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L’arbre, le maire, la médiathèque… et la nature, bordel ?!

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Subventionné par le ministère de la Culture, le maire de Saint-Juire en Vendée souhaite édifier un complexe culturel dans un pré communal. Mais c’est sans compter sur la résistance de l’instituteur du petit village, prêt à tout pour sauver un arbre centenaire menacé par ce projet pharaonique. Politique, journalisme, écologie, urbanisme… un Rohmer des années 90 terriblement d’actualité en 2021 !

Autant le dire tout de suite, L’Arbre, le Maire et la Médiathèque n’est pas un Marvel ! Les effets spéciaux se résument à quelques vaches qui paissent tranquillement dans un pré vendéen et à une maquette d’architecte en carton, collée avec de la super-glue sur une plaque d’aggloméré. N’oublions pas non plus les sept intertitres qui, à la manière des films muets, divisent le film en chapitres. Particularité ? Ils contiennent chacun un exemple de subordonnée circonstancielle de condition introduite par « si ».
Eh oui, nous sommes chez Rohmer, c’est-à-dire dans le cinéma du langage. Illustration au chapitre 6 : « Si Véga, la fille du maire, n’avait pas malencontreusement envoyé son ballon sur le chemin où passait par hasard Zoé, la fille de l’instituteur… »
Allergique(s) à la grammaire ? Ne fuyez pas ! Le petit rappel sur les phrases complexes énoncé dans les premiers plans du film par ledit instituteur permet de comprendre pourquoi la médiathèque de Saint-Juire « aurait pu voir le jour ». Et justement… tout le problème est là ! Il faut préciser que l’action se déroule en pleine campagne électorale. Les controverses vont donc bon train, puisqu’il s’agit d’aménager le territoire en ménageant le paysage.

Balade dans la langue française

Si la mise en scène, bucolique à souhait, fait preuve de modestie, le propos, lui, est plutôt consistant. On en a pour sa réflexion ! Ça cause et ça cogite, ça débat et ça délibère, ça argumente et contre-argumente… Bref, c’est du pur Rohmer : subtil, légèrement désuet et, bien entendu, très bavard !
Comme toujours, chez ce réalisateur érudit, les interprètes sont remarquables de justesse et servent de longs dialogues plutôt littéraires qui semblent avoir été écrits pour eux. Ils flânent négligemment dans le paysage comme dans la langue française. Évoquent, sur le ton du badinage, le dépeuplement des villages, les appuis journalistiques et médiatiques et les calculs politicards.
On dirait du théâtre à la campagne. Une balade de santé à la rencontre des habitants interviewés pour les besoins d’un article qui, pour une fois, donne la parole à ceux qui ne l’ont pas. Chacun y va de sa petite opinion et le spectateur est plongé au cœur de la ruralité soumise à rude épreuve. Deux clans se révèlent progressivement et s’opposent : la défense véhémente du respect du site contre l’introduction de l’urbanisme qui ouvre le chemin vers la modernité. Cruel dilemme…

Des comédiens dans un théâtre de verdure

Clémentine Amouroux prête son joli minois et son timbre particulier à la journaliste roulée dans la farine par son rédacteur en chef (François-Marie Banier). Arielle Dombasle, romancière ultra parisienne, s’auto-parodie en s’extasiant sur chaque brin d’herbe de la campagne française qu’elle semble découvrir. Le splendide (et de plus en plus rare) Pascal Greggory campe un maire enfant du pays mais devenu un peu trop citadin au goût des villageois. Cependant, beau joueur, il se laisse séduire par le bon sens et la conscience politique d’une gamine de dix ans (l’excellente Galaxie Barbouth, dont ce fut l’unique prestation cinématographique). Enfin, Fabrice Luchini, instituteur passionné et inquiet, s’engage dans une lutte écologique et politique pour sauver son arbre centenaire.
Arpentant le pré comme une scène de théâtre, il déclare la guerre tel un don Quichotte impuissant face aux moulins à vent ! Bien que le combat semble perdu d’avance, pas question pour lui de laisser planer la menace sur les anniversaires à venir du saule majestueux et symbole de la résistance. Il lui faudra lutter avec acharnement contre le projet de construction d’une immense médiathèque dans son tout petit village, qui viendrait défigurer le paysage si pictural au profit d’un urbanisme laid et envahissant !
Cette fable politique, pleine de charme et de finesse, mérite d’être vue et revue et surtout montrée aux jeunes générations qui ne manqueront pas d’y trouver sujets de débat. Notamment l’éternel duel entre tradition et modernité qui tient en une seule question : comment ne pas dénaturer la nature ? Jubilatoire !

* Clin d’œil au titre du film Et la tendresse bordel !

L’Arbre, le Maire et la Médiathèque – Fiche technique

Réalisation, scénario et dialogues : Éric Rohmer
Interprètes :  Fabrice Luchini, Clémentine Amouroux, Pascal Greggory, Arielle Dombasle, François-Marie Banier
Photographie : Diane Bratier
Son : Pascal Ribier
Musique : Sébastien Erms
Montage : Mary Stephen
Pays : France
Distribution : Les Films du Losange
Genre : Comédie dramatique
Durée : 105 min
Année : 1992
Date de sortie France : 10 février 1993

Extrait du film L’Arbre, le Maire et la Médiathèque

Avant les diamants: le roman noir sur le cinéma américain des années 50

Avant les diamants de Dominique Maisons est un roman mi-réel, mi-fantasmé. C’est surtout un roman de l’envers du décor hollywoodien. Un récit choral d’une grande maitrise et surtout très sombre. On y croise des figures connues et des personnages hauts en couleurs, autour d’une réflexion sur la beauté, les acteurs et l’argent. Un grand polar à la James Ellroy.

Résumé : Hollywood, 1953. L’industrie cinématographique est un gâteau fourré à l’arsenic que se disputent la mafia, l’armée et les ligues de vertu catholiques. Dans ce marécage moral et politique, ne survivent que les âmes prêtes à tout. Le producteur raté Larkin Moffat est de ceux-là. Abonné aux tournages de séries B, il fait vivoter les crève-la-faim du cinéma et enrage contre ce système qui l’exclue. Jusqu’au jour où il se voit proposer la chance de sa vie. Dans cette combine dangereuse vont graviter autour de lui le major Buckman, parieur et coureur invétéré, le très ambivalent père Santino Starace, l’impresario et proxénète Johnny Stompanato. Tous vont croiser leurs destins, multiplier les manœuvres et les crimes dans ce grand cirque du cinéma américain. Alors que défilent les Errol Flynn, Clark Gable, Hedy Lamarr et autres Frank Sinatra, ce petit monde sans scrupule va s’adonner à ce qu’il sait faire de mieux : manipuler les masses et veiller à son profit.

Sunset Boulevard 

Les personnages s’écrivent avec force dans Avant les diamants. Ils s’appellent Larkin, Santino, Johnny, Annie, Chance, Liz. Tous déploient leurs ailes tentaculaires avec un objectif : faire du cinéma. Mais les volontés ne sont pas les mêmes : faire passer des messages, gagner de l’argent, être acteur reconnu… Ou simplement étendre son pouvoir. Tout est fait ici pour créer une immersion dans l’année 1953 à Los Angeles. Il y a ce qu’il faut de réel pour nous plonger dans le décor (les références aux biographies des acteurs comme Errol Flynn ou Clark Gable nourrissent le roman), l’ambiance. Ensuite, le romancier Dominique Maisons déploie ses propres tentacules et entraîne le lecteur dans sa noirceur. Le cinéma devient ici un instrument aux mains de l’armée, de l’église, de la mafia. Rien n’échappe au romancier et il n’épargne aucun de ses personnages. On s’attache facilement à eux, enfin certains d’entre eux. En effet si Didi, Liz ou encore Annie nous apparaissent perdues mais aimables, touchantes, Larkin Moffat, le producteur véreux et violent (en plus d’être mysorine, jaloux et alcoolique) a notre désapprobation dès les premières lignes. Avec deux millions de dollars, la mission de tout ce petit monde est de concurrencer les grands studios. Rien n’est moins sûr, les affres des petits arrangements et des grands crimes entremêlant les destinées de nos personnages jusqu’à une fin apocalyptique à souhait. Une véritable claque dans la figure du lecteur.

Au-delà des apparences

Le livre est écrit avec un rythme effréné, les liens entre les personnages tissent peu à peu une toile gigantesque. Or, on ne sait plus vraiment qui est pris au piège, tant tous plongent dans l’horreur. Dominique Maisons parle autant de la frénésie des tournages que de la violence d’une relation de couple basée sur une promesse chiffrée. Il est aussi habile à parler scénario que violence domestique. Et chaque fois, ses récits nous glacent, car plus on poursuit la lecture, plus l’horreur suivante est pire que la première. Pourtant, avec les récentes affaires #metoo, nul n’ignore plus que faire du cinéma peut être un véritable enfer. Si les femmes s’y sont habituées, Didi s’y refuse. Non, elle ne fera décidemment pas du cinéma à n’importe quel prix. Dommage qu’elle le comprenne trop tard… Quand un personnage tente de se détacher de la toile, l’araignée l’enserre deux fois plus et le dévore. Dominique Maisons emploi un ton entre humour et sens du détail, du glauque, mais le tout avec une extrême fluidité. Son écriture très imagée est d’autant plus appréciable dans ce roman sur le cinéma. C’est un récit qui porte bien son nom : que sont les gens du cinéma en dehors des plateaux, avant le succès ? Toutes ces questions sont abyssales et passionnantes.

