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Deauville 2023 : critique de Joika, palmarès & cérémonie de clôture du festival

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Ce samedi 9 septembre a marqué la fin du 49ème Festival du cinéma américain de Deauville. Une édition singulière, sur fond de grève hollywoodienne, où la relative désertion du tapis rouge n’a pas empêché de célébrer le septième art. Qu’il s’agisse de la compétition, des avant-premières ou des documentaires, les films se sont distingués cette année par leurs variétés et leurs richesses. LaRoy, l’exceptionnel thriller à l’humour noir de Shane Atkinson, sort grand vainqueur du Festival, clôturé par le film de danse Joika.

Un regard sur le monde américain, voilà ce que propose la sélection du Festival du Deauville. Pendant dix jours, les jurys et les spectateurs progressent, comme Lilian dans The Sweet east, au sein d’une succession de tableaux qui, au fil des films, brosse le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui. Une Amérique faisant face au deuil, à la douleur (The Graduates, Manodrome), à l’immigration (Past lives, Fremont), à l’acceptation et l’affirmation sexuelles (Aristote et Dante découvrent l’univers, La vie selon Ann, Summer Solstice), ou encore à ses propres démons (I.S.S., Blood for Dust, Laroy). Mais aussi une Amérique en quête de vérité (Cold Copy) et d’amour (Wayward, Runner, Fremont).

Notre top – palmarès

Après ces dix jours intenses de festival, il est l’heure de revenir sur nos films coups de cœur de la compétition, accompagné du Palmarès :

1. Laroy – Prix du public, Prix de la critique, Grand Prix du Festival de Deauville

Laroy, premier film de Shane Atkinson, a vraiment fait mouche. Ce thriller jouissif, inventif et drôle, dans la lignée du cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino, a réussi la très rare prouesse de mettre d’accord, ou plutôt à terre, spectateurs, journalistes et membres du jury. Si la distribution du film n’était pas programmée avant le Festival, ARP vient d’annoncer que Laroy, fort de son succès, sortira dans les salles françaises au mois d’avril.

2. Past lives, nos vies passées

Past lives, drame touchant et soigné filmé entre Séoul et New-York, sort malheureusement bredouille du Festival. Ce film romantique empreint de poésie relate la relation complexe de deux amis d’enfance, séparés et réunis par le destin, qui se retrouvent et se redécouvrent en jeunes diplômés puis en adultes. Tout en sensibilité et avec un humour bien dosé, il montre que parfois, le fait d’être ensemble est moins question d’émotions que de timing de vie. Past Lives sortira en salles le 13 décembre.

3. The Sweet East – Prix de la Révélation, Prix du jury

The Sweet East de Sean Price Williams a convaincu les deux jurys du Festival en remportant le Prix de la Révélation et le Prix du jury. Il trace le parcours initiatique, sous la forme d’un conte fantastique, d’une lycéenne curieuse en quête d’aventures. Comme Alice aux pays des merveilles, la jeune fille découvre derrière le miroir un monde invisible et mystérieux. Le premier long-métrage de Sean Price Williams nous offre ainsi une belle virée onirique au cœur de l’Amérique profonde.

4. Fremont – Prix du jury

Fremont, réalisé par Babak Jalali, dresse le portrait en noir et blanc d’une jeune réfugiée afghane travaillant dans une fabrique de fortunes cookies. Ce drame traite avec humour et fantaisie de la solitude et de l’immigration, sous l’inspiration du cinéma de Jim Jarmusch et d’Aki Kaurismäki. Fremont, film touchant et un peu décalé, sortira au cinéma le 6 décembre 2023.

5. Cold Copy

Cold Copy de Roxine Helberg questionne notre regard sur la vérité sous la forme d’un thriller d’investigation où s’affrontent une jeune étudiante en journalisme et une célèbre présentatrice. Avec des accents de Le diable s’habille en Prada, Cold Copy met en place un puissant rapport de force entre deux figures féminines au caractère bien trempé, magnifiquement interprétées par Bel Powley et Tracee Ellis Ross.

La cérémonie de clôture : « kif » et « participatif » avant tout

Après la remise du Prix d’Ornano-Valententi à Rien à perdre de Delphine Deloget, le maire de Deauville, Philippe Augier, est entré en scène. Il a annoncé le Prix du public pour LaRoy en rappelant le caractère « participatif » du Festival. En effet, Deauville propose à ses spectateurs de noter et voter pour leurs films favoris, offrant ainsi la possibilité à un autre réalisateur de se faire remarquer. Un prix du cœur, de la popularité, qui permet à chacun de devenir un acteur du Festival.

Le jury de la Critique, composé de journalistes, a succédé au maire. Partagé entre quatre films, le jury a précisé avoir choisi « le kif », « le plaisir » et a rejoint l’avis du public en récompensant LaRoy.

Le jury de la compétition, présidé par Guillaume Canet, termine la soirée dans une ambiance un peu « colonie de vacances ». Nous ne reviendrons pas sur la décision un peu polémique du jury de ne pas assister à la présentation des films par les réalisateurs, sous le prétexte étonnant de ne pas être « influencé », à l’heure où seuls quelques rares cinéastes ont fait l’effort de venir fouler le tapis rouge. Si même le jury ne les écoute pas, on peut en effet questionner l’intérêt du voyage…

C’est avec les larmes émouvantes de Shane Atkinson, ovationné pour Laroy, que s’est finalement clôturé le Festival de Deauville. La 50ème édition, qui se tiendra du 6 au 15 octobre 2024, promet déjà de belles célébrations.

Film de clôture : Joika, l’art du sacrifice

Avec Joika, James Napier Robertson signe un très beau film de danse tiré d’une histoire vraie. En prenant le contrepied de Black Swan, dernier film marquant sur le ballet, le réalisateur choisit la sincérité et le réalisme. Porté par deux magnifiques actrices, Talia Ryder et Diane Kruger, Joika montre les sacrifices exigés par l’art de la danse tout en mettant l’accent sur le système patriotique et corrompu du Bolchoï.

Joy Womack, une jeune danseuse américaine de quinze ans, n’a qu’un rêve : intégrer le Bolchoï et ses danseuses étoiles légendaires. Première américaine acceptée à l’Académie du Bolchoï, elle quitte le Texas pour s’installer à Moscou. Mise au ban du groupe par ses origines, Joy doit affronter les exigences d’une enseignante, la concurrence russe et surtout un milieu qui la rejette sans la connaître.

Chaussons de verre

Mise à l’épreuve dès son arrivée, Joy n’a pas le droit à l’erreur. Déterminée à prouver qu’elle peut faire aussi bien et même mieux que les danseuses russes, elle s’entraîne avec acharnement. Crainte par ses camarades, qui commencent à percevoir en elle une menace, Joy doit également faire face à des trahisons et des coups bas, notamment le classique verre pilé au fond des chaussons. A l’annonce d’un casting pour le rôle de Paquita, Joy n’envisage même pas d’échouer. Elle pousse alors son corps et son esprit jusqu’à ses limites, au risque de devenir quelqu’un d’autre.

Joika offre ainsi de belles séquences de danse classique, filmés avec un certain réalisme. Il présente avec authenticité le portrait d’une jeune artiste prête à réaliser tous les sacrifices pour réaliser son rêve. Cependant, après avoir tant donné pour l’intégrer, Joy quitte le Bolchoi en 2013.

Le Bolchoï, rêve américain ?

Joika donne à voir un système d’enseignement pro-russe et corrompu. Un milieu dans lequel une américaine, aussi douée soit-elle, ne pourra jamais figurer en tête d’affiche, et où des sponsors exigent le pire en échange de premiers rôles. Lorsqu’elle dénonce cette réalité, Joika devient « une traîtresse », une danseuse à abattre. Si le parcours de cette jeune femme, aujourd’hui danseuse étoile, reste exemplaire, pas sûr qu’il incite les américaines à suivre la voie du Bolchoï, d’autant plus dans le contexte actuel.

Entre drame et réalité, Joika clôt avec classe, sur un beau pas de deux, le Festival de Deauville 2023. Espérons que l’année prochaine, les stars hollywoodiennes reviendront danser en Normandie, sous le feu des projecteurs.

