qu’à dérouler un récit particulièrement bien écrit et réalisé. Les dialogues, signés Georges Perec, ont un aspect « France des faubourgs » que n’auraient renié ni Audiard ni Blondin et sont servis par un casting extraordinaire. La rencontre entre Patrick Dewaere et Bernard Blier constitue, à elle seule, une raison suffisante pour voir le film. Marie Trintignant, dont ce sera le premier grand rôle, est magnifique, mystérieuse et vénéneuse à souhait. Et Corneau parvient à merveille à adapter aux réalités sociales françaises le genre du film noir, créant une œuvre qui n’aura qu’un succès d’estime à sa sortie mais deviendra, au fil du temps, un classique du cinéma français.

Synopsis : Franck Poupart est un vendeur itinérant, paumé solitaire et mythomane. Un jour, dans la banlieue parisienne, il entre dans une maison où une femme veut lui acheter une robe de chambre. Elle lui fait comprendre que son salaire sera de coucher avec sa nièce Mona.

Série Noire : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=iIG6wMYOZlc

Série Noire : fiche technique

Réalisation : Alain Corneau
Scénario : Alain Corneau et Georges Perec, d’après le roman Des Cliques et des Cloaques, de Jim Thompson
Interprétation : Patrick Dewaere (Franck Poupart), Marie Trintignant (Mona), Myriam Boyer (Jeanne), Bernard Blier (Staplin), Jeanne Herviale (la tante), Andreas Katsulas (Andreas Tikidès).
Photographie : Pierre-William Glenn
Montage : Thierry Derocles
Production : Maurice Bernart
Sociétés de production : Prospectacle, Gaumont
Société de distribution : Gaumont
Date de sortie : 25 avril 1979
Date de reprise : 11 avril 2018
Genre : drame
Durée : 111 minutes

France- 1979

The Deuce : récit choral dans le New-York underground des seventies en Blu-ray

The Deuce, série co-signée par David Simon et George Pelecanos, a enfin débarqué en DVD et Blu-ray. À l’occasion de la sortie vidéo du show, retour sur son récit choral au service du réel et sa plongée spectatorielle au cœur d’une représentation New-yorkaise non fantasmée.

Synopsis : L’essor de l’industrie pornographique du début des années 70 au milieu des années 80. Dans les magasins spécialisés, un autre cinéma se vend sous le manteau. Des films pornographiques un peu cheap, tournés à la chaîne, avec de minuscules moyens. Mais bientôt, tout cela va changer… Aux premières loges de cette révolution culturelle, deux frères jumeaux propriétaires de bars servant de couverture aux mafieux du coin, Vincent et Frankie Martino et Candy, prostituée en quête de liberté, visionnaire courageuse à l’écoute des évolutions de son époque.

Avant-propos : le présent article, écrit par le road warrior Benjamin Deneuféglise, est constitué d’une deuxième partie signée par le super-héroïque Guillaume Méral.

Le récit choral au service du réel B.D.

Comme à son habitude, David Simon – et ici, l’un de ses vieux partenaires, George Pelecanos – a construit The Deuce tel un récit choral. De The Wire à Treme en n’oubliant pas les brillantes mini-séries Generation Kill et Show Me a Hero, l’œuvre de Simon est tissée de toiles d’araignées. En effet, le récit choral permet aux créateurs puis aux spectateurs d’explorer un spectre large de l’objet du show : la criminalité (notamment celui organisé, des gangs et autres groupuscules obscurs) à Baltimore dans l’Amérique des années 2000 dans The Wire ; les débuts de l’invasion en Irak en 2003 dans Generation Kill ; le projet d’installation d’habitations à loyer modéré dans des quartiers dominés pas la classe moyenne blanche à Yonkers entre 1987 et 1994 dans Show Me a Hero ; et cetera. Ici, place à un nouveau contexte : début des années 70′, bienvenue dans le bloc englobé par la 42ème rue de Manhattan et son croisement avec la 7ème et 8ème avenue, surnommé The Deuce.

Dans The Deuce, Pelecanos et Simon s’intéressent au milieu de la prostitution dans le quartier et à l’institutionnalisation du cinéma pornographique. La vision qu’offre le duo de créateur est, comme dit plus haut, ouverte sans pour autant s’écarter de leur principal objet. Ainsi on suit des policiers ; un jeune barman, Vincent Martino, décidant de prendre sa vie en main tout en évitant de trop se mouiller dans les affaires de la mafia locale ; son beau-frère, Bobby Dwyer, chef de chantier qui va connaître un changement de vie radical ; le frère jumeau du jeune barman, Frankie, joueur invétéré ; une journaliste en plein reportage sur le milieu de la prostitution. Et justement, il y a les filles du trottoir, ces êtres noctambules qui arpentent le trottoir du début de soirée jusqu’à la fin de la matinée sous le regard de leurs « macs », business men sans scrupules, pourrait-on préjuger. Il y en a aussi une indépendante, Eileen « Candy » Merrell, qui va suivre avec attention et passion la démocratisation du film pornographique, et qui sait changer de voie. Il y a bien sûr les ramifications des parcours des différents sujets : des ouvriers concernés dans une arnaque du jeune barman, de son beau-frère et des mafieux ; les clients parfois violents, rarement bienveillants ; le collègue de Vincent, Paul Hendrickson, jeune gay cherchant sa place dans ce bloc new-yorkais loin d’être ouvert à l’homosexualité… La toile de Pelecanos et Simon tient d’un équilibre scénaristique qui, de façon organique (la fin radicale d’une petite révolte ; le départ d’une fille loin de New York ; la mort d’un « mac » ; l’assassinat criminel inattendu d’une prostituée), créé un cosmos bien vivant alternant ainsi de façon non systématique entre mouvements centrifuges et centripètes. Cette construction narrative complexe et rigoureuse permet de rendre compte à l’écran de la densité de la réalité, construite par la diversité des expériences, la pluralité des regards, qui ont aussi participé à construire l’Histoire – parfois en la subissant – souvent de façon anonyme.

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Destins croisés au carrefour des bouleversements des mœurs. Quand le poids du réel se fait ressentir.

Comme les précédentes séries (co-)dirigées par Simon, The Deuce met donc son récit au service du réel. Ainsi, les spectateurs désirant s’attacher à un héros seront probablement déçus. Il n’y a pas de héros dans les séries de Simon, ni de protagonistes hyper-psychologisés torturés par je-ne-sais-quel-«passionnant»-démon. Il y a des êtres qui agissent ou non, réagissent de telle ou telle manière à la tournure d’un ou de plusieurs événements, des affects parfois dévoilés, souvent cachés derrière une forme de pudeur ou de persona protectrice. Cependant, l’attachement à des personnages de par des situations ou des gestes du quotidien est bien là. Certains ont des traditions qui nous paraissent absurdes aujourd’hui, d’autres sont juste très drôles ; on pense que quelques-uns font preuve de courage, mais leurs actes peuvent être expliqués par des motivations qui n’appartiennent qu’à eux. Personne n’est parfait. The Deuce partage cette absence de manichéisme qui caractérise l’œuvre documentée et détaillée de Simon. Attention, les créateurs ne rejettent pas l’existence du bien et du mal. Ils acceptent juste de représenter le réel tel qu’il est ou a été, dans la pluralité de ses regards et expériences, et alors dans son infinité de nuances.

