Accueil Blog Page 190

Reality : sweet home america

Qu’y a-t-il de plus désarmant que de ne plus se sentir chez soi ? Reality ne se contente pas simplement de répondre à cette interrogation, mais transcende les faits d’une perquisition qui tourne en rond. Sur l’appui d’un authentique script, ce huis clos installe délicatement un sentiment d’insécurité et d’angoisse chez une femme qui n’a peut-être plus grand-chose à perdre.

Synopsis : Le 3 juin 2017, Reality Winner, vingt-cinq ans, est interrogée par deux agents du FBI à son domicile. Cette conversation d’apparence banale parfois surréaliste, dont chaque dialogue est tiré de l’authentique transcription de l’interrogatoire, brosse le portrait complexe d’une milléniale américaine, vétérane de l’US Air Force, professeure de yoga, qui aime les animaux, les voyages et partager des photos sur les réseaux sociaux. Pourquoi le FBI s’intéresse-t-il à elle ? Qui est vraiment Reality ?

« Tant que tu n’as pas parlé, la parole est en ton pouvoir, mais échappée de ta bouche, elle te tient en son pouvoir. » Les mots du poète persan, Abu Shakour Balkhi, traversent le premier long-métrage de Tina Satter. Immense succès au Off Broadway, la pièce Is this a room : Reality Winner Verbatim Transcription a fini par trouver de l’intérêt pour le grand écran. Suivant scrupuleusement la retranscription d’un interrogatoire mené par le FBI, en juin 2017, Satter appréhende la joute oratoire qui s’est tenue entre Reality Winner et ses geôliers d’un après-midi, à qui il s’agit de donner un visage à chaque voix en premier lieu. À partir de là, l’imaginaire est comblé par des faits et une réalité que la protagoniste cherche à faire valoir malgré elle.

Une zone de confiance

Avec un nom aussi insolite que paradoxal, Reality Winner doit répondre de ses actes. Le débarquement impromptu du FBI à la porte de son domicile n’est sans doute pas un hasard, mais l’ignorance et la naïveté de la jeune femme de 25 ans l’ont conduit dans une impasse dans laquelle il sera difficile de ressortir. A peine garée devant sa modeste location, deux agents l’interpellent, laissant ainsi ses courses se réchauffer dans son coffre. L’atmosphère n’est soudainement plus la même en quelques minutes et ce premier contact avec ces envoyés du gouvernement ne présage rien de bon quant à la perquisition qui va suivre. Le sentiment de ne plus être chez soi grimpe avec frénésie, au fur et à mesure que la banalité des échanges, comme les divers hobbies de Reality, entre ses séances de CrossFit, ses projets de carrière et les anecdotes sur ses animaux de compagnie. Une discussion de bureau, en somme.

Le sujet n’est pourtant pas dans le cœur des mots, mais bien dans l’étude psychologique des personnages et leur intérêt dans un espace restreint. Tina Satter l’a suffisamment expérimenté au théâtre pour comprendre les points clés d’une telle mise en scène, jouant davantage sur le mouvement des corps et des jeux physiques qui entrent en collision. Son script constitue ainsi son défi et sa contrainte, afin de peu à peu dévoiler les défaillances administratives de la NSA, service de renseignement américain dont Reality fut l’employer quelques mois auparavant. L’étau se resserre ainsi, de même que la caméra isole souvent la femme dans un coin du cadre, avec l’imposante masse d’un agent pour la déstabiliser. Du jardin à une grande chambre vide, nous comprenons rapidement le malaise que subit Reality face à ces enquêteurs, qui savent ce qu’ils sont venus chercher et qui savent ce qu’elle a intérêt à cacher.

Dos au mur

L’approche est académique, certes, mais assez ludique pour que divers glitch viennent fréquemment censurer le probable motif de cette visite. Satter cite souvent Michael Haneke, dont la mise en scène est impitoyable concernant la souffrance suggérée des personnages, la plupart du temps en hors-champ et lorsqu’il s’agit d’étirer la longueur des séquences. Le spectateur est ainsi piégé dans une boucle, à la manière d’un Funny Games ou d’Amour, également des huis clos. L’interrogatoire de la seconde partie laisse ainsi tout le loisir à l’interprète de Reality de déployer son panel émotionnel. Sydney Sweeney, qui s’est rapidement fait repérer sur HBO dans les séries Euphoria et The White Lotus, triomphe de justesse. Avec ce nouveau tremplin qui l’a emmené aux côtés de Satter à la Berlinale 2023, on apprend également que l’actrice américaine a récemment signé pour le rôle d’une Spider-Woman pour Sony.

Mais pour en revenir à cette sombre affaire, qui titille encore les États-Unis aujourd’hui, l’adaptation de Tina Satter vient compléter le documentaire The United States vs. Reality Winner, réalisé par Sonia Kennebeck, d’un point de vue sensoriel. La distance avec les sujets diffère et l’information n’est pas digérée dans la spontanéité de cette pseudo-fiction. Les échanges spontanés, les bégaiements, l’angoisse et la vérité se succèdent avec une tension mécanique, souvent usée par les courts flashbacks dont on aurait pu se passer. Ce sont dans ces moments-là que les codes du huis clos sont brisés pour se rapprocher d’un format documentaire, où la reconstitution alourdit un propos pourtant loin d’être niais.

Néanmoins, ce reproche n’éclipse pas entièreté de cette perquisition, qui dévoile les stigmates d’une nation investissant son propre territoire, jusqu’à étouffer chaque esprit révolutionnaire, qu’il soit conscient ou non de la portée de ses actes. Le choix et la conscience ne font désormais plus qu’un et le public est invité à mesurer ses droits fondamentaux. De même, il s’agit de montrer la culture sous-jacente d’une misogynie passive, où les barrières physiques s’accumulent autour de Reality, une lanceuse d’alerte qui ne gagne pas grand-chose dans l’histoire, si ce n’est à devenir un bouc émissaire à envoyer au bûcher. Mais la différence qu’elle a avec Edward Snowden, c’est bien entendu le sens du sacrifice, ce qui la rend encore plus complexe et qui renvoie une image absurde du pouvoir d’État. Ce film contient quelque chose de virale dans son dispositif, à la fois stimulant et inquiétant. À vous de le découvrir !

Bande-annonce : Reality

Fiche technique : Reality

Réalisation : Tina Satter
Scénario : Tina Satter, James Paul Dallas
Photographie : Paul Yee
Son : Ryan Billia
Décors : Tommy Love
Costumes : Enver Chakartash
Maquillage : Sarah Graalman
Montage : Jennifer Vecchiarello, Ron Dulin
Musique : Nathan Micay
Production : Seaview
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h22
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 16 août 2023

Reality : sweet home america
Note des lecteurs1 Note
3

Le dernier voyage du Demeter : naufrage narratif sous de belles voiles gothiques

On y croyait (ou plutôt on avait envie d’y croire) à cette nouvelle variation inédite sur la figure mythique du comte Dracula. Malheureusement c’est peine perdue et Le dernier voyage du Demeter se range dans la longue liste des œuvres prometteuses, mais broyées par le rouleau compresseur hollywoodien : ses obligations, ses banalités et sa pudeur… Le résultat est un film aux magnifiques fulgurances visuelles gothiques, malheureusement noyées dans un récit balisé et longuet, ce qui ne rend pas honneur à son illustre créature vampirique.

Synopsis: Le dernier voyage du Demeter relate le destin tragique d’un navire marchand, le Demeter, affrété pour transporter une cargaison privée, composée de 50 caisses en bois, des Carpates à Londres. Accablé par d’étranges événements, l’équipage du Demeter tente de repousser une présence impitoyable qui les assaille chaque nuit. Quand le navire atteint enfin la côte anglaise, ce n’est plus qu’une épave délabrée et calcinée, sans un seul survivant à bord.

