Les Fantômes du Titanic : les larmes de l’océan

Plus d’un siècle après le naufrage du RMS Titanic, que reste-t-il à remonter de cette épave ? Que peuvent bien raconter les fantômes qui sommeillent à son bord ? 20 ans après la mise en boîte de ce documentaire, les images de James Cameron continuent de fasciner et d’interroger cette fatalité qui a foudroyé le monde en l’espace d’une nuit.

Synopsis : James Cameron et son équipe de scientifiques sont de retour pour filmer le Titanic, cette fois-ci équipés de caméras haute définitions pour une sortie en Imax et 35mm 3D.

Si le récit de Rose DeWitt Bukater et Jack Dawson à bord d’un célèbre paquebot vous a bouleversé, il n’existe qu’en surface de cette eau glaciale de l’Atlantique Nord qui a emporté 1500 passagers dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Inutile de tergiverser trop longtemps autour du succès planétaire qu’est Titanic de James Cameron. La papa d’Abyss ne s’arrête pas au naufrage d’une société dont la hiérarchie verticale est le miroir du monde, où l’eau devient un élément aussi destructeur que les flammes de La Tour infernale de John Guillermin. Cette fausse idée d’une Arche de Noé qui tente d’atteindre la Statue de la Liberté a permis au cinéaste de rendre à l’océan cette création humaine, dont l’orgueil a causé sa perte.

2000 pieds sous l’océan

Retrouvé le 1er septembre 1985 par le scientifique de l’US Navy, Robert Duane Ballard, l’épave qui se désagrège devient l’objet de curiosités et de convoitises des historiens, de scientifiques et de cinéastes. Accompagné de son fidèle ami et acteur Bill Paxton, le réalisateur canadien nous embarque à bord des sous-marins soviétiques de type Mir, qui ont également été utilisés dans son documentaire Expédition : Bismarck sur un cuirassé allemand de la Seconde Guerre mondiale, sorti en 2002, soit un an avant l’exploration du paquebot de la White Star Line. L’oxygène est un enjeu crucial au même titre que l’isolation des sous-marins d’exploration. La pression et le silence des profondeurs guettent le visage inquiet de Paxton, qui se considèrerait presque en train de voyager dans un cercueil. Mais à l’approche des 4000 mètres de profondeur, le sommeil du RMS Titanic a cessé et l’imaginaire du cinéaste offre un second souffle à l’épave.

Cameron et son équipe ne pouvaient espérer mieux comme musée des souvenirs. Une fois à l’intérieur du cadavre du plus grand paquebot du début du XXe siècle, Cameron explore pièce par pièce, compartiment après compartiment, en recoupant avec des images d’archives et de reconstitution en modèle 3D, et allant jusqu’à superposer des plans de son film. Il est évident que ce voyage constituait autrefois son storyboard, ainsi que son péché mignon pour les souvenirs qu’il tente de restituer. Son regard et ses caméras portent une attention particulière à l’architecture du navire et aux personnes qui ont traversé ces lieux, et qui les hantent encore. Des salles de réception aux moteurs géants qui font tourner les hélices, les deux parties du paquebot sont réunies dans un élan nostalgique et mélancolique.

Malgré tout, ce documentaire n’épargne pas quelques moments de flottement dans cette excursion, qui cherche à dépasser la fiction. Les débats sur les scénarios du naufrage sont tout aussi passionnants que le fait d’évoquer le développement des nouvelles technologies mises en place, afin de capter de somptueuses images. Le 70mm est à l’honneur et les marins ont un cours accéléré sur le cadrage, alors qu’ils pilotent de petits véhicules ROVs à distance. Ainsi, les séquences se situent quelque part entre le fantasme de renouer avec le passé et le cauchemar de revivre une tragédie similaire. Les adeptes de la plongée au cœur de l’inconnu seront servis, mais d’autres pourraient malheureusement se noyer sur le même chemin.

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2003, Les Fantômes du Titanic a su remonter le témoignage de toute une nuit glaciale à la surface, entre les déchirures sociales et culturelles qui séparaient les passagers. L’émotion que l’on éprouve avec ces images va également de pair avec une date clé qui précède la fin de l’exploration, le jour du 11 semptembre 2001, où les États-Unis sombrent collectivement dans un naufrage similaire. Après cela, il n’est pas étonnant que Cameron convoque ce drame dans son Avatar, où l’Arbre-Maison est abattu par une meute enragée venue des cieux. Bien que ce fait soit finalement hors-sujet à l’expédition qui nous préoccupe, poussant davantage la mécanique larmoyante, le cinéaste a néanmoins la bienveillance de laisser ses pensées à l’endroit même où le Titanic a rejoint les abysses.

Bande-annonce : Les Fantômes du Titanic

Fiche technique : Les Fantômes du Titanic

Titre original : Ghosts of the Abyss
Réalisation : James Cameron
Photographie : Vince Pace
Montage : David C. Cook, Ed W. Marsh, Sven Pape, John Refoua
Décors : Martin Laing
Musique : Joel McNeely
Production : Earthship Productions, Walden Media, Walt Disney Pictures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : UGC Fox Distribution
Durée : 1h01 (version longue : 1h30)
Genre : Documentaire
Date de sortie : 10 septembre 2003

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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