Katla, une série de Baltasar Kormákur : sous le volcan

Katla, c’est un volcan islandais situé sous un glacier. Et depuis son éruption, des phénomènes étranges se produisent. Créée par le réalisateur du film Everest ou de la série Trapped, la série Katla est une œuvre énigmatique et dérangeante, à voir sur Netflix.

Ceux qui avaient apprécié la série suédoise Jordskott, diffusée en France sur Arte, devraient pouvoir en retrouver les qualités à travers les huit épisodes de la série islandaise Katla.
Les lieux où se déroule l’action de la série existent réellement. Katla est bel et bien un volcan, situé au Sud de l’Islande. Il est recouvert par le glacier Mýrdalsjökull. Le village de Vik est également réel, coincé entre le volcan et la mer.

Terre de cendres
Lorsque débute la série, cela fait un an que le volcan est entré en éruption et déverse sur tous les alentours un déluge de cendres. Le village de Vik est évacué. Seuls y résident encore quelques téméraires, des scientifiques venus observer l’éruption et le chef de la police, Gisli. Parmi ces téméraires se trouvent Grima et son mari, qui sont restés là pour s’occuper de leur bétail.
Le décor a une grande importance dans l’ambiance de la série. Le paysage est entièrement recouvert de cendres. Tout paraît gris, terne, poussiéreux. Un décor qui manque de vie. Un des personnages en fera même la remarque : toute l’herbe, toute la végétation est désormais recouverte de cendres, comme enterrée.
De fait, c’est la mort qui marque les premiers épisodes. Une des premières images de la série est un plan sur un mouton mort. Et, petit à petit, on découvre que les personnages principaux sont tous, de près ou de loin, touchés par la mort d’un proche : la sœur de Grima, disparue un an plus tôt et considérée comme morte ; le fils de Darri, un vulcanologue, mort trois ans auparavant ; ou la femme de Gisli, dont la mort est imminente au vu des conditions climatiques, les cendres s’infiltrant dans ses poumons. Katla, c’est le portrait d’une communauté renfermée sur elle-même et marquée par la perte, l’absence. Thor, le père de Grima, résume tout en disant que le village “ressemble à un cimetière”.
Les cendres s’immiscent donc partout et sont omniprésentes. Le décor en est couvert, mais aussi les maisons, les planchers, les meubles, les voitures, etc. L’air en est tellement imprégné que les gens sont obligés de porter un masque pour sortir.
L’idée d’une extrême précarité de la vie s’insinue donc dans ces premiers épisodes. Le volcan est le symbole d’une nature plus forte que les hommes. Impossible d’y échapper : l’humain est un être faible, constamment menacé par la maladie et la mort. Ce sentiment de danger est encore renforcé par la possibilité imminente d’une nuée ardente qui dévasterait le village.

Apparitions

C’est sur les pentes de ce volcan en éruption qu’une découverte surprenante sera faite. Une femme, nue, en état de choc et le corps couvert de cendres, est retrouvée errant sur les pentes du glacier. Elle s’avère être suédoise et s’appeler Gunhild. Elle ne se souvient pas des circonstances de sa disparition, mais elle dit travailler à l’hôtel de Vik. Or, une Gunhild a bien travaillé dans cet établissement mais c’était… vingt ans auparavant.
D’autres personnages vont revenir, petit à petit. Des personnages disparus, mais pas seulement. Certains protagonistes de la série vont se retrouver face à eux-mêmes. Les créateurs de Katla savent alors très bien gérer le mystère qui se développe autour de ces apparitions. L’ambiance énigmatique est une des grandes réussites de la série. Bien entendu, à un moment, on n’échappe pas à une tentative d’explication du phénomène, et, comme d’habitude, l’explication est aussi décevante (et un peu mal foutue) que le mystère était passionnant, mais cela n’a pas une grande importance : cette explication est secondaire par rapport à l’action même de la série.

Face à soi-même

L’un des avantages de Katla, c’est que les scénaristes ont très bien exploité les différentes possibilités offertes par ces apparitions. Le sujet principal réside finalement dans la réaction des protagonistes face à ces apparitions. Les personnalités enfouies sous la cendre vont se dévoiler petit à petit. Ce que l’on avait caché va revenir à la surface, inexorablement. Les traumatismes, les plaies, les tendances très borderline vont être mis à jour. Certains personnages vont devenir inquiétants. D’autres porteront une grande puissance dramatique.
Ces personnages mystérieux, qui semblent issus du volcan lui-même, vont aussi nous poser des questions sur notre identité. Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me différencie des autres, surtout s’ils me ressemblent ? Quelle est mon identité, ma raison d’être, ma place dans un couple, dans une société ? Pourquoi suis-je ici ? Ai-je un rôle dans cette vie ? La vie a-t-elle un sens ? Et si mes goûts, mon comportement changent, suis-je toujours le/la même ?

En huit épisodes d’environ 45 minutes, la série Katla sait imposer son ambiance, son mystère, son scénario bien ficelé, son rythme lent mais jamais ennuyeux (les habitués des séries scandinaves connaissent ce rythme si particulier). Le drame prend de l’ampleur au fil des épisodes jusqu’à un final qui contient certaines scènes assez fortes. Visuellement, la série est un belle réussite, les décors envahis de brumes méphitiques sont parfaitement utilisés, et les paysages naturels de l’Islande sont employés de façon impressionnante. Une réussite.

Katla : bande annonce

Katla : fiche technique

Créateurs : Baltasar Kormákur, Sigurjón Kjartansson
Réalisateurs : Baltasar Kormákur, Thora Hilmarsdottir
Scénaristes : Baltasar Kormákur, Sigurjón Kjartansson, Davíð Már Stefánsson
Interprètes : Guðrún Ýr Eyfjörð (Grima), Þorsteinn Bachmann (Gisli), Aliette Opheim (Gunhild)
Montage : Sigvaldi J. Karason
Musique : Högni Egilsson
Production : Agnes Johansen, Baltasar Kormákur
Société de production : RVK Studios
Société de distribution : Netflix
Nombre d’épisodes : 8
Durée d’un épisode : entre 43 et 51 minutes
Genre : drame, fantastique
Date de première diffusion : 17 juin 2021.
Islande – 2021

Note des lecteurs3 Notes
3.5

Festival

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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