Accueil Blog Page 221

Cœur errant : raconter la paternité au cinéma

Mon père, ce héros ? Pas toujours, ce rôle souvent central dans le schéma familial traditionnel est perçu au cinéma moins positivement que celui de la mère, auquel de nombreux réalisateurs rendent hommage. Cependant, il n’en reste pas moins que le cinéma a construit des personnages marquants de père au cinéma. Retour à travers quelques films sur la figure paternelle via le regard d’un enfant, à l’occasion de la sortie de Cœur Errant (Leonardo Brzezicki) le 5 avril 2023.

Fusionnels

Dans Cœur errant, entre les orgies, la quête d’amour, la dépression, Santiago se souvient qu’il est père. Cette relation avec sa fille, Laila, est entière, il ne lui épargne rien, tout en cherchant sans relâche à la garder près de lui. Plus il avance dans ses excès, plus il sait qu’elle lui échappe et plus il a besoin d’elle, de leur lien. Laila regarde ce père sombrer et tente de construire sa propre vie, prépare son départ. Elle pardonne aussi beaucoup à celui qui, contrairement à sa mère, ne l’a pas abandonnée. Quelques scènes très simples dessinent cette relation père-fille, entre complicité et déchirement. C’est sur Laila et Santiago que le film va peu à peu se resserrer finalement. Que Santiago laisse partir Laila ou qu’il croise le regard et le sourire d’une enfant, il comprend peu à peu qu’il doit trouver sa place dans le monde et laisser Laila voler de ses propres ailes. Un récit d’amour et de séparation.

Dans Juno, le père de l’héroïne répond à sa fille qui lui parle d’amour, « c’est celui qui trouvera toujours que ta merde sent la rose », avant de répliquer « tu parles de moi, hein ? ». Cette scène scelle l’amour entre un père et sa fille, qui la soutient malgré une grossesse précoce et une adolescence borderline. L’effet est inversé puisque cette fois c’est Juno qui est dans l’excès et son père qui lui vient en aide, la réconforte et la laisse aussi faire ses propres choix. Un père un peu foutraque dont l’humour n’est jamais loin, mais qui reste sécurisant pour sa fille à l’inverse du futur père adoptif du bébé que Juno porte et qui s’avère un peu trop proche de la « mère porteuse ».

En quête d’un père

Parfois, lorsqu’un père découvre que celui qu’il croyait être son fils biologique a en fait été échangé à la naissance, il remet en question tout le lien créé avec l’enfant qu’il a pourtant élevé. Être père ne serait qu’une question d’ADN ? C’est toute la question posée par Tel père, tel fils, qui raconte une  relation parent-enfant, éventrée par un lien du sang qui n’existe plus.  Le réalisateur raconte la naissance d’un père d’abord trop dur :  maladroit, obnubilé par la performance, soulagé qu’un enfant trop doux (« tout s’explique donc ») ne soit pas le sien. Le petit Keita, 6 ans, qui a déjà sur ses épaules les ambitions de son père : 30 minutes d’anglais par jour, de l’indépendance jusque dans son bain qu’il faut prendre seul, le piano auquel il faut jouer tous les jours même sans joie, pour être félicité par un père absent. Absent car il permet, par son travail, à d’autres de partager des moments avec leur famille. Quand ils apprennent que Keita n’est pas leur, la mère ne comprend pas comment il sera possible d’en aimer un autre, sans trahir celui qu’elle aima pendant 6 ans, sans concession, sans besoin de partager son sang. Le père en fait une mission. Dès lors, ses mots sont mal choisis, il fait de cette séparation future une épreuve pour l’enfant. Tel père, tel fils montre comment un homme, par des flashs qui le réveillent, se décide peut-être à quitter l’égoïsme, à laisser de côté son désir de performance, pour aller vers l’étreinte, vers l’amour. Et s’offrir comme père de cœur, pour que deux chemins divergents se rejoignent. Grâce à Keita qui regarde son père, on retiendra que la douceur était précieuse, et que ces petits yeux noirs aimaient et captaient le visage d’un père endormi, qu’il fallait absolument réveiller.

Dans Comme une image, l’écriture de Jaoui et Bacri interroge le besoin vital du regard du père pour Lolita, qui ne se supporte pas et voudrait exister pour son géniteur, un écrivain égocentrique. Talentueuse mais reléguée dans l’ombre d’un père trop célèbre, trop aveugle, trop tranchant comment Lolita peut-elle tenter d’exister ? En se libérant des apparence peut-être. En forçant son père à la regarder. C’est aussi tout ce que demande Olive dans Little Miss Sushine lorsqu’elle demande à sa famille de l’accompagner à un concours de beauté en Californie. Son père n’accepte que si celle-ci lui promet de gagner. C’est alors l’occasion pour elle de réunir sa famille au bord de l’implosion et de recréer un lien avec un père obnubilé par la gagne et aussi… Proust, dont il est « le plus grand spécialiste des États-Unis d’Amérique ».

En construction

Le père de Somewhere est acteur et enchaîne les journées vides, si ce n’est faire des tours de Ferrari, boire des bières affalé dans son canapé ou fumer ses cigarettes au balcon de sa luxueuse chambre. Tout cela à défaut d’avoir une vie sociale et sentimentale heureuse. Quand sa fille débarque, elle ressemble à un poids pour lui, du moins, il ne se passe rien de plus dans sa vie, si ce n’est qu’elle est là et attend quelque chose de lui, ce qui change de son quotidien habituel. Tout est à construire pour eux, il n’est plus question de fuir. Mais alors que transmettre ? Soudain, Johnny décide de bien faire, d’essayer d’être un bon père. Et Sofia Coppola les enferme dans leur bulle, par petites touches elle les raconte et filme aussi la transformation de Johnny en papa qui se souviendra peut-être qu’on est dimanche et que sa fille n’a pas école.

Aftersun raconte des souvenirs d’un été que passent ensemble un père très jeune (que l’on prend pour un frère) et sa fille. Là aussi il est question d’une séparation et d’un père qui apprend à l’être, inconditionnellement, même maladroit. Sophie, la petite fille du film, regarde ces images dix ans après et interroge ce souvenir, sa force, son intérêt quand les images de vacances paraissent banales, vaines. Là encore, ces deux-là doivent trouver un équilibre entre les douleurs de l’un, les désirs de l’autre et la séparation future. Le dernier été ? C’est toute la question de la force de ces images, de ces instants partagés au présent, malgré les failles, les non-dits.  Une relation père-enfant se construit alors sur des souvenirs communs, qu’il faut construire et conserver précieusement comme des talismans pour quand on sera plus grands : « Au départ, c’était l’histoire d’un père et de sa fille en vacances et de comment le père trouvait l’équilibre entre le fait d’être père et jeune homme en même temps. Mais cela a beaucoup évolué. C’est au final devenu une quête des souvenirs, une recherche sur notre implication à chercher des réponses dans le passé qu’on ne trouvera peut-être jamais. » (Propos de Charlotte Wells, tirés du dossier de presse du film.)

Cœur errant : Bande annonce

Kill Bok-soon : élever n’est pas tuer

Après Sans Pitié, sorti dans les salles françaises, c’est cette fois sur Netflix que l’on retrouve Byung Sung-hyun. Avec Kill Bok-soon, il signe un film hybride, entre action et comédie. Un mélange bienvenu, tant le cinéaste réussit à manipuler les genres et nous embarquer aux côtés de sa spectaculaire action-woman, superbement campée par Jeon Do-yeon.

Action au féminin

Depuis quelque temps déjà existe une vague de films d’action mettant les femmes au premier plan. Le continent asiatique est très certainement le plus fier représentant de cette mouvance. Si des grandes figures comme Cynthia Khan ou Michelle Yeoh éblouissaient le cinéma hongkongais des années 80, ce n’est que récemment que la reconnaissance du grand public est venue (preuve en est avec Yeoh, tout juste auréolée d’un Oscar). Cette mise en valeur passe notamment par le streaming. Ainsi, Netflix a produit diverses séries et films asiatiques misant sur une protagoniste. Parmi eux, on peut citer la série coréenne My Name, ou le film vietnamien Furie.

Kill Bok-soon poursuit en quelque sorte cette mouvance de fraîcheur, tout en s’inscrivant dans des carcans bien connus. Sa trame est loin d’être inédite : Gil Bok-soon est tueuse à gages. Malheureusement elle a bien du mal à concilier sa vie professionnelle et sa vie de mère. L’univers du film, composé de syndicats d’assassins aux règles strictes, s’inspire évidemment de la franchise John Wick. Fort heureusement, ce lien de parenté est limité, Byung Sung-hyun se focalisant sur son héroïne qui permet au film de se démarquer. Auréolée d’une palme d’interprétation féminine chez Lee-Chang-dong, Jeon Do-yeon est épatante dans ce rôle à contre-emploi.

La première séquence du film, à l’esprit très pop, nous montre une femme assurée et redoutable, capable de tout pour tuer sa cible. Le film bénéficie d’une très bonne mise en scène, qui met bien en valeur ses élans de violence. L’action est lisible et fluide, notamment grâce à un usage parcimonieux du numérique. Bien qu’artificiels, les plans séquences du film apportent un vrai plaisir cathartique. Au-delà de l’action, le soin apporté à la photographie du film est à noter. Le cinéaste soigne sa mise en scène de bout en bout, avec un travail du cadre élégant.