Beauté volée

La plus passionnante et vertigineuse reste la réflexion que Dominique Maisons propose sur la beauté. On est à la fois dans Le Congrès (Ari Folman) et dans Sunset Boulevard (Billy Wilder). Entre l’affaire de la « beauté volée » et le regard sur les femmes du cinéma, tout repose sur la capacité d’une machine à fantasmes à ne pas être dans une dérive permanente. « L’acteur a pour fonction d’attirer, et le meilleur moyen d’attirer est d’être beau. Un être humain qui de son propre choix décide de devenir le point de mire de la curiosité générale porte en lui une insécurité fondamentale, installée bien avant qu’il ne fasse ce choix […]. S’il veut rester désirable, l’acteur doit ajouter quelque chose de plus durable que la beauté. […] Tout ce que nous cachons au fond de nous-même, vous faites de votre mieux pour le montrer, ce que nous serions honteux d’avouer, vous n’avez de cesse de courir les plateaux assez éclaboussés de lumière pour le proclamer à grands cris […]. Vous êtes la plus grande imposture de l’histoire de l’art. Je veux percer à jour ce mystère, en comprendre les mécanismes et toucher votre vérité du doigt ». A-t-on écrit plus beau sur les acteurs ? Ce qui frappe surtout, c’est que ces mots, qui semblent être comme la note d’intention d’Avant les diamants, sont prononcés par un réalisateur ayant quitté le système. Il a quitté le système et faire un film avec lui (qui ne sortira jamais) est un tel don de soi qu’il en devient dangereux pour la vie même, le psychisme de l’acteur. Cette ambiguïté permanente, ce regard désabusé sur une industrie dévastatrice sont les grandes forces d’un roman qu’on rêverait de voir adapté à l’écran.

Atomic Bomb

Au-delà, on sent l’amour de l’auteur pour le cinéma, son regard critique aussi, et son goût pour l’outrance qui sont un régal. Et c’est lui, peut-être, qui en parle le mieux : « Nous vivons encore aujourd’hui dans un monde dominé par une propagande consumériste frénétique. Ce n’est pas rejeter le cinéma (je l’adore) que de prendre conscience du discours qu’il véhicule et retrouver un regard critique. Beaucoup de choses se sont jouées dans le Los Angeles de l’après-guerre, et ces enjeux sont bien moins futiles qu’on pourrait le croire ». Avant les diamants est aussi le récit de la fin d’un monde qui pourtant n’a de cesse de renaître de ses cendres et dans lequel l’autodestruction est maîtresse. Pas étonnant donc que ce roman commence par une « atomic bomb party », soit une fête dédiée à l’explosion d’une bombe appelée Annie. C’est l’effet que le roman fait sur son lecteur.

Avant les diamants, Dominique Maisons
Points, août 2021, 552 pages

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Saison brune… ou rouge foncé

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Travaillant sur un livre à teneur politique (2006), Philippe Squarzoni a réalisé l’insuffisance de ses connaissances dans le domaine de l’écologie. Voulant creuser le sujet, il est tombé sur la question du réchauffement climatique. Il a levé tellement de lièvres, tous plus ahurissants les uns que les autres, qu’il a décidé de traiter le sujet à fond. Cela donne cette BD en forme de dossier qui fait froid dans le dos (mais chaud partout ailleurs) !

Quand on cherche à comprendre le phénomène du réchauffement climatique, on réalise que les gaz à effet de serre sont au cœur du problème. Rejetés dans l’atmosphère, en particulier par les activités industrielles, les gaz d’échappement des automobiles et ceux produits par les avions, ils accentuent un phénomène contribuant pourtant à rendre la Terre vivable, en piégeant une partie des rayons solaires. Depuis très longtemps, l’effet de serre était si stabilisé qu’on le trouvait naturel (on n’y pensait même pas). Ajoutons que l’atmosphère exerce un rôle protecteur vis-à-vis de certains rayonnements. Le principal de ces gaz émis désormais en trop grande quantité est le gaz carbonique (CO2), celui-là même que nous échangeons en partie contre de l’oxygène lors de la respiration. Sa proportion dans l’atmosphère augmente depuis le début de l’ère industrielle. Bien entendu, on ne parle de réchauffement climatique que depuis quelques décennies. Depuis que les scientifiques ont évoqué le phénomène, la prise de conscience s’est faite progressivement et les émissions de CO2 ont continué.

L’avenir s’assombrit

Philippe Squarzoni ne se contente pas de parler des effets du CO2 (à moyen et long terme, en inventoriant les effets secondaires tels que la modification de climat sur des régions entières) et des alertes lancées par le milieu scientifique. Il va à la rencontre de spécialistes pour évaluer l’étendue des dégâts et se faire une idée de ce qui nous attend. Autant dire qu’il y a de quoi s’inquiéter. Malheureusement, les effets du réchauffement climatique ne sont pas de ceux qu’on constate du jour au lendemain. Et le jour où une véritable catastrophe se produirait, il pourrait bien être trop tard.

La méthode de Philippe Squarzoni

Elle est assez particulière. Son dossier prend la forme d’une BD, mais cela aurait tout aussi bien pu être un livre, car il a beaucoup à dire, expliquer. Son travail est comparable à celui de l’élaboration d’un film documentaire. Il donne ainsi la parole à des spécialistes qu’il nomme (en précisant leurs titres et fonctions). Particularité spécifique, à certains moments, il met bout à bout des réponses comme s’il s’agissait d’un débat. À mon avis, il a accumulé des heures d’interviews et il fait du montage comme pour un film auquel il voudrait donner une direction bien précise. C’est intéressant, car cela donne une vraie logique à ce qu’il propose. Mais cela produit un effet particulier : il donne à « entendre » ce qu’il a décidé et laisse un peu l’illusion que certaines personnes dialoguent en rebondissant sur les propos des uns et des autres, alors que c’est juste lui qui assemble des fragments de réponses. Autre inconvénient de cette méthode : un aspect bavard (et savant), même si rien de ce qu’on trouve dans cette BD (477 pages) ne peut être qualifié de superflu. Même ces planches où Squarzoni s’interroge lui-même sur le sens de sa quête, sur comment commencer ou finir son histoire et sur son opinion et ses actions, non rien n’est superflu, car avec tout ce qu’il apprend, le moins est de se poser quelques questions.

La prise de conscience… Et ensuite ?

Si le dessinateur finit par culpabiliser au point de décliner une invitation pour un festival au Japon, parce que cela voudrait dire prendre l’avion, d’autres réflexions viennent à l’esprit. Ainsi, le virage décisif pour l’humanité fut l’industrialisation, à partir du XVIIIe siècle. Mais à cette époque, on ne pouvait pas imaginer que de grosses quantités de gaz à effet de serre viendraient ainsi s’accumuler dans l’atmosphère. La révolution industrielle fut accueillie comme un véritable progrès. À tel point que les esprits en restent encore imprégnés et que la science a acquis dans l’imaginaire collectif une position à peu près inattaquable. Honnêtement : y avait-il une autre voie à prendre alors ? Et donc, pourquoi culpabiliser maintenant ? La seule différence, c’est que maintenant nous pouvons nous représenter ce qui nous attend (pas seulement les générations futures). Le vrai souci, c’est que les scientifiques nous avertissent à l’aide de modèles prévisionnels. Et il reste toujours une part d’irréductibles qui n’acceptent pas cette méthode. Tout cela représente malheureusement une déplorable perte de temps et d’énergie dans l’optique d’une réaction concertée, viable et efficace. Au lieu de cela, nous restons sur beaucoup trop de discours d’intention, car au niveau politique, personne ne semble en mesure de gérer des mesures qui seraient impopulaires. Et il manque un organisme avec suffisamment de poids au niveau planétaire. En effet, qu’on le veuille ou non, il faut bien comprendre que nous sommes toutes et tous sur le même bateau.

Un questionnement inépuisable

La lecture d’un tel pavé (dans la mare) incite forcément au questionnement personnel. Philippe Squarzoni considère que le modèle économique du capitalisme doit absolument être remis en cause, car il se base sur une augmentation infinie (dans le système fini qu’est la planète) des productions et des consommations. Au point où nous en sommes, un tel revirement est-il concevable ? Concevable, peut-être. Quant à le qualifier d’applicable, la marge me semble énorme. D’où le constat très pessimiste de l’auteur pour conclure. Alors, que faire au moins au niveau individuel ? Il est toujours possible de se tourner vers le militantisme et d’adopter des comportements allant vers la rationalisation de nos besoins. Mais… si j’économise sur un pan bien précis de mes dépenses, que vais-je faire du moyen financier dégagé ? Si je ne fais qu’économiser, je vais me retrouver avec une somme qui n’ira qu’en augmentant. Comment imaginer que je n’en ferai jamais rien ?… Les tentations pullulent, ne serait-ce qu’au niveau culturel (ou encore vacances et déplacements). On en arrive donc à un constat paradoxal qui tend à confirmer une tendance : les meilleures réalisations humaines finissent par produire des effets pervers. Il faut quand même savoir que si les pays émergents voulaient le même niveau de consommation que les pays industrialisés, il faudrait plusieurs planètes (et le discours date de 2012…). Une réflexion qui amène à évoquer le problème de la surpopulation incontrôlée. Solution avancée par certains : coloniser d’autres planètes. Outre que l’idée n’est pas du tout réaliste à court terme, la perspective de répandre des comportements irresponsables à travers l’univers fait frémir. Et nous avons tous entendu (à propos par exemple des réserves de pétrole qui diminuent inexorablement) des réflexions du type « Ils finiront bien par trouver autre chose » qui laisse malheureusement entendre que beaucoup ne pensent qu’à continuer à vivre de la même façon.

