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« Les Apprentis » : héros en devenir

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Les éditions Drakoo publient Les Apprentis, d’Olivier Gay et Olivier Boiscommun. Cette bande dessinée s’inscrit dans le genre de l’héroïc fantasy et met en scène un groupe de jeunes apprentis encore inexpérimentés, qui se lancent dans une quête périlleuse pour retrouver leurs maîtres disparus…

Autrefois, cinq héros légendaires servaient la princesse Cassia. Ces preux chevaliers étaient redoutés et respectés pour leurs compétences en guérison, pacification, combat contre les dragons et commandement. Cependant, à la mort de la princesse, leurs exploits furent oubliés et ils se séparèrent. Vingt ans plus tard, quatre d’entre eux, Sarabella, Velinor, Holmeter et Thespie, retirés dans le paisible village de Fondletang, enseignent leur savoir à des apprentis. Tomas, Lamia, Ephraïm et Iris, leurs élèves, sont déterminés à suivre leurs traces malgré leurs compétences encore rudimentaires.

L’histoire d’Olivier Gay bascule lorsqu’un coursier apporte une missive d’Abélard, le cinquième héros. En un éclair, les anciens héros quittent leur village pour une mission gardée secrète, promettant à leurs ouailles de revenir dans un mois. Mais le temps passe, et trois mois plus tard, ils ne sont toujours pas revenus, ce qui suscite l’inquiétude des jeunes apprentis. Désireux de prouver leur valeur, probablement un peu inconscients, ils décident de partir à leur recherche, sans en parler à personne. Pas préparés, seulement nantis de quelques qualités sommaires, ils se lancent dans une aventure qui les mènera à la rencontre de monstres et d’antagonistes de toutes sortes…

La quête des apprentis est évidemment ponctuée de nombreux rebondissements, et souvent teintée d’humour et de situations improbables – mais initiatiques. Le récit, entrecoupé de fiches explicatives, rebondit souvent sur les maladresses des jeunes héros, encore perfectibles, et les pièges qui se dressent devant eux. Relativement convenu sur la forme, Les Apprentis tire ainsi ses principaux atouts de son ton léger et de son humour efficace, intimement liés aux interactions entre les différents personnages, qui fonctionnent très bien.

Aventure héroïc fantasy ludique, conçue pour un jeune public, Les Apprentis remplit parfaitement le contrat en proposant un divertissement de qualité, qui ne réinvente certes pas le genre mais met en vignettes des jeunes personnages volontaires, insouciants (parfois un peu trop) et capables de se dépasser pour parvenir à leurs fins. Le dessin est avenant – et même à l’avenant – et le dernier tiers de l’album nous ménage un propos politique et une révolution de palais qui épaississent les enjeux présentés.

Les Apprentis, Olivier Gay et Olivier Boiscommun
Bamboo/Drakoo, juillet 2024, 96 pages

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Sœurs de sang ou le thriller post-Hitchcock incarné

De Palma ne fait pas mystère de son admiration pour Alfred Hitchcock. Avec Sœurs de sang, il lui rend un premier hommage appuyé tout en imprimant son propre style.

L’année 1972 peut être vue comme un tournant dans le domaine du thriller américain. C’est en effet cette année que l’immense Alfred Hitchcock tourne son avant-dernier film, Frenzie, modernisant pour l’occasion son style en lui adjoignant d’avantage de violence et une sexualité plus explicite. Cette même année, le jeune Brian De Palma se lance dans la production de son cinquième long-métrage et le premier qui lui soit vraiment personnel, Sœurs de sang, alias Sisters, un thriller qui doit beaucoup au cinéaste britannique. Une certaine manière de boucler la boucle.