Entre violence et émotion

Mais Kill Bok-soon est bien loin de se contenter des clichés du genre. Le film existe autrement que par son action jouissive, grâce à la richesse de son histoire. La relation mère-fille prend une grande place au sein du récit. Bien que son action soit dynamique, c’est peut-être cet aspect du film qui est le plus réussi. L’incommunicabilité entre ces deux êtres est bouleversante. On ressent parfaitement ce mécanisme cruel dont aucune d’entre elles n’arrive à s’extirper. Le film se permet même d’évoquer des thématiques LGBTQ+, rarement abordées en Corée. Aux fortes doses d’adrénalines attendues se joignent alors des doses d’émotions plus surprenantes.

Comme souvent dans le cinéma coréen, les genres se confondent et se mélangent. Film d’action mais également drame, on peut en même temps l’affilier à la comédie. Le cinéaste se sert de l’humour pour désamorcer la violence omniprésente. Un humour parfois grinçant, mais qui touche souvent juste et permet au film d’avoir une vraie unicité. La grande séquence d’action du film en est le parfait exemple. La violence des tueurs y est ironisée par la présence d’un vieillard assassin, opportuniste et fourbe.

On pourra toutefois regretter un scénario parfois un peu confus, qui a tendance à étouffer le film. Les enjeux politiques liés aux assassins, bien qu’intéressants, ne représentent pas un réel intérêt dans l’évolution du récit. Le film aurait donc gagner à resserrer son intrigue autour de la relation mère/fille, son cœur dramatique et émotionnel. Cet éparpillement narratif se fait d’autant plus ressentir que le film dépasse largement les deux heures. Cette générosité permet toutefois de développer des personnages secondaires intéressants. On retient notamment Sol Kyung-gu, dans le rôle du boss, intimement lié à Gil Bok-soon.

Malgré ses carences, Kill Bok-soon demeure un divertissement très plaisant. Porté par la fraîcheur de son héroïne et ses combats spectaculaires, le film de Byung Sung-Hyun n’en oublie pas d’être émouvant, porté par la justesse des non-dits d’une mère et sa fille. Même s’il n’a plus besoin de le prouver, le cinéma sud-coréen démontre une nouvelle fois son aisance à varier les genres au sein d’une même œuvre. À la fois drôle, violent et émouvant, Kill Bok-soon confirme les talents de son cinéaste, que l’on espère retrouver rapidement dans les salles françaises.

Kill Bok-soon : Bande-annonce

Kill Bok-soon : Fiche technique

Réalisation et scénario : Byung Sung-hyun
Interprétation : Jeon Do-yeon ( Gil Bok-soon ), Sol Kyung-gu ( Cha Min-kyu ), Esom ( Cha Min-hee ), Kim Si-a ( Gil Jae-yeong )
Photographie : Cho Hyung-rae
Musique : Lee Jin-hee, Kim Hong-jip
Montage : Kim Sang-bum
Genre : Action, Thriller, drame
Société de distribution : Netflix
Durée : 2h17
Pays : Corée du Sud

Kill Bok-soon : élever n’est pas tuer
Note des lecteurs0 Note
3.5

Bonne conduite : drive my karr

Il a fallu peu de temps après la surprise de La Folle Histoire de Max et Léon, puis la confirmation sur Les Vedettes, pour que Jonathan Barré prenne son envol en solo, tel un justicier isolé dans les profondes contrées bretonnes. Au détour d’un film de genre, ce dernier nous dévoile une situation plutôt cocasse, rendant sa Bonne Conduite très singulière, notamment vis-à-vis du duo iconique du Palmashow qu’il laisse cette fois-ci sur la banquette arrière.

Permis de se venger

Celle qui tient le volant, c’est bien entendu Laure Calamy, accompagnée de son premier degré qui n’est plus à démontrer (Seules les bêtes, Antoinette dans les Cévennes, À plein temps, Annie Colère, Dix pour cent). La rage et le caractère bien trempé sont les carburants qui alimentent la machine à tuer de Pauline Cloarec, que la comédienne incarne avec justesse. Nous la connaissons également dans un ton plus léger, plus déjanté et c’est sur cet équilibre que le film repose, laissant tout le champ à ce personnage féminin, qui doit surmonter le deuil de son compagnon, emporté par la furie des routes.

Cagoule sur la tête, les deux mains sur le volant. Plus qu’à bien accrocher sa ceinture pour mettre le pied au plancher. L’ouverture ne manque pas de nous immerger dans une atmosphère viscérale, mais pas trop. Pauline guette chaque infraction et change de visage la nuit, chevauchant fièrement sa Batmobile dans la pénombre bretonne. La formatrice au centre de récupération de points s’autorise ainsi à faire le ménage des moins prudents, dans un souci de prévention routière. Ce point de départ ne signifie pas pour autant que l’on tende vers une sensibilisation face aux incivilités ou aux responsabilités. Ce message a très bien été assimilé et ce serait de mauvais goût de foncer dans ce mur moralisateur.

Jonathan Barré et son co-scénariste Laurent Vayriot ont un projet qui se complexifie du côté du film de gangsters pour cette intrépide de la route. Elle devra ainsi rendre des comptes à un trafiquant de drogue (Tchéky Karyo) et à tout un tas de rencontres inattendues, tout au long de son périple.

La sécurité avant tout

En laissant des traces derrière son passage, il est évident que le dérapage n’est pas loin quand deux flics, un peu gauches sur les bords, collaborent afin d’identifier et de mettre la main sur la serial killeuse. C’est donc au Palmashow que l’on confie cet axe, davantage propice aux gags de répétition et dans l’illustration même des inspirations cinéphiliques du cinéaste. Grégoire Ludig et David Marsais sont pleinement investis dans le duo Giodano-Kervella, sortes d’outsiders lunaires dont on ne remet pas en cause la complicité, fatalement attachante.

C’est donc au détour d’un surprenant hommage aux Oiseaux d’Hitchcock, de Fargo des frères Coen ou encore d’Usual Suspects de Bryan Singer que l’on empiète sur un terrain glissant. Tout cela laisse paraître un manque de consistance pour le récit de la solitaire Pauline. Ce circuit admet tout de même des sorties de route notables, car Jonathan Barré continue de traîner la narration du sketch, où le tempo comique peut avoir du mal à passer. Il a tendance à s’enfermer dans un burlesque qui n’a pas besoin d’être aussi accentué dans le dialogue ou dans la stylisation. Cette dernière manie a de quoi atténuer l’efficacité de son humour, noir et décomplexé.

L’autre virage, plus pertinent, s’adresse à son héroïne, Pauline, qui arrive au bout de piste et qui doit envisager de lever le pied, afin de prendre un nouveau départ. Bonne conduite l’inscrit ainsi dans cette vision sociétale, qui nous pousse à nous responsabiliser. Et Barré nous sert ce propos avec le soupçon d’absurdité nécessaire pour que l’on ne s’ennuie pas avec une approche pédagogique, mais bien humoristique. Cette œuvre, aussi imparfaite soit-elle, nous donne tout de même matière à apprécier sa capacité à foncer jusqu’au sommet de son gag, avant de soudainement rétrograder dans un autre registre. En cela, le pari est gagnant et peut-être aimerait-on voir le cinéaste toucher ces films catastrophes que cite souvent le capitaine Giordano, au lieu de le voir cramer un bitume trop familier.

Bande-annonce : Bonne conduite

Fiche technique : Bonne conduite

Réalisation : Jonathan Barré
Scénario : Jonathan Barré, Laurent Vayriot
Photographie : Sébastien Cros
Musique originale : Charles Ludig
Montage : Delphine Rondeau
Décors : Charlotte Greene Gonnot
Costumes : Anaïs Blanc, Clothilde Veillon
Maquillage : Alice Robert
Son : Delphine Rondeau
Production : Waiting For Cinema
Pays de production : France
Distribution France : Pan Distribution
Durée : 1h35
Genre : Comédie
Date de sortie : 29 mars 2023

Synopsis : Pauline a une méthode bien à elle pour faire de la prévention routière : formatrice dans un centre de récupération de points le jour, elle se transforme en serial killeuse de chauffards la nuit…

Bonne conduite : drive my karr
Note des lecteurs1 Note
3

Apaches : l’ultraviolence à la française

Une bande de rebelles, une héroïne féroce et une vengeance teintée d’affection, le tout dans une époque marquée par les progrès.

A peine sortie de prison, Billie est prête à tout pour venger la mort de son frère, tué par les Apaches ; alors qu’elle recroise leur chemin, elle se surprend à ressentir une toute autre émotion monter en elle.

Une bombe à retardement

Le spectateur comprend vite que tôt ou tard, Billie va craquer. On ressent toute sa haine, voire sa bestialité (à commencer par le doigt qu’elle croque dans la première partie du film). Alice Isaaz s’engage à corps perdu dans son rôle, et son regard, souligné à de nombreuses reprises par des gros plans, traduit son agitation permanente. Elle bouillonne de l’intérieur, sans aucun répit. Au-delà du personnage de Billy, on ressent une tension constante entre tous les personnages, même les amis au sein du gang. Leur lien, quoique tangible, reste fragile. Chacun se sait menacé de tous côtés et chacune de leurs actions est imprévisible.

Et puis il y a Jésus. On reconnaît tout de suite en lui le leader, l’homme charismatique et coureur de jupons. Il est respecté et admiré dans son agressivité ; il incarne la révolte du groupe et vit selon ses émotions et sensations. Billy le ressent, aussi. Leur animalité les rapproche.