Joika – fiche technique

Réalisation : James Napier Robertson
Scénario : James Napier Robertson
Interprétation : Talia Ryder (Joy Womack), Diane Kruger, Oleg Ivenko (Nik), Natasha Alderslade…
Montage : Chris Plummer
Photographie : Tomasz Naumiuk
Producteurs : James Napier Robertson, Paul Green, Paula Munoz Vega, Laurie Ross
Sociétés de production : Anonymous content
Durée : 1h50
Genre : drame, historique
Date de sortie : prochainement

Joika – bande-annonce

Les Fantômes du Titanic : les larmes de l’océan

Plus d’un siècle après le naufrage du RMS Titanic, que reste-t-il à remonter de cette épave ? Que peuvent bien raconter les fantômes qui sommeillent à son bord ? 20 ans après la mise en boîte de ce documentaire, les images de James Cameron continuent de fasciner et d’interroger cette fatalité qui a foudroyé le monde en l’espace d’une nuit.

Synopsis : James Cameron et son équipe de scientifiques sont de retour pour filmer le Titanic, cette fois-ci équipés de caméras haute définitions pour une sortie en Imax et 35mm 3D.

Si le récit de Rose DeWitt Bukater et Jack Dawson à bord d’un célèbre paquebot vous a bouleversé, il n’existe qu’en surface de cette eau glaciale de l’Atlantique Nord qui a emporté 1500 passagers dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Inutile de tergiverser trop longtemps autour du succès planétaire qu’est Titanic de James Cameron. La papa d’Abyss ne s’arrête pas au naufrage d’une société dont la hiérarchie verticale est le miroir du monde, où l’eau devient un élément aussi destructeur que les flammes de La Tour infernale de John Guillermin. Cette fausse idée d’une Arche de Noé qui tente d’atteindre la Statue de la Liberté a permis au cinéaste de rendre à l’océan cette création humaine, dont l’orgueil a causé sa perte.

2000 pieds sous l’océan

Retrouvé le 1er septembre 1985 par le scientifique de l’US Navy, Robert Duane Ballard, l’épave qui se désagrège devient l’objet de curiosités et de convoitises des historiens, de scientifiques et de cinéastes. Accompagné de son fidèle ami et acteur Bill Paxton, le réalisateur canadien nous embarque à bord des sous-marins soviétiques de type Mir, qui ont également été utilisés dans son documentaire Expédition : Bismarck sur un cuirassé allemand de la Seconde Guerre mondiale, sorti en 2002, soit un an avant l’exploration du paquebot de la White Star Line. L’oxygène est un enjeu crucial au même titre que l’isolation des sous-marins d’exploration. La pression et le silence des profondeurs guettent le visage inquiet de Paxton, qui se considèrerait presque en train de voyager dans un cercueil. Mais à l’approche des 4000 mètres de profondeur, le sommeil du RMS Titanic a cessé et l’imaginaire du cinéaste offre un second souffle à l’épave.

Cameron et son équipe ne pouvaient espérer mieux comme musée des souvenirs. Une fois à l’intérieur du cadavre du plus grand paquebot du début du XXe siècle, Cameron explore pièce par pièce, compartiment après compartiment, en recoupant avec des images d’archives et de reconstitution en modèle 3D, et allant jusqu’à superposer des plans de son film. Il est évident que ce voyage constituait autrefois son storyboard, ainsi que son péché mignon pour les souvenirs qu’il tente de restituer. Son regard et ses caméras portent une attention particulière à l’architecture du navire et aux personnes qui ont traversé ces lieux, et qui les hantent encore. Des salles de réception aux moteurs géants qui font tourner les hélices, les deux parties du paquebot sont réunies dans un élan nostalgique et mélancolique.

Malgré tout, ce documentaire n’épargne pas quelques moments de flottement dans cette excursion, qui cherche à dépasser la fiction. Les débats sur les scénarios du naufrage sont tout aussi passionnants que le fait d’évoquer le développement des nouvelles technologies mises en place, afin de capter de somptueuses images. Le 70mm est à l’honneur et les marins ont un cours accéléré sur le cadrage, alors qu’ils pilotent de petits véhicules ROVs à distance. Ainsi, les séquences se situent quelque part entre le fantasme de renouer avec le passé et le cauchemar de revivre une tragédie similaire. Les adeptes de la plongée au cœur de l’inconnu seront servis, mais d’autres pourraient malheureusement se noyer sur le même chemin.

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2003, Les Fantômes du Titanic a su remonter le témoignage de toute une nuit glaciale à la surface, entre les déchirures sociales et culturelles qui séparaient les passagers. L’émotion que l’on éprouve avec ces images va également de pair avec une date clé qui précède la fin de l’exploration, le jour du 11 semptembre 2001, où les États-Unis sombrent collectivement dans un naufrage similaire. Après cela, il n’est pas étonnant que Cameron convoque ce drame dans son Avatar, où l’Arbre-Maison est abattu par une meute enragée venue des cieux. Bien que ce fait soit finalement hors-sujet à l’expédition qui nous préoccupe, poussant davantage la mécanique larmoyante, le cinéaste a néanmoins la bienveillance de laisser ses pensées à l’endroit même où le Titanic a rejoint les abysses.

Bande-annonce : Les Fantômes du Titanic

Fiche technique : Les Fantômes du Titanic

Titre original : Ghosts of the Abyss
Réalisation : James Cameron
Photographie : Vince Pace
Montage : David C. Cook, Ed W. Marsh, Sven Pape, John Refoua
Décors : Martin Laing
Musique : Joel McNeely
Production : Earthship Productions, Walden Media, Walt Disney Pictures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : UGC Fox Distribution
Durée : 1h01 (version longue : 1h30)
Genre : Documentaire
Date de sortie : 10 septembre 2003

Toni, en famille : entre amour et émancipation

3.5

Toni, en famille est le second film de Nathan Ambrosioni. Le jeune réalisateur esquisse le portrait de Toni, mère veuve de cinq enfants qui désire reprendre des études. Une histoire jamais misérabiliste, faite de petites touches successives où Nathan Ambrosioni déploie son talent, autant dans les scènes de groupe que dans les séquences sur chaque personnage de la fratrie. Le casting est époustouflant, mené par Camille Cottin, parfaite dans un rôle écrit pour elle.

Tout sur ma mère 

Toni pourrait être l’héroïne d’un Jeanne Dielman revisité (prostitution mise à part, puisque Toni est chanteuse). Sa vie à elle aussi est rythmée par des tâches quotidiennes, une routine à laquelle elle ne peut échapper. Mère de cinq enfants tous ados, dont deux sont prêts à quitter le nid (les autres suivront dans les six ans à venir), Toni vit autant pour eux qu’avec eux. Elle vit également sur les restes d’une gloire passée dans un télécrochet musical. Pourtant, Toni n’a plus très envie de chanter, même si on lui dit que ceux qui chantent le font toute leur vie, ce n’est pas ce qu’elle désire. Pas plus qu’elle ne souhaite qu’être la mère de ses enfants. La question de son amour pour eux ne se pose pas, à aucun moment. Pourtant, elle veut se réinventer à l’aube de leur départ, surtout parce qu’ils ont grandi et qu’elle n’a pas vu la vie passer. Loin d’être misérabiliste, Nathan Ambrosioni regarde évoluer le personnage seule ou au milieu des siens. Il filme d’abord son périple (pourtant quasi immobile depuis sa voiture) pour récupérer ses cinq enfants sur un parking. Sa voiture est un peu capricieuse, les gens qui l’entourent aussi, et surtout ses enfants ne sont pas très contents de partager leur espace, leur temps avec tous ces frères et sœurs. Pourtant, la joyeuse troupe s’acclimate. Au fond d’elle cependant, Toni se sent l’âme d’une enseignante. Elle cherche le moment de le dire à ses enfants. Elle cherche à savoir aussi comment reprendre le fil interrompu de ses études.

C’est alors que se met en place la mise en scène de soi au sein de la famille. Toni se promène avec un phrasé inimitable et un certain détachement emprunt d’autorité. Ce personnage doit beaucoup à l’interprétation de Camille Cottin, qui ne lorgne ni du côté de la mère courage (trop galvaudée), ni de celui de la mère démissionnaire. Camille est simplement Toni. À côté d’elle, les jeunes acteurs rendent très crédible cette famille où chacun tente d’exister. Entre les moments de groupes – de la première scène en passant par une virée en voiture sur l’air du tube qui a rendu Toni célèbre – et les moments plus individuels où chacun s’exprime, l’écriture est la plus sincère et exacte possible. Nathan Ambrosioni y ajoute une touche d’humour. Dans cette mise en scène de soi, il filme le coming out du plus grand fils de la famille, moment qu’il voulait spectaculaire pour les abonnés de son vlog et qui s’avèrera anecdotique pour les siens : « d’accord », répond Toni à son fils qui annonce « je suis gay ».