Ci-dessous, l’intro de la série The Deuce, premier portail à franchir vers la réalité complexe de la New-York des seventies.

Macadam à deux voies – G.M.

Décidément, il semblerait que quoi qu’il fasse, il y aura toujours une distance entre David Simon et les autres créateurs de séries télés, que ces derniers ne pourront jamais franchir, quel que soit la qualité de leur travail. Dans The Deuce, cet écart pourrait s’illustrer dans cette scène du premier épisode ou Frankie Martino, incarné par James Franco (qui joue aussi Vincent, son frère jumeau) arpente le bitume de la 42ème Rue, surnommé le Deuce par la faune qui y réside. Le personnage ne fait que marcher alors que les lumières de la ville brillent de tous leurs feux, soleil des animaux de nuit qui parcourent le même trottoir. Pas question de travestir ce moment d’indolence assumé en l’investissant d’une justification narrative. La déambulation se doit d’être un motif valant pour lui-même afin d’ouvrir les chakras de la ville à un spectateur de plus en plus connecté au pouls de l’endroit à chaque pas de Frankie Martino.

A l’instar de The Wire et Treme avant lui, le dispositif de The Deuce repose sur cette capacité à faire du spectateur un membre à part entière de l’environnement urbain à l’écran, à travers ce genre de motifs faussement innocents mais réellement déterminants quant à notre implication. Très néo-réaliste dans l’idée, cette démarche est essentielle pour comprendre l’idée que David Simon se fait de l’interaction spécifique de son médium avec le public. Dans The Deuce comme dans le reste de son œuvre, la ville en tant qu’organisme vivant et invisible s’incarne à la faveur de scènes charnières comme celles-ci, qui nous confèrent cette impression de sonder les battements du cœur de la bête citadine. Dès lors, la relation qui s’est nouée entre nous et l’œuvre se fonde sur ce sentiment d’appartenance organique à l’univers déployé. Le spectateur n’est jamais seulement spectateur chez Simon, il est partie prenante de cet écosystème dans lequel chaque personnage tient le rôle qu’il doit jouer pour faire fonctionner l’ensemble.

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The Deuce : au coeur de la New York des années 70 underground et dangereuse

Peu importe au fond que The Deuce ne soit pas la plus aboutie des séries créées par Simon. On pourra chipoter une utilisation du temps télévisuel un peu trop abrupte en ce qui concerne la trajectoire du personnage de Maggie Gyllenhaal (tout simplement exceptionnelle), ou l’évidence pas toujours immédiate de certains choix scénaristiques. Autant de réserves qui s’effacent devant l’ambition concrétisée de la série de faire REVIVRE (et non pas illustrer sur la base des fantasmes de cartes postales) ce New-York des 70’s underground et dangereux. Un univers peuplé de tapineuses opiniâtres, de macs hauts en couleurs et de flics corrompus et autres mafieux débonnaires qui essaient d’exister dans ce monde sur le point de basculer. Car si The Deuce ranime les braises d’une époque, c’est pour mieux en signifier sa fin à travers l’arrivée et la démocratisation du porno, qui s’apprête à bouleverser tant la conception du sexe que de ses usages. Quitte à sacrifier les protagonistes qui font tâche dans le nouvel organigramme social en gestation (voir le sort déchirant de Ruby « Maxicuisses », personnage « simonien » s’il en est). The Deuce illustre une nouvelle fois le poids dérisoire du libre-arbitre face à l’omnipotence démiurgique du système. La vérité sociologique de David Simon est d’abord anthropologique.

Bande-Annonce – The Deuce – saison 1

COMPLÉMENTS DE L’ÉDITION Blu-ray

/ Le point sur The Deuce / Le New York sauvage des années 1970 / Coulisse des épisodes / Commentaires audio exclusifs avec James Franco, Maggie Gyllenhaal, Michelle MacLaren, Nina Kostroff Noble, George Pelecanos et David Simon /

Une production HBO

Éditée par Warner Bros

Prix de vente conseillé :

DVD : 29,99 €

Blu-Ray : 34,99 €

Date de sortie : 14.02.18

Cannes 2018 : Everybody Knows d’Asghar Farhadi ouvrira la Compétition du 71e Festival

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Everybody Knows (Todos Lo Saben), le thriller psychologique du cinéaste Asghar Farhadi avec Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, sera projeté en ouverture du 71ème Festival de Cannes.

En compétition pour la Palme d’or, Everybody Knows succède aux Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin en ouvrant le bal du 71ème festival de Cannes le 8 mai prochain dans le Grand Théâtre Lumière. Le dernier film à lancer le célèbre festival tout en briquant la distinction suprême a été Moonrise Kingdom de Wes Anderson en 2012.

Pour ce film entièrement tourné en langue espagnole à Torrelaguna, une petite ville au nord de Madrid, Asghar Farhadi s’est entouré d’une équipe chevronnée : Jose-Luis Alcaine, un directeur de la photographie qui a travaillé avec Almodovar, Carlos Saura et Bigas Luna; Sonia Grande, la créatrice de costumes sur Midnight in Paris de Woody Allen et The Others d’Alejandro Amenabar; et la monteuse iranienne Hayedeh Safiyari.

Le film réunit le couple star Penelope Cruz et Javier Bardem ainsi que l’Argentin Ricardo Darin, le 8e long métrage d’Asghar Farhadi raconte l’aventure de Laura (Penélope Cruz), qui voyage avec sa famille depuis Buenos Aires dans son petit village natal d’Espagne, à l’occasion d’une réunion de famille. La famille à peine réunie, est dérangée par des événements qui changeront le cours de la vie de chaque personnage. La famille, ses secrets, ses liens, ses traditions et les choix moraux qu’ils imposent sont, comme chacun des scénarios du cinéaste, au cœur de l’intrigue.

« Il faut remonter à 2004 et au long métrage La Mauvaise Éducation de Pedro Almodóvar, pour que le film d’ouverture ne soit ni en langue anglaise ou ni en français », tiennent à souligner les organisateurs du festival dans leur communiqué.