L’esthétisation de la violence

Il est difficile de passer à côté des qualités esthétiques du film. L’image est saccadée et virevoltante, poursuivant avec acharnement l’énergie fougueuse des personnages. On retrouve aussi des ralentis, qui apportent encore plus de tension et de poésie aux scènes. Romain Quirot a également placé quelques plans inspirés du cinéma muet, avec des mouvements en accéléré et des personnages silencieux dans leur agitation. Citons notamment la séquence où ces plans issus du muet présentent le gang en train de brutaliser des gens ; la violence prend une tournure comique par les accélérés et le détachement des personnages face à leurs actes.

Aussi, les visages sont mis en avant par des gros-plans, délimités par des fonds flous, même lorsqu’ils sont baignés de sang ou que leur regard transpire la férocité. Le gang maîtrise les espaces ; les membres ne sont pas perdus dans les rues infinies de Paris. Ils connaissent, ils dominent.

Certes, le film manque de tomber dans les stéréotypes à certains moments, notamment par la soif de sang caricaturée de la protagoniste, ou la volonté de révolte et de marginalisation du gang. Ces thèmes ont été repris maintes fois dans le cinéma, notamment avec le célèbre Orange Mécanique de Stanley Kubrick (quoiqu’ils agissent seulement par amusement dans le film de Kubrick). Ici, Romain Quirot reprend des événements historiques réels, avec des convictions politiques fortes et des engagements profonds.

On pourrait terminer ce point en parlant de la question religieuse. La figure de Jésus, notamment, qui utilise le sang plutôt qu’il ne le boit. La symbolique est forte, d’autant plus que le crucifix présent dans l’église du prêtre est brûlée dans toute sa longueur. Dernière lumière qui enflamme ce lieu ecclésiastique. Le rouge est omniprésent dans le film, que ce soit par les lumières ou les vêtements, symbole évident de la haine et du sang. L’apogée de la violence se trouve à la fin du film, qui mêle amour et haine dans une passion éreintée et hors du temps.

Une nouvelle famille

Billie perd un membre de sa famille, mais en retrouve une dans le camp de ses ennemis. Il est tout de même étrange qu’elle ressente si vite de l’affection pour eux, étant donnée qu’elle s’est très longuement préparée à se venger d’eux… On pourrait ressortir la maxime « il faut être au plus près de ses ennemis pour les anéantir », mais le changement est trop brutal et trop peu développé. Nous pourrions supposer qu’ayant manqué d’une famille dans sa jeunesse, elle ne pouvait résister à l’appel de cette bande ; il y a aussi la présence de Jésus, qui la trouble.

D’ailleurs, le film présente quelques pointes d’humour très appréciables, qui crée une connexion entre le gang et les spectateurs. Ces derniers entrent dans l’intimité de leurs modes de vie, de leurs doutes, de leurs peurs, de leurs joies. Ils intègrent Billie à leur société avec un plaisir non dissimulé, et la voilà retombée en enfance, entourée d’une famille.

Apaches est un film rigoureux et audacieux, avec des personnalités fortes et une mise en scène efficace. Malgré quelques facilités, le film tient volontiers la route pour nous emmener plus de cent ans en arrière.

Bande-annonce : Apaches

Fiche technique : Apaches

Réalisation & Scénario : Romain Quirot
Photographie : Jean-Paul Agostini
Musique originale : Yves Gourmeur
Montage : Romain Quirot
Décors : Irène Marinari
Costumes : Nadia Chmilewsky
Maquillage : Sylvie Ferry
Coiffure : Antoine Mancini
Casting : Swan Pham
Son : Christophe Penchenat, Guillaume Bouchateau, Vincent Cosson
Production : Apaches
Pays de production : France
Distribution France : Tandem Films
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie : 29 mars 2023

Synopsis : 1900. De Montmartre à Belleville, Paris est aux mains de gangs ultra violents qui font régner la terreur sur la capitale : les Apaches. Prête à tout pour venger la mort de son frère, une jeune femme intègre un gang. Mais plus elle se rapproche de l’homme qu’elle veut éliminer, plus elle est fascinée par ce dernier.

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Je verrai toujours vos visages » : et le ciel étoilé au dessus de nous !

Dans une œuvre poignante et captivante, Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry porte au grand public avec ferveur et rectitude le dispositif de la Justice Restaurative où détenus et victimes -ne se connaissant pas forcément- vont apprendre à s’écouter, à se comprendre, à prendre conscience et peut-être à changer.

La gageure du film de Jeanne Herry tient dans la valeur conférée tant au dispositif thérapeutique et pédagogique de cette médiation qu’en la valeur accordée à la parole elle-même, élément cinégénique essentiel.

Nous sommes pris dans la montée en tension des histoires qui se déploient tour à tour : récits des victimes de braqueurs, de home jacking, de vol à l’arrachée autant que récits des auteurs d’infractions violentes.

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un braqueur au moment du passage à l’acte ? Quelle est sa peur ? Sa vraie finalité ? Le fric, le « pas-de-choix » d’une vie ou l’avidité de la cruauté ?  Et réciproquement qu’est-ce que c’est être une victime sept ans après les faits, qu’est ce qui fait qu’on s’engage dans un tel processus de justice réparatrice?

Qu’est-ce que ça fait d’avoir toute sa vie brisée par une attaque, un braquage qui a duré dix minutes ?

Les uns et les autres attendent-ils la même chose ? Attendent-ils même quelque chose ?

Je verrai toujours vos visages tente l’impossible : une sorte d’impératif moral et vertueux d’un dialogue entre victimes et détenus et ce mis en scène assez théâtralement dans l’enceinte d’une prison.

Ils s’agit d’abord que chacun puisse dire, accéder à sa propre histoire, la raconter face au groupe (ils sont 6 ici, 3 détenus et 3 victimes) puis que chacun puisse accueillir, répondre, échanger, ressentir. Comprendre, refuser de comprendre peut-être mais toujours dans le but de créer ce magique tissu relationnel que le dispositif conditionne. 

La fascination du film vient de cette justesse à porter la transaction des paroles, à les mettre en scène comme des personnages à part entière. La parole devient feu, acte, remède, sortilège, exorcisme, ou simplement lien fort, primal, exact, direct, lien sans alibi, s’adressant à l’humanité dans l’autre qu’il soit crapule, toxicomane, récidiviste violeur ou violent.

Une autre histoire (celle de la médiation entamée par le personnage d’Adèle Exarchopoulos avec Elodie Bouchez) vient lézarder ou apporter une extériorité plus rugueuse à ce cercle sacré filmé en prison.

Porté par des comédiens habités, dignes, sobres et puissants qu’il faut tous citer Leila Bekhti, Birane Ba, Dali Benssalah, Suliane Brahim, Elodie Bouchez, Adèle Exarchopoulos, Gilles Lelouch, Fred Testot, Denis Podalydes, nous sommes les témoins surtout de ce que jouer ou ne pas jouer signifie.

Il faut voir entendre la première prise de parole de Leila Bekhti. Il faut regarder l’œil de l’actrice devenir fauve, son visage muter et se défigurer vers une espèce de dépersonnalisation pour assister au creuset des grandes mythologies de l’acteur possédé.

Justesse, intégrité, droiture, empathie, sans tomber dans des travers pleurnichards ou faciles, Je verrai toujours vos visages est un film moral admirable en ce qu’il nous porte à admirer cet idéal de justice réconciliatrice et cet horizon de pardon.

Certains trouveront l’exercice trop bien manœuvré et ouvragé, certains reprocheront sans doute l’apprentissage œcuménique, le trait forcé et le jargon de médiation psycho-sociale. C’est oublier la croyance inaltérable de la cinéaste dans la catharsis de la parole: les mots peuvent purifier, les mots peuvent transfigurer la violence  et comme l’écrivait Lévinas : « Les visages nous obligent. Les visages, ceux des autres ici, de tous les autres, sont un commandement moral : Reprends figure humaine, Ré-humanise-toi ! »

Le cinéma éclaire ce que nous ignorions, apporte sa foi dans le réel ou la fiction. Ici Jeanne Herry parie sur les deux : le réel de la justice restaurative à la hauteur de sa mise en fiction. Sa mise en scène à la hauteur d’un idéal de mansuétude et de parole dicible par tous. Pour tous. Le cinéma missionnaire fouette nos consciences, creuse les ignorances, travaille les impuissances, rallie les murs jugés injoignables. « La justice restaurative est un sport de combat » et le cinéma une philosophie de l’espérance.

Bande-annonce : Je verrai toujours vos visages

Fiche Technique : Je verrai toujours vos visages

Réalisation : Jeanne Herry
Scénariste : Jeanne Herry
Avec Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leïla Bekhti, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Elodie Bouchez, Soliane Brahim, Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Fred Testo, Birane Ba, Dali Bensalah
29 mars 2023 en salle / 1h 58min / Drame
Distributeur : StudioCanal

Note des lecteurs1 Note
4

La Poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn : quand résonne l’hallali

C’est à un des grands maîtres américains des années 1960 (et, en partie, des années 1970), souvent oublié, que Sidonis rend hommage à travers cette édition digibook collector d’un de ses chefs-d’œuvre, La Poursuite impitoyable (The Chase). Porté par un casting éblouissant dominé par Marlon Brando, le film fut boudé par le public américain à sa sortie. Pétri de haine, de fureur et d’immoralité, il faut dire que La Poursuite impitoyable tendait un miroir particulièrement peu flatteur à une Amérique troublée et traversée de courants violemment contraires. La modernité et la flamboyance du film ont conservé tout leur éclat et permettent de mesurer la place importante que devrait occuper Arthur Penn dans le panthéon des cinéastes américains. 