Dans la famille que filme Nathan Ambrosioni, tout est à la fois léger et grave, rien n’est jamais vraiment dramatique (ou presque). La figure du père est peu présente, elle pèse pourtant dans l’esprit de Timothée, en pleine crise d’ado, qui cherche surtout à exister, être entendu. Là encore Toni se révèle dans sa relation à ce fils en souffrance, sans être ni invasive, ni laxiste. Déjà dans Les Drapeaux de papier, qui explorait la relation entre un frère et une sœur, la direction d’acteurs était remarquable. Ici, elle l’est d’autant plus que chacun existe au milieu de ce groupe indistinct qu’on appelle la famille. Et chacun existe avec intelligence et justesse, avec ce qu’il faut d’espace autant dans le champ de la caméra, qu’au sein de l’histoire. Le parcours de Toni en est sublimé : entre les remarques de ses enfants sur son âge, sa mère qui la rêve encore star, et pôle emploi qui la voit aide-soignante, elle poursuit son chemin. Autour d’elle, des ados formidables, et elle alors, a-t-elle le droit de se réinventer ?

Raconter le quotidien entre doutes, rires, disputes et conversations croisées tout en rendant chacun attachant et crédible, c’est le pari réussi de Toni, en famille. Quand Toni devient une silhouette parmi les étudiants, on se plait à y croire, sans que cela soit pourtant encore fait. « Toni m’intéresse car son statut social fait d’elle une réelle héroïne et une héroïne du réel. Elle se rend compte de façon très simple qu’être mère c’est fabuleux, mais c’est aussi une condition frappée par une obsolescence programmée, celle du jour où son dernier enfant quittera la maison » (voir le dossier de presse du film). Un point de départ tout simple que Nathan Ambrosioni rend solaire à chaque instant en véritable touche-à-tout (montage, écriture, réalisation) à la maturité impressionnante. Pas étonnant que Mommy de Xavier Dolan ait été pour ce réalisateur un véritable choc.

Toni, en famille : Bande annonce

Toni, en famille : Fiche technique

Synopsis : Antonia, dite Toni, élève seule ses cinq enfants. Un job à plein temps. Elle chante aussi le soir, dans des bars, car il faut bien nourrir sa famille. Toni a du talent. Elle a enregistré un single qui a cartonné. Mais ça, c’était il y a 20 ans. Aujourd’hui ses deux aînés s’apprêtent à rejoindre l’université. Alors Toni s’interroge : que fera-t-elle quand toute sa progéniture aura quitté le foyer ? À 43 ans, est-il encore temps de reprendre sa vie en main ?

Réalisation, scénario, montage : Nathan Ambrosioni
Interprètes : Camille Cottin, Léa Lopez, Thomas Gioria, Louise Labeque, Oscar Pauleau, Juliane Lepoureau
Photographie : Raphaël Vandenbusscbhe
Production : Chi-fou-mi Productions
Distributeur : Studio Canal
Durée : 1h36
Date de sortie : 6 septembre 2023
Genre : comédie dramatique

Festival de Deauville 2023 : Fremont, itinéraire d’une afghane isolée

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Quatrième long-métrage de Babak Jalali, Fremont, sélectionné en compétition au Festival de Deauville 2023, retrace le parcours d’une jeune réfugiée afghane. À travers ce portrait filmé en noir et blanc, le drame traite avec humour et fantaisie de l’immigration et de la solitude.

Donya, vingt ans, a émigré aux États-Unis et travaille à San Francisco dans une fabrique artisanale de fortune cookies. Ancienne traductrice pour l’armée américaine, elle débarque dans un pays étranger où elle se retrouve presque seule au monde. Donya passe ainsi ses journées à l’usine et ses soirées dans un bar à regarder la télévision. Lorsque son patron lui propose de rédiger les énigmatiques messages des cookies, Donya saisit l’occasion pour lancer une bouteille à la mer en communiquant son numéro. Elle ouvre ainsi la porte au destin pour transformer son existence fade et solitaire. Autre hasard, Babak Jalali a présenté Fremont le jour même de son anniversaire, en offrant au public le produit phare de la promotion du film, les fameux biscuits croustillants en forme de lune. Un signe de bonne augure ? 

L’immigré et Croc-Blanc

En échangeant avec son psychiatre, Donya apprend l’histoire de Croc-Blanc, illustre roman de l’américain Jack London. Ce chien-loup, différent des autres et né dans la nature, doit lutter pour sa survie et affronter le monde des hommes. Battu, il devient un combattant enragé avant d’être recueilli par deux nouveaux maîtres généreux, qui lui apprennent la confiance et l’amitié. Donya, peu loquace, compare sa propre existence à celle de Croc-Blanc.

À l’image de ce chien-loup, elle a été rejetée pour sa singularité, en l’occurrence son statut de femme au sein de l’armée américaine. De la même manière que lui, elle a dû s’enfuir pour rester en vie. En effet, Donya affirme qu’elle n’a jamais perçu les États-Unis comme une opportunité, un rêve américain, mais simplement comme une porte de sortie. Mais la suite de l’histoire de Donya reste à écrire. Seule, elle n’a pas encore trouvé la sérénité ni l’amour. Elle peine à dormir et demande au docteur des somnifères.

Fremont ne traite cependant pas ce récit de façon triste et dramatique. Il ajoute de l’humour tiré du caractère extravagant de certaines situations, notamment les scènes de rendez-vous avec le docteur Anthony. Le psychologue, à l’opposé d’une Donya d’apparence impassible, montre des émotions démesurées. Il s’amuse à rédiger quelques textes des fortune cookies et conseille à Donya d’utiliser cet emploi pour réaliser une sorte de travail sur elle-même. Toutefois, Donya, qui a laissé toute sa famille derrière elle, a surtout besoin de compagnie. Sa thérapie personnelle  consiste donc à confier au destin une rencontre qui pourrait bien changer sa vie. 

Le marche du cerf solitaire

Au cours de son aventure, Donya trouve de manière inattendue un cerf blanc. Cet animal, qui symbolise communément la spiritualité, l’harmonie, la fertilité et la régénération, révèle que la jeune femme entre en phase d’évolution. La pureté du cerf annonce-t-il la résilience de la jeune afghane ? Réponse en salles le 6 décembre 2023.

Babak Jalali, déjà connu pour le western Land sélectionné au Festival du film de Berlin 2018, cite d’ailleurs dans ses influences le cinéma de Jim Jarmusch, mais aussi d’Aki Kaurismäki, dont Les Feuilles mortes a remporté le Prix du jury au Festival de Cannes 2023. Incontestablement, on retrouve dans Fremont une part de l’imagination, des histoires sincères mais un peu décalées de ces deux grands réalisateurs. Ce beau drame fait partie des bonnes surprises du Festival de Deauville 2023, dont le palmarès sera annoncé en début de soirée. 

Fremont : Bande-annonce

Fremont : Fiche technique

Réalisation : Babak Jalali
Scénario : Carolina Cavalli, Babk Jalali
Interprétation : Anaita Wali Zada (Donya), Gregg Turkington (Dr Anthony), Jeremy Allen White (Daniel), Hilda Schmelling (Joanna)…
Montage : Babak Jalali
Photographie : Laura Valladao
Producteurs : Marjaneh Moghimi, Sudnya Shroff, Rachael Fung, George Rush, Chris Martin, Laura Wagner
Sociétés de distribution : Memento international, JHR Films
Durée : 1h44
Genre : drame
Date de sortie : 6 décembre 2023

Un Automne à Great Yarmouth : écartèlements

Le réalisateur portugais Marco Martins nous livre, avec Un Automne à Great Yarmouth, un sixième long-métrage complexe et fascinant, qui entrecroise avec art les intrigues et les genres cinématographiques.

Great Yarmouth est une station balnéaire du comté de Norfolk, ouvrant sur la mer du Nord au sud-est de l’Angleterre, et autrefois très courue par la classe moyenne britannique. De fait, le titre, Un Automne à Great Yarmouth, pourrait laisser entrevoir une villégiature d’arrière-saison. Mais Marco Martins, également au scénario avec Ricardo Adolfo et au montage avec Karen Harley et Mariana Gaivão, n’est pas un homme monolithique. L’affiche, avec ses tons bleutés de climat glacial et le visage grave de l’actrice principale, Beatriz Batarda, vue de profil, dément les promesses du titre et prépare à un « automne » qui n’aura rien d’une partie de plaisir. L’ouverture, dans les marais avoisinants, et qui superpose la voix le plus souvent off d’une sorte de garde-champêtre étique aux images magnifiques, mais hivernales en diable, de João Ribeiro, éveille des échos du renversant La Isla mínima (2014), d’Alberto Rodriguez, dans une version septentrionale et brumeuse, mais non moins dépouillée.

