Si Chinatown figure sans conteste parmi les longs métrages les plus importants des années 1970, personne n’avait jamais entrepris le travail de déconstruction proposé dans The Big Goodbye par le romancier et journaliste Sam Wasson. Publié par Carlotta, ce document repose sur une enquête au long cours, articulée autour de quatre personnalités remarquables – le réalisateur Roman Polanski, le producteur Robert Evans, le comédien Jack Nicholson et le scénariste Robert Towne. La genèse du film y est tracée, de même que les relations entre ses nombreuses parties prenantes ou la manière dont chacune d’entre elles a pu altérer une vision en régénération perpétuelle.
La conception et la sortie de Chinatown interviennent à un moment charnière. C’est en effet le premier film que Roman Polanski tourne à Los Angeles depuis l’assassinat de son épouse Sharon Tate par la « famille Manson ». Il s’agit aussi d’un film noir solidement ancré dans le Nouvel Hollywood, qui a vu des œuvres telles que Bonnie & Clyde ou Easy Rider révolutionner les représentations cinématographiques. Cette liberté recouvrée, et en certains points inédite, se heurte toutefois à des conservatismes surannés. Sam Wasson rappelle ainsi dans son ouvrage que la Columbia, par l’intermédiaire de son patron David Begelman, voyait d’un œil circonspect la vulgarité de La Dernière Corvée (Hal Ashby). C’est dans ce contexte que Chinatown voit le jour. La réalisation d’un polar pessimiste, plus généreux en perdition qu’en figures virginales, place l’entreprise à l’avant-garde hollywoodienne. L’une des dimensions les plus passionnantes de The Big Goodbye tient précisément à ces faits : en évoquant la genèse de Chinatown, son auteur radiographie le Hollywood des années 1970 dans toutes ses ambivalences.
The Big Goodbye est une affaire d’hommes. Le script doctor Robert Towne quitte les coulisses pour écrire ce qui deviendra son chef-d’œuvre – il aurait d’ailleurs aimé diriger lui-même Chinatown. Il voit toutefois Roman Polanski dénaturer son travail, notamment par ses propositions sur les décors et l’éclairage. Après Le Parrain ou Rosemary’s Baby, Robert Evans, le jeune producteur des studios Paramount Pictures, porte un nouveau film emblématique à son crédit. Jack Nicholson, incarnation physique du long métrage, aplanit les aspérités entre les différentes parties prenantes. Sam Wasson caractérise avec soin chacun des protagonistes. Faisant valoir un sens peu commun de la narration et du détail, il révèle en quoi Chinatown est le résultat d’idées radicales en heurts permanents, un assemblage unique, et inespéré, de sensibilités et de visions artistiques. The Big Goodbye s’épanche notamment beaucoup sur les rapports de force Robert Towne/Roman Polanski : Sam Wasson semble épouser la cause du réalisateur franco-polonais, lequel, soutenu par Robert Evans, mit à mal la version romantique, moins sombre, de son scénariste. Il s’agit là de l’un des tenants de l’ouvrage : Polanski a jeté des ombres épaisses et imperméables sur le script de Towne, qu’il a amplement remanié – au grand désarroi de ce dernier.
À l’aide d’archives, d’articles de presse ou d’entretiens de première main (Roman Polanski, Robert Evans, Julie Payne…), Sam Wasson raconte la genèse de Chinatown, ses anecdotes de production, mais aussi la stature et le passif de ses principaux façonniers. Le lecteur tourne autour du film comme le papillon autour de son lampadaire. L’excellent Jerry Goldsmith est appelé à la rescousse et compose en urgence, en deux jours, dans le studio d’enregistrement M de la Paramount, la musique du film. Robert Evans s’éprend des méthodes de Roman Polanski. « Cette minutie-là, ce soin patient accordé aux initiatives créatives et aux expérimentations, c’était ce qu’il souhaitait pour Chinatown et pour tous les films à venir de Robert Evans Production. » Dans un autre registre, ce sont les crises hémorroïdaires ou les maux de dos, les bijoux en location, les histoires de drogue, les tempéraments conflictuels, les événements de tournage et bien d’autres éléments, directs ou connexes, qui viennent irriguer un récit passionnant, conté avec autant de style que de précision.
The Big Goodbye, Sam Wasson Carlotta, juin 2021, 350 pages
Mike Costa et Nate Bellegarde publient aux éditions Delcourt un comics dont le sujet principal est le vieillissement d’un super-héros. Devenu sénile et incontrôlable, Furtif est désormais une menace pour ses proches et lui-même…
« Je viens de découvrir que mon père sénile est l’un des justiciers détenteurs de super-pouvoirs les plus redoutés d’Amérique, et il est tout à fait possible que son costume magique tombé de nulle part soit la cause de sa démence. » Tony Barber a beau être reporter, jusque-là il n’avait jamais soupçonné son père, ancien pompier, de mener une double vie super-héroïque. Au moment où il prend conscience de l’identité secrète de son paternel, ce dernier est atteint d’Alzheimer et paraît particulièrement confus. Partant, Furtif va se déployer selon une double modalité : il s’agira pour Mike Costa et Nate Bellegarde de sonder les liens filiaux, mais aussi de montrer en quoi la vieillisse peut altérer la mission d’un super-héros.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’album s’ouvre par une présentation particulièrement sombre de Detroit. À travers les mots de Tony, la ville est décrite comme ségrégationnée, éclatée entre des quartiers gentrifiés par les artistes ou les jeunes entrepreneurs et un Eastside délabré, où 80% des logements demeurent vacants et les hautes herbes reprennent leurs droits sur le bitume. Les écoliers y sont « entassés et sous-équipés » et « les trois quarts d’entre eux ne termineront pas le lycée ». Dans le récit de Mike Costa, la métropole américaine est érigée en personnage à part entière. C’est elle, corrompue et sépulcrale, qui a poussé le père de Tony et son frère Éric, ancien policier, à travailler de concert pour lutter contre le crime. C’est elle qui fournit à l’histoire son cadre, à Tony ses préoccupations sociopolitiques, à Furtif ses planques et ses combats.
Pour densifier son récit, Furtif prend appui sur d’autres thèmes. On citera parmi eux les réductions de personnel dans la presse, les rivalités entre gangs ou les bonds spatiotemporels. Solide et efficace, le scénario distille en outre une réflexion sur les bienfaits supposés des super-héros : « Donnez-leur quelqu’un qui les aide et ils marcheront vers la destruction en parade triomphale. » Ainsi, l’existence de Furtif est perçue comme un moyen de dévoyer Detroit, de la détruire de l’intérieur. Les révélations finales, dont on conservera bien entendu le secret, s’avèrent édifiantes à ce propos. Une nouvelle fois, les super-héros viennent suppléer des institutions défaillantes (police, justice) et créent une série de problèmes corollaires.
Si Nate Bellegarde apporte satisfaction sur le plan graphique, avec une mise en images respectant le cahier des charges du genre (spectacle, iconisation), Furtif vaut surtout pour sa représentation désabusée du super-héros, pensé comme un emplâtre sur une jambe de bois. Mike Costa en pointe les nombreuses limites, en termes d’éthique et de résultats. Il a aussi le bon goût d’y adosser un méchant charismatique, ainsi qu’un complot à tiroirs. Le récit possède ainsi une dimension nolanesque évidente : par sa noirceur, par une certaine parenté entre son super-vilain et Double-Face, par ses effusions spatiotemporelles ou encore par sa volonté de faire de la famille sa pierre angulaire. L’ensemble fonctionne plutôt bien, même si on aurait apprécié y voir un peu plus de folie.
Aperçu : Furtif (Delcourt)
Furtif, Mike Costa et Nate Bellegarde Delcourt, juin 2021, 144 pages
Le solitaire est l’un des jeux de cartes les plus populaires au monde. Cependant, le solitaire est assez difficile et ce n’est pas un jeu que l’on peut toujours terminer. La fréquence à laquelle vous pouvez terminer le jeu avec succès dépend presque entièrement des cartes que vous recevez.