Adapté d’une pièce de Horton Foote (à qui l’on doit notamment Du silence et des ombres/To Kill a Mockingbird) par la célèbre auteur Lillian Hellman (blacklistée pour ses sympathies communistes, elle n’avait plus signé de scénario depuis vingt ans), le film se situe au croisement périlleux du drame, de la critique sociale et du western. La tension, palpable dès les premiers instants à travers une ambiance amalgamant mépris, arrogance, cynisme et insultes à peine voilées entre les personnages, s’accroît dans un crescendo irrésistible, jusqu’à éclater dans une longue conclusion où se déchaînent les rancœurs, la haine viscérale et la violence sidérante, dans ce qui ressemble à une cruelle défaite de l’ordre et à la victoire de l’anarchie. La cristallisation de tous les maux se produit au début du film, lors de l’évasion de prison de Bubber Reeves (Robert Redford) avec un complice. En volant une voiture, ce dernier tue son conducteur et s’enfuit en abandonnant Bubber, qui se verra accusé du crime. Dans sa petite ville natale texane de Tarl County, c’est l’effervescence. La rumeur de l’évasion de Bubber se répand comme une traînée de poudre et l’on se demande si l’enfant terrible compte « revenir au bercail ».

Cette interrogation brasse en réalité des sentiments différents selon les citoyens concernés. Elle remue surtout un passé que certains espéraient enfoui. Anna (Jane Fonda) et Jake (James Fox), respectivement l’ex-épouse et le meilleur ami de Bubber, craignent la réaction de ce dernier lorsqu’il apprendra leur liaison. Val Rogers (E.G. Marshall), le père de Jake et magnat local qui semble avoir toute la ville à sa botte, refuse catégoriquement cette liaison, symbole de son influence déclinante sur son fils, une situation insupportable pour cet homme à qui personne ne dit non. L’employé de banque pathétique Edwin (Robert Duvall) craint pour sa vie, lui qui est persuadé avoir influencé le destin de Bubber en le laissant être accusé, jadis, d’un crime mineur dont il était responsable. Son épouse Emily (Janice Rule) le méprise et ne prend plus la peine de cacher son adultère avec son collègue Damon (Richard Bradford). Celui-ci est une petite frappe en col blanc qui, épaulé par deux complices et fort d’un courage éthylique, n’hésitera pas à laisser libre cours à sa rancœur et ses frustrations dans un rôle de vigilante sans foi ni loi. Une seule certitude semble réunir ce joli panier de crabes : la culpabilité de Bubber. C’est elle qui alimente les fantasmes de justicier des uns et la haine et le mépris des autres. Tant de raisons commodes qui justifieront une justice expéditive, le moment voulu. Seul le shérif Calder (Marlon Brando) est persuadé de l’innocence de Bubber, mais il est de plus en plus isolé dans son combat. Le retour de Bubber, d’une part, et une fête alcoolisée d’autre part, jouent le rôle du détonateur. Les barrières sautent désormais les unes après les autres. Calder, le représentant de la loi honni pour son indépendance (et, paradoxalement, critiqué pour une nomination due à l’influence de Val Rogers), est dépassé, étouffé par la meute de chiens ivres de vengeance, de sang et de mort.

L’impact de La Poursuite impitoyable tient surtout à la violence et la crudité avec laquelle il expose soudain, au terme d’une longue mise sous tension de plus en plus irrespirable, la laideur des instincts des habitants d’une petite ville de province. Derrière les apparences respectables de notables sans histoire, se dissimulent en effet des individus qui n’attendent qu’un prétexte pour un exutoire brutal à leurs pulsions. Lorsque ces dernières peuvent enfin éclater, ce sont la violence et les failles de l’Amérique des années 1960 qui se voient soudain éclairées d’une lumière crue : les dérives de la révolution sexuelle (tout le monde couche avec tout le monde, et l’on s’en cache de moins en moins), le racisme, la définition toute personnelle de la justice, la corruption et le népotisme, et l’attrait pour l’anarchie qui affleure constamment sous la surface de la plus grande démocratie du monde. Aujourd’hui encore, on reste sidéré par la violence de la dernière partie du film, du passage à tabac brutal de Calder à l’incendie de la casse automobile (magistrale leçon de mise en scène !), jusqu’au lâche assassinat de Bubber et la mort de Jake malgré les efforts surhumains de Calder, qui ne peut ensuite que quitter définitivement une ville à jamais souillée par le péché. Dès lors, on imagine sans peine l’effet qu’à dû produire cette œuvre sur le public américain des années ’60, dans un contexte de tensions extrêmes avec l’Union soviétique, de guerre du Vietnam, d’assassinats politiques devenus fréquents (les frères Kennedy, Malcolm X, Martin Luther King…), de contestation sociale et de révolution des mœurs. Ce qui explique sans doute en grande partie son échec à sa sortie.

Il faut également souligner le casting exceptionnel dont bénéficie le film. Dans le rôle principal du shérif Calder, Marlon Brando joue une partition déroutante. Refusant longtemps la confrontation, louvoyant, méprisant, insatisfait de son sort, en proie à des conflits de loyauté, il se tient comme extérieur à l’action. La violence extrême dont il fera l’objet le fera enfin endosser le rôle du héros improbable… et finalement vaincu même si son exil est salutaire. Les années 1960 demeurent une période à la fois difficile et passionnante dans la carrière du comédien. Devenu un indésirable et pâtissant d’une réputation détestable après les échecs de La Vengeance aux deux visages (One-Eyes Jacks/1961), sa première réalisation en tant que metteur en scène, et surtout des Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty/1962, Lewis Milestone) qu’il sabota et qui faillit emporter la MGM, Brando accepta dans les années qui suivirent des rôles indignes de son talent. S’il ne renoua avec le succès et le prestige qu’avec Le Parrain en 1972, plusieurs de ses films des années 60 sont excellents et méritent d’être redécouverts, en particulier Le Vilain Américain (The Ugly American/1963), Reflets dans un œil d’or (Reflections in a Golden Eye/1967) et Queimada (1969), auxquels il convient donc d’ajouter cette Poursuite impitoyable dans laquelle il est brillant. A ses côtés, on retrouve la caméléon Robert Duvall, la charmante Angie Dickinson, Jane Fonda ou James Fox, tous excellents, mais également une brochette de seconds rôles particulièrement bien campés. Enfin, dans le rôle de Bubber, Robert Redford signe ici son premier rôle important au cinéma (la même année sortira Propriété interdite (This Property Is Condemned) de Sydney Pollack, les deux films lançant véritablement sa carrière).

Synopsis : Bubber Reeves s’évade de prison avec un complice qui, après avoir volé une voiture et tué son conducteur, l’abandonne. Bubber est alors accusé du crime. Dans sa ville natale du Texas, l’annonce de son évasion et du meurtre déchaîne les haines et les passions, trop longtemps retenues. Anna, sa femme, devenue la maîtresse du fils du magnat local, Val Rogers, se demande comment faire face. L’employé de Rogers, qui a commis le délit dont fut accusé Reeves, craint de voir sa faute éclater au grand jour. Le shérif Calder, quant à lui, sait qu’il va lui falloir protéger le fuyard d’une foule fanatique, qui n’a plus qu’un seul souhait : terminer la fête du samedi soir par un lynchage… 

SUPPLÉMENTS

Nous regrettons amèrement de ne pas avoir reçu de l’éditeur le livret particulièrement fourni qui accompagne cette sortie – et qui justifie le terme de « mediabook » – rédigé par l’auteur et critique de cinéma François Guérif. Nous le regrettons d’autant plus que, dérogeant pour une fois à ses bonnes habitudes, Sidonis n’a cette fois guère été généreux en termes de suppléments vidéo… Nous y retrouvons en effet François Guérif dans un classique exercice de présentation d’un film dont la qualité méritait amplement d’être plus richement garnie. Il n’empêche que le commentaire du spécialiste est, comme souvent, très intéressant. Retraçant brièvement la carrière d’Arthur Penn avant de s’attarder longuement sur la genèse du film ainsi que sur les problèmes survenus après le tournage, Guérif n’est pas avare en anecdotes et autres détails passionnants. Il explique en particulier que la réaction du public américain face à cette œuvre un peu trop « confrontante » est symbolisée par la scène de l’assassinat de Bubber, dont le caractère public rappelait trop celui du président Kennedy, assassiné moins de trois ans plus tôt. On ajoutera que la mise en scène réplique presque à l’identique l’assasinat du meurtrier présumé du président, Lee Harvey Oswald, devant le quartier général de la police de Dallas (dans le film, Bubber est assassiné juste avant de pénétrer le bureau du shérif). Guérif rappelle que Penn lui-même entretenait une relation d’amour-haine vis-à-vis de son film, notamment en raison du fait qu’il avait été écarté de son montage. Le spécialiste loue également la prestation de Brando – qui n’était pas le premier choix pour le rôle –, précisant qu’il s’était « bien comporté » lors du tournage, s’investissant à fond dans son travail et faisant même montre de générosité vis-à-vis de ses partenaires, notamment Jane Fonda qui garda un excellent souvenir de leur collaboration. En conclusion, voici un bien bel objet, quoique les suppléments vidéo auraient pu être plus nombreux… et en dépit du fait que nous ne pouvons pas émettre d’avis concernant l’épais livret. A lui seul, le film justifie néanmoins amplement l’achat !