Avec un sens remarquable de la progression scénaristique, le réalisateur portugais entrecroise ainsi différents fils, mêlant du même coup plusieurs genres cinématographiques, en un affranchissement de toute catégorisation qui ne manque pas de panache. Un premier fil serait de nature presque documentaire, prolongeant les recherches que Marco Martins avait dû mener pour la réalisation de son précédent film, Saint Georges (2016), et porte sur la transformation qu’a subie Great Yarmouth du fait de son industrialisation, et plus encore depuis 2009. Il se centre ici sur une usine de volailles ayant nécessité le recours à de nombreux ouvriers portugais, exportés par cars entiers et logés plus que sommairement, entassés à trois par chambre. Malgré cette exploitation humaine et le sous-paiement d’ouvriers dénués du moindre recours, même en cas de blessure, l’usine sera contrainte à la fermeture, ce qui offrira l’occasion paradoxale de très beaux plans presque fantastiques sur ces lieux de souffrance animale à présent désertés, abandonnés à leurs ustensiles désormais sans objet

Un second fil, la trame fictionnelle essentielle, s’organise autour de l’héroïne, Tânia, incarnée, donc, avec une sensibilité à vif par Beatriz Batarda : portugaise également, elle est, comme l’appellent les ouvriers, « la mère des Portugais », dans la mesure où elle les accueille, les héberge, les prépare à ce qui les attend et leur sert d’interprète. Mais elle est elle-même écartelée entre ses origines, qui la rendent par instinct solidaire de ceux qu’elle exploite, et la pression exercée par son époux, britannique, Richard, l’excellent Kris Hitchen déjà aperçu chez Ken Loach (Sorry We Missed You, 2019), qui l’exhorte à toujours plus de dureté. Autre axe d’écartèlement, les deux langues entre lesquelles elle navigue, le portugais qu’elle pratique avec ses « protégés » de moins en moins dupes, et l’anglais, dont elle tente de s’imprégner à grands renforts d’écouteurs dans les oreilles, lui diffusant les phrases clés qu’elle rêve d’adresser à d’autres victimes : les vieillards britanniques auxquels elle proposerait à prix d’or son bâtiment actuel entièrement rénové. Nouvelle distorsion, cette fois entre la vie menée et la vie rêvée. Autre écartèlement, cette fois sentimental, relavant de ce que son mari nomme « des cachotteries » : son lien secret avec un Portugais, Raúl (Romeu Rona, excellent lui aussi, dans un rôle pourtant inconfortable) ; un écart bientôt redoublé par un autre écart, provoqué par l’arrivée de Carlos (Nuno Lopes, acteur intense, auquel le réalisateur se montre fidèle), à qui Tânia se met à vouer une passion irrépressible… Figure éminemment complexe que cette Tânia, chargée de ballots et de rêves, tirant et domptant constamment sa chevelure, tout comme elle doit tirer et dompter constamment ses sentiments et ses émotions.

L’intrigue se trouvant déjà dotée d’une belle richesse, Marco Martins aurait pu s’en tenir à ces aspects, suffisamment divers. Mais, on l’a dit, l’homme n’est pas avare de biens. Présent en réalité depuis les premières étapes, surgit un troisième fil, révélé par les ultimes scènes, et qui confère à cette fiction des allures de film de vengeance. Si l’on est loin des règlements de comptes éclatants, à grands coups de révolvers, la vengeance, toute discrète, subtile et larvée qu’elle soit, n’en est pas moins terrible. Le tout conduit dans les tons bleutés et morts annoncés par l’affiche. Le personnage de Carlos apporte bien, par moments, quelques touches plus chaleureuses, mais les bleus réfrigérés reprendront le dessus.

Marco Martins signe là un film troublant, fascinant, peut-être déroutant par son intrication des genres, mais qui démontre de façon imparable à quel point l’inhumanité – fût-elle limitée au terrain social, au début – ne peut qu’engendrer encore davantage d’inhumanité, contaminant et gangrénant l’ensemble de la scène humaine.

Synopsis du film : Octobre 2019, en Grande-Bretagne, trois mois avant le Brexit. Tânia organise le travail, transport et logement des travailleurs immigrés portugais de l’usine de volailles de Great Yarmouth, dans le Norfolk. Flottant dans un monde où les bâtiments sont délabrés et les conditions de travail des ouvriers à l’abattoir particulièrement dures, Tânia apprend l’anglais en rêvant d’ouvrir un jour un hôtel pour y accueillir les touristes du troisième âge.

Bande-annonce : Un Automne à Great Yarmouth

Fiche Technique : Un Automne à Great Yarmouth

Titre original Great Yarmouth: Provisional Figures
De Marco Martins
Par Marco Martins, Ricardo Adolfo
Avec Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Kris Hitchen
6 septembre 2023 en salle / 1h 53min / Drame
Distributeur : Damned Distribution

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4

Le Ciel rouge, de Christian Petzold : itinéraire d’un homme tourmenté

Le Ciel rouge, de  Christian Petzold, est peut-être le deuxième film d’une nouvelle trilogie, sur les éléments cette fois, à la suite d’autres trilogies émaillant son œuvre. Après l’eau de Ondine, le feu couve ici, puis explose dans la nature et dans le cœur des hommes, avec le regard toujours acéré du cinéaste.

Synopsis :  Une petite maison de vacances au bord de la mer Baltique. Les journées sont chaudes et il n’a pas plu depuis des semaines. Quatre jeunes gens se réunissent, des amis anciens et nouveaux. Les forêts desséchées qui les entourent commencent à s’enflammer, tout comme leurs émotions.

Le cinéaste allemand Christian Petzold nous comble souvent. C’était le cas avec des films comme Barbara, Phoenix ou Ondine ; c’est encore le cas avec Le Ciel rouge, un film dans la droite lignée de ce qu’il sait si bien faire : une histoire minimaliste, un drame en toile de fond (ici, les incendies de forêt, et son corollaire le réchauffement climatique), des acteurs avec une forte présence, ou encore une fluidité d’image due à une collaboration de plus de 30 ans avec son directeur de la photographie Hans Fromm.

Labellisé un peu rapidement film d’été, Le Ciel rouge est en réalité nourri de bien plus de dimensions. Il est vrai que le choix de la mer Baltique, tout au nord de l’Allemagne, apporte immédiatement cette atmosphère estivale un peu saturée, qui caractérise certains films dits d’été, évanescents, à la Rohmer. Entre parenthèses, ce choix, qui se porte plus précisément sur l’ancienne partie est-allemande de la côte, est également un des marqueurs du cinéaste. Ce dernier n’oublie jamais de parler de son Allemagne chérie sous un aspect ou un autre, ici un hommage à la RDA avec le choix de ce Land, l’évocation de Uwe Johnson, un écrivain transfuge de l’Est, ou une petite raillerie sur la propension des anciens est-allemands à adopter des prénoms américains à l’écriture hasardeuse (il y a un Devid dans le film), cette Amérique qui nourrissait leurs rêves.

Le film commence avec des accents pseudo-horrifiques. Leon  (Thomas Schubert) et Felix (Langston Uibel) traversent une forêt sombre et silencieuse dans une Mercedes rouge. Felix, le conducteur, annonce que quelque chose ne tourne pas rond. Son voisin endormi se réveille en sursaut, passablement ennuyé. Le moteur explose, et en dernier recours, Felix se propose d’aller en reconnaissance trouver un raccourci à travers la forêt vers leur destination, une maison de vacances isolée appartenant à ses parents. Il revient, les personnages emportent  leurs bagages sur les épaules, l’un en sautillant presque (Felix), l’autre en bougonnant (Leon).

