Le complexe du castor de Jodie Foster : Ca fait un tabac en Suède

Cannes 2011. Jodie Foster présente en hors compétition son troisième long métrage : l’histoire d’un businessman et père de famille totalement dépressif, qui trouve refuge auprès d’une marionnette ventriloque. D’abord présentée comme thérapeutique, cette mascarade parfois fumante va vite se transformer en un véritable état de détresse schizophrénique.

Avec ce film, Jodie Foster s’installe dans un conte familial tragi-comique avec lequel elle prendra un malin plaisir à jouer avec notre perception du bien et du mal. Bien que l’œuvre ait mal été reçue lors de sa sortie, celle-ci est rafraîchissante.

La dépression est difficile à représenter à l’écran, tant par les tabous qui l’enveloppent que par la fragilité de l’information. Pourtant, Foster la rend vivante, au travers d’un Mel Gibson remarquable et touchant. Comme à son habitude, l’acteur trouve son équilibre et livre une pièce vibrante, dans le corps d’un Walter Black asthénique, au fond du gouffre, qui n’a plus aucune essence en lui mais qui, petit à petit, reprendra sa place dans le monde à l’aide d’un bouclier pelucheux.

Désenchantement 

Toutefois, la reconversion est illusoire. D’abord le héros s’amuse, présentant le beaver [« castor » en anglais, ndlr] comme un exercice thérapeutique. Avec lui à son poing, il récupère une place auprès du quatuor des Black et remet à flot son entreprise ô combien délaissée. Mais plus le temps passe et plus Walter s’accommodera de cette trame, au point de donner au castor une totale omniprésence. Celui-ci prendra possession de l’entièreté de son hôte, qui malgré lui rechutera dans la solitude, obligé à devoir choisir entre son tourmenteur et sa vie de famille. C’est là que notre instinct de spectateur, au repos par l’exaltant spectacle de marionnettes, devient subitement inquiet. Inquiet pour notre héros qui se trouve soumis à l’effet placebo de son remède miracle.

Saluons les plans anamorphiques de la réalisatrice, qui rendent le duo totalement indissociable et jouent sans cesse sur la balance du qui contrôle qui. Pour s’échapper de cette prison mentale, Walter devra en venir aux mains avec un castor violent et impitoyable ; jusqu’à ce que la seule solution soit la rupture nette de leur relation. En cela, le père finira manchot mais lucide.

Le regard

Foster dirige astucieusement sa caméra, qu’on peut en amont voir sur Gibson ; il est maître de la situation, il sait ce qu’il fait. Mais plus la maladie devient importante, plus l’axe s’éternise sur la gueule oppressante de la peluche. On comprend alors que l’hôte n’est plus le dominant, que la folie est bien réelle.
Refusant de tomber dans le comique hollywoodien, notre habituée du tapis rouge offre un contenu touchant à cette progression dramatique, armée d’une tête d’affiche en total abandon.

Aucun doutes sur les talents de comédienne de Jodie Foster, qui a d’ailleurs reçu la Palme d’or d’honneur cette année. Mais on peut désormais l’ajouter aux réalisatrices de talent. Une réalisatrice aux scénarios étriqués mais cadrés à la manière de ballets, à la fois touchants et personnels.

 

Bande annonce

The Beaver – Fiche technique

  • Titre original : The Beaver
  • Réalisatrice : Jodie Foster
  • Scénario : Kyle Killen
  • Distribution : Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin, Jennifer Lawrence, Cherry Jones
  • Production : Summit Entertainment
  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 91mn
  • Date de sortie : Mai 2011

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
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