Encore un film de vampires, me direz-vous… Et de nouveau une œuvre sur le comte Dracula de surcroît ! Ce n’est pas comme si le septième art n’avait pas déjà purgé de toute sa sève, de près ou de loin, le roman de Bram Stoker. De Nosferatu il y a près d’un siècle en passant par le film éponyme de Coppola ou encore à la toute récente et amusante bonne surprise de cette année occasionnée par Renfield, les œuvres parlant de l’illustre aristocrate de Transylvanie sont légion et doivent bien approcher, voire surpasser la centaine désormais. Cependant, on peut louer ici la petite nouveauté : Le dernier voyage du Demeter s’inspire d’un chapitre du roman qui narre le trajet d’un navire marchand de la Roumanie à Londres avec la créature à son bord.

Nous voilà donc embarqués pour un huis clos maritime d’époque, qui a pris le choix du premier degré et du fantastique plutôt que de l’horreur pure. Le programme est alléchant, mais l’exécution demeure bien décevante, à défaut d’être totalement foirée. Et diable que certaines séquences, ou plutôt certains plans, laissent augurer de ce que Le dernier voyage du Demeter aurait pu être s’il avait été au bout de sa proposition, moins formaté et moins tout public ! Les recoins de ce vieux navire, les jeux d’ombre, le design de la créature (ressemblant ici davantage à une gargouille qui prend vie qu’à Dracula) ainsi que les brumes maritimes confèrent une ambiance gothique du meilleur goût à ce long-métrage. Et l’ambiance victorienne qui va avec est de toute beauté, on ne peut le nier.

Les fulgurances visuelles du film sont clairement son meilleur atout et peut-être presque le seul point véritablement réussi à cent pour cent du film. Les apparitions de ce vampire séculaire sont sombres, baroques et assez bien exécutées, tout comme certaines mises à mort nous ramenant aux meilleures heures du cinéma fantastique gothique d’antan. Il y a un peu de Sleepy Hollow au sein de cette atmosphère singulière et nocturne. Et le dévoilement de la bête se fait de manière progressive et plutôt bien gérée. Mais pour le reste, le long-métrage accumule bien trop de lacunes narratives et de frustrations pour s’avérer concluant. Et pourtant, de voir que l’honnête faiseur André Øvredal était à la barre semblait prometteur.

En effet, le cinéaste scandinave était à l’origine de plusieurs bonnes surprises dans les genres fantastiques et horrifiques avec la triplette de films que furent Troll Hunter, Jane Doe Identity et Scary Stories. Malheureusement ici, il réalise son long-métrage le moins réussi, comme un rendez-vous manqué avec une potentielle excellente série B fantastique. En suivant une ligne narrative ultra rebattue, le film ne prend pas de risques. D’Alien pour la science-fiction à The Thing pour le body horror ou encore à n’importe quel slasher en endroit clos, Le dernier voyage du Demeter fait le choix prévisible et trivial de quelque chose qui va éliminer un à un les protagonistes. En ce sens, il y a un manque flagrant de surprise et l’ordre des morts est bien trop évident et facile à deviner.

En outre, le film dure près de deux heures pour finalement ne pas raconter grand-chose. Tout ce qui se déroule entre les apparitions de ce Dracula momifié qui cherche à se régénérer, un cumul de séquences qui dure peut-être quinze minutes tout au plus, frôle le néant. Des dialogues génériques et tout juste fonctionnels se heurtent à des personnages unidimensionnels tout aussi inintéressants les uns que les autres. Aucun d’entre eux nous happe et nous convainc et, conséquemment, leur trajectoire nous indiffère totalement. A ce titre, la tentative de donner du coffre aux protagonistes est ratée et toutes les autres scènes que celles où apparaît le monstre sont ennuyantes. Quant au gore et aux frissons, ils sont tous deux bien trop timorés, ce qui occasionne une certaine frustration. Le dernier voyage du Demeter s’apparente donc plus à un pétard mouillé, c’est le cas de le dire, qu’à une véritable œuvre qui marquera le cinéma fantastique ou la carrière de Dracula sur grand écran.

Bande-annonce : Le dernier voyage du Demeter

Fiche technique : Le dernier voyage du Demeter

Titre original : Le dernier voyage du Demeter
Réalisatrice : André Øvredal
Scénaristes : Zak Olkewicz et Bragi Shut d’après l’oeuvre de Bram Stoker
Avec Corey Hawkins, Liam Cunningham, David Dastmalchian, …
Production : Dreamworks & Universal
Distribution : Universal France
23 août 2023 en salle / 1h58 / Fantastique.

Note des lecteurs1 Note
2.5

Cycle obsession : Répulsion ou le refus du non

0

Alors que #MeToo est devenu un véritable phénomène de société, pour le meilleur et pour le pire, la condamnation de certains comportements outranciers envers les femmes au cinéma ne date pas d’hier. Violence, viol, soumission sont, bien que moins qu’aujourd’hui, mis sur la table afin d’exposer toute leur dégueulasserie aux yeux de tous. Et en cela, Répulsion est un pionnier du genre.

Synopsis : Deux sœurs belges, Helen et Carol, vivent ensemble à Londres. Un soir, alors que Carol est renvoyée chez elle de son travail de manucure, sa sœur lui apprend qu’elle part en voyage en Italie avec Michael, un homme marié que Carol déteste. La jeune femme se retrouve dès lors seule dans leur appartement, laissant le champ-libre à ses démons.

Second long-métrage d’un tout jeune Polanski, pas encore accusé de viol sur mineur, Répulsion est un réquisitoire contre le traumatisme lié à une agression pendant l’enfance. Période de socialisation primaire, l’enfance permet à l’individu de construire ses repères dans le monde ainsi que ses premières interactions sociales. C’est en cela que les adultes sont la clé de l’éducation, l’enfant leur confiant la responsabilité de façonner leur personnalité. Un complexe d’Œdipe mal assumé peut ainsi amener à rechercher une figure maternelle chez les femmes, là où un homme abusant d’une petite fille la condamne à un monde de terreurs et de misandrie.

Nous nous en doutons, c’est ce dernier exemple qui constitue le cœur du film : cet homme (son père ou un ami de la famille) que Carol alors enfant fixe avec véhémence sur une photo, où personne ne semble remarquer le malaise. Cet élément est découvert par Helen, et le spectateur en même temps à la fin du film, ce qui nous fait comprendre que personne n’était au courant. Carol vivait donc très probablement seule avec ce secret, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le supporter et voit son appartement se transformer en terrain de jeu de ses cauchemars.

Le caractère très organique du film représente évidemment la psychose de son personnage en proie à la paranoïa, revivant en boucle ce que devait sûrement être la nuit de son viol. Son état psychique est alors incarné par un lapin qui pourrit lentement dans la cuisine, et dont Carol garde la tête dans son sac. Cette tête est le symbole de son innocence bafouée, qu’elle porte partout avec elle, et qui représente une trace indélébile tel le sang séché dans son sac. Cette symbolique se comprend aussi par le fait qu’elle est elle-même un lapin, mignonne et innocente : une proie de la chasse des hommes qui la poursuivent jusque chez elle.

En effet, avec la venue de son propriétaire dans l’appartement, qui tentera par la suite de la violer, Carol revit son calvaire, alors qu’un homme entre de force au sein de son intimité (son appartement devenu le reflet de sa psyché chaotique) pour s’emparer d’elle. Son réflexe est cependant viscérale, et elle le tue avec un rasoir. Il s’agit de son second meurtre, Carol ayant précédemment tué Colin, un homme qu’elle a simplement croisé, puis qui a trouvé son adresse et défoncé sa porte car elle refusait de le laisser entrer. Les hommes ne lui laissent aucunement le choix de les rejeter, comme si elle se devait d’être à eux. Carol n’a dès lors d’autre option que de chasser à son tour.