L’œuvre d’un cinéaste en construction

En 1972, Brian De Palma est dans une mauvaise passe. Il vient de s’être fait renvoyer de son dernier film Get to Know Your Rabbit, dont la sortie sera sabotée par les producteurs. Il est alors engagé par Martin Ransohoff pour travailler sur le film Les Poulets, mais il en est renvoyé avant la fin du tournage après un nouveau désaccord avec le producteur sur les choix de casting. Le cinéaste rebelle se réfugie alors en Californie où il est hébergé par l’actrice Jennifer Salt qui a joué dans plusieurs de ses films précédents. C’est là qu’il fait la connaissance de Margot Kidder avec qui il se met en couple et a alors l’idée de faire jouer ensemble les deux actrices dans son prochain film. Pour son scénario, il s’inspire d’un article de Life Magazine de 1966 relatant l’histoire de sœurs siamoises en URSS. Le tournage a lieu à Staten Island à New York entre juin et août 1972 en 35 mm (excepté la séance de rêve filmée en 16 mm). Prévu pour être tourné avec un budget de 100 000 dollars, le métrage en coûte finalement 500 000. Signalons que le tournage se termine par une journée de 24 heures ininterrompues. On peut aussi noter que l’actrice Mary Davenport interprète la mère de Jennifer Salt, étant aussi sa parente dans la vie. De Palma reprendra ce principe dans Carrie au bal du diable avec Amy Irving et Priscilla Pointer.

Sorti le 23 mars 1973 aux États-Unis (et le 2 février 1977 en France), le film obtient un relatif succès public en rapportant un million de dollars et reçoit des excellentes critiques de la très influente Pauline Kael du New Yorker et de Vincent Canby du New York Times. Il est aussi sélectionné pour le Festival du film de Venise de 1975. Cet accueil positif consolidera la position de De Palma dans l’industrie hollywoodienne. Grâce à Sœurs de sang, le réalisateur affirme également les bases de son style et les thématiques privilégiées de son cinéma.

Un passage de flambeau autant que la construction d’un univers

En voyant le film, il est difficile de ne pas penser à l’univers du maître du suspense britannique. Le film de De Palma renvoie notamment à Psychose pour le meurtre à l’arme blanche ainsi qu’au dédoublement de personnalité (mais en inversant les rôles entre les sexes) et Fenêtre sur cour pour le voyeurisme. La dissimulation du corps au nez de la police évoque aussi La Corde. Sœurs de sang fait également référence au film Le Voyeur de Michael Powell, dont le titre original (Peeping Tom) sert à l’émission fictive du début du métrage. On peut aussi trouver dans le film des références au Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene et La Monstrueuse Parade de Tod Browning, notamment pour les scènes de cauchemars racontant l’histoire de Dominique/Danielle. C’est la démonstration évidente de la cinéphilie viscérale de De Palma qui rend ici hommage à des univers qu’il apprécie comme spectateur. Mais c’est bien de l’univers d’Hitchcock dont le cinéaste italo-américain s’imprègne en premier lieu, notamment pour le mélange entre sexe et mort, l’action d’une personne ordinaire mêlée malgré elle au crime (ici la journaliste Grace Collier) et la montée en puissance d’un suspense et d’une ambiance oppressante. De Palma va jusqu’à engager Bernard Herrmann, compositeur régulier des films d’Hitchcock, pour écrire la musique du film. N’ayant jamais caché son admiration pour le réalisateur de La Mort aux trousses, il fait bien plus qu’un simple hommage, s’inscrivant dans la même veine du thriller à suspense en lui ajoutant toutefois sa patte personnelle.

En premier lieu, le cinéaste introduit une violence sanglante bien plus visuelle ainsi que des références sexuelles plus explicites. Celles-ci étaient déjà présentes dans les œuvres de son inspirateur mais elles profitent ici d’un nouveau contexte, celui des années 1970, qui voit un net assouplissement de la censure ainsi qu’une forte remise en cause de la conception classique du cinéma. Cette situation servira du reste De Palma qui en imprègnera largement sa filmographie ultérieure. Mais, surtout, il innove dans son style technique et visuel, notamment avec l’utilisation du split-screen, appelé à un grand avenir au cinéma et à la télévision. Il introduit aussi son utilisation de la vue subjective et du plan séquence qui deviendront des marques de fabrique. On peut ainsi dire qu’avec Sœurs de sang, De Palma commence à se construire une identité visuelle et narrative qui marquera essentiellement sa filmographie des années 1970 et 1980. Reprenant des codes largement éprouvés du genre ainsi qu’une partie du style hitchcockien, le cinéaste les transcende et les explore jusque dans leurs derniers retranchements pour créer une ambiance angoissante et stressante très réussie. Il en profite aussi pour explorer ses thèmes favoris, notamment le voyeurisme inspiré par sa propre jeunesse (il suivait son père, sur demande de sa mère, qui suspectait une infidélité). Le cinéaste illustre cet aspect autant par la présence de Grace Collier lors du meurtre que par la filature de Joseph Larch. Il faut ajouter son intérêt pour le dédoublement de personnalité (celui de Danielle Breton/Dominique Blanchion), et la quête d’un(e) protagoniste isolé(e) devant agir seul, sans le concours des forces de l’ordre, pour empêcher un crime atroce. La fin du film en demi-teinte est également caractéristique du réalisateur qui terminait ses films de cette époque sur un ton assez sombre (avant d’aller vers d’avantage d’optimisme à partir de la fin des années 1980).