Cannes 2018 : Everybody Knows d’Asghar Farhadi – bande annonce

Cruz-Bardem, un couple glamour au casting

Les deux acteurs sont des habitués de la Croisette et de la montée des marches. Cruz a partagé le trophée de la meilleure actrice pour Volver de Pedro Almodovar en 2006, qui lui a également valu une nomination aux Oscars. Elle a ensuite remporté l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film de Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, en 2008, tandis que Bardem était récemment à Cannes avec The Last Face de Sean Penn en 2016. Il a aussi remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2007 pour No Country for Old Men et le Prix d’interprétation masculine pour Biutiful d’Alejandro Gonzalez Iñarritu en 2010. De passage à Paris pour la 43e cérémonie des César, Penélope Cruz a reçu des mains de Marion Cotillard et Pedo Almodovar un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Les deux comédiens sont également à l’affiche d’Escobar, de Fernando León de Aranoa, à voir dans les salles obscures le 18 avril en France.

Asghar Farhadi, un réalisateur multi-récompensé

Ce n’est pas la première fois qu’Asghar Farhadi foule le tapis rouge, le réalisateur iranien est lui aussi un grand habitué du festival de Cannes. L’année dernière, Farhadi a qualifié le festival de :

« lieu où les gens dialoguent avec enthousiasme autour du cinéma et partagent des moments mémorables. »

Il obtient le Prix de l’Oscar du Meilleur film étranger pour Une séparation et Le Client. En 2013, pour son film Le Passé, Bérénice Bejo a remporté le Prix d’Interprétation féminine. Trois ans plus tard, en 2016, Le Client a reçu le Prix du Scénario et le Prix d’Interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Ce dernier a été également récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger.

Projeté en avant-première dans de nombreuses salles de France, Everybody Knows sortira le 9 mai, soit le lendemain de sa première mondiale au Festival de Cannes, qui se déroulera du 8 au 19 mai.

Cannes 2018 : Benicio Del Toro président du jury « Un certain regard »

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À l’affiche le 27 juin prochain du film Sicario: La Guerre des cartels, l’acteur américano-espagnol Benicio Del Toro présidera le jury de la sélection Un Certain Regard, lors du prochain Festival qui débutera le 8 mai 2018.

Benicio Del Toro, la star aux multiples facettes, est un «comédien fascinant» doublé d’un «grand cinéphile» qui sera à la tête de la section dérivée de la sélection officielle pour cette 71e édition, ont annoncé les organisateurs dans un communiqué de presse. Il succède à Uma Thurman, présidente en 2017. Le Jury de l’édition précédente, composé de Mohamed Diab, Reda Kateb, Joachim Lafosse et Karel Och avait décerné le Prix Un Certain Regard à Mohammad Rasoulof pour le film Un homme intègre, le Prix du Jury à Michel Franco pour « Las Hijas de Abril »/Les Filles d’Avril, le Prix de la mise en scène pour Wind River à Taylor Sheridan, le Prix de la poésie du cinéma à Mathieu Amalric pour Barbara et le Prix d’interprétation féminine à Jasmine Trinca pour Fortunata de Sergio Castellitto.

Benicio Del Toro, un habitué de la croisette

Amoureux du septième et grand fan de l’univers de Fellini, Bergman et Kurosawa, l’artiste offre mille visages : de gangster maniéré dans Usual Suspects, à avocat sous acide dans Las Vegas Parano en 1998, agent des stups mexicain malmené dans les méandres des cartels dans Traffic en 2001 (interprétation qui lui a valu l’Oscar du meilleur second rôle), en passant par l’amérindien des plaines tourmenté de Jimmy P. en 2013 du français Arnaud Desplechin ou encore au narcotrafiquant aussi charmant que terrifiant dans Paradise Lost en 2014, Del Toro montre qu’il est un acteur polymorphe.

Habitué de la croisette, le natif de Porto Rico avait présenté en 2012 El Yuma sa première réalisation, segment de l’œuvre collective de 7 Jours à la Havane… dans la section Un Certain Regard.

«Je suis déjà venu à de nombreuses reprises et c’est toujours une grande chance. Je me sens inlassablement ému, excité», déclarait-il l’année suivante.

En 2010, Benicio Del Toro était membre du Jury de la Compétition officielle, présidé par Tim Burton, qui avait remis la Palme d’or au film Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) au thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. La star est aussi un habitué de la compétition internationale : en 1995, il y avait présenté Usual Suspects, en séance spéciale, en 2008 il a été récompensé du Prix de l’Interprétation Masculine pour le rôle de Che Guevara, dans Che de Steven Soderbergh. L’acteur de Star Wars, épisode VIII était en Compétition avec The Pledge (2001), Sin City (2005) et plus récemment, en 2015, avec le long métrage Sicario de Denis Villeneuve. L’année 2018 s’annonce comme un grand millésime pour Benicio Tel Toro, qui reprend son rôle de l’agent Gillick dans la suite, Sicario : La Guerre des Cartels, en salles en France le 27 juin prochain mais aussi celui du Collectionneur, rôle qu’il incarne dans Les Gardiens de la Galaxie dans la superproduction Marvel Avengers : Infinity War.

La deuxième compétition de la sélection officielle du Festival de Cannes se compose comme chaque année d’une vingtaine de films singuliers et originaux, tant sur le plan esthétique que dans leur propos. Cette année Cate Blanchett préside le jury principal du Festival, Ursula Meier la Caméra d’or et le cinéaste Martin Scorsese recevra le Carrosse d’or. La sélection officielle de la 71e édition du festival sera dévoilée le 12 avril.

Quatre classiques du cinéma iranien sortent en Blu-Ray chez Elephant Films !

La Vache, Le Coureur, Leila et Close Up : ce sont quatre classiques du cinéma iranien de ces cinquante dernières années que les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir en de très belles éditions Blu-Ray.

Les quatre films iraniens qui sortent en Blu-Ray permettent d’avoir un aperçu de la diversité du 7ème art dans ce pays dont la production cinématographique est devenue incontournable de nos jours. Ces films d’époques différentes, tournés avant ou après la Révolution Islamique, en noir et blanc ou en couleur, montrent un visage profondément humain et d’une grande finesse intellectuelle, subtilement teinté de réflexions politiques.

