Kill Bok-soon : élever n’est pas tuer

Après Sans Pitié, sorti dans les salles françaises, c’est cette fois sur Netflix que l’on retrouve Byung Sung-hyun. Avec Kill Bok-soon, il signe un film hybride, entre action et comédie. Un mélange bienvenu, tant le cinéaste réussit à manipuler les genres et nous embarquer aux côtés de sa spectaculaire action-woman, superbement campée par Jeon Do-yeon.

Action au féminin

Depuis quelque temps déjà existe une vague de films d’action mettant les femmes au premier plan. Le continent asiatique est très certainement le plus fier représentant de cette mouvance. Si des grandes figures comme Cynthia Khan ou Michelle Yeoh éblouissaient le cinéma hongkongais des années 80, ce n’est que récemment que la reconnaissance du grand public est venue (preuve en est avec Yeoh, tout juste auréolée d’un Oscar). Cette mise en valeur passe notamment par le streaming. Ainsi, Netflix a produit diverses séries et films asiatiques misant sur une protagoniste. Parmi eux, on peut citer la série coréenne My Name, ou le film vietnamien Furie.

Kill Bok-soon poursuit en quelque sorte cette mouvance de fraîcheur, tout en s’inscrivant dans des carcans bien connus. Sa trame est loin d’être inédite : Gil Bok-soon est tueuse à gages. Malheureusement elle a bien du mal à concilier sa vie professionnelle et sa vie de mère. L’univers du film, composé de syndicats d’assassins aux règles strictes, s’inspire évidemment de la franchise John Wick. Fort heureusement, ce lien de parenté est limité, Byung Sung-hyun se focalisant sur son héroïne qui permet au film de se démarquer. Auréolée d’une palme d’interprétation féminine chez Lee-Chang-dong, Jeon Do-yeon est épatante dans ce rôle à contre-emploi.

La première séquence du film, à l’esprit très pop, nous montre une femme assurée et redoutable, capable de tout pour tuer sa cible. Le film bénéficie d’une très bonne mise en scène, qui met bien en valeur ses élans de violence. L’action est lisible et fluide, notamment grâce à un usage parcimonieux du numérique. Bien qu’artificiels, les plans séquences du film apportent un vrai plaisir cathartique. Au-delà de l’action, le soin apporté à la photographie du film est à noter. Le cinéaste soigne sa mise en scène de bout en bout, avec un travail du cadre élégant.

Entre violence et émotion

Mais Kill Bok-soon est bien loin de se contenter des clichés du genre. Le film existe autrement que par son action jouissive, grâce à la richesse de son histoire. La relation mère-fille prend une grande place au sein du récit. Bien que son action soit dynamique, c’est peut-être cet aspect du film qui est le plus réussi. L’incommunicabilité entre ces deux êtres est bouleversante. On ressent parfaitement ce mécanisme cruel dont aucune d’entre elles n’arrive à s’extirper. Le film se permet même d’évoquer des thématiques LGBTQ+, rarement abordées en Corée. Aux fortes doses d’adrénalines attendues se joignent alors des doses d’émotions plus surprenantes.

Comme souvent dans le cinéma coréen, les genres se confondent et se mélangent. Film d’action mais également drame, on peut en même temps l’affilier à la comédie. Le cinéaste se sert de l’humour pour désamorcer la violence omniprésente. Un humour parfois grinçant, mais qui touche souvent juste et permet au film d’avoir une vraie unicité. La grande séquence d’action du film en est le parfait exemple. La violence des tueurs y est ironisée par la présence d’un vieillard assassin, opportuniste et fourbe.

On pourra toutefois regretter un scénario parfois un peu confus, qui a tendance à étouffer le film. Les enjeux politiques liés aux assassins, bien qu’intéressants, ne représentent pas un réel intérêt dans l’évolution du récit. Le film aurait donc gagner à resserrer son intrigue autour de la relation mère/fille, son cœur dramatique et émotionnel. Cet éparpillement narratif se fait d’autant plus ressentir que le film dépasse largement les deux heures. Cette générosité permet toutefois de développer des personnages secondaires intéressants. On retient notamment Sol Kyung-gu, dans le rôle du boss, intimement lié à Gil Bok-soon.

Malgré ses carences, Kill Bok-soon demeure un divertissement très plaisant. Porté par la fraîcheur de son héroïne et ses combats spectaculaires, le film de Byung Sung-Hyun n’en oublie pas d’être émouvant, porté par la justesse des non-dits d’une mère et sa fille. Même s’il n’a plus besoin de le prouver, le cinéma sud-coréen démontre une nouvelle fois son aisance à varier les genres au sein d’une même œuvre. À la fois drôle, violent et émouvant, Kill Bok-soon confirme les talents de son cinéaste, que l’on espère retrouver rapidement dans les salles françaises.

Kill Bok-soon : Bande-annonce

Kill Bok-soon : Fiche technique

Réalisation et scénario : Byung Sung-hyun
Interprétation : Jeon Do-yeon ( Gil Bok-soon ), Sol Kyung-gu ( Cha Min-kyu ), Esom ( Cha Min-hee ), Kim Si-a ( Gil Jae-yeong )
Photographie : Cho Hyung-rae
Musique : Lee Jin-hee, Kim Hong-jip
Montage : Kim Sang-bum
Genre : Action, Thriller, drame
Société de distribution : Netflix
Durée : 2h17
Pays : Corée du Sud

Kill Bok-soon : élever n’est pas tuer
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3.5

Festival

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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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