Or, l’année précédente, Alfred Hitchcock, la principale source d’inspiration de De Palma, avait sorti son avant-dernier long-métrage au cinéma, Frenzy, qui reprenait la plupart des thématiques du grand cinéaste britannique. Dans un ultime tour de piste, ce dernier profitait de l’affaiblissement de la censure pour exposer davantage de violence physique. On peut considérer ce film comme son dernier vrai thriller sérieux, le suivant et dernier, Complot de famille, se rapprochant davantage du divertissement léger. Il est donc assez saisissant de voir deux films de réalisateurs si proches sortir à moins d’un an, d’autant plus qu’Hitchcock s’était lui aussi inspiré du film Le Voyeur. Il est en effet difficile de ne pas y voir une forme d’héritage direct, voire de passage de relais entre les deux cinéastes. Brian De Palma peut vraiment prétendre être un digne successeur d’Hitchcock, dans une version plus moderne, plus violente, plus viscérale. Cela n’empêche nullement l’Américain d’imprimer sa propre patte, comme on l’a vu, dès Soeurs de sang. C’est donc dans l’ombre d’un poids lourd du cinéma hollywoodien classique (bien que le cinéaste soit britannique) que s’est construit l’œuvre du jeune De Palma. Ce dernier, au fil des décennies suivantes, deviendra à son tour un monument du cinéma américain, un représentant parfait du Nouvel Hollywood qui s’est constitué à rebours du cinéma hollywoodien des années soixante.

Avec Sœurs de sang, Brian De Palma a été assez inspiré pour transcender son influence majeure, imprimer sa propre patte et devenir lui-même un maître du genre. Il conçoit un thriller haletant, angoissant et efficace tout en se livrant à des expérimentations visuelles qui feront date dans l’histoire du cinéma. Il s’agit donc d’un film important, tant dans la filmographie du réalisateur que dans le cinéma de genre, même s’il n’est pas le plus connu de ces catégories.

Bande-annonce : Sœurs de sang 

Fiche Technique : Sœurs de sang

Titre original : Sisters
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Brian De Palma et Louisa Rose, d’après une histoire de Brian De Palma
Avec : Margot Kidder (Danielle Breton/Blanchion), Jennifer Salt (Grace Collier), Bill Finley (Emil Breton), Charles Durning (Joseph Larch), Lisle Wilson (Philip Woode),Barnard Hugues (Mc Lennen).
Musique : Bernard Herrmann
Décors : Gary Weist
Photographie : Gregory Sandor
Montage : Paul Hirsch
Production : Edward R. Pressman
Genres : thriller
Durée : 93 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 27 mars 1973, France : 2 février 1977

Twisters : comme un vent (violent) des années 90

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Voilà encore une nouvelle suite tardive d’un blockbuster catastrophe qui avait marqué son temps (les années 90) et cartonné au box-office. Pour autant, Twisters n’est pas vraiment une séquelle classique ni même un reboot ou un (très à la mode en ce moment) legacy sequel. C’est juste, près de trente ans plus tard, un long-métrage qui se déroule au même endroit sur le même sujet. Un peu comme un héritier réactualisé, avec la technologie d’aujourd’hui, du sympathique film de Jan De Bont datant de 1996. Le couple vedette composé des stars montantes Glen Powell et Daisy Edgar-Jones est relativement plaisant à suivre et les séquences catastrophes sont nombreuses et impressionnantes, permettant de ne pas trop sentir les deux heures passer. Néanmoins, l’entreprise apparaît un peu vaine tant le reste est banal et que tout cela apparaît presque inutile. Comme symptomatique une nouvelle fois d’un Hollywood en panne d’idées qui ne cesse de regarder dans le rétroviseur et de passer par le recyclage.