Suppléments de l’édition mediabook :

  • Présentation par François Guérif
  • Bande-annonce originale
  • Livret par François Guérif

Note concernant le film

5

Note concernant l’édition

4

Un Mensch : pages arrachées au livre de la mort

45ème Festival International du Film Documentaire, du 24 mars au 2 avril 2023. Deux films de Dominique Cabrera sont projetés au Cinéma du Réel, à Paris, entre Beaubourg et le Forum des Images. L’un d’eux, aussi bouleversant que dénué de tout pathos : Un Mensch (2023).

SYNOPSIS du film Un Mensh : Dominique et Didier vivent ensemble. Tandis que la mort rôde, Dominique filme les précieux instants d’un grand amour. 

2017. Dominique Cabrera filme. Elle filme son époux, Didier Motchane (17 septembre 1931, Paris – 29 octobre 2017, Montreuil), littéraire de formation, puis historien, ayant assuré les fonctions de député européen pendant presque dix ans, pour le PSE, de 1979 à 1989. Mais de cela il n’est pas question dans le film.

Le sujet exclusif de ce documentaire de moins d’une heure (43 minutes exactement) est Didier. Didier, la maladie qui le ronge, un cancer de l’œsophage diagnostiqué tardivement, la vie qui l’entoure encore, les entoure encore, lui et Dominique. Elle le mentionnera à deux reprises : auprès de lui et avec lui, dans l’accompagnement de la maladie si intimement vécue, elle se sent « comme sur une île ».

Mais pas question, ici, pour la réalisatrice (Le Lait de la tendresse humaine, 2001, Corniche Kennedy, 2017…), de sortir l’artillerie lourde du cinéma. C’est avec son iPhone, de façon presque improvisée, spontanée, mais avec l’accord de Didier, qu’elle recueille des images de l’homme aimé, en train de s’enliser lentement.

Pourtant, s’il ne peut éviter d’inscrire le patient travail de la mort à l’œuvre, c’est bien plutôt la vie encore là que souhaite capter le regard de Dominique Cabrera. La vie dans les gestes de l’homme aimé, sa façon de tourner les pages de son journal, ses coups d’œil, sa voix, ses mains, son visage. Elle le lui annonce, d’ailleurs : « Je veux retenir la vie… ». Retenir… Mémoriser… Mais aussi garder encore un peu près de soi, pouvoir regarder l’autre à nouveau « tout à l’heure », comme elle le lui déclare un soir à l’hôpital, en le filmant, peu avant de le quitter comme le rythme hospitalier l’exige.

Priorité n’est pas donnée à la maladie, même si celle-ci s’invite, incontournablement, « l’intruse »… – pour reprendre le terme, éponyme de l’une de ses pièces, par lequel Maeterlinck désignait, lui, la mort. Elle n’est pas au centre de tous les échanges au sein du couple, mais peut commander des déplacements, décider des lieux. On accompagne parfois le duo dans l’ambulance qui les conduit à l’hôpital, les ramène à la maison… Ces deux lieux sont filmés, et il est fréquent que Dominique, présente par la voix plus que par l’image, souligne le calme d’un endroit, ou bien y recueille précieusement les manifestations de vie à l’entour : des enfants qui jouent, un chant accompagné à la guitare, des voix amies, une belle journée d’octobre, verte et gazouillante comme un printemps.

Contrastant avec ces tentatives d’échapper au mal rampant, l’image ramène au constat de la progression de ce même mal, sur le visage de Didier, dans son corps, ses gestes, dans une lenteur qui s’installe et dont on sait qu’elle ne cessera de gagner. Jusqu’à l’immobilité. Mais le spectateur est également témoin du déni répété dont ce combat perdu de seconde en seconde fait l’objet : une toux est niée avec acharnement : « Mais non, voyons, je ne tousse pas ! » ; « Tu vas mieux, aujourd’hui ! », commente souvent Dominique… Sans doute, en effet, ne voyons-nous pas les moments de plongée trop désespérante. D’ailleurs la mort, de façon aussi discrète que tragique, ne sera signifiée que par la recherche d’une photo qui, mise sous cadre, pourra rappeler le visage vivant de celui qui, à présent, ne l’est plus. Façon incroyablement élégante de faire comprendre que l’immobilité, la fixité photographique, a maintenant gagné un corps.

Dans son combat de femme, en gardant le plus possible son amour à la maison, dans le cadre où ils ont été heureux, et de cinéaste, en filmant ces moments où la vie s’amenuise, mais où elle est encore là, et où le lien reste solidement et effectivement noué, puis en montant ces images, avec l’aide de Dominique Barbier, Mateo Brossaud et Ariane Prunet, Dominique Cabrera fait profondément œuvre d’humanité, en donnant à voir ce dont la société actuelle, emportée dans son mouvement de jeunisme effréné, se détourne, et en ramenant vers la vie, vers ceux qui l’ont connu mais aussi ceux qui ne l’ont pas connu, un être riche et unique, irremplaçable, et pourtant disparu.

Fiche technique : Un Mensch

Réalisation : Dominique Cabrera
Scénariste : Dominique Cabrera
Montage : Dominique Barbier, Matéo Brossaud, Ariane Prunet
Musique originale : Fabrice Sinard
Mixage : Nathalie Vidal
Production (personne) : Edmée Doroszlaï, Grégory Ghersy, Mathilde Trichet, Tal Weill
Production (structure) : Ad Libitum
Ayant droit : Ad Libitum
Durée : 42 minutes
Séances : Samedi 25 mars, 16h30, Centre Pompidou – Cinéma 1, en présence de Dominique Cabrera.
Vendredi 31 mars, 18h15, Forum des Images – Salle 300.
Date de sortie non définie à ce jour

Note des lecteurs1 Note
4

Cœur errant : portrait d’une dépression amoureuse

Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur Leornado Brzezicki s’attarde sur le portrait d’un amoureux déboussolé. D’un homme qui s’enfonce dans les excès et entraînant ses proches avec lui. Cœur errant est un drame qui arrive à nous faire ressentir la tourmente de son protagoniste, quitte à mettre de côté les personnages secondaires et leur importance.

Synopsis de Cœur Errant : Santiago, un père gay, est à un tournant de sa vie. Sous le choc d’une rupture amère, il est également confronté au départ imminent de sa fille Laila, avec qui il entretient une relation fusionnelle. Cette séparation brutale est le détonateur qui va pousser ce chef cuisinier couronné de succès à déambuler entre anciens amants, chemsex et plans à trois pour essayer de combler son manque affectif…

Bien que nous restons en Amérique du Sud après Un Varón et L’Eden, nous sommes avec Cœur errant dans un cas bien différent. Déjà car il ne s’agit pas d’un premier mais plutôt d’un second long-métrage. Avec à sa tête un réalisateur qui a donc fait ses armes pour ce format, après quelques courts-métrages à son actif. Sans compter que le titre s’éloigne de toute notion de violence pour aborder un thème bien plus intimiste et personnel. Point de banlieues où sévissent jeunes criminels, plongés dans un dangereux et mortel quotidien. Ici, le film de Leonardo Brzezicki préfère s’intéresser à la dépression amoureuse d’un homme et de son combat pour se sortir de cette situation. Une preuve de plus pour ceux qui seraient aveuglés par les clichés, que les œuvres de cette région du globe savent aborder des thématiques ô combien universelles !

Cœur errant est donc le portrait d’un homme perdu. D’un amoureux qui tente de combler son manque affectif en tombant dans bien des excès. Ces derniers se traduisant principalement par un fort abus d’alcool mais surtout par des rencontres sans lendemain. Des excès qui lui donnent l’illusion d’aller bien, alors qu’ils ne font que l’enfoncer dans une tourmente infernale. Une tourmente qui, en plus de le faire souffrir, aura un très lourd impact sur ses proches. Car Cœur Errant, avant de parler de dépression, parle également d’un père aimant ayant une relation fusionnelle avec sa fille. D’un fils toujours présent pour sa mère et qui a peur de devenir la copie conforme d’un paternel douteux. Et enfin, le long-métrage est aussi le récit d’un homme gay qui s’assume pleinement. Qui ne cache en aucun cas son orientation sexuelle, et ce malgré les préjugés d’un père l’ayant renié ou bien d’inconnus dans un bar.

Vous l’aurez compris, Cœur errant est une totale mise à nu d’un personnage. Leornardo Brzezicki, qui semble vouloir expier ses propres démons, nous plonge sans retenue dans la psyché de son personnage. Par le biais d’une mise en scène maîtrisée, le cinéaste parvient à nous retransmettre l’état d’esprit de son héros nommé Santiago. Tout comme lui, le spectateur peut s’extasier devant la beauté des corps qui s’offrent à lui. Ou bien éprouver une joie communicative quand il partage un moment de complicité avec sa fille Laila. Mais outre ces jolis moments, le film nous fait également ressentir les instants de mal être. Notamment quand Santiago se montre pathétique – ivre d’alcool, à débiter des paroles n’ayant aucun sens – ou qu’il doit essuyer les remontrances cinglantes de ses proches. Qui n’hésitent plus, étant également à bout, à vouloir lui ouvrir les yeux sur sa situation en passant par quelques insanités. Et tout comme lui, nous recevons cette vérité à la figure avec beaucoup de puissance. Tel est donc le but de Cœur errant : déboussoler le public autant que son personnage. Le balancer entre plusieurs états d’esprit pour lui faire perdre tout repère et ainsi nous faire vivre l’évolution de Santiago de manière viscérale. À ce constat, l’interprétation de Leonardo Sbaraglia n’y est pas étrangère, tant son incarnation du personnage est d’une incroyable justesse. D’une fragilité qui rend hommage à toute la complexité de son rôle, à l’attachement que nous lui prêtons le temps du visionnage.