Nous pouvons aussi voir dans son métier de manucure une mauvaise plaisanterie de Polanski. Alors que le travail de Carol est le paraître, la beauté extérieure, elle souffre intérieurement d’attirer les hommes.

Paradoxalement, si le comportement très enfantin et névrotique du personnage de Catherine Deneuve peut agacer, il représente néanmoins, peut-être d’une manière effectivement caricaturale, un blocage qui l’empêche d’avancer et l’emprisonne dans cet état de gamine abusée et presque mutique.

Trop long pour certains, Répulsion reste une introduction pertinente et ironique sur le rapport de Polanski avec les femmes. On se rappellera ici Chinatown ou Rosemary’s Baby, présentant des femmes elles aussi victimes d’abus sexuels. Le jeu de Deneuve est, comme nous le disions, quelque peu irritant mais va de pair avec cette plongée en enfer et les différentes idées visuelles qui l’accompagnent, la rendant tout de suite iconique. Pour poursuivre sur l’aspect technique, Polanski insista pour travailler avec Gilbert Taylor, directeur de la photographie, ayant adoré son travail sur Docteur Folamour de Kubrick. Le résultat est impressionnant et accentue la sensation transmise par la mise en scène de Polanski, à savoir que Carol semble errer comme un fantôme dans le dédale de son esprit, que représente l’appartement. Le cœur du film se situe dans ce ressenti d’une âme en peine, mais incapable de trouver en elle les moyens de s’en sortir.

En outre, s’il comporte des défauts, Répulsion présente une vision différente pour son époque des rapports hommes-femmes, où la souris n’est plus poursuivie par un chat, mais par une horde de chiens.

Répulsion – Bande-annonce

Répulsion – Fiche technique :

Réalisation : Roman Polanski
Scénario : Roman Polanski, Gérard Brach, Davis Stone
Photographie : Gilbert Taylor
Genre : Thriller
Casting : Catherine Deneuve
Pays d’origine : Royaume-Uni
Durée : 105 minutes
Année de sortie : 1965

Que nous a concocté Ridley Scott dans son nouveau film Napoléon ?

Les bandes-annonces tournent déjà, pour Napoléon, le nouveau film du grand réalisateur Ridley Scott. C’est Joaquin Phoenix accoutré du splendide uniforme militaire de Napoléon qu’on retrouve dans le rôle du belligérant. La sortie du film est prévue pour novembre de cette année, mais il fait déjà beaucoup parler de lui. Pour vous faire patienter, découvrons ensemble les raisons pour lesquelles le réalisateur a choisi un autre film historique et à quelles difficultés ont fait face les acteurs pour leur rôle. 

Le tournage de Napoléon s’est déroulé sur 62 jours en Angleterre et à Malte. Pour accélérer le processus, Scott a filmé chaque prise avec huit caméras, et dans les scènes de bataille, leur nombre a atteint onze. Le montage final du film dure près de trois heures, mais Ridley a « une incroyable version de quatre heures et demie » qui raconte la vie de Joséphine avant de rencontrer Bonaparte. Le réalisateur espère qu’un jour Apple le dévoilera aussi.

De quoi parle le film

Le nouveau travail de Scott se concentre sur l’homme d’État et commandant français Napoléon Bonaparte, de ses origines à son ascension au statut d’empereur. Sa personnalité dans le biopic est vue non seulement à travers le prisme des réalisations personnelles, mais aussi à travers la relation avec l’amour de sa vie, sa femme Joséphine. Le film couvrira les célèbres batailles de Napoléon, montrera ses ambitions, son incroyable esprit stratégique et son talent de chef militaire. Trouvez les meilleurs paris sportifs sur TonyBet, le site de paris en ligne qui offre des milliers d’événements sportifs.

Obsession

Ridley Scott est obsédé par la réalisation d’un film sur Napoléon depuis le jour où il y a pensé pour la première fois. Entre la naissance de l’idée et la première image, trois ans se sont écoulés.

« Plus je vieillis, plus j’essaie d’éviter les films ennuyeux, raconte le réalisateur. – J’essaie de faire en sorte que chaque prochain projet en vaille la peine, en diffusant une réflexion. Dans ce cas, j’étais hanté par l’obsession de cette femme. Nous savons tous en quel genre de bête il s’est transformé sur le champ de bataille. On sait qu’il pouvait tromper, dévaster, tuer. Mais le talon d’Achille de Napoléon, c’était Joséphine. Et, ce qui est le plus intéressant, il ne l’impressionnait pas du tout, ce petit homme. Selon Scott, Joséphine dans Napoléon était avant tout intéressée par l’argent, et même après être devenue impératrice de France, elle n’a cessé de tromper son mari avec son favori, le lieutenant du régiment de hussards Hippolyte Charles.

Pour réaliser son rêve, Scott engage le scénariste David Scarpa, avec qui il a déjà travaillé sur le film Tout l’argent du monde. « C’était un processus très difficile. C’était si facile de se laisser emporter par toutes ces batailles, mais je voulais parler de Napoléon. Alors je me suis forcé à retourner vers Joséphine », avoue Scott.

Napoléon et Joséphine 

Scott n’a jamais douté un seul jour de qui il voyait dans le rôle de Napoléon. Il a eu les impressions les plus agréables de travailler avec Joaquin Phoenix sur le tournage de Gladiator. « Joaquin est l’un des meilleurs acteurs avec qui j’ai eu affaire », déclare le réalisateur. « Je le regarde et je pense: » Ce petit démon, c’est Napoléon. Il a le même aspect. » Scott a admis que c’était le rôle dans le « Joker » qui lui avait donné l’idée d’appeler Phoenix dans le projet.

Le rôle de Joséphine est allé à Jodie Comer, qui a travaillé avec Scott sur le tournage de The Last Duel. L’actrice avait déjà commencé à s’habituer au rôle lorsqu’elle a été forcée de quitter le projet en raison de la coïncidence des horaires avec le one-man show Prima Facie, avec lequel elle a fait sensation. « Cela a fonctionné pour le mieux à la fin », dit Scott. « Jody a fait une excellente performance et nous avons eu Vanessa Kirby. »

Une préparation rapide

Vanessa n’a eu qu’un mois pour se préparer au rôle. Kirby a lu plusieurs livres sur Joséphine, a visité sa résidence de Malmaison et a visité sa tombe. Cela a aidé l’actrice à ressentir un lien émotionnel avec l’héroïne. C’était beaucoup plus difficile de la comprendre. « Joséphine est une contradiction totale. Chaque livre, chaque document, chaque lettre la met sous un nouveau jour », déclare Kirby. « Je n’avais qu’à penser que j’avais enfin compris, car j’ai immédiatement trouvé quelque chose qui contredit complètement l’image dominante. »

Les acteurs ont beaucoup parlé, essayant de comprendre comment transmettre la complexité et la profondeur de la relation difficile de leurs personnages. Ils ont fait quelque chose d’inattendu dans la scène du divorce entre Napoléon et Joséphine. Phoenix a giflé Kirby sans avertissement dans l’une des prises. « Tout le monde sur le plateau retenait son souffle », se souvient Scott. « Et une scène ennuyeuse a soudainement pris de la magie. »

N’en disons pas plus. Le mieux sera encore de se réserver les joies de la surprise en découvrant le film en novembre de cette année. La patience est de rigueur!

Guest Post

 

« Petit lexique de l’Islam » : un abécédaire didactique

Dans son opuscule Petit Lexique de l’Islam, l’anthropologue et psychanalyste Malek Chebel dépeint avec érudition les tenants et aboutissants de l’Islam. Puisant dans une grande variété de termes et de concepts-clés, l’auteur offre un éclairage approfondi sur cette religion, de ses enseignements fondamentaux à ses pratiques culturelles, en passant par les questions plus controversées et les défis inscrits dans la contemporanéité.

