L’écologie vous épuise ? Dépasser les petits tracas

Avec ce livre, je m’attaque à un exercice particulièrement délicat : rendre compte d’une œuvre conçue par une personne que je connais. Alors, non, je ne vais pas présenter ce livre comme un chef-d’œuvre, malgré ses qualités et surtout une approche originale. Ne nous voilons pas la face, il me laisse perplexe sur certains points, ce qui ne l’empêche pas d’avoir le grand mérite d’exister.

Je connais Cécile de Villemeur, parce qu’elle vit avec un de mes cousins. Occasion de préciser que Cécile l’appelle Bob dans le livre, alors que non, ce n’est pas son prénom. La précision mérite commentaire, car dans le livre, je sens que Cécile ne se contente pas de modifier certains noms. Il m’a fallu un certain temps pour le réaliser, mais je pense qu’elle raconte certains épisodes de sa vie en modifiant les détails qui l’intéressent. Raison pour laquelle à mon avis elle présente le livre comme une sorte de roman, disons le roman de sa vie. Il s’agirait donc plutôt d’une autobiographie et même d’une autobiographie tirant vers l’autofiction par moments. Ceci dit, je serai un des rares lecteurs à chercher à faire le tri entre le véridique et le fictionnel. Pour tous ceux qui ne la connaissent pas, ils peuvent prendre ce livre de Cécile comme un récit commenté de sa vie, en suivant le cheminement de sa pensée, de ses raisonnements (avec des illustrations) au fil de ses expériences.

Comprendre le titre

Finalement, le point le plus discutable de ce livre, c’est son titre. Si on le prend au pied de la lettre, on pourrait croire que Cécile s’adresse aux opposants à l’écologie, ce qui serait un contresens. En effet – et heureusement – le complément de titre « Habiter, protéger et œuvrer pour notre planète » ne laisse aucune place au doute. Ce qu’il faut comprendre de l’ensemble titre-complément, c’est que Cécile tire parti de son expérience pour donner des pistes à celles et ceux qui veulent faire des choix écologiques, mais qui sont rebutés par les contraintes que cela peut imposer quand on s’intéresse aux normes en vigueur, notamment dans le domaine de la construction et plus généralement de l’habitat.

Un parcours

Cécile a fait des études de biologie, ce qui se sent dans sa manière d’aborder les choses et sa manière de concevoir un habitat. En effet, elle a travaillé dans ce domaine, pour aider des professionnels à obtenir des certifications conformes à des normes écologiques, donc respectueuses de l’environnement. Mais, il lui a bien fallu admettre que son travail devenait un combat quotidien épuisant, avec comme objectif de donner satisfaction à des professionnels avant tout désireux d’obtenir une certification leur donnant un atout de vente, bien plus que soucieux sur les moyens de l’obtenir. N’allons pas jusqu’à imaginer Cécile en train de tricher (ce n’est vraiment pas son style), mais elle s’est épuisée physiquement et mentalement dans un métier qui ne lui a pas donné toute satisfaction. Voilà pour expliquer le titre de son livre, un titre un peu bancal qui a néanmoins le mérite de la concision (essayez-voir de trouver mieux quand vous l’aurez lu…) tout en retenant l’attention. C’est l’occasion de préciser, parce que j’ai longuement discuté avec Cécile de son rapport avec le monde de l’édition, qu’elle a eu le dernier mot sur quasiment tout. La contrepartie, c’est qu’elle a travaillé avec un petit éditeur et que son livre n’est disponible que dans une seule (deux désormais) librairie française et… sur une plate-forme sur laquelle je préfère me limiter à des recherches plutôt qu’à des achats (et puisque j’ai vu Cécile et Bob l’été dernier, autant dire que cela a donné lieu à un petit débat familial sur les utilisations de cette plate-forme). Alors voilà, Cécile est parvenue au bout de son projet et son livre existe. Seulement, qui aura l’idée de le chercher et surtout qui pourra le feuilleter pour s’en faire une idée avant d’éventuellement l’acquérir ? Voilà ma réelle motivation pour l’élaboration de cette critique.