Mais à trop s’attarder sur son protagoniste, le film en oublie quelque peu ses personnages secondaires. Certes, ils ont un rôle important à jouer dans l’évolution de Santiago tous sont superbement interprétés – mention spéciale à Miranda de la Serna. Malheureusement, ils ne semblent ne servir que ce dessein scénaristique, sans avoir droit à plus de place dans l’intrigue. Par exemple Luis, qui est la cause de la dépression de Santiago. Si nous comprenons très vite que cette relation amoureuse est à sens unique, la raison est quant à elle brumeuse. Pourquoi l’a-t-il quitté ? Santiago était-il « toxique » bien avant ce début de rupture ? Difficile à dire, tant le script n’explore jamais cette partie de l’histoire. Même chose avec son ex-femme Eloisa : en quoi Santiago refuse-t-il que sa fille veuille voir sa mère alors que la relation entre les deux parents ne semblent par pour autant mauvaise ? Nous pourrions supposer, il est vrai, que la peur pour Santiago de perdre son seul point de repère dans la vie – sa fille – prenne le dessus, mais là encore rien n’est sûr. Voire un chouïa incohérent. Tel est le problème de Cœur errant : à trop mettre ses personnages de côté, le film survole son récit, oubliant de combler certains trous. Certaines lacunes qui font perdre à l’ensemble sa puissance émotionnelle et l’importance même de ses personnages secondaires.

Mis à part ce défaut scénaristique, cela n’enlève en rien le fait que Cœur errant se présente à nous comme un drame passionné. Une œuvre sincère à travers laquelle le cinéaste désire s’exprimer et qui livre ainsi un film pour le moins percutant. Déchirant et, avant toute chose, humain au possible. Certes maladroit sur l’écriture, mais qui reste en mémoire bien après le visionnage. Laissant augurer une carrière prometteuse de la part de Brzezicki, qui peut déjà se vanter d’avoir quelques prix et festivals à son palmarès. Il ne fait aucun doute que sa prochaine réalisation suivra les mêmes traces. Dans tous les cas, nous serons bien évidemment au rendez-vous pour apprécier le talent d’un réalisateur qui mérite toute notre attention.

Cœur Errant – Bande annonce

Cœur Errant – Fiche technique

Titre original : Errante Corazón
Réalisation : Leonardo Brzezicki
Scénario : Leonardo Brzezicki
Interprétation : Leonardo Sbaraglia (Santiago), Miranda de la Serna (Laila), Eva Llorach (Eloísa), Iván González (Federico), Alberto Ajaka (Luis), Tuca Andrada (Silvio), Rodrigo dos Santos (Gilberto), Beatriz Rajland (Isabel)…
Photographie : Pedro Sotero
Décors : Eugenia Lestard
Costumes : Jam Monti
Montage : Marta Velasco
Musique : Nico Casal
Producteurs : Leonardo Brzezicki, Andrés Martin, Rosa Martínez Rivero et Rodrigo Texeira
Maisons de Production : Keplerfilm, Quijote Films, RT Features, Ruda Cine et Vértigo Films
Distribution (France) : Optimale Distribution
Durée : 112 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  05 avril 2023
Argentine, Brésil, Espagne, Pays-Bas, Chili – 2021

Note des lecteurs0 Note
3

Wim Wenders, alchimiste visuel et sonore

Wim Wenders a toujours apporté un soin particulier à ses bandes sonores, la musique suintant littéralement à travers tous les pores de ses films. DJ à ses heures perdues, réalisateur de clips vidéos, marié un temps à l’actrice et chanteuse rock Ronee Blackley, on pourrait ainsi énumérer de nombreux épisodes de sa vie démontrant la relation passionnée qu’il entretient avec la musique.

Ainsi, dès son premier long-métrage, en 1970, il décide de faire la part belle aux chansons qu’il aime. On pourra entendre les Stones, Jimi Hendrix ou Bob Dylan, mais surtout les Kinks, auxquels, en tant que fervent admirateur, il dédie son film. On y trouvera également une chanson emblématique des Lovin’ Spoonful, « Summer in the City » qui deviendra le titre de son film. Jouant sur le contraste entre l’été chaud de la chanson et la journée froide et enneigée que traverse le personnage principal, ce morceau servira surtout de catalyseur à sa narration du voyage et de l’errance, thème qu’il chérit entre tous. (1)

https://www.youtube.com/watch?v=OpYA9NLq5y4

Deux années plus tard, pour son second film, « L’angoisse du gardien de but au moment du penalty« , il fera appel à un pianiste compositeur, Jürgen Knieper, qui deviendra un collaborateur fidèle jusqu’en 1982. Il sera, en effet, présent sur la moitié des dix films qu’il réalisera durant cette période (2)

Entretemps, il aura également collaboré avec des musiciens compositeurs de renom, dont le groupe Can pour les arrangements sur le film « Alice dans les villes » (1974), ou John Barry, qui livrera une musique romantique teintée de jazz, qui convient parfaitement au roman noir que le film « Hammett » (1982) évoque.

C’est donc surtout à travers ses différentes collaborations, que ce soit avec des compositeurs ou des musiciens que l’on appréciera le travail de création qu’il effectue, bien que l’emploi qu’il fait de musiques préexistantes ne soit pas à négliger. La plupart du temps son et image formeront un tout, la musique semblant par moments être le moteur qui fait avancer le film. Il compilera ainsi au fil des années et des films une grande variété de styles musicaux, allant du rock à la musique contemporaine, en passant par la musique cubaine ou encore le blues.

Si les années 70 sont essentiellement marquées par sa collaboration avec Jürgen Knieper, il en sera tout autrement dans les années 80. Alors qu’il rêvait de travailler avec Ry Cooder sur le film « Hammett« , son désir ne se concrétisera qu’avec « Paris, Texas » deux années plus tard. Cette rencontre sera capitale car elle relancera une nouvelle dynamique de composition musicale au sein de ses films.

Une des choses à retenir pour ce film est la méthode de travail qu’il utilisera : après un premier montage, Wim Wenders décide de projeter au guitariste une scène de son film sur un morceau de Blind Willie Johnson. Séduit par le résultat, Ry Cooder s’enfermera en studio avec le pianiste Jim Dickinson et David Lindley, qui jouera du banjo et de la mandoline. Ils composeront ensemble leur musique en visionnant les images du film sur écran géant, tel Miles Davis dans « Ascenseur pour l’échafaud« . La symbiose entre la marche solitaire d’Harry Dean Stanton et le bottleneck de Ry Cooder dans le grand Ouest américain sera mémorable et marquera symboliquement de son sceau toute la beauté du film dès les premières minutes de sa projection.

Directement après le succès de « Paris, Texas« , il lancera une collaboration avec Laurent Petitgand, qui signera avec « Tokyo-Ga » sa première bande originale. Nouvelle association fructueuse puisqu’elle se poursuivra sur un ensemble de huit films jusqu’à ce jour, le dernier en date étant « Le Pape François – Un homme de parole » en 2018.

Mais faisons ici un zoom sur un film datant de 1987 « Les ailes du désir » et attardons nous d’abord sur deux apparitions marquantes du groupe de rock Nick Cave & The Bad Seeds.

De manière astucieuse, Wim Wenders décide d’utiliser le morceau « The Carny » pour illustrer la tristesse de Marion lors de la fermeture du cirque. La chanson symbolise un chagrin qu’on enterre. Les paroles décrivent en effet la disparition d’un artiste de cirque nommé « Carny », ses acolytes trouvant son cheval surnommé « Sorrow » si décharné qu’ils décident de le tuer. Le cheval sera enterré mais pas suffisamment en profondeur  pour disparaître des esprits. La symbiose entre le texte de la chanson et la psychologie du personnage est ici parfaite, une fois de plus.

Une autre chanson « From Her to Eternity« , illustrera quant à elle, un autre sentiment de Marion, qui aspire, à ce moment-là du film, à l’amour. Là encore, on assiste à cette fusion des sentiments.

Aux côtés de Nick Cave, Wim Wenders décidera de réunir pour l’occasion ses deux compositeurs fétiches. Ils illustreront chacun une facette du réalisateur : Laurent Petitgand dévoilant l’univers extraverti du monde du cirque, Jürgen Knieper créant une atmosphère de liturgie, reflet de l’intériorité des personnages.

Ces quelques exemples suffisent à nous faire percevoir à quel point le travail qu’il réalise est minutieux et pertinent.

Durant la décennie qui suivra, il puisera régulièrement dans toutes les possibilité qui se présenteront à lui pour illustrer ses films avec une bande-son de qualité. C’est ainsi qu’il utilisera des chansons d’Elvis Costello, de Depeche Mode, de Bono, ou encore de Neneh Cherry dans « Jusqu’au bout du monde » (1991). Pour la plupart de ses films suivants, il combinera chansons préexistantes et compositions faites spécialement pour ses films. Ainsi, pour « Si loin, si proche » (1993), il mêlera les compositions de Laurent Petitgand à des chansons de Nick Cave, Laurie Anderson, U2 ou Johnny Cash. Pour « Lisbon Story » (1994), il fera la part belle, aux côtés de Jürgen Knieper, à une apparition du groupe portugais Madredeus, qui grâce au film débutera une carrière internationale. En 1995, avec « Par-delà les nuages », ce sera à nouveau Laurent Petitgand, cette fois-ci accompagné de Van Morrison.