Synospis : Ancienne chasseuse de tornades, Kate est encore traumatisée par sa confrontation avec une tornade lorsqu’elle était étudiante. Désormais, elle préfère étudier le comportement des tempêtes en toute sécurité depuis New York. Mais lorsque son ami Javi lui demande de tester un nouveau détecteur de tornades, elle accepte de retourner au cœur de l’action. Elle rencontre alors le charmant et téméraire Tyler Owens, célèbre pour ses vidéos de chasse aux tornades postées sur les réseaux sociaux. Alors que la saison des tempêtes atteint son paroxysme, des tornades d’une ampleur sans précédent mettent leurs vies en péril.

Bon nombre de cinéphiles ou simples spectateurs se souviennent nostalgiques de cette période faste que sont les années 90 et le début des années 2000 pour les productions à gros spectacle. Avant les franchises, les super-héros et les univers partagés, l’heure était plutôt aux gros films d’action tels que Les Ailes de l’enfer ou encore Speed, de science-fiction comme Independance Day ou catastrophe comme Armageddon, Volcano et donc Twister. Une époque où la générosité du spectacle s’associait à une forme d’épure et d’humilité dans le divertissement. Et il est vrai qu’hormis ce film, peu d’autres ont tenté de surfer sur les vents des tornades ou des cyclones si ce n’est la plutôt réussie série B Black Storm il y a une dizaine d’années, dont peu se souviennent. Le film de Jan de Bont est devenu une référence pour beaucoup et la qualité de ses effets spéciaux pour l’époque avait été saluée. Tout comme la séquence, très mémorable et utilisée dans la promotion, de cette vache dans les airs.

Comme beaucoup d’œuvres du passé exhumées par Hollywood depuis une quinzaine d’années, il était donc presque évident que Twister allait avoir droit à son remake, son reboot, sa suite, son spin-off ou son legacy sequel. Minuscule originalité cette fois : Twisters est plutôt un nouveau film sur le même thème puisqu’on ne retrouve ni l’histoire du premier (hormis la base des techniques utilisées pour chasser les tornades), aucun des anciens personnages (qui ne sont d’ailleurs jamais cités), ni même une quelconque référence à son illustre aîné. Un film héritier en quelque sorte qui utilise juste le même contexte. En revanche, beaucoup de choses dans la narration sont similaires. On retrouve un duo mixte qui finit par s’enticher l’un de l’autre, des équipes concurrentes et toujours une histoire qui se déroule en Oklahoma avec bien sûr son lot de scènes spectaculaires.

À ce niveau, on est toujours impressionné par les scènes avec les tornades même si on est bien plus blasé par les effets spéciaux qu’on ne pouvait l’être dans le temps. On pourrait même dire qu’on s’attendait à être davantage bluffés. La bonne nouvelle est qu’elles sont nombreuses et variées. De la première qui impose un trauma à l’héroïne en passant par la séquence des tornades jumelles ou celle durant le rodéo, les manifestations météorologiques sont assez diversifiées pour ne pas lasser. Et la séquence finale avec l’écran de cinéma est une très belle trouvaille et appose un rendu troublant et vraiment scotchant. Mais on serait presque plus remué au final par les scènes de désolation suivant celles de destruction massive. Les décors post-catastrophe sont réalistes au possible et vraiment représentatifs de ce que la nature peut faire sur nos frêles bâtisses.

D’aucuns reprocheront au film de ne jamais parler du réchauffement climatique. Désolé, mais tout le monde est au courant et ici il est maintes fois suggéré dans les dialogues. Et c’est peut-être mieux que de marteler un message devenu logique et ressassé partout en laissant l’intelligence du spectateur faire le reste. C’est la petite appréciation d’un script somme toute trivial et linéaire aux finitions très mécaniques et qui ne surprendra personne. Pour donner à cette grosse production une apparence d’être plus pointue qu’elle n’en a l’air ou une caution « indépendante », les studios ont été cherché l’acclamé réalisateur du très beau Minari, Lee Isaac Chung. Mais hormis quelques beaux plans atmosphériques sur les étendues immenses de la Tornado Alley, difficile de déceler une quelconque approche intimiste ou plus auteuriste.