Petit Lexique de l’Islam, de Malek Chebel, s’appréhende comme une exploration alphabétique de l’Islam, prenant la forme d’un abécédaire proposant une démarche pédagogique, très accessible, pour saisir la complexité et la richesse de cette religion. Chaque lettre de l’alphabet devient une porte d’entrée vers une nouvelle dimension de la foi et de la doctrine musulmanes. Malek Chebel utilise cette structure pour démystifier les notions islamiques, en les organisant de façon à faciliter une lecture périodique et en utilisant chaque entrée à la fois pour définir de manière précise le terme associé, mais aussi pour proposer une analyse de son contexte et de son importance dans la tradition islamique.

Un miroir de la diversité de l’Islam

Ce faisant, l’œuvre de Chebel offre une vision complète de l’Islam, embrassant à la fois ses éléments fondamentaux, comme les cinq piliers, et ses aspects plus culturels et sociaux, comme la place des femmes ou le rôle de la circoncision. L’abécédaire traite également de sujets délicats et controversés tels que le fanatisme, la lecture littérale du Coran et l’application de la charia, en les abordant avec rigueur et nuance.

En outre, l’abécédaire de Malek Chebel reflète la diversité inhérente à l’Islam. Il illustre comment cette religion, présente dans des cultures et des régions du monde très variées, s’est adaptée et a évolué au fil du temps. Que ce soit dans l’interprétation des textes sacrés, les traditions culturelles ou les pratiques quotidiennes, l’Islam se manifeste de nombreuses façons, tout en restant fidèle à ses principes de base.

Dans le détail

L’ouvrage revient par exemple amplement sur la charia, l’impulsion juridique de l’Islam. Malek Chebel insiste sur son importance. La loi islamique, qui est dérivée des textes sacrés de l’Islam, le Coran et les hadiths, constitue un chemin tracé par les « anciens », que chaque musulman se doit de respecter au mieux. Toutefois, Chebel note que la charia n’est que partiellement applicable dans le chiisme, l’une des branches de l’Islam. Façonnée au IXe siècle par les théologiens, elle ouvre la porte, en cas d’application rigoriste et littérale, au fanatisme, lui aussi en bonne place dans ce lexique.

Il s’agit évidemment d’un grand défi contemporain. L’auteur affirme que le fanatisme se nourrit de la pauvreté, de l’injustice, du despotisme, de la tyrannie et surtout de l’ignorance. Il souligne que certains pays, dont l’Arabie Saoudite, le Soudan, le Pakistan, l’Afghanistan, le Yémen, le Nigeria et l’Égypte, ont parfois adopté une lecture littérale du Coran, ce qui tend à y légitimer la violence. Autre sujet délicat : le statut de la femme. Malek Chebel rappelle que l’islam, par l’intermédiaire du Coran, a amélioré la condition des femmes – qui étaient auparavant souvent sacrifiées ou enterrées vivantes, car considérées comme une charge économique et non protégées par les textes coraniques. Cependant, il n’oublie pas de préciser que la condition féminine est grandement déterminée par son époque, son lieu de vie et ses traditions. Les femmes issues de milieux aisés jouissent d’une grande liberté, mais la majorité reste assujettie à des conditions matérielles et sociales difficiles.

Évoquant les cinq piliers de l’Islam, Malek Chebel revient sur la profession de foi, la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage à La Mecque. Ces éléments forment la base des obligations religieuses de chaque musulman. Parallèlement, il aborde d’autres sujets tels que la circoncision, jugée importante pour l’hygiène, la virilité, et l’intégration sociale, ou les interdits alimentaires, dont l’alcool et la viande de porc, ou le jeûne, qui doit être observé lors du mois de Ramadan.

Un ouvrage précieux

Ce Petit Lexique de l’Islam, grâce à sa structure d’abécédaire, offre un panorama riche et accessible de l’Islam. Il permet aux lecteurs de découvrir et de comprendre la complexité et la diversité de cette religion, tout en ouvrant la voie à des discussions éclairées. C’est un outil précieux pour quiconque souhaite comprendre l’Islam au-delà des stéréotypes et des idées préconçues.

Petit lexique de l’islam, Malek Chebel
Librio, août 2023, 96 pages

Note des lecteurs1 Note
3.5

Arthur Miller met le nazisme sous une lumière de morgue

La collection « Pavillons poche » des éditions Robert Laffont accueille deux textes scéniques du dramaturge américain Arthur Miller. Le Miroir et Incident à Vichy ont en commun le regard perçant porté par l’auteur sur le nazisme et l’antisémitisme ayant eu cours en Europe entre 1938 et 1945.

Le-MiroirUn poids invisible, aussi lourd que les chaînes d’une humanité en perdition, emprisonne le corps de Sylvia Gellburg. Atteinte d’une forme de paralysie hystérique, cette New-Yorkaise peu épanouie en amour semble subir dans sa chair le nazisme qui ronge peu à peu la société allemande. Arthur Miller la confronte au voile de terreur qui enveloppe l’Europe, et dont elle prend connaissance à travers la lecture quotidienne, quelque peu déprimante, de la presse. Par le biais de son personnage, Le Miroir pose cette interrogation centrale : comment des Européens civilisés et cultivés peuvent-ils fermer les yeux, voire encourager, les actes antisémites – et inhumains – des nazis ?

Incident à Vichy procède différemment, dans une unicité de lieu et de temps proprement asphyxiante. Des hommes, entassés dans le couloir étriqué d’un bâtiment obscur, attendent que l’administration française les reçoive. Ils manipulent nerveusement leurs papiers d’identité, cherchent à se rassurer sur les intentions des autorités vichystes, se scrutent en cherchant des réponses à des questions qu’ils osent à peine prononcer, sur le visage de leurs compagnons d’infortune. Si Sylvia Gellburg est hantée par l’idée que des vieillards juifs nettoient dans le froid les trottoirs allemands à la brosse à dents, les protagonistes d’Incident à Vichy s’échangent des informations glaçantes sur les trains en partance pour les camps de concentration.

Incident-a-VichyL’antisémitisme est un venin insidieux, nourri par des siècles d’ignorance et de préjugés, et qui gangrène tout. Le Miroir radiographie en seconde intention un couple qui bat de l’aile. Philip, le mari de Sylvia, apparaît comme un homme diminué, non seulement sexuellement, mais aussi d’un point de vue identitaire. Ses plaisanteries sur les Juifs, son indifférence relative à leur sort, plonge son épouse dans un profond désarroi – et dans un triangle amoureux qui ne dit pas son nom. Dans un quasi-déni de lui-même, Philip interroge les dynamiques culturelles et sociétales à une époque où elles abondent. Incident à Vichy va plus loin, puisqu’Arthur Miller y installe le lecteur/spectateur au cœur même de l’entreprise génocidaire, ou plutôt dans son antichambre, où les damnés avancent semblables à des hiboux aveugles et maudits, traversant l’obscurité humaine en tâtonnant.

Les deux textes sont passionnants, emplis de doutes et de fragilités, dominés par l’ombre menaçante et tentaculaire du nazisme. Dans Le Miroir, trois âmes tournoient inlassablement, chacune prisonnière d’une gravité qui la tire vers les autres, créant un vortex silencieux de douleurs et de désirs. Dans Incident à Vichy, chaque seconde semble se transformer en une éternité, elle échoit comme une goutte de pluie lourde dans un océan d’incertitude. Chaque souffle d’espoir est étouffé par le vent brûlant de l’angoisse. Pourquoi les protagonistes ont-ils été arrêtés ? Que va-t-il advenir ? Quel espoir peut-il bien leur rester ? Arthur Miller ne sacrifie rien de la psychologie humaine. Son incursion dans la politique européenne, et surtout nazie, sert au contraire d’incubateur aux émotions et aux désillusions. Et c’est vertigineux.