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Close Up est, de très loin, le plus connu des quatre films. D’abord, c’est un film réalisé par Abbas Kiarostami, le plus célèbre des cinéastes iraniens, auteur de Où est la maison de mon ami ?, A travers les oliviers et bénéficiaire d’une Palme d’Or en 1997 pour Le Goût de la cerise. On retrouve ici les procédés habituels du cinéaste, en particulier cette absence d’une frontière bien nette et définie entre réalité et fiction. Kiarostami filme le procès (réel ? fictif?) d’un parfait inconnu, Hossain Sabzian, qui s’est fait passer pour Mohsen Makhmalbaf (un des cinéastes iraniens les plus connus) et en a profité pour s’inviter chez des gens. C’est le début d’un film déroutant. A l’imposture de Hossain, Kiarostami ajoute une autre imposture, celle du cinéma en lui-même. Le film devient une réflexion d’une profonde intelligence sur le pouvoir des images et sur leur capacité à dire la vérité, ou plutôt à en inventer une, et le spectateur se retrouve dans une situation où il ne peut définir ce à quoi il assiste : documentaire ? Fiction ? Un habile mélange des deux ? Le procédé arrivera à un point culminant lors des scènes finales…

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Sorti en 1985, Le Coureur, d’Amir Naderi, est également un petit chef d’œuvre, certes dans un genre bien différent, mais cependant inspiré du cinéma de Kiarostami. Comme son illustre collègue, Naderi va nous montrer un film dont le personnage principal est un enfant, la petit Amiro, d’une dizaine d’années environ. Amiro est un gosse des rues. Il vit seul dans une vieille carcasse de bateau toute rouillée et survit par différents petits bouleaux : ramassage d’ordures, distribution d’eau fraîche, cirage de chaussures, etc. Dès les premières scènes, on le voit regarder l’horizon, faire signe aux bateaux ou errer le long du grillage d’un aérodrome. Amiro rêve de partir, d’aller loin. L’acte de courir devient alors une métaphore : courir pour survivre, car pour Amiro la vie est une lutte permanente (contre les innombrables autres enfants des rues, contre les injustices sociales qui constituent autant d’obstacles sur son parcours), une course épuisante, sans cesse recommencée, pour un résultat souvent dérisoire. Dans un style qui se rapproche beaucoup du néo-réalisme italien des années 40, le cinéaste parvient à capter la réalité avec une justesse de ton extraordinaire. En particulier, il montre ces enfants avec leurs jeux, leurs rires, leurs rêves, sans que cela ne fasse artificiel un seul instant. Cette vérité dans la façon de capter l’enfance empêche le film de sombrer dans le misérabilisme et en fait, au contraire, une fable politique magnifique, émouvante, tendre et intense.

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Les deux autres films sont signés par le même cinéaste, Dariush Mehrjui. Tout d’abord, nous avons Leila, le plus récent des quatre films, sorti en 1997. C’est un complet changement d’ambiance : Leila nous plonge dans l’intimité d’un drame bourgeois. Leila (incarnée par Leila Hatami, l’actrice de Une Séparation) épouse Réza et ils forment un couple heureux. Mais Leila est stérile. Malgré les propos sans cesse rassurants d’un époux qui multiplie les preuves d’amour à son égard, Leila va sombrer dans la culpabilité, aidée en cela par une belle-mère qui rêve d’avoir un petit-fils pour perpétuer la lignée. Le film de Mehrjui est un drame intimiste, une exploration de la psychologie d’une femme qui est convaincue de faire le malheur de son mari. L’emploi de la voix off, les cadrages, les décors, les fondus enchaînés colorés (rouge, orange) : nous ne sommes plus dans la fibre réaliste, quasi-documentaire, du cinéma d’un Kiarostami. On peut difficilement dire qu’il s’agit d’un film critique ou politique, d’autant plus que Leila ne se veut pas une attaque contre une société patriarcale. Nous avons par contre une belle réflexion sur le couple et le mariage, sur le sacrifice et la communication, et de très beaux portraits psychologiques loin de toute caricature.

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La Vache est le plus ancien des quatre films proposés (1969), et le seul qui soit en noir et blanc (un noir et blanc superbe d’ailleurs, très travaillé, avec de forts contrastes entre une luminosité aveuglante et des ombres où se terrent les personnages). Le film nous plonge dans la vie quotidienne d’un minuscule village perdu loin du monde et hors du temps (il est impossible de savoir à quelle époque se déroule le film). Et si le film se concentre sur Hassan, propriétaire d’une vache (l’unique vache du village) qu’il aime à la folie (expression à prendre au pied de la lettre), c’est finalement tout le village qui va nous être présenté. Avec son insistance sur les visage parcheminés par cette rude vie de misère, La Vache est un très beau film rempli d’humanité. Tour à tour drôle ou émouvant, le film revêtira une importance considérable dans l’histoire du cinéma iranien, étant le premier film du pays primé dans un festival international (celui de Venise, en l’occurrence).

Chaque film est présenté dans une très belle édition. Parmi les compléments de programme, il y a une présentation des films par le critique Jean-Michel Frodon, puis soit un commentaire, soit une interview (de l’acteur principal du Coureur), ou encore le numéro de l’émission Cinéastes de Notre temps consacré à Abbas Kiarostami (en complément de Close Up). Visuellement, le travail est superbe. Et surtout, ces éditions nous permettent enfin de voir ces films dont certains n’étaient pas édités en France à ce jour.

BANDE-ANNONCE : 4 CHEFS-D’ŒUVRE DU CINÉMA IRANIEN

 

la-vache-dariush-mehrjui-sortie-blu-rayLa Vache, de Dariush Mehrjui (1969)
Durée : 104 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Bandes-annonces
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Galerie de photos

 

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Le Coureur, d’Amir Naderi (1984)
Durée : 90 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Entretien avec Majid Niroumand
Bandes-annonces
Galerie de photos

 

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Close Up, d’Abbas Kiarostami (1990)
Durée : 94 minutes
Compléments de programme :
Abbas Kiarostami : « Vérités et songes » de Jean-Pierre Limosin
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Bande-annonce
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Leila, de Dariush Mehrjui (1997)
Durée : 124 minutes
Compléments de programme :
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
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Agatha Christie revient au cinéma en quatre grands crimes

Ce mercredi revient sur les écrans de cinéma quatre grandes adaptations d’Agatha Christie. En effet, Carlotta Films ramène au cinéma Le Crime de l’Orient-Express, Mort sur le Nil, Le Miroir se brisa et Meurtre au Soleil.

On ne présente plus ces grands récits littéraires, ni son auteure, Agatha Christie. De même pour ces films qui ont su traverser le temps et nous plonger, à chaque visionnage, dans un des formidables mystères policiers de Christie. Ce mercredi 4 avril, Carlotta Films – soutenu par Studio Canal et d’autres comparses – vous donne l’occasion de redécouvrir sur grand écran ces périples policiers où la part sombre des hommes rencontre l’exotisme et le quotidien. La récente et bancale adaptation du Crime de l’Orient-Express réalisée par Kenneth Branagh a plus que partagé. Malgré tout, elle a su attirer en salle de jeunes générations de spectateurs. Carlotta et ses comparses les appellent – et nous aussi – à venir aussi découvrir la première et brillante adaptation du roman réalisée par Sidney Lumet en 1974. Une adaptation qui a d’ailleurs été adoubée par Agatha Christie, et qui connaîtra un tel succès que ses producteurs John Brabourne et Richard Goodwin se lanceront sur les mises en chantiers successives de Mort sur le Nil (1978), Le Miroir se brisa (1980) et Meurtre au Soleil (1981).