Mais le cinéaste met vite de côté ces marqueurs de films d’horreur pour entrer dans le vif du sujet. Leon et Felix veulent s’isoler ici quelques temps pour avancer dans leur projet respectif : le premier termine son deuxième roman, d’une manière acharnée mais paradoxalement peu convaincue ; le deuxième prépare un portfolio pour concourir aux Beaux-Arts, d’une façon plutôt dilettante bien qu’assez efficace. Leon est mal dans sa peau, engoncé dans un corps qu’il dissimule, tourné vers l’intérieur de lui-même, jamais content, très peu sûr de lui.  Felix est au contraire un extraverti, un garçon positif et lumineux. Lorsqu’ils découvrent, tels les nains de Blanche-Neige, qu’ils ne sont pas seuls dans la maison de vacances, la tension engendrée par l’attitude de Leon est à son comble. Nadja (Paula Beer, intense comme jamais), la mystérieuse colocataire, s’avère radieuse et amicale autant que Leon est renfrogné. Elle se fait connaître des deux autres d’abord par ses ébats nocturnes et bruyants, évidemment trop bruyants pour Leon. Plus tard, elle et son partenaire s’amusent avec Felix, pendant que Leon décline toutes les invitations, car le « travail ne le permet pas », ainsi qu’il le ressasse sans arrêt, et sans justification puisqu’il passe plus son temps à fouiner qu’à travailler. Et plus la magnétique Nadja l’attire, plus sa réponse est abrupte.

Bien que les protagonistes ne soient pas des adolescents, le film est une sorte de coming of age, d’éveil. Divers sentiments plus ou moins naissants sont montrés par Christian Petzold, au risque d’ailleurs de se perdre un peu (sans parler des incendies de forêt, pourtant à l’origine du titre, qui ne sont évoqués que de manière anecdotique), mais ce sont les ressentiments de Leon qui dominent. Ils sont pénibles, dramatiques ou doloristes, mais ils sont aussi la source d’une vraie veine comique qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer chez le cinéaste. Une insécurité si bien décrite qu’on peut se demander si elle ne touche pas son auteur, scénariste de ses films, d’une certaine façon.

Dans l’ensemble, on peut affirmer que Le Ciel rouge est un long-métrage plus accessible que les autres de Christian Petzold, et qu’une forme de légèreté ne nuit pas à son travail ; cependant, on aurait aimé un film plus rassemblé. Mais le réalisateur construit une œuvre cohérente (n’était-ce pas Rohmer, déjà, qui parlait de cohérence), solide et agréable à suivre. Fort de son Ours d’argent à Berlin, il n’est sans doute pas près de s’arrêter. Pour notre plus grand plaisir.

Le Ciel rouge– Bande annonce

Le Ciel rouge – Fiche technique

Titre original : Roter Himmel
Réalisateur : Christian Petzold
Scenario : Christian Petzold
Interprétation : Thomas Schubert (Leon), Paula Beer (Nadja), Enno Trebs (Devid), Langston Uibel (Felix), Matthias Brandt (Helmut)
Photographie : Hans Fromm
Montage : Bettina Böhler
Producteurs : Anton Kaiser, Florian Koerner von Gustorf, Michael Weber Maisons de Production : Schramm Film Koerner & Weber, ZDF/Arte, Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF)
Distribution (France) : Les Films du Losange
Durée : 102 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 06 Septembre 2023
Allemagne – 2023

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4

Festival de Deauville 2023 : LaRoy, chasses et cadavres à la pelle

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4

Premier long-métrage très remarqué de Shane Atkinson, LaRoy part grand favori dans la compétition du Festival de Deauville 2023. Thriller sombre à l’humour noir, porté par des personnages savoureux, une intrigue à rebondissements et une réalisation maîtrisée, LaRoy s’inscrit dans l’héritage des frères Coen et de Quentin Tarantino. 

Une route désertique, un bar isolé, une musique country secondée par quelques notes de western dans le style d’Ennio Morricone, LaRoy plante très vite son décor authentique. Dès sa première scène magistrale, prenant une tournure inattendue, Shane Atkinson nous promet une histoire riche pleine d’imprévus. Ray, qui vient de découvrir l’infidélité de sa femme, s’apprête à se suicider lorsqu’un inconnu surgit dans sa voiture, le prenant par erreur pour un tueur à gages. Séduit par l’opportunité de prouver qu’il est un dur à cuire, Ray accepte la mission. Ce choix étonnant le plonge progressivement dans une suite d’évènements incontrôlables.

No country for loosers

Dans son quotidien, Ray passe couramment pour un faible et un idiot. Petit vendeur dans un magasin qu’il gère en famille, il ne parvient pas à imposer son autorité. Naif, il laisse également son frère l’arnaquer et sa femme le tromper. Ainsi, lorsqu’il rencontre de façon inopinée un homme qui l’accuse d’être un lâche, Ray décide de risquer le tout pour le tout : accepter un contrat de meurtre pour voir ce dont il est capable et obtenir l’argent nécessaire pour reconquérir sa femme Stacy. Quoi de mieux en effet, pour raviver la flamme, qu’une bonne poignée de dollars ? Surtout quand celle-ci permettrait de réaliser le rêve de sa femme ?

Dans un bar perdu, Ray rencontre Skip, un détective privé amateur, aux accents comiques d’un Better call Saul, risée de tous les policiers en uniforme. Tout comme Ray, Skip est en quête de respect et de reconnaissance. L’association des deux protagonistes forme un duo particulièrement déjanté et permet à ces deux loosers moqués de prendre enfin leur revanche tant espérée sur le monde. 

Cette relation d’amitié et de fraternité rappelle des duos mémorables de l’oeuvre de Quentin Tarantino, notamment Jules Winnfield/Vincent Vega dans Pulp Fiction et Django/le docteur Schultz dans Django Unchained. Animés par des intérêts communs mais de caractères différents, Ray et Skip se partagent les rôles et prennent chacun confiance en eux. Contre toute attente, ces ratés deviennent donc ensemble une équipe gagnante, affrontant sans peur des malfrats et des tueurs, tout en résolvant un puzzle complexe dont les pièces s’assemblent progressivement. Ray et Skip vivent alors une véritable épopée digne d’un mythe de western.

Il était une fois au Nouveau-Mexique…

Une mallette de billets, un tueur implacable, un duo de choc et des malfrats, les ingrédients semblent communs à biens des westerns et thrillers. Pourtant, la recette de LaRoy est diaboliquement prenante et efficace. Evidemment, le scénario, également écrit par Shane Atkinson, y contribue très largement. Dialogues travaillés, souvent désopilants, intrigue à ressorts, retournements de situations s’unissent pour construire une histoire aussi solide que jouissive.

Thriller décalé à l’humour noir, LaRoy n’hésite pas à flirter avec les références du western, tant dans son traitement, ses plans et ses notes de musique appuyées. C’est au coeur du Nouveau-Mexique, Etat montagneux et désertique, que le réalisateur a trouvé le cadre de son récit palpitant brillamment mis en scène.

Devant une réalisation aussi fluide et mature, on peine presque à croire que LaRoy demeure un premier film tant la prouesse technique impressionne. Certes, Shane Atkinson a déjà filmé plusieurs courts-métrages mais chacun sait que l’exercice reste bien différent. La photographie, la bande-originale exceptionnelle et les décors convainquent tout autant. Après Quentin Tarantino et les frères Coen, le genre du thriller sombre, comique et décalé a-t-il enfin trouvé son digne successeur ?

LaRoy : fiche technique

Réalisation : Shane Atkinson
Scénario : Shane Atkinson
Interprétation : John Magaro (Ray), Steve Zahn (Skip), Dylan Baker, Jared Harris …
Photographie : Mingjue Hu
Musique : Rim Laurens, Delphine Malaussena, Clément Peiffer
Producteurs : Sébastien Aubert, Jeremie Guiraud, John Magaro, Caddy Vanasirikul
Sociétés de production : Adastra Films, The Exchange
Durée : 1h52
Genre : thriller, comédie, drame
Date de sortie : prochainement

 

Visions : vol au-dessus d’un nid de cocus

Doit-on se faire désirer pour s’en sentir aimer ? Entre fantasme, cauchemar et réalité, Visions en appelle aux archétypes hitchcockiens, semant ainsi des pulsions obsessionnelles que Diane Kruger restitue avec discernement. Dommage que le film souffre perpétuellement de la comparaison avec ses prédécesseurs, ce qui rend le voyage aberrant et ironiquement soporifique. Accrochez bien votre ceinture, car les turbulences ne sont jamais très loin.

