Dix pour cent : critique de la saison 1

Jeux de l’amour et du hasard 

La relation entre un agent de cinéma et un acteur semble être une épreuve d’équilibriste, une subtile alchimie entre les demandes des uns (les acteurs donc) et des autres (les réalisateurs). Souvent basés sur des conflits ou des crises de nerfs, les épisodes de Dix pour cent (c’est la somme que prélèvent les agents sur les contrats signés avec les acteurs) sont focalisés sur le versant « intime » du métier d’acteur et du monde du cinéma. Au fil des épisodes, dont deux sont réalisés par Cédric Klapisch, différentes stars se révèlent par l’autodérision. Le spectateur découvre ainsi naïvement les coulisses du cinéma à travers les yeux de Camille, qui débarque dans la vie de son père et dans l’agence dans laquelle il travaille. On croisera tour à tour Cécile de France en plein questionnement sur son âge, Françoise Fabian et Line Renaud se faire la guerre, Laura Smet et Nathalie Baye jouer la mère et la fille rivales pour mieux se retrouver, Audrey Fleurot perdre lentement son « sex appeal » dans son nouveau rôle de mère à plein temps ou encore JoeyStarr et Julie Gayet faire l’amour et la guerre en moins de 52 minutes pour enfin apprendre à nager à François Berléand. Le concept était donc plutôt alléchant, mais s’essouffle sur la durée tant les épisodes sont plutôt inégaux. Certains nous exaspèrent, d’autres nous font rire, ça n’est jamais constant. D’autant plus que les intrigues parallèles, celles des agents, restent assez clichées et plutôt inintéressantes. On y apprend donc sans surprise (et avec agacement tant c’est exagéré) que les gays ont des manières alors que les lesbiennes sont des chiennes de gardes énervées (et énervantes). Quant aux riches, ils se trompent et divorcent presque pour un rien. On peut même tomber amoureux de la standardiste sans crier gare. Bref, rien de toujours bien palpitant. Tout tourne autour de cette agence, ASK, dont le patron meurt dans des circonstances floues et un rien grotesques, laissant son sort aux mains d’une femme jalouse. Un contrôle fiscal, des intrigues amoureuses, sont autant de fils conducteurs qui permettent de relier les six épisodes de cette première saison entre eux. Il est finalement assez peu question de cinéma dans cette série qui prétend pourtant y être consacré, car on reste beaucoup trop en surface. Ainsi, quelques dialogues pensent nous révéler des secrets insondables de ses coulisses (comme les fameuses fiches Wikipedia qu’on trafique ou encore les notes Allociné), mais tout ça semble un peu ridicule car finalement tout le monde le sait. Derrière les paillettes, il y a souvent beaucoup d’imbroglios à démêler. Et c’est ça le métier d’agent : s’endormir à pas d’heure, mettre sa vie de côté, chouchouter des stars. Bref, le monde du cinéma est un monde de requins, mais pas bien méchants au final semble nous dire la série. Dommage que chaque personnage semble plus ou moins rester figé dans sa condition première, sans perspective d’évolution…

Le bal des acteurs et actrices

Côté réalisation, le format de 52 minutes semble un peu long, résultat on passe beaucoup de temps à filmer des personnages qui marchent dans la rue sans que la situation n’évolue vraiment beaucoup. D’autant plus que les stars qui prétendent s’y révéler ne nous surprennent finalement pas plus que ça car elles jouent simplement avec l’image que nous avons déjà d’elles sans aller au-delà. On regrette alors beaucoup du piquant qu’avaient les actrices filmées par Maïwenn dans Le Bal des actrices. Elles tombaient vraiment le masque et, même ridicules, parvenaient à nous faire rire autant qu’à nous émouvoir. Ici, c’est la superficialité qui domine tant la présence des guests semble se suffire à elle-même pour les réalisateurs. Le petit plaisir, c’est donc avant tout les dialogues plus que les situations. Ce sont eux qui parviennent à nous décrocher quelques sourires voire parfois un rire. En relançant dans son dernier épisode une mécanique de groupe qui s’était délitée pendant toute la saison, Dix pour cent semble suggérer qu’elle aura une suite (une saison deux est bien prévue). Dépendante certainement de l’image que voudront bien livrer d’elles ces stars qui nous fascinent

Synopsis : Quatre agents de comédiens, aux personnalités hautes en couleur et aux vies personnelles compliquées, se battent au quotidien pour trouver les meilleurs rôles pour leurs prestigieux clients. Quand Camille, la fille illégitime de l’un d’entre eux, débarque à Paris pour chercher un boulot, cette dernière est alors plongée dans le quotidien mouvementé de l’agence et nous fait découvrir à travers son regard naïf les dessous de la célébrité…

Fiche technique – Dix pour cent

Création : Fanny Herrero
Sur une idée originale de : Dominique Besnehard
Réalisation : Antoine Garceau, Cédric Klaspisch, Lola Doillon
Distribution : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rover, Fanny Sidney, Stéfi Celma, Nicolas Maury
Directeur artistique : Cédric Klaspisch
Société de production : Mon voisin Productions, Mother Production
Durée des épisodes : 52 minutes
Saison : 1 (renouvelée)

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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