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Le Crime de l’Orient-Express (1974) ; Mort sur le Nil (1978) ; Le Miroir se brisa (1980) ; Meurtre au Soleil (1981)

Trois des quatre films s’intéressent aux enquêtes d’Hercule Poirot, le détective belge tourmenté par son devoir alors qu’il est en vacances, ou sur le retour d’une énième affaire. Trois films pour deux Poirot, devrait-on dire. En effet, le célèbre enquêteur a eu droit à deux interprètes dans cette série d’adaptations : dans Le Crime de l’Orient-Express, le méconnaissable et brillant Albert Finney, cinquième Poirot mis en image mais premier à être adoubé par la « reine du crime » ; et dans Mort sur le Nil et Meurtre au Soleil, le génial et polyglotte Peter Ustinov, qui interpréta le personnage avec bonhommie et s’amusera davantage avec l’absurdité – ou le caractère drôle malgré lui – qui caractérise Poirot. Le Miroir se brisa fut l’occasion pour les producteurs de ramener Miss Marple à la vie au cinéma. Angela Lansbury est choisie pour lui donner corps à l’écran. Notons qu’elle était déjà une suspecte de l’affaire de Mort sur le Nil, et que plus tard, elle incarnera la fameuse Jessica Fletcher, auteure de polar et détective à ses heures perdues dans la longue série culte, Arabesque (co-créée par les deux gusses à l’origine de Columbo, William Link et Richard Levinson).

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À gauche, Peter Ustinov ; à droite, Albert Finney

L’interprétation de Lansbury sonne juste, mais on lui préfère celle plus libre mais plus pétillante et détonante de Margaret Rutherford dans une série de films – lancée par Le Train de 16h50 (1960) et close par Passage à Tabac (1964) – qui a créé une véritable brouille entre la romancière et le cinéma. La séparation sera oubliée une décennie plus tard grâce à cette nouvelle série de films dirigés par des réalisateurs confirmés : le grand Sidney Lumet (Douze hommes en colère, Serpico, Point Limite) pour le premier film ; les entertainers britanniques John Guillermin (le King Kong de 1976, La Tour Infernale, Le Pont de Remagen) pour le deuxième long métrage ; et Guy Hamilton (Goldfinger, Vivre et Laisser Mourir, La Bataille d’Angleterre) pour les deux derniers « volets ».

Ce mercredi 4 avril, vous pourrez ainsi (re)découvrir ces films dans des versions restaurées inédites véritablement soignées (on soupçonne d’ailleurs d’en avoir admiré deux sur les quatre au dernier Arras Film Festival). Rendez-vous alors à partir de demain avec la mort, Hercule Poirot et Miss Marple !

Bande-annonce – Les Mystères d’Agatha Christie

AU CINÉMA LE 4 AVRIL 2018

VERSIONS RESTAURÉES INÉDITES – VOSTF + VF

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Le Bonhomme de Neige ou le Millenium de Michael Fassbender en DVD/Blu-Ray le 3 Avril !

Adapté du best-seller éponyme de Jo Nesbo, Le Bonhomme de Neige entendait marcher sur les traces du célèbre Millenium de Stieg Larsson, mètre étalon du genre dès lors qu’on touche aux tueurs en série sévissant sur les grands froids de la Scandinavie. Patatras, Tomas Alfredson n’est pas David Fincher…

Suède, de nos jours. Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges.

Un film qui fait froid dans le dos.

On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Un dicton justement de mise quand on doit évoquer le cas du Bonhomme de Neige A l’origine chapeauté par Martin Scorsese, le projet est finalement tombé dans la besace du non moins recommandable Tomas Alfredson, lequel avait auparavant brillamment adapté John Le Carré (La Taupe). Dès lors, difficile de ne pas y voir dans ce projet, une véritable promenade de santé pour le cinéaste. Malheureusement, le projet bien que nanti d’éléments étant à même de plaire à n’importe quel cinéphile (un serial-killer, un best-seller nordique, des décors enneigés, une ambiance tétanisante), son exécution a souffert d’un des plus gros travers d’Hollywood : le temps. C’est bien simple : Tomas Alfredson n’a pas eu le temps pour finaliser son film tel qu’il l’entendait. A peine quelques mois. Dès lors, difficile de pouvoir mener à bien une histoire multipliant les temporalités et localités de tournages. Tant et si bien que le film une fois dans la boite a rencontré un énième problème, cocasse : il lui manquait plusieurs scènes clés. Des scènes que le réalisateur estime majeurs et qui n’auront pour conséquence que de vider de sa complexité un film pourtant bien parti pour illustrer les tourments d’un serial-killer. C’est ce qui s’appelle la faute à pas de chance…

Des bonus frustrants

Fatalement, à la vue des bonus, on ne peut que contenir notre frustration tant la prose du romancier Jo Nesbø pouvait donner lieu, si correctement adaptée, à un film valant le détour. Ici, on ne pourra donc que ronger son frein devant l’utilisation des paysages nordiques ou la construction des personnages, notamment celui de Michael Fassbender pour saisir ce qu’aurait pu être le film s’il n’avait pas été la cible d’une production précipitée et d’un montage en catastrophe. Une bien piètre consolation qui au moins a le mérite de nous rassurer pour la suite : si un autre best-seller du romancier norvégien venait à se voir adapté, le réalisateur aurait un bon exemple à ne pas réitérer pour saisir la substantifique moelle de l’auteur et en donner un polar aussi tortueux que les pages du roman.

Caractéristique Technique DVD/Blu-Ray

Version originale sous-titrée français + Allemand DTS HD HRA 7.1, Anglais DTS HD (Master audio) 7.1, Espagnol; castillan DTS HD HRA 7.1, Français DTS HD HRA 7.1, Italien DTS HD HRA 7.1

Images – 16/9 – 1.85 – Couleur

Durée : 119min

Bonus

– la copie digitale
– Les personnages
– Créer le monde de Jo Nesbø
– Le bonhomme de neige
– Les paysages norvégiens
– Plongée dans le lac

 

Bande-annonce : Le Bonhomme de Neige 

Sonate pour Roos, une fable sensorielle venue du froid

Sonate pour Roos retisse les liens défaits d’une mère et sa fille sur fond de sonorités naturelles et de grands paysages enneigées. Cette fable sensorielle apaisera le spectateur tout en l’émerveillant par instants.