Synopsis : Pilote de ligne confirmée, Estelle mène, entre deux vols long-courriers, une vie parfaite avec Guillaume, son mari aimant et protecteur. Un jour, par hasard, dans un couloir d’aéroport, elle recroise la route d’Ana, photographe avec qui elle a eu une aventure passionnée vingt ans plus tôt. Estelle est alors loin d’imaginer que ces retrouvailles vont l’entraîner dans une spirale cauchemardesque et faire basculer sa vie dans l’irrationnel…

Après avoir résolu le crash d’un vol commercial dans Boîte Noire, Yann Gozlan garde la tête levée vers le ciel, trouble et difforme. C’est dans cette optique qu’il ouvre son cinquième long-métrage, un peu comme si le maître du suspense nous conviait dans sa Quatrième Dimension. Souvent cité et rarement égalé, le spectre d’Alfred Hitchcock hante ce thriller psychologique qui n’est vraiment pas le plus mémorable. Ajoutons à cela une nette inspiration de Bunny Lake a disparu d’Otto Preminger, une étude paranoïaque pleinement assumée dans Images de Robert Altman. Tout prend peu à peu du sens, même lorsque l’on confond impunément la lenteur et la patience.

Les désenchaînés

Pilote de ligne long-courrier, Estelle suit un programme méthodique et millimétré, si bien qu’elle vise la perfection, que ce soit aux commandes de son appareil ou bien dans sa récupération à base de smoothies fruités. Son boulot requiert des conditions physiques exemplaires et mécaniques, où l’émotion ne doit pas interférer avec le contrôle qu’elle doit préserver. Assez proche du Burn Out qu’a vécu Tony le motard de nuit, des visions, voire des hallucinations se présentent à elle. Est-ce une affaire de prémonitions ou simplement des souvenirs reconstitués ? Les repères temporels sont troublés par le montage en cut ou par des fondus enchaînés, mettant ainsi en avant le jetlag permanent qui l’accompagne. Il fallait au moins une Diane Kruger magnétique et habitée par le doute pour ce rôle, rappelant ainsi la vulnérabilité de Grace Kelly et l’intensité émotionnelle de Jodie Foster, à l’apogée de leur carrière.

Ponctuellement, Mathieu Kassovitz apparaît sous les traits de son époux Guillaume, étrangement prévenant et protecteur. Un homme idéal ? Le couple forme ainsi un tandem assez lunaire et leurs plannings respectifs contribue à créer une aura particulière autour d’eux. Le retour inespéré et inattendu d’Ana, une vieille amie d’Estelle, change tout de même la donne et les nœuds scénaristiques vont graduellement se multiplier. Gozlan semble conscient des limites qu’il impose, à force de jongler sur plusieurs fronts. Il prend cependant le risque de noyer plus d’un spectateur en amont des bouleversements que l’on peut avoir anticipés, si le bagage culturel le permet.

La femme qui n’en savait pas assez

Dans tous les cas, il reste la fascinante performance de Marta Nieto, qui a notamment été découverte dans l’exceptionnel Madre, un thriller de Rodrigo Sorogoyen. Femme fatale aux jeux de séduction et de manipulation implacables, elle incarne cette Ana, qui s’offre les clichés qu’elle désire de ses conquêtes. Estelle en fait évidemment partie, mais son point de vue n’intéresse guère l’œil qui hante les cauchemars de cette dernière. Les éventuelles causes sont ainsi listées au fur et à mesure : médicaments, fatigue, souvenirs approximatifs et traumatismes. Tout cela est sèchement justifié à l’appui d’une simple ordonnance que David Lynch aurait clairement refusée. Peut-être bien que les cinq paires de mains passés sur le scénario, incluant la collaboration d’Audrey Diwan, n’ont pas été pertinents à tous les niveaux et c’est ce que l’on constate volontiers dans l’irrégularité des séquences un brin fantastiques.

Il reste alors peu de place pour le jeu de Diane Kruger, dont les yeux écarquillés et le teint pâle ne sont pas exploités au maximum. Les effets de style l’emportent sur tout, car le cinéaste semble en abuser, comme en témoignent des reflets qui se superposent sans cesse aux allers-retours d’Estelle entre ses crises d’insomnie et toute son hygiène de vie qui se dégrade. De même, on mise un peu trop sur la partition de Philippe Rombi, qui trouve la viscéralité par endroit, mais qui se révèle sans éclat dans une seconde partie qui n’a plus grand-chose à dévoiler. Gozlan en profite également pour greffer un jeu d’enquête auditive sur un répondeur, tout en sollicitant les autres sens pour que son héroïne s’affirme dans ce monde qui semble l’empêcher de satisfaire ses pulsions.

Nombreux se sont frottés aux thrillers hitchcockiens. Malheureusement, très peu d’entre eux ont trouvé l’équilibre et la consistance du suspense. Brian de Palma en est son digne héritier, usant habilement d’un montage alterné, tout en limitant le point de vue des protagonistes et des spectateurs aux cadres proposés. Yann Gozlan ne parvient malheureusement pas à moderniser le genre et à le modeler à sa guise. Visions manque de clairvoyance dans sa démarche, trop axée sur la forme, que le fond en devient indigeste et finit par brûler les ailes de sa protagoniste. Ce que l’on garde en interrogations, au bout d’une séance riche en répétitions, est une ambiguïté mal placée, qui laisse la porte ouverte au débat sur le sens de la narration. Et une fois que l’on a repris de l’avance sur l’intrigue, difficile de replonger dans la même distorsion qu’au départ.

Bande-annonce : Visions

Fiche technique : Visions

Réalisation : Yann Gozlan
Scénario : Michel Fessler, Aurélie Valat, Jean-Baptiste Delafon, Yann Gozlan, Audrey Diwan (collaboration)
Mise en scène : Natalie Engelstein
Image : Antoine Sanier
Montage : Sara Yavari
Son : Olivier Dandre
Costumes : Olivier Ligen
Maquillage/Coiffure : Fabienne Robineau
Décoration : Thierry Flamand
Montage : Valentin Féron
Post-production : Gaëlle Godard-Blossier
Musique : Philippe Rombi
Production : Eagles Team Entertainment, 24 25 Films
Pays de production : France
Distribution France : SND Groupe M6
Durée : 2h
Genre : Thriller
Date de sortie : 6 septembre 2023

Visions : vol au-dessus d’un nid de cocus
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2.5

Festival de Deauville 2023 : Cold copy, anatonomie de la vérité

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3

Premier film de la réalisatrice Roxine Helberg, Cold copy est présenté en compétition au Festival de Deauville 2023. Sous la forme d’un thriller d’investigation, le film raconte le parcours de Mia, une étudiante en journalisme ambitieuse et déterminée. Malgré sa tournure peu originale, l’intrigue de Cold copy fonctionne bien et nous interroge sur notre rapport à la vérité. 

La jeune Mia rêve de devenir une journaliste professionnelle de terrain. Forte de ses aspirations, elle s’inscrit au cours d’une célèbre reporter, Heger, en charge d’une émission télévisée diffusée en soirée, « the night report ». Dès ses débuts, Mia se trouve malmenée par cette présentatrice froide et sans pitié, plaçant ses étudiants en situation de rivalité. Entre trahisons et mensonges, elle se montre prête à tout pour réussir son but : trouver une histoire singulière et réaliser un reportage digne de valoir une diffusion télévisée.

Véritée maquillée

Un soir, Mia rencontre par hasard le jeune Igor Nowak, fils d’une écrivain renommée de livres pour enfants récemment décédée. Elle saisit cette opportunité pour creuser les circonstances de la mort de l’auteur à succès et l’existence actuelle d’Igor, rebelle et bagareur. Au cours de son enquête, elle deterre des secrets de famille qu’elle utilise dans sa soif de réussite. Tout comme Heger, Mia n’a pas de scrupule à arranger la vérité pour arriver à ses fins. Elle déplace certains objets avant de commencer à filmer et invente des mensonges sur sa vie personnelle pour faire parler les autres.

Dans Cold copy, le journaliste n’est donc pas qu’un simple reporter, mais devient un véritable « personnage » avec du charisme, priorisant l’objectif sur l’éthique. Le film distingue ainsi la recherche de la vérité, visant à informer le public, et la quête du buzz médiatique, ne servant qu’à satisfaire un égocentrisme personnel. Cold copy s’attaque également aux réseaux sociaux, un monde du paraître où il faut toujours sembler heureux et victorieux. Ainsi, dès qu’elles sont chacune engagées par Heger, Mia et sa camarade de promotion adoptent le même premier réflexe : prendre une photographie de leurs visages au sein du studio de télévision et la publier sur leurs profils. Plus largement, Cold copy questionne donc notre lien à l’image sociale et médiatique. Le sujet n’est pas nouveau, ni le traitement du film qui oppose deux femmes fortes farouchement déterminées.