Pour ne pas dire « Je ne savais pas »

Même si elle ne pourra qu’inquiéter, je conseille vivement la lecture de cette BD, avec un dessin (noir et blanc) dont le style tire vers le réalisme avec des détails soignés qui rendent la lecture agréable (en faisant abstraction du discours, bien entendu). La longueur peut rebuter, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une BD qu’on lit pour se distraire. Mais si les pistes ouvertes par le récent Cursus fin du monde vous interpellent, une plongée dans ce dossier relève de l’effort logique d’approfondissement. Resterait à trouver (rapidement) la méthode pour de vrais changements stratégiques. Ainsi, la question du nucléaire est abordée ici, avec son intérêt de rendre le coût de l’électricité très abordable en France. Mais les conséquences sur le long terme (traitement des déchets) reste sans solution. En espérant qu’un accident de type Tchernobyl n’apporte pas une catastrophe majeure, avec des conséquences sur de nombreuses générations.

Saison brune, Philippe Squarzoni
Éditions Delcourt (collection encrages), mars 2012
 
 
 
 
 
 
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« Dernier souffle » : du cinéma en planches

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Avec Dernier souffle, le scénariste et dessinateur Thierry Martin met en images un western muet et crépusculaire, très inspiré par le cinéma, et pouvant se réclamer tant des frères Coen ou de Clint Eastwood que de Quentin Tarantino.

Authentique exercice de style, Dernier souffle est né sur Instagram à raison d’une planche par jour, le scénario, entièrement improvisé, évoluant au gré des humeurs de Thierry Martin. En trois couleurs (blanc, noir, bleu-gris), l’album, dénué de tout dialogue, met en scène un homme mû par un puissant sentiment de vengeance, parcourant des forêts enneigées pour trouver une issue satisfaisante à sa traque obstinée.

Puisqu’il fait fi du langage, Dernier souffle va procéder par la grammaire visuelle et laisser l’imagination des « lecteurs » vagabonder d’image en image. Thierry Martin fait montre d’une puissance suggestive, d’un sens du cadre et d’une minutie expressive tels que chacun de ses dessins pourrait se suffire à lui-même. Le parti pris initial, d’une publication quotidienne, n’y est évidemment pas étranger : en ne faisant évoluer son récit qu’au compte-goutte, et en ne recourant pour ce faire qu’à l’apparat graphique, le dessinateur devait veiller à façonner chaque planche de manière à faire avancer l’intrigue, caractériser plus avant son héros ou portraiturer la nature tout en maintenant un intérêt constant.

Par son ironie, sa violence et l’abnégation de son héros, Dernier souffle rappelle çà et là les frères Coen, Clint Eastwood, Sam Peckinpah ou encore Quentin Tarantino. La cinégénie de l’album renforce cette impression tenace, par ailleurs corroborée par les déclarations de Thierry Martin. Les liens avec le septième art ne font pas seulement sens quand une vignette épouse un point de vue subjectif (et « renversé ») ou quand les plaines maculées d’une neige projetée à la brosse à dents se donnent somptueusement à voir au lecteur. On trouve dans Dernier souffle un dynamisme et une énergie (notamment renforcée par les hachures) qui laissent penser que les images pourraient s’animer d’un instant à l’autre.

Doté d’un format 16/9 permettant d’élargir le cadre et de mettre en valeur l’espace, Dernier souffle se dote de motifs tout aussi cinématographiques que ses personnages : une cabane isolée, un bar, des têtes plantées dans des pics, etc. Passionnant, d’un aspect irrémédiablement sombre et brut, Dernier souffle évoque la filiation, les traumatismes d’enfance ou encore la vengeance. Il se voit gratifié d’une très belle édition, aux dimensions idoines, et sublimée par une enveloppe aussi simple qu’efficace. Dans ces conditions, on se laisse volontiers perdre, les yeux ébahis, dans ce récit à multiples inconnues.

Dernier souffle, Thierry Martin
Noctambule/Soleil, octobre 2021, 222 pages

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4

« Joker vs The Mask » : coloré et survitaminé

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Joker vs The Mask, publié aux éditions Urban Comics, comporte deux récits indépendants : « Joker/Mask » et « Lobo/The Mask ». Exploitant abondamment les situations comiques et un sens exacerbé de l’absurde, les deux histoires font usage de l’inventivité et du rythme effréné qui caractérisent habituellement l’univers de The Mask.

Le noir et le vert peuvent-ils s’accorder ? La désinhibition de The Mask et l’absence de rivages moraux du Joker feront-ils bon ménage ? Avec Joker vs The Mask, ce sont deux univers normés qui sont appelés à se jumeler. Le crossover « Joker/Mask » semble clairement pencher du côté du second nommé. Effréné, rocambolesque, constamment dans la surenchère, le premier récit du diptyque publié chez Urban Comics se teinte d’un vert quasi aveuglant. Et pour cause : en enfilant le Masque, « Mister J », comme aime le surnommer affectueusement Harley Quinn, décuple sa mégalomanie, son pouvoir de nuisance et son besoin de reconnaissance. Au point que cette dernière regrette avoir été « remplacée par des poupées Barbie ». Incontrôlable, le Joker de « Joker/Mask » est suspendu aux chiffres de l’audimat, désireux d’être filmé tout le temps et en tout lieu, incapable de souffler ou de ménager la pauvre Harley, éreintée et contrainte d’en appeler à Poison Ivy pour mettre fin à ce cauchemar. Doté de dessins et d’un humour bon enfant (J se vautre sur le toit d’une voiture en essayant d’imiter les sauts dans le vide de Batman), ce premier récit est toutefois assez dépourvu en ce qui concerne son propos : le Masque rend inopérante la noirceur habituellement associée au Joker et n’a que peu de choses à faire valoir en contrepartie.

« Lobo/The Mask » est un dépassement permanent. Son cadre ne se limite ni au Manhattan de son ouverture, ni à la Terre, ni même à une temporalité unique. Ses scènes de baston semblent dilater le temps. Et d’assassinat en démembrement, ce second récit ne cesse de reculer les frontières de la représentation graphique. Lobo est engagé par des entités extra-terrestres pour mettre la main sur le Masque, présenté comme un pilleur de mondes doublé d’un destructeur de flottes stellaires. On lui fait miroiter une fortune qui lui permettrait de s’offrir… une île sertie de lance-missiles. Cela suffit évidemment à lui faire renoncer à ses précieux congés. Très référencé (avec notamment une double allusion simultanée à King Kong et Alien), ironisant volontiers sur les forces de l’ordre, gore, pop et allumé, « Lobo/The Mask » fait se rencontrer deux personnages atypiques dans une sorte de bromance folle, tardive et contrariée. Doté d’un discours méta- et de dialogues fusants (invitant par exemple à « découvrir son colon de l’intérieur »), il se montre plus inventif et osé que « Joker/Mask », allant au bout d’une logique où le sens est sacrifié sur l’autel de l’effet. Cela fonctionne bien dans le cas présent, notamment grâce à une galerie de personnages loufoques et/ou iconiques et des vignettes parfois rendues au dernier degré de l’indécence.

Joker vs The Mask, ouvrage collectif
Urban Comics, octobre 2021, 208 pages

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3.5

« Ubérisation, et après ? » : bataille autour des conditions de travail

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Le sénateur communiste Pascal Savoldelli s’est entouré d’une cohorte de spécialistes et de personnalités engagées (Dominique Méda, Leïla Chaibi, Raphaël Pradeau…) pour traiter de l’ubérisation de l’économie et des enjeux qu’elle porte en son sein.

Précarité, management algorithmique, liens de subordination dissimulés, absence de protection sociale, atteinte à la santé, discours fallacieux sur la flexibilité et le micro-entrepreneuriat : d’un bout à l’autre de Ubérisation, et après ?, ouvrage coordonné par le sénateur communiste Pascal Savoldelli, il nous est rappelé sans ambages que la logique néolibérale a été portée à incandescence. Les chauffeurs VTC, les livreurs, les travailleurs du clic, ceux des services d’aide à domicile, tous sont soumis à un modèle impitoyable résumé en un néologisme : ubérisation, c’est-à-dire l’autoentrepreneuriat adossé au capitalisme de plateforme. Isolés, ne percevant leur marché du travail que sous forme d’angle mort, assujettis à des algorithmes et des systèmes de notation, ces « indépendants » précarisés, peinant généralement à joindre les deux bouts, cherchent aujourd’hui à faire entendre leur voix dans des syndicats, des associations, des coopératives, voire dans l’enceinte des tribunaux, une bataille rendue difficile par l’atomisation professionnelle et les nombreuses inconnues algorithmiques.