Le secret des banquises 

sonate-pour-roos-afficheSonate pour Roos est une mélodie sur une relation familiale inspirée en partie du vécu du réalisateur. Lorsque Roos revient sur les terres glacées de Norvège, elle n’est pas forcément la bienvenue. Si son petit frère l’adore, c’est moins le cas de la dernière partie du trio : la mère. Cette dernière semble trouver la présence de Roos pesante. Pourtant, la douceur est omniprésente dans la vie de cette famille, en tout cas de ce qui l’entoure : grands paysages enneigés, musique (la mère fait du piano, le fils des expériences musicales  dans la nature), chiens de traîneaux. Le film est celui d’une double disparition, celle actuelle des relations mère-fille et celle annoncée de Roos. La seconde disparition rendant la première caduque. Les liens familiaux sont ici explorés au plus profond d’eux-même, ils révèlent une absence de dialogue latente, comme si les deux femmes, mère et fille, vivaient sur des planètes différentes. Celle de la musique pour Louise, ancienne virtuose du piano auquel elle a consacré sa vie et sacrifié l’enfance de sa fille, et celle de la photographie pour Roos, à laquelle elle consacre aussi sa vie. Or, pour Roos la photographie est une liberté, un moyen de parcourir le monde et d’échapper au carcan des conventions et de la routine. Ce tableau des relations familiales est complété par Bengt, le petit frère, avec lequel Roos entretient une relation très complice et touchante. La force du film réside avant tout dans la pudeur avec laquelle sont dépeintes ces relations, pudeur qui n’empêche ni la douceur, ni la cruauté de s’infiltrer dans le film.

Regarde les femmes s’aimer

sonate-pour-roos-critiqueLa veine artistique du film fait partie intégrante de la mise en scène, jusqu’aux clichés pris par Roos qui viennent s’ajouter aux images en mouvement. Bengt, de son côté, est dans le monde des sons, de la minéralité aussi. Il est le plus proche de la nature et de son sentiment de puissance comme d’impuissance. Bengt est comme un double du réalisateur : « celui qui essaie de guérir les blessures ». S’il tente d’utiliser la nature pour créer une symphonie sonore, il est aussi celui qui doit harmoniser la famille, la rendre plus solide, même si l’essentiel du drame qui se joue lui échappe. Sur un thème d’une grande simplicité, Boudewijn Koole raconte finalement une histoire de filiation entre l’être humain et la nature, mais aussi des Hommes entre eux. Chaque fois, le parcours est semé d’embûches et de non-dits. La beauté du film réside dans la manière d’inclure les personnages dans un espace vertigineux et beau. Tout fait sens. Comme lorsque Roos se baigne dans un trou d’eau gelée avec son petit frère ou quand ils prennent un bain ensemble. Mais c’est avec la mère que la métaphore se fait le mieux. Cette femme d’une dureté implacable s’occupe avec amour de ses chiens de traîneaux. Ces derniers sont d’ailleurs filmés comme jamais, au plus près des visages et des langues pendantes, de leurs visages si nobles et de leurs courses. Ces détails, c’est aussi Roos qui les voit. Elle regarde simplement les choses, les détails, les toutes petites choses et la caméra est parfois ses yeux et fait de même. Au final, la dureté du film est là, mais livrée dans un bel écrin blanc. La scène finale, ode à l’amour et à la liberté, est aussi glaçante de tristesse que réconfortante de beauté et de pudeur. Au final, rien de se passe, tout se passe, les sens sont en éveil et la caméra se  déplace comme dans un rêve, parfois un cauchemar, qui parlent de la vie, tout simplement.

Sonate pour Roos : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=DElU4O61rIs

Sonate pour Roos : Fiche technique

Synopsis : Roos rejoint la Norvège tous les ans afin de rendre visite à son jeune frère et sa mère pianiste. Entre les deux femmes, d’anciennes tensions enfouies empêchent toute communication. Cette année, Roos souhaite pourtant partager une nouvelle essentielle. 

Réalisateur : Boudewijn Koole
Scénario : Jolein Laarman
Interprètes : Rifka Lodeizen, Jakob Oftebro,  Elsie de Brauw, Marcus Hanssen
Compositeur : Alex Simu
Photographie : Melle Van Essen
Montage : Gys Zevenbergen
Société(s) de production : Sweet Films, Waterland Film
Distribution : Arizona Distribution
Date de sortie : 18 avril 2018
Genre : Drame
Durée : 92 minutes

Pays-Bas – 2016

Série The Sinner : Sortie en DVD de la saison 1

Le mardi 3 avril sort en DVD la saison 1 de la série The Sinner, produite et interprétée par Jessica Biel, qui nous plonge dans l’esprit tourmenté d’une femme meurtrière malgré elle.

Produite et interprétée par Jessica Biel, la saison 1 de la série The Sinner place les spectateurs face à une énigme. Cora est une jeune femme américaine tout ce qu’il y a de plus banal. Mariée, un enfant, elle travaille dans l’entreprise familiale de son beau-père. Nous sommes dans le quotidien le plus ordinaire.

the-sinner-saison-1-jessica-biel-seriePourtant, dans ces scènes de train-train habituel, on sent déjà que le personnage de Cora est un peu décalé, un peu « à l’ouest ». Comme si, en elle, quelque chose n’allait pas, n’adhérait pas à cette vie. Comme si son esprit était ailleurs. On la voit finalement inexpressive. Elle fixe le mur. Quand elle va nager dans un lac, on a presque l’impression qu’elle cherche à se noyer.

Ces petits détails vont prendre une tout autre importance lorsque Cora, sur les bords du lac, va, sans la moindre raison, prendre un couteau et assassiner un parfait inconnu.

C’est alors que débarque un autre personnage un peu décalé. Le lieutenant Ambrose (Bill Pullman), sur la scène de crime, se contente de remarquer que les arbres sont atteints d’une maladie. C’est avec lui que nous allons suivre une enquête d’autant plus surprenante qu’elle semble pourtant jouée d’avance : le meurtre s’est produit devant de nombreux témoins et Cora elle-même a renoncé à se défendre, préférant plaider coupable.

the-sinner-saison1-serie-bill-pullmanPlaider coupable et se sentir coupable : on va vite découvrir que c’est à cela que se résume la vie intérieure de Cora. L’enquête va prendre une double direction : sur le terrain, dans le présent, mais surtout dans le passé. Et cette enquête rétrospective va se dérouler principalement dans la tête de Cora. C’est là que la série va se faire la plus intéressante, tant la jeune femme est prise dans un processus de punition contre elle-même. Un processus que les flashbacks vont nous dévoiler petit à petit. Ainsi, on découvre l’enfance de Cora auprès d’une mère qui n’a pas grand chose à envier à celle de Carrie. Élevée dans le respect strict, voire fanatique, de la religion, la jeune fille est rendue responsable de la maladie de sa sœur Phoebe. Convaincue d’être cette pécheresse qui donne son titre à la série, elle va occulter une partie importante de son passé. C’est dans ce trou noir mémoriel que se situe la réponse à l’énigme.