Le diable s’habille en rouge

L’entretien de candidature de Mia avec la journaliste Heger pose d’emblée le cadre de la relation conflictuelle naissant entre les deux personnages. Une jeune étudiante, néophyte mais pas candide, désirant à tout prix réussir, affronte une reporter expérimentée et despotique qui l’humilie. Entre haine, tyranie, respect et admiration, Mia et Heger se lancent dans un dangereux jeu du chat et de la souris qui ne laissera aucune d’entre elles indemnes.

Dans la droite ligne de Le diable s’habille en Prada, Cold Copy met ainsi en place un puissant rapport de force entre deux figures féminines au caractère bien trempé. Tel un diable à abattre, dangereux et sanguinaire, Heger porte toujours à l’antenne une veste rouge. Lorsqu’elle offre à Mia une de ses anciennes écharpes, également de couleur rouge, c’est comme si la présentatrice transmettait à la jeune fille sa force et ses stratagèmes, en reconnaissant en Mia sa propre égale. Il est cependant dommage que l’issue du match soit quelque peu attendue. 

Portées par deux excellentes actrices, Bel Powley et Tracee Ellis Ross, Cold copy propose un récit de bonne facture appuyé par un montage dynamique. Certes, il ne compose pas un film policier haletant, rythmé par une enquête journalistique palpitante, comme Les hommes du Président, Zodiac, ou plus récemment, Spotlight. Pour autant, à travers l’affrontement féroce de deux femmes aussi ambitieuses qu’ingénieuses, il soulève avec intelligence une réflexion sur l’image médiatique. 

Cold copy : fiche technique

Réalisation : Roxine Helberg
Scénario : Roxine Helberg
Interprétation : Bel Powley (Mia), Tracee Ellis Ross (Diane Heger), Jacob Tremblay (Igor Nowak)…
Photographie : Matteo Cocco
Musique : Arndt-Wulf Peemoller
Producteurs : Daniel Bekerman, Justin Lothrop, Brent Stiefel, Roxine Helberg, Amanda Verhagen
Sociétés de distribution : Fortitude International
Durée : 1h31
Genre : thriller
Date de sortie : prochainement

Obsession : De Palma inspiré par Hitchcock

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Dans un cycle « Obsession » comment ne pas évoquer Obsession par Brian De Palma ? Pour justifier ce titre qui correspond parfaitement (alors que le réalisateur envisageait initialement « Déjà vu »), de nombreuses obsessions se font jour tout au long du film et prennent une place fondamentale dans l’intrigue.

La première de ces obsessions est celle de l’amour, très fort, entre Michael Courtland (Cliff Robertson) et sa femme Elizabeth (Geneviève Bujold), parents d’une adorable petite fille, Amy, image de sa mère en modèle réduit pour compléter le tableau à peu près idyllique d’une famille heureuse. Mais, rapidement (dans la narration), émerge l’obsession de maintenir cette situation plus fragile que prévue. L’élément (fortement) perturbateur est celui de l’argent. En effet, la famille vit de façon aisée, dans une belle maison à la Nouvelle Orléans (nous sommes en 1959), Michaël étant un promoteur immobilier sur le point de réaliser un projet très lucratif avec son associé Bob (John Lithgow), si proche de la famille qu’Amy l’appelle oncle Bob. Les Courtland fêtent leurs dix ans de mariage par une magnifique réception où, descendue d’un escalier monumental, Amy demande à danser avec son père.

Les choix d’une vie

La réussite familiale attire l’attention et, juste après la réception, la mère et la fille sont kidnappées. Michaël reçoit une demande de rançon. Désespéré (obsédé par son amour), il ne pense qu’à satisfaire les ravisseurs et ne voit pas la machination qui se trame, à tel point qu’il ne se demande même pas qui peut bien être derrière le kidnapping. A l’obsession amoureuse, on peut donc ajouter l’obsession pour la réussite sociale et son corolaire : l’obsession pour l’argent qui anime tous ceux qui entourent Michaël. Ce sont ces obsessions qui font tout déraper : la vie amoureuse de cette famille ainsi que le kidnapping qui se termine très mal, puisque Michaël perd aussi bien sa femme que sa fille ! La suite de sa vie, il la passe à culpabiliser, là aussi une véritable obsession. Pourquoi a-t-il décidé de prévenir la police et de lui faire confiance, en ne payant pas la rançon ? C’est à partir de ce choix que tout dérape : voir la scène où les ravisseurs annoncent à Amy qu’aux yeux de son père, elle ne vaut rien. On imagine le poids d’une telle affirmation dans l’esprit d’une fillette de neuf ans dans une situation aussi dramatique…

Bis repetita

Après le drame, aux yeux de Michaël, sonné, plus rien n’a d’importance. Il refuse même de finaliser le projet en cours avec Bob au parc de Ponchartrain. Cet endroit, il le réserve pour une stèle à la mémoire d’Elizabeth et Amy, élément fondamental pour lui et donc pour le film. En effet, cette stèle, il la fait construire en marbre et à l’image de l’église où il a rencontré Elizabeth à Florence (Italie) : autre modèle réduit. D’ailleurs, on voit cette église dès le générique de début, avec l’utilisation d’un zoom très lent qui nous permet de bien la détailler. Elle est bâtie sur une petite hauteur, symbolique de l’élévation d’âme qu’elle représente. Pour Michaël, elle symbolise la force de son amour. Or, dans un mouvement de caméra dont il a le secret (la caméra est très mobile pendant tout le film), Brian de Palma nous fait passer de 1959 à 1975 avec Michaël, autour de la stèle. En 1975, il décide de retourner à Florence, accompagné par Bob. Évidemment, un pèlerinage à l’église s’impose. Là, stupeur, perchée sur un échafaudage (soit toujours plus haut), Michaël observe une jeune femme : le portrait craché d’Elizabeth ! L’inconnue travaille à la restauration d’une fresque d’un peintre de la Renaissance, un certain Daddi (entendre daddy, même si le peintre existe vraiment). Michaël comprend que le destin lui offre une deuxième chance, qu’il décide d’emblée de jouer à fond. Mu par son obsession pour Elizabeth, il entreprend d’approcher Sandra…

De Palma n’a peur de rien

Les commentateurs de ce film se concentrent généralement sur les nombreuses références hitchcockiennes qu’on y trouve. De Palma confie lui-même que c’est suite à une projection de Vertigo qu’il a conçu l’idée du film avec Paul Schrader (crédité du scénario). L’histoire y fait référence, ainsi qu’à d’autres films du maître du suspense, comme Rebecca, mais aussi Une femme disparaît et Spellbound ainsi que Le crime était presque parfait. Mais tout ceci n’est qu’un jeu de cinéphile que le réalisateur dépasse largement, puisque Obsession (1976) peut être apprécié sans tenir compte de ces allusions. L’aspect thriller est une telle réussite que le film supporte et mérite largement plusieurs visions, eu égard à la richesse des thèmes explorés. Nous avons ici une réflexion sur les valeurs qui animent un homme qui au début affiche aussi bien la réussite sociale et matérielle que sentimentale et familiale. Les réflexions féminines ne sont pas négligées, puisque nous avons droit à un extrait du journal intime d’Elizabeth ainsi qu’à l’évolution progressive des pensées d’Amy. Au thème de la deuxième chance viennent s’ajouter ceux de la vengeance et de l’amour filial. Les décors sont à la hauteur, puisqu’à la Nouvelle Orléans nous avons droit au bateau avec roue à aubes. Bien entendu, la part belle est faite à la ville de Florence, avec le magnifique intérieur de l’église Santa Miniato et ses fresques colorées, ainsi qu’à de belles scènes mettant en valeur des quartiers connus et moins connus de la ville dans des éclairages bien choisis. Tout cela pour dire que la mise en scène du réalisateur (alors peu connu) est de premier ordre, avec des choix toujours judicieux dont celui de l’écran large bien utilisé. L’atmosphère brumeuse et le peu de dialogues de nombreuses scènes sont à l’unisson de la musique signée Bernard Hermann (autre référence à Alfred Hitchcock), pour créer une ambiance proche du rêve, même s’il s’agit en fait d’un cauchemar. Ajoutons à tout cela le choix de Geneviève Bujold pour un double rôle qu’elle assume à merveille, convaincante en mère de famille et charmante en étudiante attardée. On note en particulier ses grands yeux et son nez retroussé. Surtout, on reste sidérés par cette séquence folle où De Palma la fait passer de l’âge adulte à l’enfance par un « simple » mouvement de caméra, moment limite grotesque, mais qui fonctionne et donne au film une saveur particulière. D’ailleurs, la séquence finale est à l’image de tout ce que De Palma ose ici, avec un éclairage brumeux, le ralenti qui permet de faire sentir la bouleversante succession des émotions, pour finir avec la caméra tournant jusqu’à l’ivresse autour d’un duo retrouvé miraculeusement.