Ubérisation, et après ? prend la forme d’un recueil de textes et d’interviews unifié par un même objet d’étude : le capitalisme de plateforme, ses failles et ses faux-semblants. Ces derniers sont largement connus : Uber, Deliveroo et consorts permettraient de mettre au travail des individus considérés comme inemployables, notamment des jeunes de cité privés de tout horizon professionnel. Pascal Savoldelli et ses nombreux intervenants passent au tamis critique cette image d’Épinal, arguant que ces nouveaux autoentrepreneurs s’enferrent in fine dans un système qui les pousse à accumuler les heures de travail pour gagner tout au plus l’équivalent du smic (quand ils y parviennent). Le Collectif des livreurs autonomes de plateformes (CLAP) et des chercheurs tels que Sophie Bernard ou Sarah Abdelnour, toutes deux sociologues, y opposent une nécessaire mobilisation collective, tout en pointant les obstacles auxquels cette dernière se heurte : un dialogue quasi impossible (isolement des travailleurs) ou cantonné à des réseaux sociaux où les pseudonymes altèrent la confiance et où les échanges, bien que réels, demeurent sommaires.

S’il y a une société que la crise sanitaire a remis au centre des attentions, c’est bien Amazon. Ça tombe bien, le porte-parole d’Attac France Raphaël Pradeau en déconstruit le modèle dans un chapitre sur la fiscalité des géants du numérique. Car non content de comprimer les salaires, d’envoyer des colis à des centaines de kilomètres de ses entrepôts, d’encourager la surconsommation et de s’implanter dans d’anciennes zones industrielles en jouant les chevaliers blancs, le groupe du multimilliardaire Jeff Bezos pratique abondamment l’optimisation fiscale, réduisant ainsi à leur étiage ses contributions au financement de l’État-providence. Il est d’ailleurs rappelé dans l’ouvrage que 80 à 100 milliards d’euros manquent chaque année aux finances françaises, soit approximativement l’équivalent du déficit public. C’est certes un problème qui a partie liée avec l’ubérisation, mais qui l’outrepasse toutefois : le nouveau capitalisme est apatride et ses cohortes d’experts fiscalistes sont en mesure de le soustraire à l’impôt.

Le tableau est sombre, mais ce n’est pas une raison pour en détourner le regard…

Ubérisation, et après ?, ouvrage collectif coordonné par Pascal Savoldelli
Éditions du Détour, septembre 2021, 272 pages

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Hiroshima (1953) de Hideo Sekigawa : le martyre japonais

Sorti au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce film montrant les effets de l’explosion de la bombe atomique au cœur de la métropole japonaise, le 6 août 1945, a été peu vu à sa sortie, pour ensuite disparaître complètement en raison du sujet traité et d’un positionnement jugé trop antiaméricain. Voir aujourd’hui ce document terriblement réaliste traitant d’un épisode cauchemardesque de l’histoire récente du Japon, est essentiel. Bien que daté, Hiroshima nous force à plonger dans l’œil du cyclone, à observer l’acmé de la folie guerrière de l’Homme. 

Synopsis : Hiroshima, début des années 1950. Professeur au lycée, Kitagawa constate que nombre de ses élèves souffrent des séquelles de la bombe atomique. Il entame alors une discussion avec eux. Face à l’ignorance et à l’indifférence des Japonais, et afin que les victimes ne soient pas contraintes de vivre dans l’ombre de la société, ils estiment nécessaire que leurs compatriotes se rappellent ce jour fatidique du 6 août 1945…

C’est le syndicat des enseignants japonais qui fut à l’origine du projet de ce film. Se sentant coupable d’avoir encouragé le dogme sacrificiel officiel auprès des jeunes Japonais pendant la guerre, le syndicat voulut porter à l’écran le sujet de l’explosion de la bombe A à Hiroshima afin de confronter la population avec les effets épouvantables de la guerre. Il décida alors de financer une adaptation d’un livre du docteur Arata Osada, paru en 1951, compilant les témoignages de survivants de la catastrophe. Il en résulta en 1952 une première réalisation portée par Kaneto Shindō, Les Enfants d’Hiroshima, qui rencontra le succès au Japon et fut même présenté à Cannes. L’aspect exagérément sentimental du film ainsi que la timidité de sa prise de position politique furent toutefois dénoncés par le syndicat des enseignants, très déçu du résultat. Par conséquent, un second projet fut immédiatement porté sur les fonts baptismaux. Il fut cette fois confié à un cinéaste nettement plus engagé (à gauche), Hideo Sekigawa. Il faut préciser que son film, sobrement intitulé Hiroshima, sortit en 1953, soit à peine un an après la fin de l’occupation américaine du Japon, une période marquée par l’interdiction faite aux œuvres artistiques japonaises à traiter de la tragédie d’Hiroshima (parmi d’autres sujets).

Contrairement aux Enfants d’Hiroshima de Shindō, Sekigawa fait le choix d’un fil narratif réduit au minimum, privilégiant une approche semi-documentaire. En effet, dans le film, une introduction contemporaine fait rapidement place à un long flashback illustrant la dévastation de la ville après l’explosion de la bombe atomique. Dans un désir de réalisme, le metteur en scène fit largement appel aux habitants d’Hiroshima, pas moins de 90.000 personnes apparaissant en tant que figurants, et des extraits d’images d’époque furent mêlées à celles tournées pour les besoins du film. Le résultat est pour le moins saisissant. Rarement évoquée au cinéma, la tragédie d’Hiroshima ne peut laisser personne indifférent, même si le film paraît forcément un peu daté aujourd’hui. Les longues séquences de la ville détruite et de ses habitants meurtris et déambulant, hagards et en état de sidération, à la recherche d’un enfant ou d’un proche, nous plongent tout droit dans un tableau apocalyptique à la Jérôme Bosch – les éléments fantastiques ou truculents en moins. Habitué à la pudeur culturelle nippone, le spectateur est brutalement confronté aux conséquences les plus tangibles de la catastrophe, montrées sans pathos ni pudeur, en particulier tous les symptômes dus aux effets de l’irradiation (brûlures, saignements, vomissements, perte de cheveux, etc.), la mort et la désolation partout. Sans parler des conséquences indirectes, également exposées par le film : les destructions, hommes et femmes ayant tout perdu, enfants orphelins écumant les décombres, la misère, l’apathie… C’est à cela que ressemble un grand peuple brisé.

Malgré un bon accueil critique initial, Hiroshima resta longtemps invisible. Jusqu’à récemment, la plupart des spectateurs n’en connaissaient (en en ignorant évidemment l’origine) que les images utilisées par Alain Resnais en 1959 dans son célèbre Hiroshima mon amour ! Le cinéaste français reprit également l’acteur Eji Okada, qui interpréta dans Hiroshima le rôle du professeur Kitagawa. Qu’est-ce qui explique le sort cruel de ce film admirable ? En 1953, aucune major japonaise n’accepta de le distribuer sans opérer des coupes massives, le jugeant beaucoup trop « antiaméricain » et « cruel ». Le ministère de la Culture se rangea à son avis et, Sekigawa étant en outre marqué à gauche, cela contribua à la mise à l’écart du film. Celui-ci ne fut montré aux Etats-Unis – dans une version naturellement éditée – qu’en 1955, et une édition DVD ne fut réalisée que quarante ans plus tard ! Hiroshima fut enfin tiré de l’oubli à partir de 2017. Dire qu’on tient entre les mains un revenant est donc un doux euphémisme ! Raison de plus pour ne pas manquer ce document exceptionnel dans un nouveau master restauré.

SUPPLÉMENT

Un seul bonus est proposé par Carlotta, mais il est tout à fait à propos. En un peu plus d’une demi-heure, Hiroshima, le cinéma et l’imaginaire du nucléaire au Japon passe en revue toutes les représentations de la catastrophe nucléaire dans la production artistique (essentiellement) japonaise, des lendemains de la capitulation à nos jours. Ce documentaire illustré par des affiches d’époque, des photos et des extraits de film, est commenté en voix off par Jasper Sharp, écrivain, programmateur et réalisateur britannique, spécialiste du cinéma japonais. Bien qu’on puisse regretter son approche fort académique, l’homme connaît son sujet et propose un exposé assez exhaustif de « l’imaginaire nucléaire » à travers les époques, des films à vocation documentaire aux approches plus indirectes et avant-gardistes, en passant par le kaijū eiga et son représentant le plus célèbre, Godzilla. Un documentaire qui s’adresse avant tout aux passionnés, certes, mais très éclairant.

Note concernant le film

4

Note concernant l’édition

3.5

Le complexe du castor de Jodie Foster : Ca fait un tabac en Suède

Cannes 2011. Jodie Foster présente en hors compétition son troisième long métrage : l’histoire d’un businessman et père de famille totalement dépressif, qui trouve refuge auprès d’une marionnette ventriloque. D’abord présentée comme thérapeutique, cette mascarade parfois fumante va vite se transformer en un véritable état de détresse schizophrénique.

Avec ce film, Jodie Foster s’installe dans un conte familial tragi-comique avec lequel elle prendra un malin plaisir à jouer avec notre perception du bien et du mal. Bien que l’œuvre ait mal été reçue lors de sa sortie, celle-ci est rafraîchissante.

La dépression est difficile à représenter à l’écran, tant par les tabous qui l’enveloppent que par la fragilité de l’information. Pourtant, Foster la rend vivante, au travers d’un Mel Gibson remarquable et touchant. Comme à son habitude, l’acteur trouve son équilibre et livre une pièce vibrante, dans le corps d’un Walter Black asthénique, au fond du gouffre, qui n’a plus aucune essence en lui mais qui, petit à petit, reprendra sa place dans le monde à l’aide d’un bouclier pelucheux.

