Le style n’est pas un simple look : c’est une manière de faire, une signature visuelle qui impose sa loi sur l’image, une façon de découper le monde, de le colorer, de le rythmer ou de le refuser. Du montage effréné de Baz Luhrmann à la retenue mélancolique de Sofia Coppola, des silhouettes sculpturales Hermès aux provocations punk de Vivienne Westwood, des filtres algorithmiques qui normalisent le regard aux motifs obsessionnels de Kusama ou Warhol, le style traverse le cinéma, les séries, la mode, la peinture, la photographie et le numérique comme une force qui organise la perception, marque l’identité et capture le regard. Dans un univers saturé d’images interchangeables, le style reste ce qui distingue, ce qui obsède, ce qui dure.
Il suffit d’un cadrage qui flotte, d’une coupe qui sculpte le vide, d’un noir qui refuse la lumière, pour que l’image cesse d’être neutre et devienne manière d’être. Le style n’est pas un choix esthétique : il est une position vitale, une façon de couper le monde, de le découper, de le faire sien ou de le refuser. Dans un univers saturé d’images interchangeables, le style est ce qui reste quand tout le reste s’efface : la trace d’un geste, l’empreinte d’une intensité, la signature qui dit « c’est moi qui regarde, c’est moi qui fais ».
Le style n’est pas un ornement ajouté à l’image : il est sa manière d’exister, sa façon de faire, sa posture face au visible. Il traverse le cinéma, les séries, la mode, la peinture, la photographie, les environnements numériques – non comme effet visuel, mais comme geste fondamental : une manière de cadrer, de couper, de colorer, de répéter qui impose une subjectivité, une autorité, une distinction. Deleuze y verrait une manière de faire : le style n’est pas représentation, mais production, une ligne de fuite qui fait advenir du nouveau dans le visible. Barthes y lirait le style comme mythe personnel : une écriture qui naturalise une posture, qui fait passer une singularité pour une évidence. Bourdieu ajouterait que le style est distinction sociale : il marque une position dans le champ, il hiérarchise les goûts, il impose une manière de voir qui dit « je suis ici, je regarde ainsi ». Nietzsche verrait dans le grand style une force vitale : une manière de dire oui à la vie, de transformer la nécessité en beauté, de faire de la répétition une affirmation. Nous ne voyons pas le style ; nous sommes traversés par lui, marqués, capturés par sa façon de découper le monde.
Le style au cinéma : signatures qui dirigent, gestes qui hantent, manières qui enveloppent
Le cinéma fait du style une signature vitale : une façon de cadrer, de monter, de colorer qui impose une subjectivité irréductible. Chez Baz Luhrmann, dans Moulin Rouge! ou Elvis, le style est excès pur : montages saccadés, couleurs saturées jusqu’à la brûlure, musique anachronique qui envahit l’espace – le geste n’est pas narration, il est spectacle total, une manière de faire qui refuse la retenue, qui impose une intensité qui déborde le cadre. Le style devient démesure : il enveloppe le spectateur dans un flux qui ne laisse pas respirer, qui fait de chaque plan une déclaration. Chez Sofia Coppola, le style est douceur distante : pastels délavés, silences prolongés, cadrages flottants qui laissent le sujet suspendu dans un vide élégant – la mélancolie n’est pas dite, elle est stylisée, elle est une manière de regarder qui refuse l’émotion directe pour mieux la faire sentir par absence. Dans Lost in Translation, le style est retenue : il cadre la solitude, il laisse du vide autour des corps, il fait de la distance une signature. Le style cinématographique n’est pas outil ; il est posture : il dirige le regard, il hante le récit, il impose une manière d’être dans l’image qui devient manière d’être pour le spectateur.