Enfin, le casting a fait le choix de nouvelles têtes avec des stars montantes. La jeune Daisy Edgar-Jones découverte dans la sublime série britannique Normal People aux côtés de Paul Mescal, puis revue dans le génial Fresh sur Disney + et l’adaptation du succès littéraire Là où chantent les écrevisses il y a deux ans est plutôt crédible. Côté masculin, c’est la star en devenir au charisme certain et qui se vérifie encore ici, Glen Powell, que l’on retrouve dans un rôle qui lui va comme un gant. Ils sont très bien mais leur duo ne fait pourtant pas des étincelles et l’alchimie n’est pas évidente. Quant aux seconds rôles, c’est une succession d’archétypes sans grande profondeur. Au final, Twisters est un sympathique film catastrophe qui n’apporte pourtant rien au premier si ce n’est une actualisation technologique que l’on décèle aussi bien sur le fond que sur la forme. Il nous fait cependant passer un relatif bon moment de divertissement honnête à l’ancienne, avec quelques bonnes rasades de tornades qui en mettent plein la vue.

Bande-annonce – Twisters

Fiche technique – Twisters

Réalisateur : Lee Isaac Chung.
Scénariste : Mark L. Smith d’après l’oeuvre de Michael Crichton et Anne-Marie Martin.
Production : Universal Pictures.
Distribution: Warner Bros France
Interprétation : Daisy Edgar-Jones, Glen Powell, Anthony Ramos, Maura Tierney, Sasha Lane, …
Genres : Action – Catastrophe – Drame.
Date de sortie : 17 juillet 2024.
Durée : 2h02.
Pays : USA.

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Dos Madres de Victor Iriarte : Un très bon film qui en cache plusieurs autres

Dos Madres : Ce premier film de Victor Iriarte est une heureuse découverte pleine de surprise, basée sur des faits réels dramatiques de vols massifs d’enfants en Espagne, depuis l’époque franquiste jusque dans les années 90.

Synopsis de Dos Madres :  Il y a 20 ans, on a séparé Vera de son fils à la naissance. Depuis, elle le recherche sans relâche, mais son dossier a mystérieusement disparu des archives espagnoles. Il y a 20 ans, Cora adoptait un fils, Egoz. Aujourd’hui, le destin les réunit tous les trois. Ensemble, ils vont rattraper le temps perdu et prendre leur revanche sur ceux qui leur ont volé.

 Maternal

Le cinéma hispanophone a décidément le vent en poupe en ce  moment. Pas uniquement dans la quantité, mais dans une certaine qualité novatrice, tirée par les latino-américains et leur cinéma singulier, représentée récemment par exemple par le collectif argentin El Pampero Cine (Trenque Lauquen, Flora,…), les formidables Colons du chilien Felipe Gálvez ou Border Line des vénézuéliens Alejandro Rojas et Juan Sebastián Vásquez, ou encore Lost in the night du mexicain Amat Escalante. Mais le Vieux Continent n’est pas en reste avec des films espagnols très robustes comme la curiosité Fermer les yeux de Victor Erice, ou  ce très bon premier film d’un autre Victor, Iriarte de son nom : Dos Madres.

Introduit par un carton, une citation du chilien Roberto Bolaño, « voici une histoire d’horreur mais qui ne ressemblerait pas à une histoire d’horreur » (puisque  c’est lui, Bolaño qui la raconte), le film intrigue d’emblée. Iriarte nous prévient : lui aussi, il prendra des chemins de traverse pour son film. Les premières images sont d’ailleurs à l’avenant, mystérieuses, simples en apparence mais brillantes dans leur mise en scène. Un doigt suit , d’une carte à une autre, jusqu’au marbré d’une table, un tracé imaginaire qui amènerait sa propriétaire vers son destin, vers sa quête existentielle. Ayant accouché trop jeune de son fils, Vera (Lola Dueñas, très convaincante)  l’abandonne avant de se raviser. Malheureusement, on lui rétorque que son fils est mort, impossible de mettre la main sur son dossier. Comme 300 000 de ses compatriotes, Vera est victime du vol de son enfant. Ces vols ont été organisés par l’administration franquiste, aidée des autorités religieuses à de fins idéologiques, en enlevant les enfants à des mères « marxistes » pour les mettre dans des familles chrétiennes. La pratique a continué bien après, jusque dans les années 90, sous la forme d’un trafic lucratif. Vera n’aura de cesse de retrouver son fils.

