Festival de Deauville 2023 : The sweet east, Lilian in Americaland

Note des lecteurs0 Note
3.5

Troisième film en compétition au Festival de Deauville 2023, The sweet east trace le parcours initiatique, sous la forme d’un conte fantastique, d’une lycéenne valeureuse en quête d’aventures. A l’image d’Alice aux pays des merveilles, la jeune fille rencontre au fil de son voyage des personnes atypiques et un monde moins visible et plus mystérieux. Le premier long-métrage de Sean Price Williams nous propose ainsi une belle virée au coeur de l’Amérique profonde.

Au cours d’un voyage scolaire lui faisant visiter les monuments célèbres des Etats-Unis, comme la maison blanche, Lilian décide de fuguer en dehors des sentiers battus, en se laissant porter par le flot de circonstances aussi insolites qu’imprévues. Ce faisant, elle découvre une autre facette de son pays, plus proche du peuple, empreinte d’activisme politique, de magouilles, de religions et de création cinématographique.

De l’autre côté du mirroir

Isolée dans un bar où surgit une bagarre, Lilian, qui contemplait son reflet, se laisse entraîner par un inconnu dans un étrange tunnel. Ce passage marque le chemin vers un autre univers, l’envers du décor, à l’instar d’Alice aux pays des merveilles ou du Voyage de Chihiro. Lilian débouche alors sur autre idée de l’Amérique, plus secrète, moins accessible mais qui témoigne d’une certaine identité des Etats-Unis. 

De Baltimore à New-York, en passant par Trenton, Lilian cotoie des activistes politiques, un universitaire aux opinions tranchées et des producteurs de cinéma. Ces rencontres comme les expériences qu’elle réalise successivement lui permettent d’enrichir son regard, romantique et un peu candide, sur le nouveau monde qui l’entoure. The sweet east brosse alors le portrait d’une Amérique socialement fracturée, où la démagogie l’emporte sur le pouvoir du peuple, où la religion se pratique dans des groupes isolés, où le mensonge ouvre des portes et où Lilian peut se sentir libre et se dépasser.

Grâce à ces tableaux de vie multiples composant un véritable panorama de l’Amérique, The sweet east s’épanouit dans un mouvement constant, qui emporte son héroine au gré du hasard et des évènements. La jeune Lilian ne refuse en chemin aucune proposition. Elle est prête à tout essayer, à tout voir, à tout vivre surtout, dans le but de mener un apprentissage qu’elle ne peut recevoir ni de sa famille ni de son lycée. 

Grandir en vivant sa vie

Sur sa fuite, Lilian ne donne aucune explication. Elle se contente de dire à son amie qu’elle est partie vivre sa vie, rechercher de nouveaux horizons. The sweet east joue à ce titre sur la métaphore du cocon, qui peut se transformer en un banal asticot ou en un magnifique papillon. Or, Lilian a clairement envie de prendre son envol et d’exister pleinement. Elle accepte donc de participer sur un coup de tête à des actions militantes, de suivre un homme inconnu et même de jouer dans un film. The sweet east nous montre donc que pour s’accomplir, se réaliser, la jeunesse doit simplement vivre en ayant le courage de sortir de sa zone de confort pour affronter le vrai monde. 

Afin d’apporter à ce parcours initiatique originalité et fantaisie, Sean Price Williams utilise le conte, l’image, l’animation et quelques enchaînements scénaristiques bien loufoques. A ce titre, le réalisateur a déclaré s’être inspiré des oeuvres de David Wark Griffith, du cinéma expressioniste américain mais aussi des concerts filmés des années 1960 et 1970, notamment pour les plans serrés des visages et le grain de la photographie. L’histoire, au traitement singulier, a le mérite de rester imprévisible du début à la fin, entraînant le spectateur comme Lilian dans ses propres aventures. Les acteurs, qu’il s’agisse de la néophyte Talia Ryder ou du plus connu Simon Rex, présent à Deauville en 2021 pour The Red Rocket, jouent plutôt juste. En définitive, The sweet east offre un divertissement étonnant doublé d’une réflexion sur l’envers du décor de l’Amérique et l’apprentissage de la jeunesse.

The Sweet East : clip

The Sweet East : fiche technique

Réalisation : Sean Price Williams
Scénario : Nick Pinkerton
Interprétation : Talia Ryder (Lilian), Simon Rex (Lawrence), Earl Cave (Caleb), Ayo Edebiri (Molly), Jacob Elordi (Ian)…
Montage : Stephen Gurewitz
Photographie : Sean Price Williams
Producteurs : Craig Butta, Alex Coco, Alex Ross Perry
Sociétés de distribution : The Match Factory, Potemkine Films
Durée : 1h44
Genre : aventure, fantastique
Date de sortie : prochainement

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.