Le style dans les séries : identités visuelles qui s’imposent, tonalités qui hantent, manières qui rythment
Les séries font du style une identité visuelle longue durée : il structure l’univers, rythme le temps, impose une tonalité qui envahit le spectateur sur des saisons entières. Dans Peaky Blinders, le style est posture : costumes taillés au scalpel, ralentis qui sculptent le mouvement, musique anachronique qui donne au passé une urgence contemporaine – le style devient attitude, une manière d’habiter le cadre avec une froideur calculée, une violence retenue qui dit le pouvoir masculin et la menace sociale. Dans The Queen’s Gambit, le style est intelligence visuelle : motifs géométriques, couleurs calculées comme des coups d’échecs, mouvements de caméra précis qui suivent la pensée stratégique – le style n’illustre pas ; il pense, il rythme, il impose une manière de voir où chaque plan est un calcul. Dans Euphoria ou Atlanta, le style glisse entre réalisme et hallucination : néons saturés, ruptures de ton, esthétiques qui hantent – le style devient manière de fracturer la réalité, de la rendre incertaine, de la faire vibrer d’intensités contradictoires. Le style sériel n’est pas cohérence ; il est emprise : il s’insinue dans le temps long, il impose une tonalité qui devient seconde peau pour le spectateur.
Le style dans la mode : signatures qui marquent, silhouettes qui imposent, manières qui sculptent
La mode fait du style un langage immédiat et corporel : une silhouette, une coupe, une matière qui impose une identité sans mots. Chez Hermès, le style est héritage et précision : sobriété des lignes, qualité des cuirs, couleurs retenues – il est une manière de faire qui refuse l’ostentation pour mieux affirmer une continuité, une élégance qui traverse les générations. Le style Hermès n’orne pas ; il marque : il impose une posture, une retenue, une distinction qui dit « je n’ai pas besoin de prouver ». Chez Vivienne Westwood, le style est provocation : punk revisité, motifs britanniques dévoyés, coupes exagérées, tartans et chaînes – c’est une manière de faire moqueuse et politique, qui détourne les codes pour les retourner contre eux-mêmes. Le style Westwood n’habille pas ; il attaque : il marque le corps d’une rébellion qui reste visible. Chez Chanel ou Balenciaga, le style devient architecture : tailleur en tweed qui sculpte la silhouette, volumes déconstruits qui redéfinissent le corps – le style est manière de transformer la chair en forme, de faire du vêtement une signature qui possède celui qui le porte. Le style en mode n’est pas surface ; il est geste : il marque, il impose, il sculpte l’identité jusqu’à ce qu’elle devienne indissociable du signe.
Le style dans les arts visuels : gestes qui vibrent, matières qui hantent, manières qui structurent
Dans la peinture et la photographie, le style est geste pur : une manière de poser la couleur, de découper l’espace, de capter la lumière qui devient signature irréductible. Chez Georgia O’Keeffe, le style est organicité : formes végétales agrandies, courbes sensuelles, couleurs vibrantes qui respirent – elle ne représente pas les fleurs ; elle les fait exister comme intensités, comme manières de voir le corps féminin et la nature dans une continuité charnelle. Le style O’Keeffe n’illustre pas ; il vibre : il impose une manière de regarder qui est aussi une manière de sentir. Chez Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat, le style est énergie brute : lignes rapides, motifs urbains, couleurs qui claquent – c’est une manière de faire qui refuse la finition, qui laisse la trace du geste, qui fait du tableau un acte vivant. Le style n’est pas représentation ; il est présence : il marque la toile, il hante le regard, il impose une manière de voir qui refuse le lissage. Dans la photographie contemporaine, le style est position incarnée : cadrages décentrés, lumières qui sculptent, matières qui saignent – le style devient manière de fracturer le réel, de le rendre visible autrement. Le style visuel n’est pas technique ; il est vital : il vibre, il hante, il structure le visible jusqu’à ce qu’il devienne indissociable de la signature.