De Palma vs Hitchcock

Même si ici (et par la suite) De Palma fait de nombreuses références à Hitchcock, il se contente d’allusions pour faire œuvre personnelle, grâce à une remarquable maîtrise technique. Aucun détail n’est laissé au hasard et chaque scène a son importance dans un film au minutage très raisonnable (1h38). Enfin, De Palma tire parti d’un beau casting. Et même si Cliff Robertson n’a pas l’aura d’un Cary Grant ou d’un James Stewart, il contribue également à la réussite d’Obsession. Malgré une réputation inférieure à celle d’Hitchcock, De Palma fait partie des réalisateurs qui comptent dans l’Histoire du cinéma.

Gérard Piqué : sa carrière et sa vie de famille

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Gérard Piqué est un footballeur espagnol qui évolue au poste de défenseur central. Sur la plateforme en ligne http://1xbet.cm/ il est possible d’effectuer des paris sur tout événement auquel les clubs où ce footballeur a joué prennent part.

Il est connu pour sa vision de jeu, sa capacité à relancer depuis l’arrière et son intelligence tactique. Quant à sa vie personnelle qu’il tente de cacher tout le temps, il faut noter que :

  • il a été marié à Shakira, la chanteuse d’origine colombienne ;
  • ils se sont mariés en 2011 ;
  • Gerard Piqué et Shakira ont deux enfants.

Le nom de leur premier son est Milan Piqué Mebarak. Il est né en 2013. Leur deuxième son est Sasha Piqué Mebarak. Il est né en 2015. Les deux enfants sont nés à Barcelone, en Espagne. Via la plateforme 1xBet les fans ont la chance de parier sur tout événement auquel les clubs dans lesquels ce footballeur a développé sa carrière prennent part.
Gerard-Piqu

Quelques mots sur sa vie personnelle et le divorce de Gerard Piqué et Shakira

Le footballeur espagnol et la chanteuse colombienne ont montré leur engagement envers leur famille et ont partagé quelques moments de leur vie privée sur les réseaux sociaux. Il s’agit dans ce cas de quelques photos occasionnelles de leurs enfants. Il est possible sur 1xBet – pariez en ligne foot sur tout événement sportif auquel les clubs où Gérard Piqué a développé son parcours prennent part.

Malgré les photos et les voyages communs, le couple a annoncé le divorce officiel le 4 juin 2022. Selon les informations publiées par les représentants de Gérard Piqué et de Shakira, cette décision a été liée aux affaires amoureuses du footballeur avec d’autres filles. L’une de ces filles est Clara Chia Marti. On sait que le joueur de football a passé beaucoup de temps avec elle-même avant l’annonce de la séparation avec Shakira. Cela est confirmé par les plusieurs photos et vidéos publiées par le footballeur pendant que sa femme voyageait avec leurs enfants. Sur certaines photos il est même possible de voir que Clara était dans la maison familiale de Shakira et de Gérard Piqué.

Après l’annonce du divorce, les deux ont cessé de donner des commentaires en ayant demandé le respect de la vie privée. De plus, ils ont souligné qu’ils ont pris cette décision de se séparer dans le but de garantir ainsi que de maintenir le bien-être de leurs enfants. On peut parier en ligne via la plateforme 1xBet sur tout événement de foot auquel les clubs pour lesquels le footballeur espagnol en question a joué prennent part.

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« Atlas mondial des littoraux » : les défis d’un entre-deux

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Le littoral, cet espace où la terre rencontre la mer, donne lieu à des problématiques extraordinairement riches et variées. L’Atlas mondial des littoraux, récemment publié par Annaig Oiry aux éditions Autrement, propose une investigation minutieuse et transdisciplinaire sur ces zones d’interface entre les intérêts écologiques, économiques, démographiques et sociaux.

Les littoraux, par leur nature même, révèlent une pluralité fascinante d’états et de défis. L’attraction qu’ils exercent sur l’humanité se conçoit aisément à travers les statistiques : environ 60 % de la population mondiale vit à moins de 100 km d’une côte. Ces étendues frontalières entre terre et mer sont devenues les artères majeures du commerce mondial, canalisant jusqu’à 90 % des échanges économiques.

Pour autant, cette attractivité a son revers. L’artificialisation des milieux littoraux et leur fragilisation climatique posent un ensemble de problématiques d’une acuité alarmante. La vulnérabilité aux changements climatiques et aux risques naturels comme l’érosion et la submersion marine laisse présager un avenir incertain pour ces espaces. Le cas de la Guyane française, espace faiblement peuplé et doué de zones humides, témoigne d’une marginalité paradoxale où le littoral apparaît à la fois comme un trésor écologique potentiel et une zone délaissée.

Dualité

Le visage commercial du littoral est double. D’une part, des mégalopoles portuaires comme Shanghai, Singapour, ou Shenzhen incarnent la puissance de l’Asie dans le commerce maritime mondial. L’Europe, bien que distancée, maintient sa présence avec des ports d’importance tels que Rotterdam, Anvers et Hambourg. D’autre part, depuis les chocs pétroliers des années 1970, les activités portuaires se trouvent en crise, poussant à une délocalisation d’industries comme la sidérurgie. Les friches industrielles de Dunkerque en témoignent amplement. L’agitation sociale dans ces milieux portuaires dessine un tableau de tensions sous-jacentes, qui dépassent les frontières nationales. En France, la réforme de 2008 a été particulièrement mal perçue par les syndicats et de nombreuses grèves ont éclaté ; elles se sont poursuivies au début des années 2010.

Le changement de perception du littoral en tant que lieu de loisirs est assez récent dans l’histoire humaine. À partir du XVIIIe siècle, l’aura balnéaire des littoraux a commencé à fasciner les populations. Ce phénomène a pris une dimension massive dans les années 1970 avec le développement touristique des îles du Pacifique, notamment la Polynésie française et Hawaii. Le tourisme de masse a également frappé des régions comme la Côte d’Azur, la Riviera italienne, la Costa del Sol ou la Costa Brava en Espagne. Il pose d’énormes questions éthiques et écologiques, notamment en ce qui concerne la préservation de ces espaces. Ces questions, abondamment traitées par Annaig Oiry et Mélanie Marie, se trouvent en bonne place dans l’atlas.

Frontières, migrations et surveillance

L’Agence européenne Frontex, chargée de la surveillance des frontières, est présente dans les zones névralgiques comme la Sicile et la mer Égée. Le littoral devient alors non seulement une zone d’échanges mais aussi une frontière surveillée, un espace de tension palpable autour des questions migratoires. Le taux de mortalité par noyade dans la Méditerranée pour les migrants voyageurs illustre l’ampleur du drame humain qui se joue dans ces zones. Ces dernières années, la guerre civile syrienne aidant, les médias ont abondamment relayé ces problématiques liées au littoral et aux migrations.

L’Atlas mondial des littoraux dévoile à la fois les promesses et les défis parfois urgents des zones côtières. Entre attraction irrésistible et risques existentiels, elles se caractérisent par les dilemmes globaux auxquels notre civilisation est confrontée. Le travail cartographique et analytique entrepris contribue à enrichir notre compréhension d’un monde en perpétuelle mutation. Il faut rappeler que les côtes basses abritent environ 680 millions de personnes, soit près de 10 % de la population mondiale en 2010 ; elles devraient en accueillir plus d’un milliard en 2050. Annaig Oiry rappelle par exemple qu’en Polynésie française, la hausse du niveau de la mer est de l’ordre de 2,4 à 2,9 mm par an en moyenne depuis 1950.

Dans cet ouvrage particulièrement dense, il est également question des littoraux de l’Arctique et de l’Antarctique, marqués par les contraintes des milieux polaires mais néanmoins stratégiques, des zones industrialo-portuaires, de l’agriculture littorale ou de la protection environnementale. Un tour d’horizon complet et enrichissant, autour de questions parfois marginalisées dans le débat public.

Atlas mondial des littoraux, Annaig Oiry et Mélanie Marie
Autrement, septembre 2023, 96 pages

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