Le Miroir et Incident à Vichy, Arthur Miller
Robert Laffont, août 2023, 192 et 144 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Musée : Orsay vu par Chabouté

0

Avec cet album, Christophe Chabouté nous propose une visite très personnelle du musée d’Orsay. Son remarquable noir et blanc, un sens acéré de l’observation de ses semblables et une belle inspiration lui permettent de créer une ambiance fantastique originale.

Le dessinateur nous invite à une confrontation en profondeur des œuvres avec leur public. En effet, il imagine que, la nuit, livrées à elles-mêmes, les œuvres prennent vie d’une certaine façon. C’est-à-dire que les personnages des toiles sortent de leur cadre, sans qu’on sache pour faire quoi ni où, sans doute parce qu’avec leur physique à deux dimensions, ils peuvent se glisser n’importe où discrètement. En ce qui les concerne, les sculptures ont la possibilité de se dégourdir les jambes et même de parler pour échanger des impressions entre elles. Cela va des cancans habituels par les caricatures en terre des célébrités du Juste Milieu de Daumier aux questions existentielles posées par d’autres, en passant par les propos amoureux échangés par celles et ceux qui se retrouvent la nuit alors qu’ils occupent des positions éloignées dans le musée pendant la journée.

Orsay

Le musée est conçu pour que tout un chacun (visiteuses, visiteurs) puisse profiter des œuvres exposées selon ses goûts, ses connaissances, sa disponibilité, son humeur, etc. L’album fait le pari de s’intéresser d’abord à cette multitude qui passe à Orsay jour après jour, en se contentant d’en montrer quelques échantillons représentatifs, plus ou moins en inversant la situation habituelle regardant-regardé. En effet, toutes ces personnes regardent les œuvres et leurs attitudes et comportements sont révélateurs. Au sein de cette foule, les individus isolés se présentent comme des archétypes de notre société, ce que Christophe Chabouté se plait à mettre en scène. Toutes et tous appartiennent à notre société de consommation où les œuvres d’art étonnent encore beaucoup. On constate que beaucoup ne savent pas trop quoi en penser. Les critères esthétiques des artistes – très variés – incitent au questionnement. Quant à celles et ceux qui viennent au musée – avec leurs critères personnels – ils le font pour des visites classiques (touristes étrangers), en famille (sorties dominicales), par obligation (visites scolaires) ou même par curiosité ou hasard. Un peu comme dans le métro, toutes les classes sociales, toutes les générations se côtoient, ainsi que toutes les origines, visiteurs isolés, en couple, famille ou groupes. Chabouté fait le choix de ne mettre des dialogues qu’à partir de la planche 45 (sur un total de 186), ce qui place œuvres et observateurs.rices à égalité. Cela fonctionne comme dans ces scènes au cinéma où le réalisateur choisit volontairement de couper le son (voire de le remplacer par de la musique). Cela permet de se faire une idée des personnalités en fonction des attitudes (confrontation des critères esthétiques), ce qui n’est pas plus mal, parce que, lorsque les dialogues apparaissent, ils ne surprennent guère (on s’y attendait).

L’aspect fantastique

La suite montre ce qui se passe dans le musée la nuit. Là, Chabouté laisse libre cours à son inspiration et il en profite pour établir une ambiance fantastique, avec ces personnages qui s’animent (mais aussi un chien qui court dans le musée désert et venu d’on ne sait où), loin des regards humains (sauf les nôtres), ce qui nous place en situation privilégiée. Le dessinateur ne se contente pas d’imaginer quelques situations somme toute assez logiques pour des personnages qui s’animent ainsi. Il va plus loin en faisant sentir combien l’univers proprement humain reste presque totalement étranger à des personnages qui ne connaissent pas l’extérieur (sauf par quelques observations au travers des parois vitrées) et qui surtout n’ont aucun besoin organique. Ainsi, l’utilité de certains objets reste très mystérieuse à leurs sens. C’est aussi l’occasion pour Chabouté de pointer l’absurdité du comportement humain de manière générale, notamment le comportement de masse.

Un musée, des impressions

Même si l’inspiration de cet album n’est pas si originale que cela (rappelons que récemment, dans Les tableaux de l’ombre, Jean Dytar faisait déjà sortir de leur cadre les personnages des œuvres du Louvre), l’album mérite largement la lecture. Le style du dessinateur fait ici merveille, notamment avec son noir et blanc profond qui met parfaitement en valeur le musée avec ses volumes, son architecture caractéristique et ses particularités organisationnelles. Les œuvres y trouvent leur place naturellement. On reconnaît ainsi un autoportrait de van Gogh, Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte, le Portrait de Berthe Morisot par Manet et bien d’autres. Petit manque à mon avis, les œuvres qui imprègnent l’album ne sont pas citées. Et puis, Chabouté insiste sur la confrontation entre le public et les œuvres, enchaînant des sortes de sketches et se contentant d’une visite à l’inspiration. Plus subtilement, le dessinateur nous invite à nous poser la question de la beauté (selon quels critères ? et avec quelle évolution dans le temps ?) et de l’originalité d’une œuvre d’art (ainsi que de la façon de la recevoir, de la comprendre). Et on peut encore creuser la question. Pourquoi les œuvres exposées à Orsay ont-elles été sélectionnées ? Sont-elles si supérieures à celles qu’on ne voit pas ? Rappelons en effet que les réserves d’un musée comme Orsay sont bien remplies. Enfin, ces œuvres exposées, dans toute leur diversité de styles, respirent la vie (d’où la force qui s’en dégage), ce qui justifie parfaitement qu’on puisse les imaginer retrouver l’animation de la vie dès que l’œil humain les oublie.

Musée, Christophe Chabouté
Vent d’Ouest, avril 2023

Note des lecteurs0 Note
3.5

Le Petit Renne courageux : quand l’Ancêtre des petits rennes était encore un faon…

Dans l’histoire du cinéma, les œuvres pour enfants ne sont pas à négliger. Rendons hommage à la réalisation de la cinéaste russe, Olga Khodataïeva, et à son film, Le Petit Renne courageux (1957), ancêtre de Bambi.

Synopsis : Un petit renne a du mal à suivre le troupeau et se retrouve isolé avec sa maman face aux loups…

Les rennes font partie des animaux que l’imagerie enfantine aime bien prendre comme support d’héroïsme et donc, pour le petit homme, d’identification. Mais, bien avant toute la série des Niko, Le Petit Renne…, Rudolph, Le Petit Renne…, Bambi ou, plus récemment et sous la forme d’un documentaire romancé, Aïlo, Une Odyssée en Laponie (2018) de Guillaume Maïdatchevsky, qui connaît leur ancêtre, Aïkho, Le Petit Renne courageux (1957), à l’âge où il était encore un faon, dans la réalisation d’Olga Khodataïeva (14 février 1894, Moscou – 10 avril 1968, Moscou), secondée par Leonid Aristov ? Adaptant un conte de l’ancien explorateur Eugene N. Freiberg, la pionnière de l’animation soviétique signe là un petit bijou à destination des enfants.

En moins d’une demi-heure, vingt et une minutes exactement, et sur un scénario de Jeanna Vitenzon, Olga Khodataïeva retrace la mésaventure du petit renne Aïkho qui peine à suivre le troupeau lors de sa migration vers le sud, à l’approche de l’hiver. Ses difficultés l’isoleront, avec sa mère (voix française par Régine Blaess), et les exposeront à la prédation des loups, dont ils sont moins protégés que lorsque le valeureux chef de troupeau, Tougoune (voix française par Yves Barsacq), pouvait leur faire face. Ce danger, combiné à ceux de la glace encore trop fraîche sur les cours d’eau, provoquera une acmé de suspense susceptible d’arracher quelques larmes d’angoisse aux petits spectateurs, même déjà les plus « courageux », mais trouvera fort heureusement une résolution positive.