Le style numérique : filtres qui normalisent, presets qui imposent, manières qui capturent
Dans le numérique, le style est souvent préfabriqué : filtres, presets, algorithmes imposent une manière de voir standardisée. Les filtres TikTok ou Instagram ne sont pas neutres : peau lissée, tons chauds, contrastes renforcés – ils normalisent une esthétique globale, une manière de se présenter qui devient norme collective. Le style devient algorithmique : il impose une posture, un regard, une identité qui se répète à l’infini. Les presets Lightroom ou VSCO créent des manières de voir pré-calculées : teintes désaturées, grains artificiels, courbes de couleurs qui font de chaque photo une variation sur un thème – le style n’est plus geste humain ; il est template, il capture le regard dans une boucle de conformité. Les tendances visuelles (poses identiques, cadrages similaires, couleurs coordonnées) deviennent manières collectives : elles hantent les feeds, elles imposent une esthétique qui dit « voici comment il faut apparaître ». Le style numérique n’est pas libre ; il est capturé : il normalise, il impose, il fait du regard un acte de répétition algorithmique.
Le style comme forme culturelle
Le style n’est pas un ajout esthétique : il est la forme culturelle qui produit du sens, qui impose une manière de faire, de voir, d’exister dans l’image. Il révèle une position, une intensité, une signature qui traverse le visible. Dans un univers saturé d’images anonymes et interchangeables, le style est ce qui reste : la trace d’un geste, l’empreinte d’une subjectivité, la manière qui dit « c’est moi ». Il n’orne pas ; il marque : il organise la perception, il hante la mémoire, il capture le regard jusqu’à ce qu’il devienne indissociable de la signature. Le style n’est pas liberté ; il est nécessité : il est ce qui nous fait reconnaître, ce qui nous fait appartenir, ce qui nous fait être vus – ou ce qui nous fait disparaître si nous refusons de l’adopter.
Tony : L’Enfant des rivières. Le sport est un vivier inépuisable d’émotions fortes. Il implique de la détermination, de la résilience, de l’abnégation et une émulation renforcée dès lors que la compétition se révèle ardue. Triple champion du monde de canoë monoplace, Tony Estanguet a une histoire sportive intimement liée à son histoire familiale. Son père, professeur de sport, a été son premier coach, ses grands frères, ses premiers modèles et rivaux. Enfant, il rêvait déjà d’égaler leurs performances, de naviguer sur les mêmes eaux qu’eux. Il enrageait de ne pouvoir leur emboîter le pas sous prétexte qu’il était encore trop jeune. Ce que l’on comprend à la lecture de ce premier tome intitulé « L’Enfant des rivières », c’est à quel point cette expérience précoce fut formatrice pour lui. Elsa Krim et Fred Campoy nous plongent dans la psyché du sportif, dont les sentiments sont verbalisés à la première personne. De son initiation au kayak à son entraînement au canoë en passant par sa rivalité avec le Slovaque Michal Martikan ou son duel face à son frère Patrice pour obtenir sa qualification aux JO de Sydney, Tony Estanguet se révèle par le menu dans cette première moitié de diptyque, à la fois intimiste et passionnante. Admirateur de Carl Lewis, travailleur acharné (tant sur le plan physique que mental), le céiste français nous est conté sous trois dimensions : la famille, le sport et leur relief psychologique. La 
Les Minions (tome 5 et 6). En 2010, le film d’animation
Estampillage. Benjamin Le Boucher prend le parti du « détournement de fonds ». Il joint à des estampes en noir et blanc des commentaires absurdes, irrévérencieux, souvent inventifs, référencés et hilarants. Comportant une soixantaine de pages détachables, Estampillage emploie les dessins de Juan Cortada, Miguel de Cervantes, Jean de La Fontaine, Jane Austen ou encore Louis Figuier dans une mécanique de l’humour aussi simple qu’efficace : une estampe, une légende, la première mettant en scène des situations historiques ou quotidiennes, graves ou anodines, la seconde procédant à leur détournement sémiologique. « Yves avait toujours voulu être un rideau », précise-t-on ainsi sous l’image d’un pendu. « Julien commençait à se demander s’il ne s’était pas fait avoir en achetant sa vache sur Internet », glisse-t-on sous la représentation d’un homme observant, les bras posés sur les hanches, un cheval. « La première partie de chaises musicales fut catastrophique », annonce-t-on sous un tableau mettant en scène une lutte sociale et/ou politique. Benjamin Le Boucher y ajoute quelques jeux sur la langue française (« Donner c’est donner, repeindre ses volets ») et des allusions à des personnalités/phénomènes culturels célèbres telles que Guillaume Tell, les Pokémon ou Calvin et Hobbes. L’ensemble se lit d’une traite, avec délice, et exploite à foison le contraste entre l’estampe et ce qu’elle représente et la manière dont sa légende en détourne le sens. On en redemande !
