Festival de Deauville 2023 : Cold copy, anatonomie de la vérité

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Premier film de la réalisatrice Roxine Helberg, Cold copy est présenté en compétition au Festival de Deauville 2023. Sous la forme d’un thriller d’investigation, le film raconte le parcours de Mia, une étudiante en journalisme ambitieuse et déterminée. Malgré sa tournure peu originale, l’intrigue de Cold copy fonctionne bien et nous interroge sur notre rapport à la vérité. 

La jeune Mia rêve de devenir une journaliste professionnelle de terrain. Forte de ses aspirations, elle s’inscrit au cours d’une célèbre reporter, Heger, en charge d’une émission télévisée diffusée en soirée, « the night report ». Dès ses débuts, Mia se trouve malmenée par cette présentatrice froide et sans pitié, plaçant ses étudiants en situation de rivalité. Entre trahisons et mensonges, elle se montre prête à tout pour réussir son but : trouver une histoire singulière et réaliser un reportage digne de valoir une diffusion télévisée.

Véritée maquillée

Un soir, Mia rencontre par hasard le jeune Igor Nowak, fils d’une écrivain renommée de livres pour enfants récemment décédée. Elle saisit cette opportunité pour creuser les circonstances de la mort de l’auteur à succès et l’existence actuelle d’Igor, rebelle et bagareur. Au cours de son enquête, elle deterre des secrets de famille qu’elle utilise dans sa soif de réussite. Tout comme Heger, Mia n’a pas de scrupule à arranger la vérité pour arriver à ses fins. Elle déplace certains objets avant de commencer à filmer et invente des mensonges sur sa vie personnelle pour faire parler les autres.

Dans Cold copy, le journaliste n’est donc pas qu’un simple reporter, mais devient un véritable « personnage » avec du charisme, priorisant l’objectif sur l’éthique. Le film distingue ainsi la recherche de la vérité, visant à informer le public, et la quête du buzz médiatique, ne servant qu’à satisfaire un égocentrisme personnel. Cold copy s’attaque également aux réseaux sociaux, un monde du paraître où il faut toujours sembler heureux et victorieux. Ainsi, dès qu’elles sont chacune engagées par Heger, Mia et sa camarade de promotion adoptent le même premier réflexe : prendre une photographie de leurs visages au sein du studio de télévision et la publier sur leurs profils. Plus largement, Cold copy questionne donc notre lien à l’image sociale et médiatique. Le sujet n’est pas nouveau, ni le traitement du film qui oppose deux femmes fortes farouchement déterminées.

Le diable s’habille en rouge

L’entretien de candidature de Mia avec la journaliste Heger pose d’emblée le cadre de la relation conflictuelle naissant entre les deux personnages. Une jeune étudiante, néophyte mais pas candide, désirant à tout prix réussir, affronte une reporter expérimentée et despotique qui l’humilie. Entre haine, tyranie, respect et admiration, Mia et Heger se lancent dans un dangereux jeu du chat et de la souris qui ne laissera aucune d’entre elles indemnes.

Dans la droite ligne de Le diable s’habille en Prada, Cold Copy met ainsi en place un puissant rapport de force entre deux figures féminines au caractère bien trempé. Tel un diable à abattre, dangereux et sanguinaire, Heger porte toujours à l’antenne une veste rouge. Lorsqu’elle offre à Mia une de ses anciennes écharpes, également de couleur rouge, c’est comme si la présentatrice transmettait à la jeune fille sa force et ses stratagèmes, en reconnaissant en Mia sa propre égale. Il est cependant dommage que l’issue du match soit quelque peu attendue. 

Portées par deux excellentes actrices, Bel Powley et Tracee Ellis Ross, Cold copy propose un récit de bonne facture appuyé par un montage dynamique. Certes, il ne compose pas un film policier haletant, rythmé par une enquête journalistique palpitante, comme Les hommes du Président, Zodiac, ou plus récemment, Spotlight. Pour autant, à travers l’affrontement féroce de deux femmes aussi ambitieuses qu’ingénieuses, il soulève avec intelligence une réflexion sur l’image médiatique. 

Cold copy : fiche technique

Réalisation : Roxine Helberg
Scénario : Roxine Helberg
Interprétation : Bel Powley (Mia), Tracee Ellis Ross (Diane Heger), Jacob Tremblay (Igor Nowak)…
Photographie : Matteo Cocco
Musique : Arndt-Wulf Peemoller
Producteurs : Daniel Bekerman, Justin Lothrop, Brent Stiefel, Roxine Helberg, Amanda Verhagen
Sociétés de distribution : Fortitude International
Durée : 1h31
Genre : thriller
Date de sortie : prochainement

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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