Au passage, il aura été impossible de n’être pas charmé par la beauté du dessin et des couleurs. Le tracé est pur, net, et tout le dessin animé se déroule dans des gammes de gris et de bleus, des paysages de neige jusqu’aux animaux. Seul le brun clair du petit renne tranche et distingue le jeune héros. L’animation elle-même est de grande qualité et les mouvements des protagonistes, qu’il s’agisse des loups ou des rennes, reproduisent avec fidélité les attitudes de leurs modèles réels.

À travers une histoire touchante, mais ne dissimulant pas les dangers de l’existence, même animale, les spectateurs en herbe apprendront les vertus individuelles du courage, mais aussi les vertus collectives de solidarité et d’entraide. Ils apprendront, également, à ne pas craindre de grandir, puisque le petit héros sortira de ces épreuves avec deux jolis appendices pointant sur son front, signes manifestes de sa maturation…

Bande annonce : Le Petit Renne courageux 

Fiche technique : Le Petit Renne courageux 

Nom original : Hrabryj Olenenok (Храбрый олененок)
Auteur : Eugene Freiberg
Réalisation : Leonid Aristov, Olga Khodataeva
Scénarii : Jeanna Vitenzon
Animation : Kirill Malyantovich, Vladimir Krumin, Viatcheslav Kotenotchkine, Dmitriy Belov, Boris Boutakov, Renata Mirenkova, Vladimir Pekar, Lidia Reztsova, Vadim Dolgikh
Direction artistique : Alexander Trussov
Direction du son : Nikolai Prilutsky
Décors : Irina Svetlitsa, Vera Rodzhero, V. Valerianova
Montage : Nina Mayorova
Direction photographie : Elena Petrova, Nikolai Vohinov
Musiques : G. Kreitner
Année de production : 1957
Production : Soyuzmultfilm
Durée : 21 minutes

Note des lecteurs0 Note

3.5

On dirait la planète Mars : la comédie douce-amère de Stéphane Lafleur

0

OVNI cinématographique entre la comédie dramatique et le film de science-fiction, On dirait la planète Mars est sorti en salles le 2 août. Avec un scénario original et un humour pince-sans-rire, le film de Stéphane Lafleur nous embarque pour un voyage spatial surprenant… sur Terre.

Dans l’espace, ou presque

David, quarantenaire discret à la vie bien tranquille, décide de tout quitter pour participer à une mission hors du commun. Sélectionné par la société Viking parmi des centaines de candidats, il intègre une équipe de cinq personnes, censées avoir les mêmes traits comportementaux que cinq astronautes en mission sur Mars. Ensemble, David et ses collègues sont chargés d’élucider les raisons des tensions que connaissent les véritables astronautes sur Mars, afin de pouvoir les résoudre. Pour ce faire, ils sont envoyés dans un local isolé, recréant avec précision les conditions de vie des cinq scientifiques en mission. C’est là que le film trouve son génie ! La thématique de la reproduction à l’identique donne lieu à des possibilités infinies de décalage comique : l’inconfort propre à un vaisseau spatial est recréé artificiellement sur Terre, jusqu’à l’absurde. On se délecte ainsi de voir David souffrir des ronflements de l’un des astronautes, enregistrés et diffusés sur Terre, ou encore de subir un sévère rationnement alimentaire !

Jeu de rôle(s)

On dirait la planète Mars se construit autour de l’idée du double. Les personnages eux-mêmes sont la réplique d’un homme ou d’une femme en mission dans l’espace, dont ils doivent reproduire les moindres faits et gestes dans leur local sur Terre. David est ainsi devenu John. Comme lui, chacun des personnages joue le rôle d’un ou d’une astronaute, en adoptant ses habitudes, ses conditions de vie, et même son prénom – ce qui donne lieu à des décalages savoureux, notamment lorsque le prénom Elisabeth est assigné à un vieil homme… L’humeur quotidienne des passagers du vaisseau influence également celle des équipiers au sol : chaque matin, ceux-ci reçoivent une note indiquant l’état d’esprit de leur double. En fonction de ces indications, les membres de l’équipe sur Terre doivent alors adapter leurs comportements, mais aussi recréer à l’identique les situations vécues par les astronautes, notamment les conflits. Les membres de l’équipe terrestre, devenus acteurs et scénaristes, rejouent, voire réécrivent les événements survenus sur Mars. Une ingénieuse mise en abyme se dessine alors, où cinq personnages hauts en couleurs se donnent la réplique, dans des scènes à l’ironie jubilatoire.

Double je

Mais à force de faire semblant, David ne finit-il pas par y croire lui-même ? Au cours de la mission, les contours des identités de chacun deviennent de plus en plus flous… Le décor même du film, un désert dans lequel se côtoient cow-boys et astronautes, brouille les frontières entre réel et fantastique, entre rêve et réalité.  Certains plans, dans lesquels David se rêve en astronaute flottant dans le ciel, entretiennent la confusion entre l’acteur et son double. Ces séquences à la beauté onirique reflètent les contradictions internes du personnage, qui croit trouver son identité en menant à bien la mission, alors qu’il ne fait que se rêver dans celle d’un autre. Plus qu’une comédie loufoque, On dirait la planète Mars est le récit poétique d’une quête de soi, à travers un entêtant jeu de miroirs.

Bande annonce du film

Synopsis:  La première mission habitée sur Mars est en péril. Pas de panique : une branche canadienne de l’agence spatiale envoie dans une base en plein désert cinq anonymes sélectionnés pour leurs profils psychologiques quasi identiques à ceux des astronautes. Ils doivent vivre comme eux, penser comme eux, être comme eux, pour anticiper et résoudre les conflits. Mais ici ce n’est pas tout à fait la planète Mars. Et ce ne sont pas vraiment des astronautes.

Fiche technique – On dirait la planète Mars 

Titre original Viking
Réalisation Stéphane Lafleur
Scénario Stéphane Lafleur, Eric K. Boulianne
Interprétation Steve Laplante, Larissa Corriveau, Fabiola N. Aladin, Hamza Haq
Production Kim McKraw, Luc Déry, Micro Scope
Photographie Sara Mishara
Montage Sophie Leblond
Musique originale Christophe Lamarche-Ledoux, Mathieu Charbonneau
Pays de production Québec
Date de sortie 2 août 2023 (France)

4

Les Storia della vita du Colibri de Francesca Archibugi

Le Colibri (surnom du personnage principal) du film fresque de Francesca Archibugi, adapté du roman éponyme de Sandro Veronesi met en scène les beautés des Storia della vita, leurs mémoires éclatées et étirées, leurs temps vibrés, leur qualité de durée entrelacée à de la fulgurance ou de la fugacité.

« Un cerveau très développé, un cœur gros, une capacité à voler à reculons et à effectuer 100 battements d’ailes par seconde… Le colibri est un volatile exceptionnel à bien des égards ». Le film de Francesca Archibugi est en tous points ce Colibri.

A quoi tient une vie humaine ? Embrasser avec émotion et lucidité les changements et l’immobilité perpétuels. Avec le même appétit, la même folie ou magnanimité, faire face aux échecs, tenir les attentes et jouir d’une joie vaste et fêlée : c’est la gageure de ce film dont certains critiqueront quoi au juste ? La vie même. Telle quelle !!!

Gros et haut en cœurs

Disons le tout de suite le Colibri est un film au cœur haut, ardent, un mélodrame très fort qui ne craint pas d’embrasser excessivement et subtilement les passions humaines. La première qualité du film est cette sincérité, cette manière désencombrée de réticences de nous plonger au cœur de vies fébriles et déchirées par les pertes, les troubles, les mensonges, les fantasmes et les joies.