Positionnement des cartes
Le jeusolitaire consiste à distribuer sept colonnes de cartes, la dernière carte de chaque colonne étant toujours face visible. Les 24 cartes restantes seront placées à côté ou en oblique sur une pile au-dessus des colonnes. Cette pile de cartes non distribuées est appelée stock. Au-dessus des cartes qui ont été distribuées, vous verrez également toujours 4 positions vides appelées le tas.
But du jeu solitaire
Le but du Solitaire est de former quatre piles de cartes, les cartes sont déplacées des colonnes vers les 4 bases vides. Chaque pile doit être de la même couleur. En outre, les cartes doivent être disposées dans l’ordre, de l’As au Roi (A-2-3-4-5-6-7-8-9-10-King-Kings).
Comment déplacer les cartes
Les cartes peuvent être déplacées des colonnes selon les règles suivantes : Vous pouvez ajouter une carte par-dessus une autre carte non couverte si la carte que vous voulez ajouter est d’une couleur différente et d’une valeur immédiatement inférieure. Par exemple : si, dans une colonne donnée, la dernière carte ouverte est un 8 de trèfle, il est possible de placer un 7 rouge (un 7 de cœur ou un 7 de carreau, la couleur n’est pas importante, seule la couleur compte) par-dessus. Au-dessus du 7 rouge, il est possible d’attacher un 6 noir, et ainsi de suite.
Les cartes peuvent être déplacées d’une colonne à l’autre, individuellement ou en groupe (à condition de ne pas respecter le bon ordre). Ainsi, si dans une colonne il y a un 4 rouge, un 5 noir et un 6 rouge empilés l’un sous l’autre, ils peuvent tous être déplacés (en une seule fois) sous un 7 noir.
Si une carte d’une des colonnes est exposée à ce moment-là, une autre carte sera automatiquement révélée, tant que la colonne reste vide. Lorsqu’il y a une colonne complètement vide pour commencer une nouvelle colonne, vous ne pouvez y placer qu’un roi (ou un groupe de cartes avec un roi en haut).
Au final, le but du Solitaire est d’arriver à empiler toutes les cartes dans l’ordre croissant sur les quatre bases (piles). Chaque pile de cartes doit commencer par un as. Si une autre carte de valeur supérieure (et de la même couleur) est disponible, elle peut être placée sur l’As afin d’obtenir une pile de la même couleur. Par exemple, après avoir placé l’as de pique sur une pile vide, vous pouvez ensuite placer un deux de pique par-dessus, puis un trois de pique par-dessus le deux, etc. jusqu’à ce que la pile soit complète.
Après avoir placé une carte dans l’une des bases, vous pouvez la remettre dans les colonnes si nécessaire.
Comment utilisez-vous les cartes inutilisées (stock) ?
Lorsqu’il n’est plus possible de déplacer les cartes dans les colonnes, on passe aux cartes restantes dans le stock. Nous expliquons un jeu qui distribue 3 cartes, comme dans le Solitaire original. Il est également possible de jouer avec 1 carte, pour cette variante voir le chapitre sur les variantes du jeu.
Dans la version où 3 cartes sont distribuées, à côté du talon, il y a 3 cartes superposées. La troisième carte de ces 3 est la carte qui peut être déplacée. Les deux autres cartes ne peuvent pas être utilisées, mais peuvent être regardées. La carte qui se trouve au-dessus du stock peut être déplacée vers les colonnes ou la pile si possible.
Si vous ne pouvez pas utiliser les cartes ouvertes, vous pouvez retourner trois cartes supplémentaires. Cela peut être fait indéfiniment. Si vous avez eu toutes les cartes du stock, il suffit de retourner toutes les cartes et de recommencer depuis le début. Attention. Les cartes ne seront cependant pas mélangées à nouveau.
Gagner au Solitaire
Le jeu solitaire continue jusqu’à ce que les 4 bases (piles) soient remplies ou que vous n’ayez plus de cartes à déplacer. Vous gagnez si toutes les cartes ont été placées dans leurs bases et sont donc complètes.
Variantes
Une carte du talon : Dans cette variante, au lieu de prendre seulement la troisième carte du talon, vous pouvez passer toutes les cartes du talon une par une. De cette façon, les chances de terminer le jeu avec succès sont beaucoup plus grandes.
Nombre limité de cartes du stock : Dans cette variante, vous ne pouvez tirer des cartes du stock qu’un nombre limité de fois, généralement trois.
Limite de temps : dans certains jeux de solitaire en ligne, vous devez respecter une limite de temps, généralement 5 minutes, pour terminer la partie.
Cliquez ici sur ce lien pour en savoir plus sur le jeu solitairehttps://www.jeusol.fr.
Nombreux sont les films à faire la part belle au monde du casino, certains sont même devenus iconiques au fil des années. On pense par exemple à la trilogie Ocean’s ou encore à Las Vegas 21. La liste des films mentionnant et tournant autour de ces jeux de casino est extrêmement longue et s’exprime depuis des années grâce à des scénarios télégéniques au possible et un attrait général des spectateurs. Il faut dire qu’avec des scénarios romancés autour des règles de certains jeux et des parties endiablées comme la fameuse scène de poker dans Casino Royale, le premier James Bond joué par Daniel Craig, il y a toujours de quoi faire et plaire au public grâce à une histoire haletante et à suspense, que cela soit au cinéma ou directement à la télévision.
Les jeux de casino sont donc une valeur sûre pour l’industrie du cinéma. Dès lors que l’argent prend une part importante du scénario et que l’on y allie le glamour, nul doute que le spectacle est au rendez-vous !
Pourquoi est-ce vraiment attractif ?
Comme mentionné ci-dessus, le poker et les jeux de casino en particulier ont une tendance à fasciner pour tout le glamour qu’une partie peut représenter. Ce n’est en rien surprenant de voir plusieurs films se dérouler à Las Vegas, considérée comme la capitale mondiale du jeu ou dans d’autres endroits prestigieux comme Monte-Carlo ou Macao. Le côté glamour est indéniable et c’est aussi ce qui plaît dans l’utilisation du monde du jeu dans l’industrie du cinéma.
Diffusée durant de nombreuses années en France, la série Las Vegas obtenait en plein milieu de l’après-midi de hauts scores de diffusion. Avec un scénario divers à chaque épisode et une intrigue de fond saison par saison, la série se fondait à merveille dans le décor et permettait à de nombreux fans un moment de qualité devant leur télévision. Preuve qu’avec une intrigue tournant de manière permanente autour du jeu, c’est bien l’univers général de Las Vegas qui offrait un tel audimat, bien évidemment autour de la vie loin d’être monotone au cœur d’un casino.
D’autant plus que ces dernières années, le poker est rentré de manière significative dans les mœurs. Il est en effet de plus en plus courant de voir des parties organisées entre amis ou même parfois en famille. Cela vient à n’en pas douter de l’arrivée en masse du poker sur différentes plateformes en ligne qui découle de son côté, d’une avancée significative des possibilités sur internet, année après année. Toujours extrêmement populaire, le poker a trouvé une place de choix en ligne. Le divertissement y est total et c’est sans conteste ce qui permet aussi à ce jeu d’être si populaire auprès d’une grande majorité de personnes et ainsi, répercuter ce plaisir à l’écran.
Dans certains films, il est même fréquent d’allier le monde du jeu à l’humour. L’exemple parfait est incontestablement celui du film Very Bad Trip. Avec une fameuse scène où Alan, le véritable trublion de la bande semble compter les cartes avec en fond de scène, des algorithmes faux et n’ayant ni queue ni tête, le jeu peut aussi laisser place à l’humour. Mais de manière significative, chaque mention ou tournage autour de ces jeux inclut une sorte de suspense. Entre les protagonistes, pour des voleurs ou tant d’autres choses selon les scénarios, il est impossible de voir une scène barbante lorsqu’un film ou une série est tournée au casino.