Sa collaboration avec Ry Cooder sur « Paris, Texas » avait été tellement étroite, qu’ils poursuivront l’aventure treize années plus tard avec le film « The End of Violence« . C’est ainsi qu’en 1997, le guitariste fera découvrir un club légendaire de musiciens de Cuba, le Buena Vista Social Club et lorsqu’il retournera au printemps suivant à Cuba, ce sera accompagné de Wim Wenders et de son équipe de tournage, qui réalisera dans la foulée son poignant documentaire, signant par la même occasion le renouveau de la musique cubaine sur la scène mondiale.

Dans les années 2000, il poursuivra son fertile périple musical. Signant des documentaires, dont un sur trois bluesmen qu’il affectionne : J.B. Lenoir, Skip James et Blind Willie Johnson (The Soul of a Man), collaborant régulièrement avec des musiciens : T-Bone Burnett sur « Don’t Come Knocking« , Irmin Schmidt du groupe Can pour « Rendez-vous à Palerme » ou encore Thomas Hanreich pour le documentaire 3D sur la chorégraphe Pina Bausch. On pourrait ainsi citer de nombreux exemples d’un emploi judicieux de ces chansons et compositions emblématiques d’une culture alternative. Mais je préfère pour terminer évoquer une scène du film « Alice dans les villes » datant de 1974, où les deux héros se laissent hypnotiser par la chanson « On the Road Again » de Canned Heat sortant d’un juke-box. Exemple parlant où la musique est mise au service d’une émotion, nous donnant une indication psychologique sur les personnages. Mais il y a plus, puisqu’elle ponctue aussi la narration tout en assurant un lien entre plusieurs plans. Cette simple scène symbolise tout cela à la fois et démontre à quel point sa vision de musicophile est perspicace. C’est bien en tant qu’alchimiste sonore et visuel qu’il met la musique au service de ses images et inversement.

(1) Vous pouvez lire, à propos du thème du voyage et de l’errance chez Wim Wenders, l’article « Wim Wenders, le voyage et l’art pour s’approprier le monde » d’Hervé Aubert (LeMagduCiné, 27 avril 2019)
(2) Sa dernière collaboration avec Jürgen Knieper se fera sur le fim « Lisbon Story » en 1994, le compositeur interrompant quelques années plus tard son activité pour de graves problèmes de santé.

Contributeur : pIOtr AAkOUn

Comment jouer au Jeux Aviator

Aviator est un jeu en ligne relativement nouveau de Spribe. Pour commencer à jouer, vous devez vous rendre sur le site Web du bookmaker, aller dans la section « Jeux » et sélectionner le jeu Aviator, qui se trouve sur la deuxième rangée. À ce stade, vous préférerez peut-être à la fois le vrai jeu de paris et sa démo.

Si vous sentez que vous commencez à perdre, il vaut la peine d’augmenter le montant de la mise et de commencer à collecter les gains avec les multiplicateurs minimaux. Par conséquent, vous pourrez récupérer un peu dans Aviator jeux. Vous pouvez également suivre la stratégie de sécurité et encaisser un pari à la fois, et le second un peu plus tard. En jouant avec cette stratégie, vous réduisez vous – même le montant potentiel de vos gains, tout en minimisant les pertes.

L’une des stratégies de travail prêtes pour le jeu Aviator consiste à augmenter le montant de la mise de 2,5 fois après chaque perte, et après avoir gagné, revenir au montant précédent. Selon cette stratégie, il est préférable de retirer le pari d’un coefficient d’environ 1,5. Vous pouvez vous éloigner du plan et tenter votre chance, en espérant un facteur plus favorable, mais il n’est pas recommandé de le faire si vous souhaitez jouer selon la stratégie proposée. Les paris ne doivent pas être très petits, sinon gagner une somme d’argent tangible sera problématique. N’ayez pas peur d’appliquer différentes stratégies et de créer votre propre recette du succès dans le jeu Aviator.

Maintenir la volatilité à un faible niveau

Comme le montrent les statistiques en direct du jeu, l’avion quitte généralement la grille dès qu’il atteint une valeur de Cotes ou de multiplicateurs de 1,10 x à 1,40 X. Pour maintenir une faible volatilité dans le jeu, vous pouvez utiliser l’arrêt automatique pour retirer vos gains immédiatement avant le décollage de l’avion avec votre mise.

Astuces et stratégies du jeu Aviator

Il existe de nombreuses stratégies et astuces différentes que vous pouvez utiliser pour améliorer vos chances de gagner chez Aviator. L’une des choses les plus importantes à retenir est que chaque pari est complètement indépendant du précédent, il n’y a donc aucun moyen de prédire quand un certain multiplicateur apparaîtra. Cependant, il y a quelques choses que vous pouvez faire pour améliorer vos chances globales de gagner.

Par exemple, c’est toujours une bonne idée de gérer activement votre bankroll et de ne miser qu’un montant avec lequel vous êtes à l’aise. Cela vous aidera à ne jamais risquer plus que ce que vous pouvez vous permettre de perdre et à continuer à jouer plus longtemps sans vous sentir sous pression ou stressé. Vous devez également vous assurer d’apprendre les règles du jeu AviatorS pride et de comprendre les différents paiements et stratégies.

Offre de bonus Aviator

Vous serez heureux de savoir que le bookmaker offre un bonus allant jusqu’à 200% sur le premier dépôt et que le dépôt minimum est de 100 EUR. Il n’est pas nécessaire de vérifier le paiement, qui commence à 100 EUR et prend entre 1 et 20 minutes. Les bonus varient en fonction du croupier. Ils commencent à environ 200 EUR lorsque vous effectuez votre premier investissement sur le site officiel

Pourquoi Devriez-Vous Essayer Aviator?

Il y a plusieurs raisons de répondre à cette question:

  • Aviator est une nouvelle vague de jeux en ligne qui offre des chances illimitées de gagner;
  • Les règles du jeu sont très simples et claires pour que vous puissiez commencer à gagner de l’argent rapidement;

Comme le montrent les statistiques, Aviator est le jeu le plus rentable pour les utilisateurs. Vous pouvez choisir vous-même de telles tactiques afin de réaliser constamment des bénéfices.

Cependant, rappelez-vous certaines règles importantes lorsque vous pariez :

    • Ne jouez que lorsque vous êtes sobre;
    • Prendre des pauses;
    • Jouez uniquement avec l’argent que vous ne craignez pas de perdre.

En suivant ces règles, vous pouvez profiter pleinement du jeu et obtenir des émotions vives.

Conclusion de Aviator

En résumé, nous pouvons conclure que le jeu Aviator du casino pendant près de 3 ans d’existence a pu attirer l’attention et la popularité d’un grand nombre de joueurs du monde entier. Et il y a plusieurs raisons à cela :

    • L’inscription est simple et rapide;
    • Les règles du jeu sont très simples et équitables;
    • Les gains possibles sont illimités;
    • Une application mobile pratique a été développée.
    • Les animations du jeu sont belles et fluides.

Aviator est le premier jeu où la chance est toujours de votre côté. Inscrivez – vous, déposez des fonds sur votre compte et commencez à gagner en jouant à Aviator.

Guest post

 

Le bleu du caftan de Maryam Touzani : l’émotion à fleur de peau

Le Bleu du Caftan de Maryam Touzani est un très beau film marocain qui parle avec délicatesse de sujets durs, en utilisant la douceur dans la forme, avec une cinématographie lumineuse et feutrée, et des personnages tout en intériorité …

Synopsis du Bleu du Caftan :  Halim est marié depuis longtemps à Mina, avec qui il tient un magasin traditionnel de caftans dans la médina de Salé, au Maroc. Le couple vit depuis toujours avec le secret d’Halim, son homosexualité qu’il a appris à taire. La maladie de Mina et l’arrivée d’un jeune apprenti vont bouleverser cet équilibre. Unis dans leur amour, chacun va aider l’autre à affronter ses peurs.

 Happy Together

Ce deuxième film de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani est un petit bijou, à l’image de la matière textile délicate et soyeuse que les personnages traitent tout au long du métrage. Le Bleu du Caftan s’ouvre sur une main qui caresse un tissu bleu, ce tissu bleu  qui sera, si on ose dire, le fil rouge du film. Dès cette première scène, tous les éléments sont en place. La musique, la photo, la lumière, l’amorce de sensualité et de sensorialité au travers de cette caresse, tout concourt à façonner un film tout en délicatesse.

Mina (Excellente Lubna Azabal) vend des tissus que les femmes de sa médina et d’ailleurs s’arrachent pour leurs caftans. Plus que ça, son mari Halim (Saleh Bakri) est un maleem, un maître artisan, spécialisé dans la confection desdits caftans dans les règles de l’art, et dont le gros du métier consiste à les broder très patiemment à la main. La minutie et la douceur de Halim ne sont pas sans rappeler celles du personnage de Daniel Day Lewis dans the Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, lorsqu’il est face à ses robes. Mais l’analogie s’arrête là, car autant le personnage de l’acteur anglais navigue en capitaine dans un océan de toxicité permanente, autant Halim est d’une douceur ineffable et constante, qu’on devine cependant torturée, tant la gravité s’imprime sur son visage. Halim est homosexuel dans un pays où c’est un crime pénal de le manifester, et il fait tout pour le cacher.