Désenchantement 

Toutefois, la reconversion est illusoire. D’abord le héros s’amuse, présentant le beaver [« castor » en anglais, ndlr] comme un exercice thérapeutique. Avec lui à son poing, il récupère une place auprès du quatuor des Black et remet à flot son entreprise ô combien délaissée. Mais plus le temps passe et plus Walter s’accommodera de cette trame, au point de donner au castor une totale omniprésence. Celui-ci prendra possession de l’entièreté de son hôte, qui malgré lui rechutera dans la solitude, obligé à devoir choisir entre son tourmenteur et sa vie de famille. C’est là que notre instinct de spectateur, au repos par l’exaltant spectacle de marionnettes, devient subitement inquiet. Inquiet pour notre héros qui se trouve soumis à l’effet placebo de son remède miracle.

Saluons les plans anamorphiques de la réalisatrice, qui rendent le duo totalement indissociable et jouent sans cesse sur la balance du qui contrôle qui. Pour s’échapper de cette prison mentale, Walter devra en venir aux mains avec un castor violent et impitoyable ; jusqu’à ce que la seule solution soit la rupture nette de leur relation. En cela, le père finira manchot mais lucide.

Le regard

Foster dirige astucieusement sa caméra, qu’on peut en amont voir sur Gibson ; il est maître de la situation, il sait ce qu’il fait. Mais plus la maladie devient importante, plus l’axe s’éternise sur la gueule oppressante de la peluche. On comprend alors que l’hôte n’est plus le dominant, que la folie est bien réelle.
Refusant de tomber dans le comique hollywoodien, notre habituée du tapis rouge offre un contenu touchant à cette progression dramatique, armée d’une tête d’affiche en total abandon.

Aucun doutes sur les talents de comédienne de Jodie Foster, qui a d’ailleurs reçu la Palme d’or d’honneur cette année. Mais on peut désormais l’ajouter aux réalisatrices de talent. Une réalisatrice aux scénarios étriqués mais cadrés à la manière de ballets, à la fois touchants et personnels.

 

Bande annonce

The Beaver – Fiche technique

  • Titre original : The Beaver
  • Réalisatrice : Jodie Foster
  • Scénario : Kyle Killen
  • Distribution : Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin, Jennifer Lawrence, Cherry Jones
  • Production : Summit Entertainment
  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 91mn
  • Date de sortie : Mai 2011

Mourir Peut Attendre : un Bond (de) géant !

Jamais un Bond n’avait eu jusque-là pareil poids sur les épaules. Car sous couvert de nettoyer l’affront (discutable selon l’auteur de ces lignes) fait par Spectre (2015), Mourir Peut Attendre se devait également de veiller à bien amener la conclusion des aventures de Daniel Craig à l’écran. Une tâche qu’on se le dise ardue mais qui, dans les mains de Cary Fukunaga, s’avère (presque) des plus aisées, tant ce dernier arrive avec un rare sens du panache, à distiller un cocktail explosif d’action et d’émotion, le tout pour un blockbuster affichant, fait rare pour un Bond, une âme.

A bien des égards, Mourir Peut Attendre (on préférera cela dit volontiers son titre anglais – No Time To Die) constituait une anomalie tant dans le paysage hollywoodien qu’à travers son propre héritage. Puisque, à l’heure ou quantité de films ont osé faire le jeu des plateformes pour des résultats plus ou moins heureux, le dernier né des studios EON a osé braver la tempête, quitte à perdre quelques plumes (comprenez dollars) au passage. Et quitte à parler de passage, on pourra également s’étonner de voir la saga, pourtant fermement ancrée dans ses traditions, oser le pari de l’évolution, voire de la révolution. Puisque sous couvert de donner à voir une nouvelle aventure de Craig dans le costume de l’agent le moins secret de sa Majesté, Mourir Peut Attendre était surtout vendu comme une conclusion. Autant dire un anachronisme dans une saga qui brillait jusque-là par sa forme épisodique, reléguant de fait la moindre évolution du personnage aux oubliettes.

Amorcée dès Casino Royale, qui avec les années s’assume de plus en plus comme un véritable palimpseste de la saga tout entière, l’évolution du personnage de Bond est ainsi le moteur de ce Mourir Peut Attendre. Délaissant le flegme habituel de l’espion, la mouture concoctée par Fukunaga entend ainsi se focaliser sur le personnage, sur l’homme qu’est Bond. Une approche à rebours qui aura vite fait de diviser les fans, tant derrière ce choix à la base de tout le film, on en viendrait (presque) selon certains à oublier ce qui compose réellement l’icône.

Une recette pourtant savamment pensée maintenant depuis 59 ans et la sortie de Dr No et qui ici, fait rare, ose être quelque peu bouleversée. Puisque si l’on n’échappe pas aux sempiternelles scènes d’actions (d’ailleurs relativement bien troussées et surtout éclectiques – notamment dans son entame qui mélange poursuite à moto, en voiture, scène de combat à mains nues et gros règlement de comptes balistique –) et aux plans tarabiscotés à grands coups de méchant mégalomane lové dans son repaire high-tech, reste que la saga ose le pari de l’autoréférence, voire même de l’hommage interne. Ainsi, il sera difficile de passer outre cette forme de révérence (presque métatextuelle en somme) que la saga se fait à elle-même quand elle en vient à faire dire à des personnages qu’ils sont « des grands fans de l’agent 007 » ou encore que le parcours du personnage fait écho à l’acteur Daniel Craig qui se sera échiné 15 années durant à donner de la chair à un personnage qu’il aura, n’ayons pas peur de le dire, humanisé mais surtout révolutionné.

Et c’est bien de révolution dont il sera question tout au long des 2h43 de métrage qui, pour le meilleur comme pour le pire, ose. Parfois pour des résultats surprenants voire même très engageants, parfois pour tout le contraire, No Time To Die prend le pari du risque. Et, dans un sens, voir une saga qui après quasi 60 ans d’hégémonie sur une certaine idée de cinéma admet enfin assumer que l’époque a changé, que les mœurs ont changé, c’est à la fois surprenant, mais également diablement rafraîchissant.

Mais au-delà de ce que le film cherche à raconter, puisqu’il y est surtout question d’héritage, de transmission (un running-gag récurrent d’ailleurs), c’est du côté de sa réalisation que la mouture signée Cary Fukunaga gagne à être connue. Puisque après le formalisme très sépulcral et somme toute ancré dans une certaine idée de réalisme apposée par Sam Mendes, le cinéaste américain a à cœur de mêler dans un même élan plaisir régressif et prolongement de la classe initiée par Mendes. Bien aidé par le chef-opérateur de La La Land, Linus Sandgren, Fukunaga accouche ainsi de quantités d’idées pour le moins brillantes, permettant de faire passer relativement bien les 2h40 et quelques du métrage. Que ça soit un gunbarrel légèrement remanié, une entame qui ne dépareillerait pas dans un slasher, ou une fin versant dans l’émotion pure, c’est simple : le film ose bien des choses. Et c’est sans doute dans ce parti-pris que réside finalement tout le clivage voire schisme proposé par le film : certain(e)s apprécieront de voir quelqu’un d’assez audacieux pour changer la recette quand d’autres crieront à la trahison pure et simple de l’esprit de la saga et même du personnage.

Nanti d’une réalisation impeccable et d’un propos sur une certaine idée de conclusion, de transmission, Mourir Peut Attendre parvient à délivrer le gros spectacle attendu tout en donnant une porte de sortie honorable à Daniel Craig qui n’aura clairement pas démérité en 15 ans de service. A bien des égards, l’un des meilleurs opus de la franchise.

Bande-annonce : Mourir Peut Attendre

Mourir Peut Attendre : Fiche Technique

Réalisateur : Cary Fukunaga

Scénariste : Neal Purvis, Robert Wade, Phoebe Waller-Bridge et Cary Fukunaga

Directeur de la photographie : Linus Sandgren

Interprétation : Daniel Craig, Rami Malek, Ralph Fiennes, Ana de Armas, Léa Seydoux, Naomie Harris, Ben Whishaw, Lashanna Lynch, Christoph Waltz, Rory Kinnear, Dali Benssalah, Jeffrey Wright, Billy Magnussen, David Dencik

Montage : Tom Cross

Musique : Hans Zimmer

Producteur : Michael G Wilson et Barbara Brocoli

Budget : 250 millions de dollars

Durée : 163 minutes

Date de sortie : 6 Octobre 2021

Etats-Unis – 2021

Eiffel de Martin Bourboulon: d’amour et d’acier

2.5

Eiffel de Martin Bourboulon est le premier biopic sur le créateur de la tour qui domine tout Paris. A l’aide d’une histoire d’amour inventée en partie, le réalisateur tente de faire une grande fresque romanesque. Derrière un gros budget, il n’y a pourtant pas grand chose dans le film, l’amourette prenant le pas sur l’histoire filmée de la construction de l’œuvre d’acier titanesque. Heureusement les acteurs font le job, Romain Duris en tête, tout en nuances comme les lumières qui l’accompagnent tout le long du film.