Une scène mythique
De nombreux films et séries ont comme vous le savez, consacré une partie ou l’ensemble de leur œuvre à ces jeux tout juste cités. S’il ne fallait toutefois en retenir qu’une seule, il s’agirait sans doute de la scène de poker dans Casino Royale, le James Bond sorti en 2006. Très animé dans les combats et dans l’intrigue, faisant d’ailleurs de cet opus l’un des meilleurs des dernières décennies, le film tient son point d’orgue grâce à une scène d’une violence mentale inouïe. Violence mentale dans un sens où une partie de poker bien évidemment romancée laisse place à des moments extraordinaires. Cette fameuse partie de poker mettant aux prises Felix Leitner, le célèbre ami de la CIA de James Bond, lui-même au cœur de cette partie sans surprise, face à son rival Le Chiffre. Longue de nombreuses minutes et interrompue par d’autres évènements au cœur des pauses obligatoires, la partie est mythique et vaut le coup d’être dévorée.
Légende : James Bond aime les jeux de casino !
Vous l’aurez compris, le poker et le monde du jeu ont une part prépondérante dans l’industrie cinématographique. Avec de tels thèmes, impossible de s’ennuyer et de ne pas profiter d’un scénario haletant. Voilà pourquoi le monde du casino et du cinéma sont depuis de nombreuses années, intimement liés. Et tout laisse penser qu’il en sera de même dans les années à venir.
Classer les meilleurs films jamais réalisés est une tâche assez impossible. Tout d’abord, personne au monde n’a vu tous les films jamais réalisés. Même si quelqu’un avait réussi à les regarder tous, les films sont très subjectifs et ce qu’une personne pense être un grand film pourrait ne pas être aussi bien pour quelqu’un d’autre. Voici donc 5 grands films que vous devriez regarder si vous ne l’avez pas déjà fait.
#5 Casino Royale (2006)
La dernière écranisation du roman de Ian Fleming n’est pas seulement l’un des films les plus regardés de la franchise Bond, mais aussi l’un des films de jeux de pari les plus remarquables. Si vous un fan des jeux tel que baccarat, vous allez adorer ce film. L’histoire suit James Bond (avec Daniel Craig) alors qu’il affronte Le Chiffre (Mads Mikkelsen), un méchant joueur de poker connu pour financer des organisations terroristes.
Casino Royale est à couper le souffle dans son intégralité, mais l’une des scènes les plus mémorables se concentre sur l’incroyable affrontement au Monténégro : 007 et Le Chiffre sont enfermés dans une partie de poker tout ou rien. Non seulement Bond réussit à tirer un bluff scandaleux, mais il brise également le groupe criminel de Le Chiffre dans le processus.
#4 The Dark Knight (2008)
Juste avant 12 hommes en colère, qui est le film le plus ancien de cette liste, The Dark Knight est le plus récent. Le genre des super-héros n’est peut-être pas très respecté de la plupart des cinéphiles, mais le deuxième film Batman de Christopher Nolan a prouvé qu’ils pouvaient produire des films intelligents, épiques et passionnants.
Le film détaille la tentative désespérée de Batman d’empêcher Joker de détruire Gotham alors qu’il cherche quelqu’un pour assumer le rôle de protecteur de la ville. Le film ressemble à une épopée policière, avec des décors incroyables et des rebondissements imprévisibles. Cependant, le film est surtout connu pour la performance fascinante de feu Heath Leger en tant qu’anarchiste Joker.
#3 The Godfather: Part II (1974)
The Dark Knight est l’un de ces rares exemples de la façon dont une suite peut en fait être un film intéressant à elle seule. Bien sûr, l’exemple le plus célèbre est Le Parrain : Partie II. Cela semblait probablement être une idée absurde à l’époque pour Francis Ford Coppola de faire un suivi de sa saga policière largement acclamée, mais il a prouvé que c’était une très bonne idée.
Sans que Marlon Brando ne revienne pour son rôle emblématique, le film raconte l’histoire du jeune Vito Corleone, interprété par Robert De Niro qui s’approprie le rôle. Parallèlement à ces incroyables scènes de flashback, la suite suit la poursuite de la descente de Michael dans le monde du crime et sa relation compliquée avec son frère Fredo. Une suite brillante et un chef-d’œuvre à part entière.
#2 The Godfather (1972)
Le Parrain : Partie II est l’un des films les plus acclamés de tous les temps et ce n’est toujours pas le film le mieux classé de cette trilogie. Cet honneur revient à l’original. Il y a beaucoup de débats parmi les cinéphiles pour savoir quel est le meilleur film, mais on peut dire que ce sont tous deux des réalisations massives au cinéma.
C’est l’histoire de la famille Corleone, une famille mafieuse italo-américaine qui lutte pour maintenir le pouvoir après que leur patriarche a failli être assassiné. Le film est violent, drôle, intense, émotionnel et bien plus encore. Il existe d’innombrables lignes citables et séquences inoubliables. Il n’est pas étonnant qu’il soit considéré comme un film si inspirant pour tant des meilleurs cinéastes d’aujourd’hui.
#1 The Shawshank Redemption (1994)
Il n’est pas surprenant que le film le mieux classé de tous les temps soit également l’un des films les plus appréciés de tous les temps. On pourrait penser qu’une histoire se déroulant dans une prison à sécurité maximale n’aurait pas beaucoup de moments agréables, mais The Shawshank Redemption parvient à être une histoire étonnamment édifiante.
Basé sur une histoire de Stephen King, le film est raconté sur plusieurs années à la prison titulaire et se concentre sur une amitié entre deux détenus. La relation entre les deux hommes est l’une des amitiés les plus réconfortantes jamais montrées à l’écran et elle contribue à donner au film ces beaux moments qui mènent à l’une des plus grandes fins de l’histoire du cinéma.
Katla, c’est un volcan islandais situé sous un glacier. Et depuis son éruption, des phénomènes étranges se produisent. Créée par le réalisateur du film Everest ou de la série Trapped, la série Katla est une œuvre énigmatique et dérangeante, à voir sur Netflix.
Ceux qui avaient apprécié la série suédoise Jordskott, diffusée en France sur Arte, devraient pouvoir en retrouver les qualités à travers les huit épisodes de la série islandaise Katla.
Les lieux où se déroule l’action de la série existent réellement. Katla est bel et bien un volcan, situé au Sud de l’Islande. Il est recouvert par le glacier Mýrdalsjökull. Le village de Vik est également réel, coincé entre le volcan et la mer.
Terre de cendres
Lorsque débute la série, cela fait un an que le volcan est entré en éruption et déverse sur tous les alentours un déluge de cendres. Le village de Vik est évacué. Seuls y résident encore quelques téméraires, des scientifiques venus observer l’éruption et le chef de la police, Gisli. Parmi ces téméraires se trouvent Grima et son mari, qui sont restés là pour s’occuper de leur bétail. Le décor a une grande importance dans l’ambiance de la série. Le paysage est entièrement recouvert de cendres. Tout paraît gris, terne, poussiéreux. Un décor qui manque de vie. Un des personnages en fera même la remarque : toute l’herbe, toute la végétation est désormais recouverte de cendres, comme enterrée.
De fait, c’est la mort qui marque les premiers épisodes. Une des premières images de la série est un plan sur un mouton mort. Et, petit à petit, on découvre que les personnages principaux sont tous, de près ou de loin, touchés par la mort d’un proche : la sœur de Grima, disparue un an plus tôt et considérée comme morte ; le fils de Darri, un vulcanologue, mort trois ans auparavant ; ou la femme de Gisli, dont la mort est imminente au vu des conditions climatiques, les cendres s’infiltrant dans ses poumons. Katla, c’est le portrait d’une communauté renfermée sur elle-même et marquée par la perte, l’absence. Thor, le père de Grima, résume tout en disant que le village “ressemble à un cimetière”.