Le film est découpé en chapitres, et en autant de formats différents. La première partie est une longue lettre de Vera pour son fils dont elle a retrouvé la trace à force de ruses plus ou moins légales, de détermination, d’envie. Accompagnant sa voix off lisant la lettre, les scènes retraçant sa démarche se succèdent, dignes d’un vrai film d’espionnage : de l’argent  en pagaille dans un sac , des échanges de clés, d’armes, des rendez-vous nocturnes , surtout nocturnes (le titre original Sobre todo de noche signifie surtout la nuit), dont une rencontre dans des citernes souterraines qui ne sont pas sans évoquer le From Russia with Love dans la Citerne Basilique d’Istanbul. C’est très inventif et très bien fait, et c’est sans conteste la meilleure partie du film.

Dans un deuxième mouvement, le cinéaste introduit les deux autres protagonistes, Cora l’autre maman (interprétée par la toujours divine Ana Torrent), la maman adoptive, et le fils Egoz (Manuel Egozkue). L’une pianiste , l’autre facteur de piano, les deux follement proches. Cora est dans une sorte de mélancolie, peut-être d’une vague culpabilité liée à la transaction originelle, même si elle est également victime du mensonge. Quand ils reçoivent chacun et en même temps la lettre de Vera. Egoz, puis Cora à la suite de son fils, partent à la rencontre de Vera. Dans un format iris subjectif, ce chapitre suit leur voyage à travers la Péninsule Ibérique, de San Sebastian aux bords de la Douro, puisque la réunion des trois se fera au Portugal. C’est ici qu’un film comme le récent Los Delincuentes argentin trouve son écho, dans cette vie à trois qui s’écoule paisible, harmonieuse, presque naturaliste. La beauté formelle est toujours là, malgré un léger tassement du rythme résultant du sujet lui-même.

Dos Madres est un excellent premier film qui enchante avant tout par sa mise en scène très originale, mais qui n’écrase pas l’émotion liée à un sujet porteur, celui de la maternité, d’une magnifique double maternité en l’occurrence.

Dos Madres – Bande annonce

Dos Madres – Fiche technique

Titre original : Sobre todo de noche
Réalisateur : Victor Iriarte
Scenario : Isa Campo, Víctor Iriarte, Andrea Queralt
Interprétation : Lola Dueñas (Vera), Manuel Egozkue (Egoz), Ana Torrent (Cora)
Photographie : Pablo Paloma
Montage : Ana Pfaff
Musique : Maite Arroitajauregi
Producteurs : Isa Campo, Tamara García Iglesias, María Gómez, Víctor Iriarte, Isaki Lacuesta, Andrea Queralt, Ivan Saldaña, Katixa Silva, Coproducteur : Pandora da Cunha Telles
Maisons de production : 4A4 Productions, Atekaleun Films, Euskal Irrati, Telebista (EiTB), Filmin, Instituto de la Cinematografía y de las Artes Audiovisuales (ICAA), Televisió de Catalunya (TV3), Termita Films,Ukbar Filmes
Distribution : Shellac Distribution
Durée : 95 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Juillet 2024
Espagne. Portugal. France – 2023

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Mad Fate : infernal destination

Si la majorité du public occidental a découvert Soi Cheang avec le tétanisant Limbo, ce virage radical nous donne à découvrir une nouvelle collaboration sous l’égide du studio mythique Milkyway depuis Accident (2009). Connaissant le pedigree d’un producteur-réalisateur comme Johnnie To, dont les effets de styles et les changements de ton récurrents sont gages de qualité, Mad Fate ne lésine donc pas avec son humour décalé et son scénario alambiqué. Les personnages peuvent-ils seulement lutter pour changer leur destin et réprimer leurs pulsions meurtrières ? À force de tirer tous les filons divinatoires, la réponse est amenée avec beaucoup de confusion malgré la merveilleuse idée de peindre la folie sous une pluie qui appelle le sang.