Amour toujours 

Eiffel réside sur une promesse de casting : réunir Romain Duris et Emma Mackey (une des stars Netflix dans Sex Education). C’est cette histoire d’amour fictive (malgré ce A pour Adrienne que représenterait la tour Eiffel) qui est le cœur du film. En effet, la construction de la tour Eiffel n’est qu’un prétexte à conter cette histoire d’amour et d’acier. On le sent, et tout sent donc un peu le réchauffé. L’histoire d’amour empêchée n’est en effet pas très originale. Pourtant, celle de la construction de la tour Eiffel n’est pas banale et aurait pu être un beau récit de bataille. Un défi à la gravité, à l’époque. Un pari de grandeur. En effet, alors au sommet de sa carrière, Gustave Eiffel souhaite être désormais au sommet du monde ou du moins de la France.

Des hommes et de l’acier 

Les plus belles scènes du film sont celles où Eiffel/Duris est en train de créer seul dans la pénombre (toutes ces scènes sont dans une belle obscurité presque permanente, les instants de lumière étant rares). Ou encore celles où il est sur le chantier, galvanisant les troupes. Tous à ce moment-là lèvent la tête vers un défi commun. C’est tout de même plus intéressant que le combat de coqs entre Duris et Deladonchamps pour les beaux yeux d’Emma Mackey. Si l’histoire d’amour donne un certain souffle et rythme au film, elle le plombe également par des clichés agaçants. L’impossibilité de sa réalisation, la candeur des débuts, etc…

Sans vibration

Devenus adultes, Adrienne et Gustave pensent pouvoir enfin s’aimer vraiment mais rien n’est aussi simple. Le projet titanesque d’Efifel prend de plus en plus de place. On le voit dès le début dans son dialogue empêché avec sa propre fille. Pourtant, avec Adrienne, il se livre, il se lâche. Romain Duris offre un jeu nuancé à ce personnage au défi fou, qui est prêt à se jeter à l’eau littéralement pour concrétiser ses rêves. Or, si grâce à cela, Gustave Eiffel, le personnage, s’élève, le film, lui se laisse écraser par son ambition, son budget. Tout sent la reconstitution et rien ne vibre vraiment. Dommage.

Eiffel : Bande annonce

Eiffel : Fiche technique

Synopsis : Venant tout juste de terminer sa collaboration sur la Statue de la Liberté, Gustave Eiffel est au sommet de sa carrière. Le gouvernement français veut qu’il crée quelque chose de spectaculaire pour l’Exposition Universelle de 1889 à Paris, mais Eiffel ne s’intéresse qu’au projet de métropolitain. Tout bascule lorsqu’il recroise son amour de jeunesse. Leur relation interdite l’inspire à changer l’horizon de Paris pour toujours.

Réalisation : Martin Bourboulon
Scénario : Caroline Bongrand
Interprètes : Romain Duris, Emma Mackey, Pierre Deladonchamps, Alexandre Steiger, Armande Boulanger, Andranic Manet
Photographie : Matias Boucard
Montage : Virginie Bruant
Producteur : Vanessa Van Zuylen
Sociétés de production :  VVZ Productions, Pathé, M6, Constantin Film Produktion GmbH
Distributeur : Pathé
Date de sortie : 13 octobre 2021
Genre : Biopic
Durée : 109 minutes

France – 2020

Le Geste Suspendu : Arrêt, Retenue, Interruption – Une Phénoménologie de l’Inaccompli et de la Tension Contenue

Le geste suspendu n’est pas un geste inachevé. C’est un mouvement arrêté, retenu, interrompu, une tension qui se fige dans l’image, une énergie contenue qui ne se résout pas. Dans cette suspension, quelque chose vacille : le geste hésite entre apparition et retrait, entre élan et renoncement.

Le geste suspendu n’est jamais simplement un geste inachevé qui trahirait une incapacité à se déployer complètement, une faiblesse technique qui empêcherait son accomplissement total, une défaillance qui laisserait le mouvement incomplet par accident. C’est bien davantage et bien autrement : un geste délibérément arrêté dans son élan avant qu’il n’atteigne sa résolution naturelle, consciemment retenu par une force intérieure ou extérieure qui le maintient en deçà de son accomplissement prévisible, intentionnellement interrompu dans sa trajectoire pour le figer dans un état transitoire qui refuse toute conclusion. Un mouvement qui hésite activement plutôt que de se déployer avec assurance, qui se retient volontairement plutôt que de s’accomplir librement, qui se fige provisoirement dans une posture instable plutôt que de trouver son point d’équilibre définitif. Dans cette suspension constitutive, quelque chose d’essentiel se joue et se révèle : une tension interne qui traverse le corps et le contraint, une énergie potentielle contenue qui pourrait à tout moment se libérer explosivamente, une fragilité fondamentale du mouvement qui expose sa précarité ontologique. Le geste suspendu révèle ainsi ce que le geste pleinement accompli masque nécessairement sous son apparence de maîtrise et de résolution : l’instant critique où tout pourrait encore basculer dans une direction ou une autre, le moment de vulnérabilité maximale où le mouvement n’est pas encore stabilisé, la zone d’incertitude où plusieurs devenirs possibles coexistent virtuellement avant que l’un ne s’actualise définitivement. Cette suspension expose que tout geste, même le plus assuré en apparence, passe nécessairement par des moments d’hésitation, de retenue, d’arrêt provisoire qui sont habituellement dissimulés ou effacés dans la représentation classique du mouvement fluide et continu. Le geste suspendu fait de ces moments transitoires non pas des accidents négligeables mais au contraire des révélateurs essentiels de la vérité instable de tout mouvement corporel.

Le Geste Arrêté : Le Mouvement Figé, la Coupure Nette, le Blocage Instantané

Le geste arrêté est un geste brutalement coupé net dans son développement, interrompu soudainement avant son terme naturel par une force qui le bloque instantanément. Il ne se déploie pas progressivement jusqu’à son accomplissement prévu, il ne se prolonge pas organiquement selon sa logique interne de développement : il s’interrompt brusquement, se fige subitement dans une position qui n’était pas destinée à être une posture finale mais seulement un moment transitoire vers autre chose. Cette coupure radicale crée immédiatement une tension perceptive et psychologique intense : le spectateur ressent viscéralement l’interruption du flux moteur, perçoit le blocage comme une violence faite au mouvement naturel, éprouve physiquement la crispation qui résulte de cette immobilisation forcée. Le mouvement arrêté net devient ainsi un mouvement contraint, empêché, violenté dans son élan vital qui voulait se poursuivre mais se trouve brutalement bloqué. Cette violence de l’arrêt transforme le geste en un nœud de tensions contradictoires : l’élan qui voulait continuer versus la force qui l’a arrêté, la dynamique naturelle du mouvement versus la contrainte qui l’a figé, l’accomplissement visé versus l’interruption subie. Le geste arrêté porte ainsi en lui la trace douloureuse de cette contradiction non résolue, de ce conflit entre forces opposées qui s’affrontent sans parvenir à une issue définitive.

L’Arrêt comme Tension Maximale : Concentration de l’Énergie, Pression Interne, Nœud de Forces

L’arrêt brutal du geste n’est jamais un vide inerte, un néant d’énergie qui résulterait de l’absence de mouvement : c’est au contraire une force extraordinairement concentrée, une intensité maximale condensée en un point fixe. Le geste arrêté concentre toute l’énergie cinétique du mouvement qui était en cours dans la position figée où il s’est immobilisé, transformant cette énergie dynamique en tension statique qui vibre sur place sans pouvoir se libérer. Il devient ainsi littéralement une forme de pression interne qui s’accumule sans possibilité de décharge, un nœud serré de forces contradictoires qui se compriment mutuellement, une condensation explosive d’énergie potentielle qui pourrait à tout moment se libérer violemment si la contrainte venait à céder. Cette tension contenue crée une présence physique paradoxale : le corps immobile rayonne d’une énergie intense qui le fait vibrer intérieurement, la posture figée pulse d’une vie retenue qui menace continuellement de déborder. Dans les photographies d’athlètes saisis en plein effort (sauteurs à l’instant précis du décollage, boxeurs au moment exact de l’impact, gymnastes suspendus au sommet de leur trajectoire), le corps arrêté par l’obturateur concentre toute l’énergie du mouvement dans une posture qui révèle les tensions musculaires extrêmes, les forces en jeu, la puissance contenue dans l’instant figé. Chez Francis Bacon, les figures sont souvent peintes dans des postures impossiblement tendues qui semblent arrêtées au bord de l’effondrement ou de l’explosion : corps tordus dans des positions limites, visages crispés dans des expressions paroxystiques, membres bloqués dans des angles violents. Ces arrêts créent une tension insoutenable qui fait du tableau un champ de forces comprimées prêtes à exploser. L’arrêt comme tension révèle ainsi que l’immobilité apparente peut contenir plus d’énergie, plus d’intensité, plus de puissance que le mouvement fluide et détendu qui disperse cette énergie dans le déploiement continu.