Les cendres s’immiscent donc partout et sont omniprésentes. Le décor en est couvert, mais aussi les maisons, les planchers, les meubles, les voitures, etc. L’air en est tellement imprégné que les gens sont obligés de porter un masque pour sortir. L’idée d’une extrême précarité de la vie s’insinue donc dans ces premiers épisodes. Le volcan est le symbole d’une nature plus forte que les hommes. Impossible d’y échapper : l’humain est un être faible, constamment menacé par la maladie et la mort. Ce sentiment de danger est encore renforcé par la possibilité imminente d’une nuée ardente qui dévasterait le village.
Apparitions
C’est sur les pentes de ce volcan en éruption qu’une découverte surprenante sera faite. Une femme, nue, en état de choc et le corps couvert de cendres, est retrouvée errant sur les pentes du glacier. Elle s’avère être suédoise et s’appeler Gunhild. Elle ne se souvient pas des circonstances de sa disparition, mais elle dit travailler à l’hôtel de Vik. Or, une Gunhild a bien travaillé dans cet établissement mais c’était… vingt ans auparavant.
D’autres personnages vont revenir, petit à petit. Des personnages disparus, mais pas seulement. Certains protagonistes de la série vont se retrouver face à eux-mêmes. Les créateurs de Katla savent alors très bien gérer le mystère qui se développe autour de ces apparitions. L’ambiance énigmatique est une des grandes réussites de la série. Bien entendu, à un moment, on n’échappe pas à une tentative d’explication du phénomène, et, comme d’habitude, l’explication est aussi décevante (et un peu mal foutue) que le mystère était passionnant, mais cela n’a pas une grande importance : cette explication est secondaire par rapport à l’action même de la série.
Face à soi-même
L’un des avantages de Katla, c’est que les scénaristes ont très bien exploité les différentes possibilités offertes par ces apparitions. Le sujet principal réside finalement dans la réaction des protagonistes face à ces apparitions. Les personnalités enfouies sous la cendre vont se dévoiler petit à petit. Ce que l’on avait caché va revenir à la surface, inexorablement. Les traumatismes, les plaies, les tendances très borderline vont être mis à jour. Certains personnages vont devenir inquiétants. D’autres porteront une grande puissance dramatique.
Ces personnages mystérieux, qui semblent issus du volcan lui-même, vont aussi nous poser des questions sur notre identité. Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me différencie des autres, surtout s’ils me ressemblent ? Quelle est mon identité, ma raison d’être, ma place dans un couple, dans une société ? Pourquoi suis-je ici ? Ai-je un rôle dans cette vie ? La vie a-t-elle un sens ? Et si mes goûts, mon comportement changent, suis-je toujours le/la même ?
En huit épisodes d’environ 45 minutes, la série Katla sait imposer son ambiance, son mystère, son scénario bien ficelé, son rythme lent mais jamais ennuyeux (les habitués des séries scandinaves connaissent ce rythme si particulier). Le drame prend de l’ampleur au fil des épisodes jusqu’à un final qui contient certaines scènes assez fortes. Visuellement, la série est un belle réussite, les décors envahis de brumes méphitiques sont parfaitement utilisés, et les paysages naturels de l’Islande sont employés de façon impressionnante. Une réussite.
Katla : bande annonce
Katla : fiche technique
Créateurs : Baltasar Kormákur, Sigurjón Kjartansson
Réalisateurs : Baltasar Kormákur, Thora Hilmarsdottir
Scénaristes : Baltasar Kormákur, Sigurjón Kjartansson, Davíð Már Stefánsson
Interprètes : Guðrún Ýr Eyfjörð (Grima), Þorsteinn Bachmann (Gisli), Aliette Opheim (Gunhild)
Montage : Sigvaldi J. Karason
Musique : Högni Egilsson
Production : Agnes Johansen, Baltasar Kormákur
Société de production : RVK Studios
Société de distribution : Netflix
Nombre d’épisodes : 8
Durée d’un épisode : entre 43 et 51 minutes
Genre : drame, fantastique
Date de première diffusion : 17 juin 2021. Islande – 2021
Vainqueur du SIGNIS award au Festival international du film de Mar del Plata 2020 et nominé à une dizaine de prix de festival de film mondiaux (Macao, Athènes, Chicago, Glasgow, Sao Paolo, San Sebastian, etc…), Seize Printemps semble conquérir les jurys. Mais ce n’est pas là l’avis de tous, car l’œuvre, bien que charmante, n’est pas exempte de défauts conséquents, elle est même surcotée…Retour sur la première réalisation (et le premier rôle) de la jeune Suzanne Lindon.
L’adolescence est un âge difficile pour quiconque se cherche. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où va-t-il ? Ces questions peuvent rendre la période compliquée, car les réponses viennent avec l’expérience. En plus des hormones qui changent le corps, qu’on ne reconnaît plus, viennent les premiers émois et les premières déceptions.
Dans ce premier film, Suzanne Lindon décrit la vie de la jeune Suzanne qui est une lycéenne qui s’ennuie de ceux qu’elle côtoie. Elle les trouve inintéressants. Mais elle voit un jour Raphaël, un comédien taciturne pour qui elle éprouve de l’attirance…bien plus que ceux qui la côtoient tous les jours au lycée. Les deux sont attirés l’un par l’autre et se découvrent petit à petit.
Les premiers rôles sont tenus par Suzanne Lindon elle-même dans le rôle de Suzanne, Arnaud Valois joue Raphael Frei, le love interest de Suzanne, Frédéric Pierrot est le père de Suzanne et Florence Viala est sa mère.
Pour la jeune réalisatrice, c’est sa première expérience dans le domaine, et hormis une expérience de figuration dans un film dirigé par sa mère en 2016, elle ne semble pas avoir d’autre expérience en temps qu’actrice. Quant à Arnaud Valois, il se fait connaître dans 120 battements par minutes, grâce auquel il est nominé pour un César en 2018. On peut voir Frédéric Pierrot dans Grâce à Dieu de François Ozon, Artemisia, Polisse de Maïwenn ou Jeune et Jolie, Elle s’appelait Sarah et Chocolat de Roschdy Zem. Florence Viala quant à elle est une actrice ayant fait ses armes dans le théâtre, à la Comédie Française. Mais elle tourne aussi au cinéma et pour la télévision.
En toute honnêteté, ce film pose un cas de conscience. Il s’agit d’une première expérience de réalisatrice et d’actrice, mais dans le même temps, le thème et le scénario mettent quelques peu mal à l’aise. Il est donc important de prendre en compte qu’étant un premier travail, il y a des négligences, des erreurs, des choses qui ne vont pas. Nous dirons donc pourquoi ce film n’est pas une bonne expérience à nos yeux, mais en essayant aussi de souligner les aspects positifs.
Poétique et rêveur
Nous allons commencer par dire pourquoi ce film est intéressant, pour une première réalisation. La jeune Suzanne Lindon intègre de la musique et de la danse qui servent de métaphores aux émotions des personnages, et cela rend l’œuvre assez sublime, pour ne pas dire subliminale. Par exemple, au lieu d’un baiser ou d’une étreinte, la chorégraphie est choisie afin de faire parvenir avec subtilité les émotions des personnages. C’est ce qu’elle-même révèle dans une interview à France Inter à la journaliste Léa Salamé.
Nous pouvons notamment penser à une des scènes se passant dans le café avec Suzanne et Raphaël, où il lui fait écouter un opéra introduisant sa pièce de théâtre, ou plus tard, lorsqu’ils se retrouvent tous les deux sur les planches du théâtre. Cette dernière, n’est pas sans rappeler les séquences de danse du film L’Amour Sorcier de Carlos Saura, dans les grandes lignes.