Sous le poids des commandes et des exigences de la clientèle, l’occasion d’épingler au passage ces femmes de caciques d’un pouvoir corrompu, le couple engage un apprenti, Youssef (Ayoub Missioui), un beau jeune homme qui attire immédiatement Halim, et réciproquement, sans que le maleem ne se laisse aller à succomber à son désir, figé dans une résistance douloureuse. Nous sommes au Maroc, et le mot homosexualité n’est jamais prononcé dans le film, même si la cinéaste n’a pas peur de la révéler dans de magnifiques scènes vaporeuses d’un hammam qui sert à la fois de lieu social et de backrooms secrets pour tous les homosexuels qui sont au placard au sens propre comme au figuré.

Le film raconte avec beaucoup de justesse et de finesse l’évolution de cette relation à trois, puisque Mina n’est dupe de rien. Maryam Touzani montre par toutes petites touches l’évolution des sentiments de chacun. On apprend très vite au début du film que Mina est atteinte d’une maladie grave, et sa relation avec les deux hommes est sous-tendue par cela, pour s’installer petit à petit dans un tacite passage de flambeau, émouvant mais non dénué d’humour.

La force majeure du Bleu du Caftan est le travail dans la symbolique et la métaphore qui ne sont jamais appuyées pour dire l’indicible, tout en n’hésitant pas à montrer ce qui peut être montré, voire revendiqué. Sont montrées par exemple ces scènes où Mina demande à Halim d’aller au café, lieu entre tous interdit aux femmes, où elle fume, boit, et crie bruyamment « but » face au match de foot projeté. Ou encore cette très belle scène où Mina, encore elle, initie une relation sexuelle avec son mari, où le désir, l’angoisse, et une sorte d’urgence absolue se mêlent magnifiquement dans ses gestes. Côté métaphore, c’est la relation entre Youssef et Halim qui en regorge ; mais par-dessus tout, ce caftan bleu en devenir est le symbole d’un temps qui passe inexorablement, et dont l’écoulement est au diapason du récit.

Le Bleu du Caftan est un film lumineux, sensible et très beau, qui dénonce les non-dits de la société marocaine en s’appuyant sur un récit d’amour empreint de douceur et de respect, mitonné aux petits oignons par Maryam Touzani et son compagnon Nabil Ayouch, un réalisateur autrement plus musclé, à l’instar de son beau et récent Much Loved. Le film a représenté le Maroc aux Oscars, ce qui représente, selon la réalisatrice, une avancée face au sujet sensible de l’homosexualité .

Le bleu du Caftan – Bande annonce

Le bleu du Caftan – Fiche technique

Titre original : ‘azraq alquftan
Réalisateur : Maryam Touzani
Scénario : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Interprétation : Lubna Azabal (Mina), Saleh Bakri (Halim), Ayoub Missioui (Youssef)
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Nicolas Rumpl
Musique : Kristian Eidnes Andersen
Producteurs : Nabil Ayouch, Co-producteurs : Amine Benjelloun, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Katrin Pors, Sebastian Schelenz
Maisons de Production : Ali n’ Productions,Velvet Films, Snowglobe Films
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution
Durée : 122 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 22 Mars 2023
France. Maroc. Belgique. Danemark – 2022

Note des lecteurs1 Note
4

Sur les chemins noirs : une épopée existentielle au travers de la nature et des mots

Film à la fois actif et contemplatif, Sur les chemins noirs témoigne de la beauté des paysages français, servis par la quête personnelle d’un homme prêt à tout pour ne pas sombrer dans la désolation.

Pierre, joué par Jean Dujardin, utilise le malheur de son accident pour le transformer en bonheur pur, au plus près du monde naturel.

L’appel de la nature

Après une terrible chute, Pierre, écrivain de renom, tombe dans le coma. A son réveil, il décide de renouer avec ce qui le fait vibrer, en plus de l’écriture : la marche. La marche qui renoue l’être humain à la nature et qui est semée d’embûches, car la nature a le droit de reprendre son pouvoir. Constamment transformée par l’être humain, elle regagne cependant de sa vigueur dans les récifs montagneux. Pierre épouse ses formes, sans jamais la heurter. Elle lui permet de se recentrer sur lui-même, lui qui avait l’habitude de se laisser aller aux excès de la célébrité. On ne peut pas mentir avec la nature : elle nous permet de reprendre avec force notre identité et de se retrouver, en quelque sorte. Pierre écoute le son des pierres qui s’entrechoquent, du vent qui heurte les falaises et surtout, le silence paisible des montagnes. Elle est une source d’inspiration pour lui : elle l’aide à mettre des mots sur ses pensées.

La foi en la vie 

Pierre ne se laisse pas aller : il lutte avec effort contre la faiblesse de son corps, et le mental prend le dessus. Il veut la faire, sa traversée, quoi qu’il en coûte. Le film nous pousse à nous surpasser, à surmonter les obstacles qui font partie intégrante de l’existence. Malgré les réticences de son entourage, il y va, et cet acharnement lui coûtera quelques blessures. Néanmoins, la force de sa volonté le porte, et lui ouvre les portes de sa propre existence. Ce qu’il cherche, c’est la liberté, chose qu’il ne trouve qu’en communion avec la nature.

Des rencontres éphémères

Durant tout le film, Pierre rencontre des personnes que l’on ne voit qu’une seule fois à l’écran. Chaque rencontre est une séquence hors du temps, imprégnée de douceur et d’humanité. Aux côtés de ces inconnus, il découvre d’autres modes de vie, d’autres manières de percevoir le quotidien. Loin de tout éclair citadin, ces personnes vivent en harmonie avec la nature : elles l’embrassent sans la fragiliser. Il rencontre toutes sortes de personnes et apprend de chacune d’elle, au-delà de la solitude qui l’accompagne dans les hauteurs. Même lorsque ses connaissances le rejoignent dans sa marche, on ressent en tant que spectateur tout l’amour et la bienveillance qui ressort de leur relation.

Une histoire à contre-courant

La construction en flash-back du film est extrêmement intéressante : au lieu de commencer par l’accident pour ensuite relater la traversée, il y a des va-et-vient permanents entre son présent et son passé, avant son accident. Il y a ainsi une interdépendance entre sa vie précédente et sa vie courante, comme pour montrer qu’il n’aurait pas pu parcourir la France sans son accident. Chaque événement a une conséquence, et Pierre a choisi de rebondir sur son malheur. Malgré les difficultés, son accident lui a permis de réaliser son objectif et d’accéder à la liberté. Le spectateur comprend petit-à-petit la vie passée de Pierre, et ressent de plus en plus sa rage de vivre.

Une image à fleur de peau

La caméra épaule est très présente dans la première moitié du film et se calme dans la seconde, comme si les troubles et les tourments de Pierre s’estompaient au fur et à mesure de sa marche pourtant difficile. D’ailleurs, cette caméra tremblante contraste avec la stabilité des montagnes, comme si leur simple présence permettait d’apaiser les doutes. Aussi, les gros plans sont nombreux, focalisés sur le visage mutilé de Pierre. Les gros plans soulignent son regard et le tremblement de ses lèvres, autant que son appartenance à la nature, par la seule présence de son corps. Jean Dujardin est épatant de sensibilité et de sincérité ; j’avais presque l’impression de voir l’acteur arpentant les hauteurs à la place du personnage.

Alors que les décors sont réfléchis et mis en scène dans les séquences à la ville, les plans larges des montagnes, les contre-plongées et les vues de haut se suffisent à eux-mêmes pour montrer la beauté du décor, c’est-à-dire de la nature. Ces plans, opposés aux gros plans que nous venons de mentionner, témoignent de la petitesse humaine, trace minuscule dans les pas géant de la montagne.

La poésie des mots

A l’origine, le roman de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs fait partie de ces histoires qu’il faut absolument présenter sur grand écran, tant le récit se met au service de l’image. Entre quelques observations naturelles et réflexions sur la nature humaine, la voix-off de Jean Dujardin relatant les mots de Sylvain Tesson sonne comme une douce mélodie empreinte de poésie. D’ailleurs, Pierre est le double de Sylvain Tesson, qui a réellement vécu l’accident. Réalité et fiction se mêlent pour ne faire qu’un. Mise en abîme assumée, Sylvain Tesson lui-même a utilisé son accident à des fins créatrices.

Enfin, les mots utilisés par l’auteur relient le corps et l’esprit ; corps soumis aux blessures et esprit enflammé de liberté. On pourrait dire que c’est ça, Sur les chemins noirs : la lutte entre le corps et l’esprit, dont l’issue n’est possible que par la force de la volonté.

Bande annonce : Sur les chemins noirs

Fiche technique :  Sur les chemins noirs

  • Titre de travail : Les Chemins de Pierre
  • Réalisation : Denis Imbert
  • Scénario : Denis Imbert et Diastème, d’après le récit Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
  • Costumes : Marie Credou
  • Photographie : Magali Silvestre de Sacy
  • Son : Nicolas Bouvet-Levrard, Florent Denizot et Damien Luquet
  • Montage : Basile Belkhiri
  • Production : Clément Miserez et Matthieu Warter
  • Production déléguée : David Giordano
  • Sociétés de production : Radar Films ; Apollo Films, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, JD Prod, Echo Studio, France 3 Cinéma et TF1 Studio (coproductions)
  • Société de distribution : Apollo Films / TF1 Studio
Note des lecteurs4 Notes
4.5