L’anglais étant une langue qui ne distingue pas le masculin du féminin, The Sinner peut aussi bien désigner un homme qu’une femme. Et, en effet, on comprend vite que, derrière les apparences bien propres de cette Amérique profonde, chaque personnage a ses perversions. Les trois personnages principaux de la série (Cora, son mari Mason et le lieutenant Ambrose) ont leurs vices plus ou moins cachés. Finalement, qui est vraiment ce « sinner » mentionné dans le titre ?

Le problème de la saison se situe d’ailleurs peut-être ici, dans cette complaisance à montrer des perversions sexuelles.

Sinon, cette première saison de la série The Sinner se regarde avec intérêt. La série adopte volontiers un rythme lent qui privilégie l’ambiance mystérieuse tout en parvenant à accrocher le spectateur. En ne centrant pas la saison exclusivement sur l’enquête, The Sinner fait le bon pari : critique du fanatisme religieux, vie privée souvent glauque des personnages, introspection mouvementée de l’esprit tourmenté de Cora, suspense judiciaire, les huit épisodes explorent différents aspects de l’histoire et c’est cela qui constitue l’intérêt majeur de la saison.

On pourrait toutefois regretter que les compléments de programme se limitent à quelques scènes coupées. Mais l’essentiel est que la série reste un divertissement agréable, une énigme qui nous tient jusqu’au dernier épisode.

Intro et générique : Série The Sinner, Saison 1

The Sinner, saison 1 : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=dxKtG0XyE60

Caractéristiques techniques du coffret 2 DVD :
Audio : Français, Anglais, Allemand Digital 5.1
Sous-titres : Français, Anglais pour sourds et malentendants, Allemand, Néerlandais, Danois, Finnois, Suédois, Norvégien
Bonus DVD : Scènes coupées 2 DVD – 8 épisodes de 45 min

Synopsis : D’après le roman éponyme de Petra Hammesfahr (1999) Cora Tannetti, mère de famille fragile a priori sans histoires, passe un après-midi au bord d’un lac avec son mari et leur fils quand, subitement, elle poignarde à mort un parfait inconnu. Arrêtée, elle reconnaît son crime mais ne l’explique pas. Le détective Harry Ambrose, en charge de l’enquête, veut comprendre ce qui a bien pu se passer. Il se met à fouiller le passé de la jeune femme et nous fait pénétrer dans l’esprit et les souvenirs tourmentés de Cora, à la recherche des traumatismes enfouis qui l’ont poussée à commettre l’irréparable…

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Cannes 2018 : Martin Scorsese honoré du Carrosse d’Or

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Après avoir remporté la Palme d’Or en 1976 pour son film culte Taxi Driver, Martin Scorsese est devenu l’un des cinéastes majeurs de ces quarante dernières années. En pleine post-production de The Irishman, il sera honoré du Carrosse d’Or au 71e Festival de Cannes

De Taxi Driver à Silence, quarante ans de carrière pour Martin Scorsese, l’un des metteurs en scène les plus importants de notre époque. Son cinéma, oscillant entre expériences radicales (Raging Bull) et dissertations mystico-métaphysiques (La dernière tentation du Christ), a marqué tous les cinéphiles ayant vu de près ou de loin les films du réalisateur américain. Son dernier film, The Irishman, budgeté à plus de 150 millions de dollars par Netflix, est d’ailleurs attendu comme un graal par ses admirateurs. Mais alors qu’il fignole la post-production de ce film de gangsters, il sera honoré au 71è Festival de Cannes, du Carrosse d’Or, un prix remis chaque année depuis 2002 par la Société française des Réalisateurs de films (SRF).

Les cinéastes membres de la SRF élisent un des leurs pour ses pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production. Martin Scorsese succède ainsi à de grands noms comme Clint Eastwood, David Cronenberg et Werner Herzog qui a remporté le prix l’an dernier. «En 2018, pour son 50e anniversaire et la 50e édition de la Quinzaine des Réalisateurs, la SRF est fière de saluer un cinéaste d’exception et une source d’inspiration intarissable», a déclaré la SRF dans un communiqué. La récompense lui sera d’ailleurs remise en main propre à l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.

L’occasion sera faite de redécouvrir le long-métrage Mean Streets, qui a véritablement lancé la carrière de Scorsese en 1973, tout comme celles de Robert de Niro et Harvey Keitel, qui faisaient l’une de leurs premières apparitions sur grand écran. L’histoire suit Charlie et Johnny Boy qui tentent de percer dans la mafia de Little Italy dans le New-York des années 70. Si Charlie a ses chances grâce à son oncle bien intégré dans la mafia qui lui promet la gestion d’un restaurant, Johnny Boy criblé de dettes multiplie ce qui apparaît de plus en plus comme des provocations. Charlie marqué par la religion et la figure de saint François d’Assise protège et tente de sauver un Johnny Boy qui se condamne lui-même chaque jour davantage.

Coby de Christian Sonderreger : Je est un autre

Coby est un film intimiste sur un sujet intime : la transition chez un jeune transsexuel américain. Ou comment l’entourage d’un homme qui fait un choix de vie structurant reçoit et accompagne ce changement. Un film lumineux sur la question de genre.

Synopsis : Dans un village au cœur du Middle-West américain, Susanna, 23 ans, change de sexe. Elle devient un garçon : Coby. Cette transformation bouleverse la vie de tous ceux qui l’aiment. Une métamorphose s’opère alors sous le regard lumineux et inattendu du réalisateur… 

Transamerica

Tourné par Christian Sonderegger, le demi-frère français du protagoniste américain de Chagrun Falls , Ohio, Coby est un documentaire axé sur la transition de Susanna, un transsexuel Female to Male devenu Jacob, Jake, ou encore Coby. De multiples diminutifs qui montrent en filigrane la difficulté du chemin emprunté par Coby. Le film n’est donc pas tourné vers la transformation en tant que telle, ni vers ses aspects matériels ; à peine est évoquée la question financière pour une des opérations qu’il doit subir.

coby-christian-sonderegger-film-critique-rapas-familleCoby est plutôt un regard sur les impacts de la décision de Susanna sur un entourage pourtant extrêmement favorable, empathique et aimant. La source du documentaire est triple : d’abord, les petits films que Coby fait sur YouTube pendant les mois de sa prise de testostérone, une étape cruciale dans sa transition. Il s’agit de petites vidéos où on a l’impression qu’il se parle davantage à lui-même qu’aux autres, où il se découvre en direct avec son nouveau corps, différent de semaine en semaine, et où il raconte ses doutes, ses petites victoires, ses peurs et ses peines. Ensuite le cinéaste parsème son film d’instantanés de Coby, beaux et signifiants, depuis sa petite enfance où, déjà, le jeu est de se mettre de la mousse à raser sur le visage ou de jouer au cow-boy sur le dos de son grand frère, jusqu’à son adolescence pré-transition où on devine dans ses yeux d’ado punk à la mini robe aguicheuse et aux lèvres peintes une sorte de fièvre, peut-être de la détermination déjà par rapport à son projet de vie.