La maîtrise technique
Au niveau esthétique, on ne peut rien reprocher à la réalisatrice. En toute franchise, les plans sont extrêmement bien choisis, il y a des travellings lorsqu’il le faut, des zooms qui accentuent la solitude de la jeune fille lorsqu’elle est en groupe. Les gros plans sont d’ailleurs les plus privilégiés, pour montrer les émotions de Suzanne lorsqu’elle observe Raphaël. En revanche, on privilégiera les plans poitrines et les plans taille lorsqu’ils seront ensemble et qu’ils se découvrent.
Nous pouvons aussi noter l’importance de l’introduction qui commence par un certain silence et le brouhaha des amis du personnage principal, comme si on assistait à un réveil au sens propre et à la fin de la rêverie de Suzanne. Le son et le silence sont divinement bien utilisés pour transmettre l’état de solitude du personnage.
Des dialogues bancals et vides
Nous allons toucher à ce que nous avons vraiment très peu apprécié dans cette réalisation. Nous sommes déçus des dialogues. Ils sont si creux et vides de sens qu’ils ne permettent même pas de comprendre les métaphores s’il y en a. Il y a une certaine ressemblance avec les dialogues abstraits du théâtre absurde. Par exemple, lorsque Raphaël a peur d’avoir oublié comment jouer, il demande un diabolo grenadine. Cela peut montrer une tentative de reconquête de son âge adulte et responsable, par une nature enfantine profonde cachée jusqu’à l’oubli, que Suzanne a fait renaître. Comme si en la côtoyant, Raphaël avait oublié ce qu’était être un adulte. Mais c’est peut-être la seule cohérence que nous y voyons, car le reste des dialogues sont totalement hors de propos… Par exemple, Suzanne dit à Raphaël qu’il a un nouveau grain de beauté, et il lui répond qu’il le lui donnera. Et elle part sans aucune explication.
Cela n’empêche pas une bonne prestation des acteurs expérimentés de ce film, dont Arnaud Valois qui se montre assez complexe dans ce rôle. Hormis ce problème, celui de taille est la prestation de Suzanne Lindon. Son personnage est constamment mis en avant et est assez taiseux ou ne dit rien d’intéressant en plus de ne pas réellement bien jouer. Ce sentiment se maintient tout au long du long-métrage et ennuie le spectateur.
Un scénario plutôt mauvais
Nous traiterons deux points dans cette partie : premièrement, l’histoire d’amour entre Raphaël et Suzanne et ensuite les incohérences de ce scénario.
Raphaël et Suzanne
L’histoire « d’amour » entre Suzanne et Raphaël fait vraiment grincer des dents…Nous rappelons que celle-ci a 16 ans et Raphaël a 35 ans. Bien que la relation n’aille pas contre la loi (la majorité sexuelle est à 15 ans en France), l’éthique nous empêche d’adhérer à une relation entre une lycéenne et un individu proche de la quarantaine. Bien que le film ne montre ni baisers appuyés, ni rapports sexuels, on peut s’imaginer que cela subsiste métaphoriquement dans l’œuvre. Même si la relation est montrée comme largement chaste et consentie, il n’en reste pas moins que nous sommes en présence d’une jeune fille très jeune et d’un homme d’âge mûr.
De plus, lorsqu’elle n’est pas avec lui, Raphaël se montre négatif, hautain, insolent, arrogant, triste, taciturne, hypocrite, un concentré de négativité ambulante. Nous comprenons qu’il puisse représenter l’entité de « l’âge adulte », des responsabilités, des soucis qui viennent avec. Mais nous ne comprenons pas ce qu’il dégage pour que la jeune Suzanne s’entiche de lui. La beauté peut être la cause, mais mis à part, ils ne semblent pas partager beaucoup de choses… Est-ce là vraiment le genre de relation qu’une jeune fille se doit d’attendre d’un ou d’une partenaire ? Si c’est bien là le constat, il n’en ait que plus décevant.
Où sont les adultes?
Le second problème de scénario concerne les parents et les adultes. Ceux-ci ont une adolescente de 16 ans, pas une adulte de 18…Et ils l’autorisent à rester si tard dehors sans se poser de questions sur ses fréquentations, sans se demander si elle n’est pas sous la coupe d’une personne malveillante ? Et l’équipe technique du théâtre aussi est révoltante par son aveuglement. Les personnages principaux entretiennent une relation qui se voit et se sent. Comment aucun de ces adultes ne s’est-il dit que cette relation était bizarre ? Comment personne ne s’est-il inquiété ?
Ces deux problèmes gâchent le film. La relation entre Raphaël et Suzanne aurait pu être encore plus belle si elle était celle d’une amitié, et que le sentiment d’amour ne se soit pas mêlé de cela. Nous ne pouvons pas demander à Suzanne de renier ses sentiments, car elle est jeune et beaucoup d’adolescents ont des crush pour des adultes car ils les idéalisent et découvrent ces sentiments. Mais que Raphaël s’autorise de céder à ce genre de chose est irresponsable. Elle peut être la plus belle, la plus lumineuse, la plus angélique des filles, elle n’est qu’une jeune fille. Bien qu’il ne la maltraite pas, et que ce soit elle qui ait les rennes, cela reste un exemple de relation qu’il ne faudrait pas vraiment donner, surtout après Me Too.
Fille de
Par ailleurs, nous n’avons pas voulu non plus reprendre des points sur lesquels d’autres se sont attardés comme le fait que l’ascendance de Suzanne Lindon lui ait permis des facilités dans la réalisation. Fille des acteurs Sandrine Kimberlain et Vincent Lindon, elle baigne dans le milieu dans une relative facilité, certes. Mais nous avons cherché dans cet article à critiquer le film à travers d’autres arguments car le cinéma est une grande famille. Beaucoup d’acteurs sont enfants d’acteurs, certaines généalogies vont loin. Romy Schneider est fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’acteurs, Angelina Jolie est fille d’acteurs, Carrie Fisher aussi tout comme sa fille Billie Lourd sont enfants d’acteurs, pour ne citer que les plus célèbres. Et pour ne citer qu’elle, la réalisatrice Sophia Coppola est la fille du grand réalisateur Francis Ford Coppola. Il serait donc hypocrite de tacler la jeune femme pour son ascendance, surtout pour une première expérience, alors qu’au niveau technique, le film est assez bien réalisé.
Conclusion
Nous trouvons bien triste le fait que Seize Printemps ait un tel potentiel esthétique et technique, mais qu’il pâtisse d’une écriture et d’un scénario aussi pauvres. L’innocence se substitut bien vite à la niaiserie. Nous avons conscience que pour une première réalisation, il est assez beau à regarder, mais l’apparence ne fait pas tout. Le jeu d’acteur de Suzanne Lindon n’est pas non plus excellent et c’était une gageure de se mettre en scène sans avoir beaucoup d’expérience. Derrière la caméra, Lindon semble s’y connaître, mais devant, elle reste assez peu convaincante.
Au-delà de cet aspect, le thème en lui-même met assez mal à l’aise, même s’il est possible que ce ne soit pas le cas de tout le monde. Dans son interview sur France Inter, Suzanne Lindon dit que son personnage choisit et domine dans la relation. Cela est vrai, mais cela n’exempte pas celui-ci d’un certain risque de normaliser un type de relation qui peut tourner à l’emprise assez facilement dans la vraie vie.
Réalisatrice: Suzanne Lindon
Scénariste: Suzanne Lindon
Directeur de la photographie: Jérémie Attard
Musique: Vincent Delerm
Costumes : Julia Dunoyer
Durée: 73 minutes
Langues: Français
Année: 16 Juin 2021
J’ai vu les soucoupes est un document autobiographique dans lequel Sandrine Kerion s’épanche sur une période bien précise de son adolescence : celle durant laquelle elle croyait fermement en l’existence des extraterrestres, au point de se convaincre elle-même d’en avoir aperçus.