L’Arrêt comme Seuil : Espace d’Attente, Suspension du Devenir, Entre-Deux Temporel

Le geste arrêté ouvre paradoxalement un espace temporel d’attente et d’incertitude où le futur reste indéterminé, où plusieurs devenirs possibles coexistent virtuellement sans qu’aucun ne se soit encore actualisé. Il laisse deviner ce qui aurait pu suivre si le mouvement n’avait pas été interrompu, ce qui a été empêché par l’arrêt, ce qui reste en suspens comme possibilité non réalisée. L’arrêt devient ainsi un seuil instable entre deux possibles ou davantage : le mouvement pourrait reprendre dans la direction initialement prévue, ou il pourrait bifurquer vers une tout autre trajectoire, ou il pourrait s’effondrer complètement en abandonnant toute tentative de poursuite. Cette indétermination transforme le geste arrêté en un moment critique chargé de potentialités multiples qui ne se sont pas encore décidées, en un point de bifurcation où plusieurs chemins s’ouvrent sans qu’on sache lequel sera emprunté, en une suspension temporelle où le devenir reste ouvert plutôt que déterminé. Dans les tableaux de Degas montrant des danseuses en répétition, de nombreux gestes sont saisis dans des moments d’arrêt provisoire : une jambe levée qui va retomber mais ne l’a pas encore fait, un bras tendu qui va se replier mais reste suspendu, un corps penché qui va se redresser mais demeure incliné. Ces arrêts créent une attente perceptive intense : on anticipe la suite du mouvement tout en restant fixé dans le moment présent qui ne se résout pas. Les photographies d’Henri Cartier-Bresson capturent systématiquement des « moments décisifs » qui sont précisément des instants de suspension où tout est encore en suspens : un sauteur au sommet de sa trajectoire avant la retombée, un passant à mi-enjambée au-dessus d’une flaque, une scène de rue au moment exact où plusieurs actions convergent avant de se disperser. L’arrêt comme seuil révèle ainsi que le geste figé n’est jamais totalement clos sur lui-même mais reste au contraire ouvert vers ce qui pourrait advenir, maintient actives des virtualités qui ne se sont pas réalisées mais continuent d’habiter le moment présent comme promesses ou menaces.

Le Geste Retenu : La Force Contenue, l’Énergie Réprimée, la Puissance qui Refuse de se Libérer

Le geste retenu est un geste qui délibérément ne va pas au bout de son élan naturel, qui consciemment se limite en deçà de son accomplissement complet, qui volontairement se contraint à rester incomplet. Il se contracte sur lui-même plutôt que de s’étendre librement dans l’espace, se replie intérieurement plutôt que de se déployer extérieurement, se retient activement plutôt que de se libérer spontanément. Cette retenue n’est jamais une faiblesse qui trahirait une incapacité à aller jusqu’au bout, une timidité qui empêcherait l’expression pleine et entière, une insuffisance de force ou de courage : c’est au contraire une intensité particulière qui résulte précisément de la contrainte volontaire, une puissance qui se manifeste dans la répression même plutôt que dans la libération, une force qui s’affirme en se retenant plutôt qu’en s’épanchant. Le geste retenu révèle ainsi qu’il peut y avoir plus de puissance dans la contention que dans l’expansion, plus d’énergie dans la compression que dans la dispersion, plus d’intensité dans ce qui se refuse que dans ce qui s’accomplit pleinement. Cette économie paradoxale du geste transforme la retenue d’un manque en une plénitude, d’une privation en une richesse, d’une limitation en une intensification.

La Retenue comme Énergie Concentrée : Densité, Pulsation, Réserve de Mouvement

La force consciemment contenue plutôt que libérée produit une densité perceptive et émotionnelle particulière qui distingue radicalement le geste retenu du geste accompli. Le geste retenu vibre intérieurement d’une énergie qui cherche à se libérer mais reste maintenue en deçà du seuil de décharge, pulse rythmiquement comme un cœur qui bat en maintenant la circulation sans jamais exploser, oscille légèrement autour d’une position moyenne sans jamais se fixer définitivement ni se relâcher complètement. Il ne se libère jamais totalement en un mouvement ample et résolu qui épuiserait son énergie dans l’accomplissement, il maintient au contraire cette énergie en réserve, disponible, prête à se déployer à tout moment mais toujours retenue in extremis avant la libération complète. Le geste retenu devient ainsi littéralement une réserve de mouvement potentiel, un stock d’énergie cinétique qui reste virtuellement disponible sans s’actualiser, une puissance en attente qui pourrait à tout moment se manifester mais choisit de rester latente. Cette économie de la retenue crée une présence paradoxalement plus intense que celle du geste accompli : le spectateur ressent physiquement la tension de cette énergie contenue, perçoit viscéralement la vibration de cette force réprimée, éprouve dans son propre corps la pression de cette puissance qui se retient. Dans les sculptures de Rodin (Le Penseur, les Bourgeois de Calais), les corps sont constamment tendus dans des postures qui retiennent la force plutôt qu’elles ne la libèrent : muscles contractés qui ne se détendent jamais complètement, membres fléchis qui maintiennent une tension sans résolution, torses inclinés qui portent un poids invisible. Cette retenue permanente donne aux figures une intensité dramatique qui dépasse largement celle des poses héroïques et déployées de la sculpture classique. Chez Pina Bausch, les danseurs maintiennent souvent des postures contraintes qui retiennent le mouvement plutôt qu’elles ne le libèrent : bras tendus qui tremblent sous l’effort de maintenir la position, corps penchés qui luttent contre la chute sans jamais tomber ni se redresser, gestes amorcés qui s’interrompent avant leur résolution. La retenue comme énergie révèle ainsi que la puissance du geste ne se mesure pas nécessairement à son amplitude ou à sa complétude mais peut-être davantage à son intensité interne, à sa densité concentrée, à sa vibration contenue qui rayonne sans se disperser.

La Retenue comme Hésitation : Entre-Deux Fragile, Oscillation Entre Action et Retrait, Instabilité Constitutive

Le geste retenu hésite fondamentalement et constitutivement entre deux directions opposées qui s’excluent mutuellement : l’action résolue qui irait jusqu’au bout du mouvement amorcé versus le retrait prudent qui renoncerait complètement à poursuivre. Il se situe ainsi dans un entre-deux profondément fragile et instable, un espace intermédiaire où le mouvement n’est ni franchement affirmé dans son déploiement complet ni totalement annulé dans un retour au repos. Cette position d’hésitation n’est pas un état transitoire qui se résoudrait rapidement en décision ferme d’un côté ou de l’autre ; elle est au contraire maintenue durablement comme une condition permanente, une oscillation indécidable qui refuse de trancher entre les alternatives. Cette hésitation constitutive est une forme paradigmatique d’instabilité gestuelle : le geste n’arrive jamais à se stabiliser ni dans l’accomplissement ni dans le renoncement, il oscille perpétuellement entre ces deux pôles sans jamais se fixer dans aucun, il maintient ouverte l’alternative plutôt que de la résoudre par une décision définitive. Dans les peintures de Hammershøi montrant des figures féminines de dos dans des intérieurs silencieux, les corps sont souvent saisis dans des postures d’hésitation : une femme debout devant une porte qu’elle pourrait ouvrir mais n’ouvre pas encore, une silhouette penchée vers une fenêtre sans s’en approcher complètement, une figure immobile qui semble sur le point de se déplacer mais ne bouge pas. Ces hésitations créent une atmosphère de suspension temporelle où rien ne se décide, où tout reste en attente. Chez Edward Hopper, les personnages sont fréquemment montrés dans des moments d’hésitation ou d’attente indéfinie : une femme assise dans une chambre d’hôtel qui ne défait pas ses valises, un homme accoudé à un comptoir qui ne commande pas, des figures isolées qui semblent attendre quelque chose qui ne viendra peut-être jamais. La retenue comme hésitation révèle ainsi que le geste peut demeurer indéfiniment suspendu dans l’indécision, que cette suspension n’est pas nécessairement provisoire mais peut devenir une condition permanente, que l’instabilité de l’hésitation peut être maintenue comme un état plutôt que résolue comme un problème.

Le Geste Interrompu : La Coupure dans le Mouvement, la Rupture de Continuité, la Déviation Forcée

Le geste interrompu est un geste littéralement brisé dans son élan par une intervention qui vient de l’extérieur plutôt que de naître d’une décision intérieure de retenue ou d’arrêt. Une force externe imprévue vient brutalement le couper avant qu’il n’ait pu s’accomplir, le détourner de sa trajectoire initialement prévue, le dévier vers une direction qu’il n’avait pas choisie. L’interruption introduit ainsi une rupture violente dans la continuité attendue du geste, une discontinuité traumatique qui brise le flux moteur, une faille qui divise le mouvement en un avant (ce qui précédait l’interruption) et un après (ce qui suit l’interruption) entre lesquels il n’y a plus de liaison organique. Cette rupture de continuité transforme profondément la nature du geste : celui-ci cesse d’être un mouvement unifié qui se déploierait selon sa logique interne pour devenir un assemblage fragmenté de séquences disjointes qui ne s’enchaînent plus naturellement. Le geste interrompu porte ainsi toujours en lui la marque visible de la violence qui l’a brisé, la cicatrice de la coupure qui l’a fragmenté, la trace du choc qui l’a dévié de son cours.