Le Colibri vibre de toutes ses fibres narratives et s’illumine de tout ce qui constitue profondément les émotions archaïques de toute existence.

Passé, Présent, Avenir mêlés

Que ceux qui ne voient dans le cinéma qu’un pur divertissement chargé de les distraire( et au fond de mépriser leur vie) passent leur chemin ou viennent au trois quart assister à l’une des plus belles scènes de cinéma vie vue depuis longtemps: une scène de jeu où le joueur destiné à perdre gagne et renonce à son gain. Ecouter-voir alors ce qu’il dit. Ce qu’il propose. Le cinéma est toujours au meilleur une proposition, parfois juste une position ou une injonction.  

Ici le film de Francesca Archibugi renoue avec le meilleur du cinéma italien: sa peinture néoréaliste prenante et foisonnante, ses sagas familiales déchirantes, sa sophistication ancrée, ses manières d’embrasser avec souffle et vitalité ce qui nous tord et nous étreint.  Le Colibri fait songer aux Meilleures Années de Marco Tulio Giordana traversant le destin historique de l’antipsychiatrie.

Le montage et le mouvant

Nous vivons la storia della vita de Marco Carrera dit le Colibri interprété par le divin Pierfrancesco Favino. Et cette autobiographie est riche en tourments, amours de jeunesse idéalisés( Bérénice Bejo délicieuse de grâce), trahisons de l’âge mur, choix et décisions face à l’irrémédiable. Dans ce kaléiodoscope de vies et de destins, le montage tout en ellipses vives et fragmentations temporelles véloces donnent à voir l’authenticité d’une mémoire, le tissu d’une durée sans cesse percutée et  transfusée par des réminiscences du passé ou des appels de l’avenir.
Ce montage faisant intervenir tous les temps ( passé-présent-avenir) sur un plan étale et condensé perturbe provisoirement pour finalement nous emporter viscéralement dans ces moments d’âme incarnés par un Pierfrancesco Favino tout en mansuétude et compassion.

Car c’est bien cela que nous donne à vivre et ressentir Francesca Archibugi dans son Colibri, la vie ce ne sont pas des états de l’âme mais des stances, des paliers, des trous d’airs, des stases, des éclats, des décollages et atterrissages de l’âme. Rien d’autre.  Ou tout autre. Pur vol et envol au plus près de ceux qui ont toujours été nos indéfectibles amours, nos brûlures jamais cicatrisées, nos passés, nos avenirs, nos sur-place, nos sursauts, nos troubles, nos incompréhensions, nos inconsolables.

Bande-annonce : Colibri 

Fiche Technique : Colibri 

Titre original Il colibrì
Réalisatrice : Francesca Archibugi
Scénaristes : Francesca Archibugi, Laura Paolucci
Avec Pierfrancesco Favino, Kasia Smutniak, Bérénice Bejo…
2 août 2023 en salle / 2h 06min / Drame
Distributeur : Paname Distribution

Synopsis du film : Début des années 70. C’est au bord de la mer que Marco Carrera rencontre pour la première fois Luisa Lattes, une belle fille un peu particulière. C’est un amour qui ne sera jamais consommé mais qui ne s’éteindra jamais. La vie conjugale de Marco se déroulera à Rome, avec Marina et leur fille Adèle. En proie à un destin sinistre qui le soumet à de terribles épreuves, Marco se retrouve à Florence. Prêt à le protéger des pires coups du destin, Daniele Carradori, psychanalyste de Marina, apprend à Marco à faire face aux changements les plus inattendus de la vie.

Note des lecteurs1 Note

5

Laura, portrait d’une femme fatale

Archétype de la femme fatale, séduisante, idéale et inaccessible, Laura sacralise l’entrée d’Otto Preminger à la Twentieth Century Fox, et donc à Hollywood. Son héroïne devient à la fois le fantasme des hommes qui s’en approchent et un double spirituel du cinéaste autrichien, qui évoque sa « seconde naissance ». Au carrefour du rêve et de la réalité, de la vie en opposition à la mort, ce mythique film noir regorge d’individus et de thématiques qui tournent à l’obsession.

Cette analyse révèle des éléments importants de l’intrigue. Il est recommandé d’avoir vu le film au préalable.

Depuis son arrivée aux États-Unis en 1935, Otto Preminger semble déterminé à mettre à profit ses talents de mise en scène, qu’il a pu perfectionner au théâtre de Josefstadt de Vienne et sous l’impulsion de Max Reinhardt (Le Songe d’une nuit d’été). Pourtant, un conflit avec Darryl F. Zanuck, vice-président de la Fox, l’a écarté des plateaux pendant près de sept ans, jusqu’à ce qu’il remplace Rouben Mamoulian dans l’adaptation du célèbre roman éponyme de Vera Caspary pour le cinéma. La ténacité du cinéaste finit par payer et ce dernier se retrouve alors maître d’exercer son art avec passion et obsession. Et, bien que Die grosse Liebe (Le Grand Amour) soit sa toute première réalisation, Preminger aime considérer Laura comme l’aboutissement d’une renaissance artistique, d’où son importance dans une riche carrière qu’il mènera d’une main de fer et d’un œil sincère.

Désirer l’absence

« Je n’oublierai jamais le week-end où Laura est morte. » Ces premiers mots succèdent à la longue attention que la caméra porte au portrait de Laura en ouverture. Il est question de redéfinir l’identité d’une femme, au-delà de l’objet de désir qu’elle représente auprès de la gent masculine et dont l’épée de Damoclès semble l’avoir décapitée pour de bon. L’œuvre s’inscrit alors rapidement dans le registre du film noir, à la croisée d’un whodunit (« qui l’a fait ? »), qui a notamment fait la renommée d’Agatha Christie, tandis qu’Alfred Hitchcock en détourne les codes. Le lieutenant McPherson (Dana Andrews) s’engage ainsi à retrouver le meurtrier de la publiciste, dont l’absence et le portrait le fascinent plus qu’il ne l’imagine. Pourtant, après avoir recueilli divers témoignages, Laura Hunt (Gene Tierney) réapparaît chez elle, extirpant l’agent de son doux sommeil.

Sans employer une coupe, Otto Preminger enchaîne un travelling avant puis arrière, à l’image d’une horloge dont la tige oscille de gauche à droite et inversement. Cela définit donc une zone de flou, un battement magique et spontané dans lequel la résurrection de Laura embrume davantage les pensées de McPherson. Rêve ou réalité, l’enquête suit son cours malgré une perte de repères et jusqu’au dénouement d’un méticuleux récit, où les hommes courent après une bête noire, aussi élégante qu’insaisissable. Telle est leur obsession, telle est la nature de leur perdition.

Désirer une image de soi

La mort de Laura est un choc pour beaucoup, mais les confessions des hommes qu’elle a pu approcher autrefois rendent sa nécrologie obsédante. Qui l’a réellement connu et de quelle manière entretient-on une relation avec cet idéal féminin ? Les hommes cherchent à définir Laura, tandis que cette dernière se bat pour exister à nouveau, non pas comme un quelconque objet de convoitise que Waldo Lydecker (Clifton Webb) collectionne ou que Shelby Carpenter (Vincent Price) affectionne naïvement. La plume journalistique du premier cité isole peu à peu Laura dans un passé nettement révolu. Le flashback évoque davantage le spectre de la femme que celle faite de chair et de sentiment. Les lignes qu’on lui donne à prononcer sont transposées de la part de Waldo, l’esprit bien trop léger pour qu’on l’écarte de tout soupçon. Vient alors le tour de Shelby, dont la beauté et les fiançailles devaient protéger l’intégrité de Laura. Il n’en est malheureusement rien, car ce dernier court après une chimère qu’il est incapable de reconnaître, incapable de dompter à sa manière. Le mariage n’est donc pas une fin en soi et c’est ce que McPherson finit par comprendre en s’imaginant comme le potentiel amant de la disparue.