Avant d’être scénariste et dessinatrice de bandes dessinées, Sandrine Kerion fut une adolescente éprouvant des difficultés de sociabilisation. Impopulaire, souvent brocardée par ses camarades de classe, elle se réfugia à cette époque dans l’ufologie, l’étude des ovnis et des phénomènes corollaires. La grande bibliothèque de son père a été un incubateur, puisqu’elle comprenait nombre d’ouvrages sur le sujet. Et les années 1990, durant lesquelles cette nouvelle passion accapara une partie de son temps, furent particulièrement propices à ces « croyances », les publications et émissions télévisées sur les extraterrestres, de X-Files aux talkshows, proliférant alors. Cette partie de sa vie, longtemps demeurée sous forme d’angle mort, Sandrine Kerion la narre avec beaucoup d’à-propos, en expliquant au lecteur comment elle en est venue à s’intéresser à l’ufologie (le film de Steven Spielberg Rencontres du troisième type n’y est pas pour rien), ce qui a pu nourrir ce tropisme, mais aussi ce qui en a découlé. « On nous vendait de l’ovni et du complot alien à toutes les sauces… Et moi, j’ai tout acheté sans même m’en rendre compte… »
De H.G. Wells à Orson Welles, de Percival Lowell et Kenneth Arnold à Roswell ou David Icke, des livres de Jimmy Guieu aux émissions YouTube complotistes ou sectaires, les histoires d’ovnis, d’extraterrestres, d’individus abductés (enlevés) ou contactés (dont le célèbre Raël) n’ont cessé de fleurir depuis les années 1940. Née dans une famille dysfonctionnelle proche des cercles ésotériques (sa mère a notamment été manipulée, puis harcelée par un gourou), Sandrine Kerion a mis plus de dix ans avant de prendre le recul nécessaire à l’analyse et la confession de ses anciennes croyances. Et ce qu’elle nous donne à voir de son passé d’ufologue convaincue d’avoir observé des soucoupes volantes s’applique parfaitement aux débats qui resurgissent fréquemment dans la complosphère, par exemple à l’endroit de la pandémie de covid-19. L’attrait pour les positions marginales, perçues comme avant-gardistes, l’envie de se penser mieux informé qu’autrui, la caisse de résonance médiatique, mais aussi, parfois, une certaine vulnérabilité psychologique, constituent le terreau fertile des croyances occultes, ou complotistes. L’album en tire une universalité qui dépasse de loin les extraterrestres. Car l’essentiel est en effet ailleurs : il réside dans la formation des opinions minoritaires, à contre-courant, se revendiquant critiques quand elles ne sont, le plus souvent, que grégaires.
J’ai vu les soucoupes est un album passionnant, documenté, joliment illustré et on ne peut plus proche de son objet (car autobiographique). On y accompagne une adolescente troublée, correspondant avec un ancien présentateur de TF1 lui-même ufologue, Jean-Claude Bourret, s’adonnant à l’écriture automatique pour percer les mystères extraterrestres, s’imaginant espionnée par les services secrets et capable d’autosuggestion.« Seule et incomprise », accablée par un « sentiment de vide », elle s’en remit à l’ufologie jusqu’à ses quinze ans, avant de se découvrir un mentor cathodique l’éveillant à l’esprit critique, en la personne de Daniel Schneidermann. Sa phase de désendoctrinement prit plusieurs années et fut caractérisée par des phobies, des troubles obsessionnels compulsifs, des dépressions ou encore des périodes d’anorexie. Et si l’auteure conserve une ouverture d’esprit quant aux phénomènes extraterrestres, elle porte désormais un regard lucide sur la théorie des anciens astronautes, l’archéologue romantique ou l’existence supposée des reptiliens. J’ai vu les soucoupes en est l’extension éditoriale et il éclaire à merveille, par extrapolation, les dérives sectaires, idéologiques ou encore religieuses.
J’ai vu les soucoupes, Sandrine Kerion La Boîte à Bulles, juin 2021, 128 pages
La collection « Batman Arkham » (Urban Comics) s’enrichit d’un nouvel opus dédié au célèbre Pingouin. On y découvre un individu difforme, au passé douloureux et à l’égo surdimensionné, issu d’une famille de notables et à jamais désireux de croiser le fer avec le Chevalier noir.
Dans « Complices de vol », Robin reconnaît au Pingouin qu’« il a toujours un coup d’avance ». « Il est plus malin que moi », semble d’ailleurs surenchérir Batman dans « Le Triomphe du Pingouin ». « Souvenirs mortels » apporte une autre précision d’importance : « Le Pingouin laisse derrière lui des cadavres comme d’autres laissent des empreintes. » Son thérapeute, qui l’a psychanalysé durant ses nombreux séjours en prison, note de son côté une « tendance obsessionnelle » à amasser des objets (« Les Tourtereaux »). Mais celui qui est né Oswald Chesterfield Cobblepot ne saurait se réduire à ces quelques commentaires : équivalent du Joker parmi les super-vilains de Gotham City et dans le diptyque filmique de Tim Burton, figure invariablement associée aux parapluies et aux oiseaux, il est l’héritier de l’une des familles fondatrices de sa ville, cible du Comics Code entre 1956 à 1963 et bénéficiaire d’une révolution « New Look » initiée par l’excellent Carmine Infantino à partir de 1964.
Dès « Les Débuts du Pingouin » (Bill Finger et Bob Kane, 1941), il est établi à propos de ce super-vilain faussement affable que son « masque souriant dissimule un esprit démoniaque ». Celui qu’on appelle déjà « l’homme au parapluie » défie alors Batman en commettant des vols spectaculaires. Cette trame narrative, on va la retrouver dans « L’Aigle du crime » (Bill Finger et Bob Kane, 1942), ainsi que dans « Complices de vol » (France E. Herron et Sheldon Moldoff, 1965). Dans ce dernier récit, le vice est poussé si loin que le Pingouin parvient à mystifier Batman en lui offrant la paternité d’un plan machiavélique. Dans « Les Tourtereaux » (Max Allan Collins et Norm Breyfogle, 1987), Oswald semble prendre le dessus sur son alter ego criminel. « Je suis un nouvel homme, transformé par l’amour d’une femme de bien ! » Il reformule : « Là où se nichait jadis le cœur d’une vermine bat désormais celui d’un soupirant vertueux. » Échaudé par leurs rencontres passées, Batman témoigne d’abord contre la libération anticipée du Pingouin, avant de contribuer à sa réincarcération. Mais la rédemption de l’ex-criminel s’est pourtant avérée sincère.
« Souvenirs mortels » (Alan Grant et Sam Kieth, 1989) est un récit de transition. Pas seulement pour son absolue modernité graphique, traduite par une organisation inventive des planches et des vignettes à la fois plus sombres et aérées, mais aussi pour ce qu’il apporte en arrière-plan au personnage du Pingouin : une enfance de souffre-douleur, une marginalité inexpiable, l’origine de son surnom et de son obsession pour les oiseaux et les parapluies. « Tyrannisé, intimidé et rejeté, je me suis tourné vers mes seules amours… mes livres et mes oiseaux. » Dans « Le Retour du Pingouin » (Doug Moench et Kelley Jones, 1997), on découvre la mère d’Oswald obsédée par l’idée de se prémunir contre la pluie – son mari est mort d’une pneumonie après être sorti un jour pluvieux sans son parapluie. Elle lance à son fils, comme s’il s’agissait d’un argument définitif : « Où en serait Noé s’il n’avait pas construit son arche ? » C’est ainsi qu’est expliquée l’association entre le Pingouin et son parapluie, dès son plus jeune âge, et même sous un soleil de plomb. Cet objet anodin, qu’il transformera plus tard, selon les récits, en arme à feu, en diffuseur de gaz ou en lanceur d’acide, était aussi utilisé par sa mère pour le frapper. Dans son imaginaire, il s’est donc vite agi d’un instrument d’oppression et de violence.