L’Interruption comme Rupture Violente : Fracture du Mouvement, Discontinuité Traumatique, Choc

La coupure brutale imposée par l’interruption fracture littéralement le mouvement en cours comme on fracture un os ou un objet : elle le brise net en créant une solution de continuité, une béance qui sépare radicalement ce qui précède de ce qui suit. Elle crée une discontinuité perceptive et cinétique majeure qui empêche toute transition fluide, une faille temporelle qui introduit un vide dans la séquence gestuelle, un choc violent qui produit un traumatisme dans le déroulement du mouvement. Le geste interrompu porte indélébilement la marque de cette rupture : on voit, on sent, on perçoit le point exact où la continuité s’est brisée, où le flux s’est interrompu, où la séquence naturelle a été violemment coupée. Cette visibilité de la rupture distingue l’interruption de l’arrêt volontaire ou de la retenue délibérée : là où ceux-ci peuvent sembler naître organiquement du geste lui-même, l’interruption s’impose de l’extérieur comme une violence faite au mouvement qui voulait se poursuivre. Dans les films de Sergei Eisenstein, le montage interrompt systématiquement et violemment les mouvements en cours en coupant brutalement d’un plan à un autre sans raccord de continuité : un bras levé pour frapper est interrompu par une coupe qui saute à un visage terrifié, une foule qui avance est fragmentée en plans disjoints de jambes, de visages, de drapeaux qui ne se raccordent pas fluidement. Ces interruptions créent un rythme saccadé, violent, choquant qui brise toute illusion de continuité naturelle. Chez Francis Bacon encore, les corps sont souvent peints comme interrompus, fragmentés, brisés par des forces invisibles qui les déforment violemment : un visage coupé en deux par une bande noire, un corps tordu comme s’il était saisi par plusieurs forces contradictoires simultanées, des membres qui semblent arrachés plutôt que simplement détachés. L’interruption comme rupture révèle ainsi que le geste n’est jamais totalement protégé contre les interventions externes qui peuvent à tout moment le briser, que sa continuité apparente est toujours précaire et vulnérable, que sa cohérence peut être fracturée par des forces qui lui sont extérieures et qu’il ne maîtrise pas.

L’Interruption comme Ouverture Paradoxale : Déviation Créatrice, Bifurcation Inattendue, Point de Départ Imprévu

Mais paradoxalement et de manière inattendue, l’interruption qui brise violemment la continuité du geste ouvre aussi simultanément un espace pour quelque chose d’autre qui n’aurait pas pu advenir si le mouvement s’était poursuivi selon sa trajectoire initiale prévue. Elle détourne nécessairement le geste de son cours normal et prévisible, le dévie vers des directions qu’il n’aurait jamais explorées spontanément, crée une bifurcation forcée qui ouvre vers des possibilités inattendues. Le geste interrompu devient ainsi paradoxalement un point de départ imprévu pour d’autres développements, un générateur involontaire de nouveautés, un catalyseur de transformations qui n’auraient jamais eu lieu sans cette rupture violente. Cette productivité paradoxale de l’interruption révèle que la rupture n’est pas seulement destructrice mais peut être simultanément créatrice, que la violence de la coupure peut libérer des potentialités qui restaient bloquées dans la continuité, que la discontinuité forcée peut ouvrir vers des configurations impossibles dans la fluidité ininterrompue. Dans l’improvisation musicale (free jazz, musique expérimentale), les interruptions brutales du flux mélodique ou rythmique ne détruisent pas simplement la continuité : elles créent des bifurcations qui ouvrent vers d’autres territoires sonores, des ruptures qui forcent l’invention de nouvelles séquences, des chocs qui génèrent des reconfigurations imprévisibles. De même dans la danse contemporaine (Merce Cunningham, William Forsythe), les interruptions volontaires du mouvement fluide ne sont pas des échecs de continuité mais des stratégies créatrices qui produisent des séquences inattendues, des juxtapositions surprenantes, des logiques gestuelles nouvelles qui n’auraient pas émergé dans le déroulement continu. L’interruption comme ouverture révèle ainsi que la rupture de continuité, aussi violente soit-elle, n’est jamais purement négative mais contient toujours une dimension productive, que la déviation forcée peut être créatrice de nouveauté, que le point de rupture peut devenir un point de départ vers l’inconnu.

La Suspension comme Vérité Profonde du Geste Instable et Vulnérable

Le geste suspendu sous ses trois modalités principales – arrêt brutal qui concentre l’énergie en tension maximale, retenue volontaire qui maintient la force en réserve sans la libérer, interruption externe qui brise violemment la continuité – révèle une vérité fondamentale et généralement occultée sur la fragilité constitutive de tout mouvement corporel. Il montre explicitement et sans fard que le geste n’est jamais totalement assuré de pouvoir s’accomplir pleinement comme prévu, jamais définitivement garanti contre les arrêts, retenues ou interruptions qui peuvent à tout moment le suspendre ou le briser, jamais totalement accompli au sens où il contiendrait toujours des virtualités non réalisées, des directions non explorées, des possibilités réprimées. Arrêt, retenue, interruption : autant de manières différentes mais convergentes pour le geste de vaciller dans son déploiement, de se retenir en deçà de son accomplissement complet, de se briser avant sa résolution naturelle. Dans cette suspension multiforme – qu’elle soit choisie ou subie, provisoire ou permanente, créatrice ou destructrice – le geste trouve paradoxalement sa vérité la plus profonde et la plus instable : celle d’un mouvement qui n’est jamais totalement maître de son propre devenir, qui dépend de conditions internes et externes qu’il ne contrôle pas entièrement, qui peut à tout moment basculer de l’accomplissement vers l’inaccompli, de la résolution vers l’hésitation, de la continuité vers la rupture. Cette vérité instable du geste suspendu révèle finalement que tout mouvement, même le plus fluide et assuré en apparence, passe nécessairement par des moments de suspension, d’arrêt, de retenue, d’interruption qui sont habituellement dissimulés ou effacés dans les représentations idéalisées du geste parfaitement maîtrisé – et que ces moments ne sont pas des accidents regrettables mais au contraire des révélateurs essentiels de ce qu’est authentiquement un geste : non pas un déploiement souverain et continu mais une négociation permanente avec des forces qui le traversent, le contraignent, le suspendent, l’interrompent, faisant de tout mouvement un équilibre précaire constamment menacé de basculer dans l’immobilité forcée ou la rupture violente.

Découvrez « La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise »

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Avec La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise, publié aux éditions Hazan, Anne Sefrioui replace un motif majeur de la culture nippone dans ses représentations les plus illustres.

La formule ne change pas : un livret didactique, replaçant la lune dans la culture japonaise, accompagné d’un ouvrage-accordéon, le tout dans un coffret raffiné des plus engageants. La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise est une célébration attendue, tant l’astre occupe une place prédominante au pays du soleil levant. Ainsi, Anne Sefrioui rappelle que le premier texte de fiction, le Conte du coupeur de bambou, datant du Xe siècle, racontait déjà l’histoire d’une princesse, Kaguya, s’envolant pour la lune malgré les sollicitations pressantes de courtisans fortunés. Aujourd’hui encore, la lune fait l’objet, au Japon, d’attentions particulières, puisqu’une « fête de la contemplation », appelée Tsukimi, lui est dédiée (et se trouve en bonne place parmi les estampes proposées). Des superstitions continuent d’accompagner l’astre lunaire : un enfant né un soir de pleine lune serait promis à une bonne santé, tandis qu’un vocabulaire subtil lui est associé depuis l’époque de Heian (VIIIe-XIIe siècle), allant d’« arc tendu » à « lune indécise » en passant par « lune des regrets » ou « des adieux ». Les représentations de la lune se multiplieront avec la popularisation des estampes. Il n’est dès lors guère étonnant d’en déceler les traces, séminales, dans l’œuvre d’Utagawa Hiroshige, Katsushika Hokusai ou Taiso Yoshitoshi.

Si la lune occupe une place de choix dans la conscience collective nippone, elle n’apparaît au sein des estampes que comme un agrément, ou tout au plus l’élément d’une somme. Utagawa Hiroshige l’a ainsi juxtaposée à des volatiles, dans « Coucou au clair de lune », « Pleine lune et branche de pin » ou encore « Oies sauvages devant la pleine lune ». Ailleurs, elle fut réfléchie dans l’eau (« Reflets de la lune »), établie au-dessus d’un pont (« Pont de Suheiro au clair de lune ») ou encore associée à la vie nocturne (« Vie nocturne du quartier de Saruwaka-machi »). Qu’elle soit placée au centre de l’estampe ou qu’elle apparaisse de manière marginale, comme c’est par exemple le cas chez Kawase Hasui ou Koho Shoda, la lune est intégrée dans un écosystème figuratif pratiquement immuable : la couleur bleue, l’eau, la montagne, la nature (arbres, champs, animaux…). Elle est presque toujours pleine, mais n’attire qu’occasionnellement le regard des protagonistes qu’elle surplombe. En cela, son caractère demeure ambivalent : archi-présente, très connotée, elle reste toutefois ancrée, le plus souvent, dans un rôle décoratif, pour situer un instant, une situation, ou pour magnifier le ou les objet(s) qui l’accompagne(nt). Il n’est d’ailleurs pas rare que ces derniers – branches d’arbre, oiseaux, ponts, édifice, montagne, hautes herbes, lapin, nuages, vagues, etc. – en masquent une partie, comme pour rappeler son caractère à la fois universel et secondaire.

La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise parvient très bien à se saisir d’un motif commun et à le mettre en exergue, à la fois dans sa sélection d’estampes que dans le passionnant texte introductif d’Anne Sefrioui. Régal pour les yeux, l’ouvrage complète une collection déjà bien fournie, qui éclaire d’un jour nouveau ces représentations nippones dont la sophistication ne cesse de se vérifier.

La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise, Anne Sefrioui
Hazan, octobre 2021, 186 pages

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