L’homme aux babioles et l’homme volant

Cet album signé Julien Lambert (scénario, dessin et couleurs) est le premier d’un diptyque original. Il lui a valu une sélection puis le prix du « Fauve Polar SNCF » au Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême 2019. Il faut dire que l’univers décrit sort vraiment de l’ordinaire.

Jacques Peuplier, un colosse, vit en solitaire. Chez lui, il bricole des objets de récupération et il gagne sa vie comme détective. Sa particularité est de dialoguer avec les objets, pas seulement ceux qui occupent son intérieur, mais aussi ceux qu’il voit dans la rue, aussi bien une canette vide qu’une poubelle ou bien un panneau indicateur. D’emblée, la question se pose de déterminer si Jacques soliloque pour compenser son manque de relations humaines. Eh bien non, il s’agit bien de dialogues qu’il entretient avec ces objets qu’il considère comme ses amis.

Un voleur volant

L’atmosphère d’étrangeté vient également d’un personnage qu’on observe voler naturellement dans les airs, entouré d’une nuée de gros insectes aux longues ailes. Un personnage qui ne se contente pas de voler au sens propre, puisqu’il le fait également au sens figuré, en profitant de son sommeil pour enlever une jeune femme : la dénommée Christina Monk. Or, la famille Monk est réputée pour semer la terreur dans le quartier.

Une ville fourmilière

Il faut donc parler de la ville. Non nommée sinon par son surnom de VilleVermine qu’elle porte bien, elle justifie un dessin qui ne masque jamais tout ce qu’elle comporte de moche, entre les objets cassés qu’on trouve un peu partout et une faune urbaine qu’il vaut mieux parfois éviter. Dans cette jungle urbaine, un jeune garçon qui traîne à droite à gauche tombe sur Jacques, qui récupère un poste de radio que le garçon maltraitait, parce qu’un de ces gros insectes aux longues ailes tentait de se cacher à l’intérieur. Le gamin récupère les insectes pour les revendre et il constitue un duo inséparable avec Mauvais-poil, son chat. La petite altercation est observée par un groupe d’autres gamins des rues.

Enquête

Plus tard, Jacques Peuplier est contacté téléphoniquement par une certaine Vanessa qui lui demande de retrouver un collier qu’on lui a volé. Au cours de son enquête, Jacques Peuplier tombe sur les frères Monk, ce qui amène une nouvelle altercation. Mais celle-ci le met en contact avec la famille qui cherche justement quelqu’un pour retrouver Christina. Les deux partis vont devoir oublier leurs différends pour unir leurs forces dans cette recherche…

Une atmosphère particulière

Le cas de Jacques Peuplier sera plus longuement évoqué dans le second album. On le sent néanmoins déjà, le personnage fait partie de la lignée de ceux qui conservent quelque chose de l’enfance, un peu à la manière de Peter Pan, d’où son pouvoir de dialoguer avec les objets. Un pouvoir qu’il perdra lors d’une mésaventure du deuxième album. Le deuxième album apportera également une justification pour le personnage capable de voler et l’explication sera dans le même registre que pour celle de Jacques Peuplier. Le présent album ouvre donc une histoire pour grands enfants qui veulent bien croire au merveilleux, même s’il est situé dans un univers assez glauque (celui des adultes qui ne reculent devant rien pour obtenir ce qu’ils veulent).

Un travail original

Le scénario réserve bien des surprises et si ce premier album amène pas mal d’interrogations, autant dire que la suite permettra de bien mieux comprendre ce qui se passe dans cette VilleVermine, puisqu’un personnage du genre illuminé monte un projet d’envergure dans son coin. Après avoir mis en place un univers bien particulier, avec des personnages originaux aux silhouettes stylisées, Julien Lambert fait avancer son intrigue en apportant suffisamment d’originalité pour qu’on se prenne à regretter qu’il se contente d’un diptyque pourtant relativement conséquent, puisque chaque album dépasse les 90 pages (la bonne nouvelle, c’est qu’un album de type préquel est annoncé pour début 2022). Le dessin surprend également, avec la volonté d’éviter un esthétisme qui ne collerait pas avec le monde dans lequel les personnages évoluent. On regrette quand même quelques détails qui ne dépassent pas le stade de l’esquisse, comme si le dessinateur s’en désintéressait. Plutôt bien choisies, les couleurs contribuent à rendre l’atmosphère générale poisseuse. À noter aussi que Julien Lambert évite intelligemment de rendre l’album inutilement bavard. Pour cela, il fait très justement confiance à tous les détails qui imprègnent l’ensemble. De ce fait, l’album comme le suivant se lit relativement rapidement, sans pour autant laisser l’impression de vite lu vite oublié. En fait, quand on a lu L’homme aux babioles, on attend avec impatience le moment de découvrir la suite. Enfin, le dessinateur se donne les moyens de faire vivre son univers en proposant quelques dessins de grands formats, sans que cela soit jamais gratuit.

L’homme aux babioles (VilleVermine 1), Julien Lambert
Éditions Sarbacane, octobre 2018

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3.5

Festival

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