« Neige et glace » (Alan Grant et Norm Breyfogle, 1990) voit le Pingouin se débarrasser froidement de son acolyte Kadavre, il est vrai lui-même ambivalent. Le super-vilain y est décrit comme étant d’une « avidité sans bornes » et d’une « ruse impitoyable ». « Brutes » (Frank Tieri et Christian Duce, 2013) le présente en gérant de casino, où il se montre sans pitié envers les tricheurs, mais aussi proche du gouverneur Carter Winston (ce qui confirme la noblesse de sa famille, mais n’empêchera toutefois pas ce dernier de le renier). « Le Triomphe du Pingouin » (John Ostrander et Joe Staton, 1992) corrobore tout ce qui a été dit du personnage : « sans pitié, revanchard, calculateur et inventif ». C’est un homme qui pense que tout est négociable. « Tout peut s’acheter, reste à trouver le prix. Quant aux gens, on peut se contenter de les louer. »On comprend aussi à la lecture de ce récit qu’une vie rangée n’est décidément pas en adéquation avec la personnalité d’Oswald : il a besoin d’adrénaline et de reconnaissance.
Enfin, « L’Affaire du Pingouin » (1990), où s’associent rien de moins que Marv Wolfman, Alan Grant, Jim Aparo et M.D. Bright, fait dire au Pingouin, face à son associé difforme Harold : « Nous sommes des cicatrices sur le visage de l’humanité. »Tout au long de ce volume de Batman Arkham, ce sentiment d’évoluer en marge d’une société hyper-normée va agir sur Oswald en puissant incubateur criminel. Dans « L’Affaire du Pingouin », l’ennemi de Batman va également s’enticher d’une actrice, Sherry West, revisiter avec elle le mythe de Pygmalion et Galatée, et surtout démontrer à quel point il peut se perdre dans l’abjection.
Batman Arkham : Le Pingouin, ouvrage collectif Urban Comics, juin 2021, 352 pages
Geoffroy Monde publie aux éditions Lapin l’album Tout ou rien, qui rassemble plusieurs récits courts frayant avec l’absurde. C’est décapant, diversifié, mais inégal.
Tout ou rien est un petit album de 96 pages, conçu au feutre comme à l’aquarelle, où se succèdent plusieurs histoires courtes sans lien apparent les unes avec les autres. Le seul invariant de cette bande dessinée décapante tient sans doute à son caractère absurde, le non-sens se déployant dans chacune des histoires, souvent avec succès. Scénariste et dessinateur, Geoffroy Monde impose un rythme échevelé, dose ses gags de manière à ce qu’ils irriguent chaque planche, voire chaque vignette, et se délecte à tourner en dérision des figures et des genres porteurs de symboliques fortes : Dieu, les chefs d’État, les romanciers, le western… Ici, certains principes de narratologie demeurent clairement inopérants : oubliez l’identification aux personnages, l’ironie dramatique ou les reliefs psychologiques, seules comptent les institutions, les conventions sociales, les représentations et la manière dont on peut les altérer par l’inepte et le saugrenu.
Que se passerait-il si Dieu, qui brille habituellement par sa discrétion, se matérialisait pour intervenir dans nos vies un peu trop souvent ? Si on pouvait réellement tuer les gens en proférant des mensonges tout en jurant sur leur tête ? Si les dirigeants des grandes nations du monde en venaient aux mains au moindre prétexte ? Si Daniel Auteuil avait des ailes ? Tout ou rien est conçu de telle sorte qu’il répond à toutes les questions que vous n’aviez jamais songé à vous poser. Il le fait parfois sur une dizaine de pages, parfois seulement sur deux. Très libre dans sa structuration, inventif dans les situations qu’il dépeint, l’album parvient à un équilibre difficile sur la corde raide de l’absurdité. Car, mine de rien, ce petit exercice de style exige un certain savoir-faire : un sens du rythme et de la chute, une maîtrise du détournement, une capacité d’éviter le ridicule tout en s’en moquant.
Le lecteur verra dans Tout ou rien une rencontre avec des extra-terrestres qui tourne mal, un pass universel primitif, la technique du froncement de sourcils pour gagner en respectabilité, un accident d’avion consenti pour sauver un hérisson, une bimbo informe ou encore des écrivains affligés de médiocrité. Le comique de situation y est abondamment exploité, le plus souvent avec ingéniosité. Cependant, par leur nature disparate, les récits qui composent l’album apparaissent inégaux – et parfois un peu trop « faciles ». On n’en recommande pas moins la lecture de cette bande dessinée qui prouve, une fois de plus, que le jeune Geoffroy Monde (34 ans) est un auteur à suivre pour qui aime l’humour décalé et porté sur le non-sens.
Tout ou rien, Geoffroy Monde Éditions Lapin, mai 2021, 96 pages
Après avoir montré son caractère et ses qualités de dessinateur-scénariste, que peut-on attendre de Bruno Duhamel, qui s’intéresse aujourd’hui au genre du western ? Le dessinateur a plus d’un tour dans son sac et ne se gêne pas pour explorer des fausses pistes… et nous en suggérer les vraies.
Bruno Duhamel avance en terrain déjà très largement balisé (au cinéma, depuis les années 40 notamment, mais aussi en BD avec de nombreuses séries classiques). Le thème du western lui permet d’aborder de nombreuses pistes (vraies et fausses) qui l’inspirent et se croisent.
La piste du western
Bruno Duhamel montre qu’il connaît bien le sujet. Les amateurs apprécieront les nombreuses références à quelques grands classiques (Règlement de comptes à O.K. Corral et toutes ses variations), mais aussi à certains personnages (petite apparition de Billy the Kid) et des lieux comme Tombstone, tous lieux, faits et personnages pas si nombreux que cela, entrés dans la légende. Une piste qui permet au dessinateur de montrer qu’il a des connaissances sur le sujet, mais qui sert avant tout de prétexte pour la trame de fond.
Les pistes narratives
Elles sont nombreuses, car le Far West n’est finalement qu’un décor qui sert de prétexte, de révélateur. Dans l’Amérique d’aujourd’hui, Frank se prend une belle claque en se faisant virer du show (reconstitution pour touristes d’un célèbre duel d’époque) qui était toute sa vie, tout ça parce qu’il s’est permis une réplique hors texte qui peut prêter à interprétation politique. La piste politique n’est qu’une piste secondaire, mais elle mérite d’être citée. Déboussolé (comme beaucoup d’Américains) par la perte de son emploi, Frank décide d’inverser les rôles : d’acteur pour touristes, il devient touriste dans un groupe (regroupement de stéréotypes, un mélange qui pourrait devenir explosif selon les circonstances), qui visite le grand Ouest, ce qui l’amène à porter un regard critique sur bien des points. Mais les circonstances vont l’amener à relativiser ses connaissances sur l’histoire de la conquête de l’Ouest. La narration dévie ensuite vers une forme personnelle de règlement de comptes, qui permet à Bruno Duhamel de porter un regard critique sur notre société de consommation.
Les pistes des personnages
Celui de Frank est intéressant, car son comportement de déboussolé est assez typique de tous ces personnages qui peinent à se trouver une place dans l’Amérique d’aujourd’hui. Celui sur qui il va tomber dans le voyage organisé qu’il intègre se révèle plus dangereux, car incontrôlable. Autres personnages ayant leur importance dans la narration, le vieux sage indien sur qui Frank tombe à point nommé un soir (les Indiens ne se contentent pas ici de jouer les faire-valoir) et Salina la jeune mexicaine, immigrée clandestine qui risque de perdre le contrôle du voyage organisé qu’elle mène.