Puis, Christian Sonderegger complète ce dispositif par ses propres interventions, un mix d’entretiens avec les différents membres de la famille et des focus sur la vie actuelle de Coby. Le film commence d’ailleurs presque par une séquence où le jeune homme, barbe de 3 jours et muscles saillants, est en situation professionnelle avec ses collègues urgentistes. D’emblée, on le voit donc comme une personne tout ce qu’il y a de plus ordinaire, sauvant ici la vie d’un bébé en détresse respiratoire. Sur le chemin du retour au domicile, sa voiture croise celle de Sarah, sa compagne, qui part à son tour au travail. Deux petites phrases échangées, et là aussi, la normalité d’un couple banal qu’il forme avec la jeune femme est campée : le chien, les autres animaux à nourrir, etc. Cette séquence est immédiatement précédée d’une autre, assez brève, ou Coby est encore Susanna, et où il annonce le début de la prise de la testostérone, et la force du film est de montrer avec une telle juxtaposition que les deux facettes sont totalement lui/elle, fondamentalement un être humain.

coby-christian-sonderegger-film-critique-cobyLe cinéaste s’attarde beaucoup sur le corps de Coby, puisque c’est de cela qu’il s’agit. Ce mauvais corps qui a été attribué à Coby, la surprise qu’il déclare avoir à chaque fois qu’il croisait son reflet dans le miroir. Ce corps qui l’engonce et qui l’empêche d’être ce qu’il est vraiment. La caméra de Georgi Lazarevsky est douce et respectueuse, s’attardant en gros plans sur ses courbes étonnamment masculines et féminines à la fois. En même temps, le film rend parfaitement l’idée de la plénitude du jeune homme dans ce nouveau corps encore en devenir.

L’intérêt de Coby réside surtout dans le suivi du cheminement de la famille par rapport à ce grand bouleversement. L’homosexualité de Susanna est une première étape, ou plutôt ce qui est défini comme l’homosexualité de Susanna, car le film montre le trouble à ce sujet dans son couple : Sarah avoue voir Coby avec un pénis dans ses rêves. Puis, l’homosexualité se transforme en quelque chose d’autre, de plus brutal, plus inconnu et plus radical : c’est alors la perte d’une fille, d’une sœur, et sa transition qui sont en jeu, ce qui entraîne rejet, peur, culpabilité (le père pense que le système d’éducation qui était le leur -enseignement à domicile- est une arme à double tranchant permettant aux enfants d’être libres du regard des autres trop vite), toutes choses qui finissent toujours par être submergées par leur amour manifeste pour leur proche. Le cinéaste laisse son interlocuteur aller au bout de ses confidences, qu’elles soient à son avantage ou non, comme la mère de Coby qui avoue avoir voulu chasser sa fille à un moment. Comme le père de Coby qui résume ainsi la situation : « Changing has consequences. Not changing also has consequences ». Les liens de parenté qu’il avait avec la famille favorisent sans doute le sentiment d’intimité tranquille qui se dégage du métrage.

Contrairement à beaucoup de documentaires sur le sujet, souvent axés sur les difficultés matérielles de la transition et sur les pathos familiaux, et sans vouloir dénigrer ces films qui sont hélas et après tout le reflet de la réalité, Coby est un film lumineux et intimiste, porteur d’un respect profond à la fois envers le protagoniste et envers une famille bousculée qui a su merveilleusement l’accompagner.

Coby – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=88LBjFWxsHE

Coby  – Fiche technique

Réalisateur : Christian Sonderegger
Scénario : Christian Sonderegger
Interprétation : dans leurs propres rôles : Coby, Jacob Hunt, Sara Mound, Ellen Richards-Hunt, Willard Hunt, Andrew Hunt
Photographie : Georgi Lazarevski
Montage : Camille Toubkis
Productrices : Moïra Chappedelaine-Vautier, Marie-Castille Mention-Schaar
Maisons de production : Ciao Films, Willow Films
Distribution (France) : Epicentre Films
Durée : 78 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 28 Mars 2018
France, USA – 2017

Cannes 2018 : Les films produits par Netflix sont interdits de compétition

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L’an dernier, les films Okja et The Meyerowitz Stories produits par la plateforme Netflix, avaient créé la polémique quant à leur présence en compétition. En cause, la non-diffusion des longs-métrages dans les salles françaises. Afin d’éviter de nouveaux écueils entre festivaliers et exploitants, Thierry Frémaux a tout bonnement annoncé l’interdiction de compétition des films Netflix.

Plus de polémique pour le 71e Festival de Cannes, Thierry Frémaux vient d’annoncer l’interdiction des films Netflix en compétition officielle. Cette annonce survient un an après la polémique qu’a suscité les projections d’Okja de Bong Joon-Ho et The Meyerowitz Stories de Noam Baumbach l’an dernier. La plateforme de streaming Netflix, productrice des deux longs-métrages, avaient refusé les négociations afin de sortir les œuvres en salles, ce qui avait provoqué la colère des exploitants. Le patron de la société de distribution Le Pacte, Jean Labadie, avait déclaré que Netflix souhaitait « la mort des salles » quand son homologue chez Wild Bunch pensait que « la présence d’un film Netflix n’est que l’accompagnement naturel de l’évolution du cinéma ».

C’est Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, qui a annoncé cette réforme du plus célèbre événement cinématographique français. Il a ainsi déclaré au Film Français : « Les gens de Netflix aiment le tapis rouge et souhaiteraient revenir avec d’autres films. Mais ils comprennent bien que leur intransigeance et leur propre modèle sont à l’opposé du nôtre ». Le délégué avait tenté de convaincre Netflix de sortir les films en salles l’an dernier, sans succès. Toutefois, il devrait quand même y avoir des films Netflix sur la Croisette, l’accès aux projections spéciales et à une diffusion hors-compétition est tout à fait possible. On pense peut-être au Irishman de Martin Scorsese, qui pourrait faire la surprise, de par sa diffusion en avant-première mondiale.

Le débat fait aussi rage au sein d’Hollywood. Si de nombreux réalisateurs ont déjà franchi le pas (David Ayer, Duncan Jones ou encore Scorsese), d’autres en revanche fustigent la plateforme. C’est le cas de Steven Spielberg, qui a déclaré pendant la promotion de son Ready Player One,  » qu’à partir du moment où l’on s’engage pour un format télé, ça devient un téléfilm « . De quoi relancer les débats sur les réseaux sociaux, entre les partisans du changement et les traditionnels habitués au cinéma en salles. Le 71e Festival de Cannes aura lieu du 8 au 19 mai et sera présidé par Cate Blanchett.