Chacun de ces hommes cherchent à la façonner à leur image et finalement à la posséder pour le bon. Le portrait mural qui fascine l’enquêteur diverge dans l’esprit de Waldo, affirmant haut et fort que l’artiste n’a pas su capter la chaleur et l’âme de son épouse derrière sa toile. Bien qu’il soit conscient de sa complexité, ce dernier s’égare dans un diabolique jeu de possession. Sur ce terrain de jeu-là, c’est Waldo qui l’emporte sur Shelby, malheureusement trop puéril pour concurrencer la carence de virilité chez le chroniqueur. Seul McPherson finit par retenir l’attention de cette femme fatale, dont la silhouette est à contre-courant de l’iconisation des stars. Elle réveille l’enquêteur vêtue d’un imperméable, comme pour se mettre à l’abri d’une tempête médiatique ou de la jalousie qui s’abattrait sur elle. Inconsciemment, elle connaît sa valeur mais pas encore l’identité du meurtrier qui l’a confondue avec Diane Redfern, une femme également envieuse de Laura.

La mise à nu de Waldo lors de son témoignage était un leurre et chacun se débat pour avoir la maîtrise du récit. C’est d’ailleurs ce qui causera sa perte, car Laura s’émancipera finalement de l’image qu’il se fait d’elle et de l’image qu’il projette en elle. Cette image est la sienne et c’est ce que l’œuvre véhicule tout du long. Les hommes ne voient que le reflet de leur narcissisme ou de leur emprise sur une femme qui se caractérise d’elle-même dans la dernière partie. Ces derniers finissent par se faire face dans le même plan, au bout de plusieurs travellings qui dramatisent leur longue chute.

McPherson sait alors qu’il ne court plus après une illusion, mais après ses rivaux. Waldo se démasque ainsi lui-même lorsqu’il sent son cher et tendre amour le quitter pour de bon. Dans un acte désespéré, son baiser du scorpion se retourne contre lui, où il détruit l’horloge, arrêtant ainsi le temps et tout espoir de renouer avec celle qu’il regarde enfin comme une femme libérée de ses chaînes. Waldo déclare alors dans son dernier souffle que Laura constituait la meilleure partie de lui-même. Toute sa tragédie réside donc là, dans un acte romantique qu’il n’a pas pu satisfaire et qui l’a conduit dans une spirale de déni. L’ultime travelling symbolise tout cela avec une héroïne intenable, qui fuit le champ de la caméra où elle était constamment mise en danger. Otto Preminger ouvre ainsi les portes de son cinéma vers l’honnêteté, prolongement parfait d’une obsession qu’il boucle en partie en nous montrant la mort de l’orgueil.

 

Punch-Drunk Love : les ailes de l’amour

Une pierre, deux coups. Ce serait sans doute l’adage approprié pour Punch-Drunk Love, une cerise sur un gâteau sucré que l’on a immédiatement envie de dévorer. Audacieux dans sa forme, ingénieux dans son insolence, c’est bien Paul Thomas Anderson aux commandes d’une œuvre aussi réjouissante que radieuse, à l’image de ses personnages candides. Vaut-il encore la peine de courir après cette comédie romantique âgée de 20 ans ?

Synopsis : Barry, un entrepreneur étouffé depuis tout petit par ses sept sœurs, sent un souffle nouveau lorsque la collègue d’une d’entre elles, Lena, vient à sa rencontre. Mais, au même moment, une call-girl, qu’il avait appelée pour essayer d’échapper à sa solitude, le piège. Pour la première fois, il va prendre sa vie en main.

Paul Thomas Anderson est à l’aube d’un cinéma narratif renouvelé, mêlant étroitement la fureur du quotidien californien et les pulsions, toujours plus puissantes et sincères au crépuscule de l’émancipation. Il sera bien question de cela dans ce récit merveilleux, teinté de filtres colorés et de lens flare, renvoyant directement à un imaginaire féerique. Toutefois, si l’on ne peut pleinement caractériser ce Los Angeles des années 90 avec ce format fantasmé, nous y trouverons du vrai à mi-chemin de cette réalité. Après avoir miser gros dans Hard Eight, nous avoir immergé dans le monde de la nuit californienne dans Boogie Nights et bouleverser nos cœurs dans le film choral Magnolia, le cinéaste se tourne pour la première fois vers la comédie et à la Jacques Tati. Autant dire qu’il y avait de quoi susciter de la curiosité sur la Croisette ou ailleurs, sachant qu’il en profitera pour expérimenter un montage toujours sensoriel, mais plus expressif.

Passionnément, à la folie

Ce qui constitue une bonne comédie romantique avec son lot de personnages secondaires, qui entravent l’ascension du héros, c’est bien sûr son parcours atypique et sa vulnérabilité hors norme. Adam Sandler, que l’on pourrait aisément le cataloguer dans un registre limité, est invité à la retenue, jusqu’à ce qu’il renoue avec les archétypes qu’il a déjà campé et qu’il n’invente donc rien aux côtés d’Anderson. Il incarne un Barry Egan, qui vit dans la promesse du rêve américain, chose qui tient de l’absurde sachant le chaos qui sévit en hors-champ. Mais le cinéaste ne s’y penche pas plus que cela et préfère accompagner cet auto-entrepreneur rêveur et obsédé par des coupons de voyage. Il les collectionne, sans forcément les convoiter et c’est là toute la problématique d’un homme qui cherche désespérément un éveil émotionnel dans sa vie monotone.

Seul dans un local, isolé de la lumière extérieure et de toute interaction, il voit alors un harmonium apparaître devant lui comme un oiseau tombé du ciel. Il va apprendre à l’accepter, le réparer et à l’aimer. Toutefois, il serait fastidieux de croire que ce sera de tout repos pour ses nerfs, déjà instables. Harcelé par pas moins de sept sœurs, tantôt protectrices tantôt dictatrices, il se cache tant bien que mal dans un confort discret, où il est rapidement amené à succomber à l’appel d’une arnaque et à l’arrivée de l’angélique Lena Leonard, interprétée par Emily Watson. Ce sont deux faits qui n’ont rien d’une coïncidence, mais qui élaborent une trajectoire sans retour pour Barry. C’est vers la maturité qu’il s’avance, d’un air incertain, mais convaincu de sa bienveillance. Mais il y aura également un aspect violent, afin de remonter aussi vite une pente, où les engueulades peuvent s’enchaîner avec un Philip Seymour Hoffman, maître d’un château-fort en coton.

On revient alors aux sources d’une aventure fascinante, ponctuée par la mise en scène magistrale, fluide et rythmée du réalisateur. La caméra flotte sur de longs travellings, comme s’il fallait accrocher les personnages bipolaires, qui ne peuvent se défaire du cadre imposé. Ils auront beau courir et se débattre dans tous les sens, ils se feront toujours rattraper au prochain virage. Punch-Drunk Love conte ainsi cette fuite effrénée vers de pures émotions, dégagées par des protagonistes amoureux et générées par un auteur qui l’est, sans concession.

Une ressortie romantique qu’il convient de (re)découvrir au plus vite !

Bande-annonce : Punch-Drunk Love

Fiche technique : Punch-Drunk Love

Réalisation & Scénario : Paul Thomas Anderson
Photographie : Robert Elswit
Décors : Sue Chan
Costumes : Mark Bridges
Montage : Leslie Jones
Musique : Jon Brion
Production : Columbia Pctures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Ciné Sorbonne
Durée : 1h35
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 22 janvier 2003
Date de reprise : 9 août 2023

Punch-Drunk Love : les ailes de l’amour
Note des lecteurs0 Note

4