La piste des références
Bruno Duhamel truffe son album de multiples références. Depuis le cinéma jusqu’à l’histoire américaine (Lee Harvey Oswald) et les rapports entre Indiens et immigrants. Souvent liées à l’histoire du western, ces références servent surtout à donner de la consistance au propos du dessinateur.
Les pistes en lien avec notre époque
La meilleure (ou la plus amusante) est l’utilisation par les Indiens d’aujourd’hui du SMS pour communiquer entre eux. C’est effectivement bien plus rapide et efficace que les signaux de fumée. Malgré un début en trompe-l’œil, Bruno Duhamel s’intéresse plus particulièrement à notre époque. Toute la vie de Frank, c’est ce show qu’il joue depuis 15 ans (et où il faut en mettre plein la vue, d’où l’usage de couleurs du genre tape-à-l’œil), qui se passe à l’époque de la conquête de l’ouest. Solitaire et routinier, Frank tend malheureusement à se confondre avec son personnage. Ainsi, Bruno Duhamel fait sentir la tendance schizophrène de notre époque où tout s’accélère, pour aller trop vite. Surtout, il montre que tout aujourd’hui est prétexte à consommation. Les sites du Far West n’y font pas exception.
La piste américaine
Une piste essentielle, forcément, parce que l’Amérique d’aujourd’hui intègre bien des composantes, dont il s’avère qu’une BD de 80 pages ne peut rendre compte que de manière très succincte. La question des armes (possession, diffusion, usage) n’est qu’effleurée. Les grands espaces sont bien là, avec une étude des différentes luminosités (voir une somptueuse double page en ambiance nocturne). Malgré quelques allusions, la question politique mériterait largement mieux. De même pour le thème de l’argent (lié à celui du pouvoir), latent puisqu’une partie se passe à Las Vegas et que le personnage principal perd son emploi et donc son revenu (question du chômage). Mais, le pétage de plombs qui va apporter la véritable tension dans l’album n’a pas d’autre origine que la bêtise humaine. Il est compensé par quelques réactions honorables, qui tendent malheureusement davantage vers l’idéalisme que le réalisme. Si l’Amérique va mal, les raisons sont multiples. Cette BD les évoque, mais beaucoup trop rapidement.
« Si la légende est plus belle que la réalité… imprimez la légende ! »
Finalement, à force d’ouvrir de nombreuses pistes, Bruno Duhamel laisse un peu perplexe, même si on peut dire qu’il illustre à sa façon le célèbre dicton sorti de la bouche d’un des personnages de L’homme qui tua Liberty Valance (John Ford – 1962). En prenant l’imagerie du western comme toile de fond de son album, il montre une bonne connaissance du thème général et se montre capable de broder avec intelligence pour donner libre cours à sa critique de bien des comportements qu’on peut observer à notre époque. Malheureusement en cherchant à lier l’ensemble, il se contente d’effleurer bien des aspects qui mériteraient une exploration en profondeur. À son crédit, on peut quand même dire qu’en 80 pages, il pointe déjà pas mal de travers qui donnent à réfléchir, tout en proposant une fiction lui permettant de placer bien mieux qu’un clin d’œil par-ci par-là. Son regard désabusé sur notre époque et sur l’état de l’Amérique fait souvent mouche, grâce à son humour caustique. Le happy end rappelle ce qu’on sent non pas depuis toujours, mais depuis Jamais (2018) : sa volonté de plaire à un large public.
Fausses pistes, Bruno Duhamel Éditions Bamboo (collection Grand Angle), juin 2021, 80 pages
De Stranger Than Paradise à Paterson, de Mystery Train à Broken Flowers, Jim Jarmusch n’a cessé de mettre en scène des trajectoires. Ses personnages empruntent ici des routes, là des chemins ou des rivières de sorte que son cinéma est depuis toujours associé à l’errance et à la rêverie déambulatoire. Down By Law, réalisé en 1986, ne déroge pas à la règle. Sur un scénario relativement linéaire Jarmusch propose une fable universelle où les contingences de l’espace et du langage se répondent les unes aux autres.
De la musique avant toute chose
Down By Law s’ouvre sur les notes de Jockey Full of Boston pour une déambulation musicale le long des rues d’une ville de Louisiane. Un décor hors du temps magnifié par le noir et blanc de Rob Müller : demeures antebellum typiques, cour d’école inondée de soleil ou quartiers en déshérence. Ce travelling s’interrompt pour se focaliser sur deux des protagonistes : Jack et Zack. Le premier, proxénète à la petite semaine, enchaine les filles à défaut de s’y attacher. Le second, DJ sans ambition est plus porté sur la bibine que sur la zic. Ces deux personnalités incompatibles se retrouvent bientôt contraints à partager une cellule de prison. Au mutisme de ces deux lascars répond une somptueuse bande originale signée des deux acteurs eux-mêmes, John Lurie et Tom Waits.
Evasion lexicale
Curieusement ce sont les mots qui vont servir d’échappatoire face à l’échec de la communication, celle-ci se réduisant à quelques « fuck you » lapidaires. Avec Jack d’abord, qui raconte sa sortie de prison rêvée « dans une limousine Lincoln blanche avec quatre filles nues… ». Puis Zack qui improvise un bulletin météo comme il le ferait à la radio. Mais c’est surtout Bob, débarqué dans leur cellule, qui va changer la donne. Cet Italien n’entend rien à la langue de Shakespeare mais cite Robert Frost et Walt Whitman à tout bout de champ. Un personnage incroyable, véritable génie du langage, qui va littéralement dynamiter la morosité nourrie par ses deux codétenus. Comme dans cette scène mémorable où un simple jeu de mot – I scream for ice cream – se transforme soudain en sarabande hallucinée contaminant vocalement l’ensemble du pénitencier.
Bayou, lapin et princesse
Dans la dernière partie de ce triptyque, les trois compères fuient à travers le bayou. Après les grandes artères de la ville et l’étroitesse de la prison, le film explore les lignes désordonnées des marécages. L’espace se dévoile ici dans la profondeur et les diagonales, au gré des berges et des canaux. Comme dans un labyrinthe antique, nos trois pieds nickelés vont aller d’épreuve en épreuve. Celle de l’eau – le franchissement de la rivière – celle du feu (de camp) et celle de l’amour. Bob qui dans un premier temps constitue un boulet -il ne nage pas, ne court pas vite…- va poursuivre son rôle de réconciliateur toujours grâce au levier du langage. Autour d’un lapin « tchac tchac » grillé ou lors de l’ultime rencontre avec la bellissima au bois dansant. Une petite merveille de conte cinématographique.
Bande annonce :
Fiche technique :
Réalisateur : Jim Jarmusch
Assistante réalisatrice : Claire Denis
Scénario : Jim Jarmusch
Photographie : Rob Müller
Musique : John Lurie
Chansons : Jockey Full Of Bourbon et Tango Till They’re Sore de l’album Rain Dogs, par Tom Waits ; It’s Raining de Noami Neville, par Irma Thomas
Montage : Melody London
Décors : Janet Densmore
Costumes : Carol Wood
Production : Alan Kleinberg
Sociétés de production : Black Snake, Grokenberger Film Produktion, Island Pictures
Pays d’origine : États-Unis et Allemagne de l’Ouest
Langues originales : anglais et italien
Format : noir et blanc – 35mm – 1,85:1 – mono
Durée : 107 min
Dates de sortie :
France : mai 1986 (Festival de Cannes) ; 12 novembre 1986 (sortie nationale)
Canada : 7 septembre 1986 (Festival de Toronto)
États-Unis : 19 septembre 1986 (Festival de New York) ; 20 septembre 1986 (sortie limitée)