Maison vivante

Le livre est construit sous la forme de chapitres ne dépassant pas la dizaine de pages. Chaque fin de chapitre fait le point sur les notions essentielles qui viennent d’être abordées et va jusqu’à poser des questions pour titiller le lecteur. Cécile raconte quelques épisodes de sa vie et certaines rencontres marquantes de façon chronologique. Cela lui permet de faire évoluer ses observations et raisonnements de la même façon. Le point fondamental, son objectif ultime est ce qu’elle désigne comme maison vivante (influence manifeste de ses études). Le vrai souci selon mon expérience de lecture, c’est qu’elle a beaucoup de mal à faire émerger (suspense) ce qu’elle entend exactement par là. D’ailleurs, Bob ne se gêne pas de temps en temps pour la relancer sur ce point, car visiblement lui aussi navigue longtemps dans le flou. Je dirais qu’on commence à sentir où elle veut en venir aux alentours de la moitié du livre (qui fait 228 pages). L’intérêt, c’est qu’elle s’attache à (dé)montrer que ses idées pour faire œuvre écologique dans le domaine de la construction sont abordables. Elle s’attache d’ailleurs à rappeler qu’avec un peu de bonne volonté, tout cela peut ne pas coûter plus cher qu’avec des méthodes et matériaux classiques (Bob ne se gêne pas pour la « provoquer » là-dessus). Par contre, pour rendre son livre plus vivant, Cécile décrit quelques épisodes personnels en donnant des détails pour faire vrai, mais qui n’ont quasiment aucun intérêt, sinon pour elle. Je reconnais néanmoins que cela s’accorde parfaitement avec son concept de maison vivante. Connaissant Cécile, je peux dire que c’est ce qu’on peut appeler une « belle personne » en ce sens qu’elle positive régulièrement et s’attache constamment à la beauté du monde qui l’entoure. Dans le livre, elle s’enthousiasme parfois pour des riens, en particulier dès qu’il est question de sa fille. En bonne mère, elle s’inquiète de son avenir, mais s’émerveille de ses remarques pleines de bon sens qu’elle enregistre avec bonheur pour faire avancer sa propre démarche.

Pour tous les soucieux de leur habitat

Si Cécile s’attache à faire comprendre que son idée de maison vivante est accessible à tous, quels que soient leurs moyens financiers, on sent quand même qu’il faut le vouloir. De même, on arrive à la regrettable impression qu’il n’est question que de maison vivante, ce qui exclurait d’emblée tous les habitants d’appartement. Je ne parle même pas des locataires qui doivent obtenir l’accord de leur propriétaire pour tous travaux dans le logement qu’ils occupent. A vrai dire, d’après ma conclusion, je considère que finalement non, les occupants d’appartements ne sont pas exclus de cette ambition. Simplement, ils doivent apprendre à se mettre d’accord avec leurs voisins. En fait, je pense que dans son travail d’écriture, Cécile cherche avant tout à arriver à la fin de son projet et elle utilise cette expression de maison vivante au sens large, oubliant un peu par moments l’effet que cela peut produire. Ce qui me gêne un peu finalement, ce n’est pas tant que Cécile tarde à faire émerger ce qu’elle désigne par maison vivante, mais plutôt qu’elle abandonne son ambition d’en construire une, mais qu’elle se contente de conseils qui émergent de son expérience pour laisser aux autres le soin de se coltiner les vraies contraintes matérielles. D’ailleurs, elle finit par le reconnaître, elle est plutôt de nature à concevoir intellectuellement plutôt qu’à se placer face aux difficultés telles qu’elles se présentent concrètement. Ce qui ne retire rien aux qualités de son livre qui devrait apporter des éléments intéressants à tous ceux qui se soucient de l’empreinte écologique de leur habitat.

L’écologie vous épuise ? – Cécile de Villemeur
WAWW Editions : sorti le 25 avril 2025

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3

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