Donald et la mission Jupiter !. Luciano Bottaro est une véritable institution en Italie. Disney lui doit notamment plus de 150 histoires, représentant en tout quelque 5000 pages. Les éditions Glénat lui rendent aujourd’hui un bel hommage, en rassemblant pour la première fois dans un même album plusieurs de ses récits. Mené tambour battant, mettant en scène Rébo, Donald, Daisy, Zantaf, Géo, la sorcière Hazel ou encore Dingo, Donald et la mission Jupiter ! vaut tant pour sa tonalité légère et ses gags bon enfant que pour la rondeur et la douceur de ses dessins. Tour à tour, le lecteur aura droit aux agissements sournois d’un chef de guerre de la planète Saturne, au tempérament colérique de Daisy, à Hazel tentant benoîtement de convaincre Dingo que les sorcières existent bel et bien ou encore aux aventures de Picsou dans un étrange vaisseau spatial. Au détour d’une scène ou d’une vignette apparaissent un pêcheur ayant travaillé dans un laboratoire d’astrophysique, des extraterrestres interrompus inopinément… par des coupures publicitaires ou encore Hazel confondue avec une représentante de commerce ou une réalisatrice de films. Choral, coloré et plus astucieux qu’il n’y paraît, Donald et la mission Jupiter ! mêle aventures et humour, sans temps mort ni fausse note. De quoi ravir les plus jeunes lecteurs.
Little Katherine Johnson. Librement inspiré de la vie de Katherine Johnson – née Coleman –, cet album est le quatrième à prendre place dans la remarquable collection des éditions La Boîte à Bulles consacrée à l’enfance de génies ayant marqué l’histoire des idées, des arts et des sciences. Le scénariste et dessinateur William Augel explore trois dimensions pour portraiturer les jeunes années d’une figure importante de la communauté afro-américaine, mathématicienne ayant connu ses heures de gloire à la NASA. Ainsi, à la sphère familiale – ses parents, sa fratrie, sa poule Lucinda – s’ajoutent sa passion pour les mathématiques, qui contamine chaque récit, et son quotidien en Virginie occidentale, région alors encore fortement marquée par le ségrégationnisme. Dans des histoires brèves, d’une à trois planches, teintées d’humour et de curiosité, William Augel montre à quel point la jeune Katherine Johnson était déjà fascinée par les chiffres, qui l’aidaient à objectiver le monde environnant (et même lointain, puisque la lune se voit conviée plus souvent qu’à son tour). On découvre aussi, dans une veine plus amère, les interrogations de la fillette sur la ségrégation, sa couleur de peau, les activités exercées par son père – fermier et homme à tout faire – ou encore les relations entre les Blancs et les Noirs. L’auteur met notamment en scène Katherine et son frère imaginant des extraterrestres venus de la lune asservir les hommes blancs. Ils se demandent alors de quoi les Noirs pourraient se réclamer : « Y a quoi en dessous d’esclave ? » Bien ficelé, mettant à l’honneur les sciences et les mathématiques, Little Katherine Johnson comporte en outre une fiche biographique, des jeux divers et des énigmes faisant suite à plusieurs récits. De quoi occuper utilement les plus jeunes lecteurs.