Synopsis : Par une nuit d’orage, un maître de feng shui tente de sauver une prostituée d’une mort certaine, mais le destin en a décidé autrement. Arrivé à son domicile, il découvre le corps de la jeune femme, victime d’un abject serial killer. Un livreur déboule à son tour sur la scène de crime, hypnotisé et fasciné par ce qu’il voit. Le maître de feng shui prédit au garçon un avenir sombre et meurtrier. Mais cette fois, il jure de tout faire pour changer le cours des choses. Sauf que l’inspecteur chargé de l’enquête est convaincu que le livreur est un psychopathe-né dont la soif de sang ne peut être arrêtée…

Après l’impitoyable et l’implacable Limbo, Soi Cheang nous revient dans un registre pour le moins inattendu. Hong-Kong est peuplé de laissés-pour-compte et de vilains en tout genre. Comment Le Maître peut-il espérer sauver une vie, alors que les cadavres pleuvent sous les yeux attristés ? Ce diseur de bonne aventure, campé par un Gordon Lam (Lam Ka-tung, de son vrai nom) toujours aussi impliqué, tente alors de tromper le destin de ses clients dont le sort ne leur réserve ni fortune ni bonne santé. Entre coïncidences et superstitions, on se laisse transporter dans une course contre la montre pour sauver l’âme de Siu-tung (Lok Man Yeung), en proie à ses pulsions meurtrières, qui ont débuté avec le massacre de chats dans son enfance. Son retour derrière les barreaux ne surprendrait ni l’inspecteur qui attend le flagrant délit, ni sa famille. Commence alors une bataille contre ces mauvaises ondes, afin de ne laisser substituer qu’une seule croyance, celle d’une ferme et durable rédemption.

La folie des tueurs

Au milieu d’une nuit pluvieuse et orageuse, on démarre par une fausse scène d’enterrement qui donne lieu à un décalage comique bluffant, tout en préservant le mystère sur la suite du programme. Les personnages que l’on suit font effet partie d’une chaîne dont le destin se délecte de les voir se débattre pour rien. Ce n’est pas faute d’essayer, car c’est ce que Le Maître tente de défier à chaque instant. Il est de ceux qui aiment croire que le destin reste imprévisible, car l’avenir est toujours en mouvement. Peut-être pour se moquer de lui, ce dernier est amené à croiser la route d’un livreur au regard vide et noir, qui s’excite à la vue d’une scène de crime. Le destin place alors tout un arsenal de lames aiguisées sur sa trajectoire et c’est au Maître de faire en sorte de préserver d’innocentes victimes d’une disparition, à la fois commune et tragique dans les bas-fonds d’une cité qui a perdu tout optimisme. On le constate à travers le mode de vie et les individus qui la peuplent.

Pourtant, Mad Fate s’inscrit avant tout comme une étude symbolique sur Hong-Kong et sa névrose. Peuplée de prostituées, de psychopathes, de fous et d’une police qui boîte, la cité ne s’écarte pas du portrait que le cinéaste en fait, comme à son habitude. Mais dans cette noirceur et cette puanteur indescriptible, est-il possible d’y trouver de la lumière ? De la vie ? Est-il possible de pardonner et de changer son destin ? Ces interrogations font partie d’un refrain mis en défaut par un changement de ton permanent, dont les bienfaits ne dépassent pas la demi-heure de visionnage. L’écriture est confuse et la narration s’emmêle. On ne sait jamais si on a affaire à un thriller policier ou à une comédie surnaturelle, là où son principal modèle, Mad Detective, avait réussi à conjuguer les deux registres. Ajoutons à cela une débauche de CGI affligeante, en passant par le ciel nuageux en mouvement ou bien par un chat noir (en partie en animatronique), symboles évidents pour les plus superstitieux. Pourtant, entre les temples, les cérémonies et les cimetières, le cinéaste porte un soin particulier à brosser une ville-monde en proie à la démence.

Est-on finalement destiné à vivre ou à mourir selon notre karma ? Est-il possible de changer son destin ? En attendant la castagne de City of Darkness, ce dernier Soi Cheang, à l’intrigue difficilement lisible, peut toutefois trouver une pertinence si on la considère comme une version taoïste du Minority Report de Steven Spielberg. Le cinéaste hongkongais compense toutefois les défauts d’écriture de ses personnages en insistant sur les symboles qui alimentent les superstitions du médium, jusqu’à effacer cette frontière entre le réel et le surnaturel. Le rythme survitaminé du film et ses effets de style à outrance font que l’on s’égare dès que l’on entre dans la psyché des protagonistes. Contrairement à Only the River Flows, qui a choisi d’insister sur cet exercice, Mad Fate se heurte à ses bonnes intentions qui ne font pas bon ménage avec l’aura du thriller qu’il aurait souhaité être.

Bande-annonce : Mad Fate

Fiche technique : Mad Fate

Réalisation : Soi Cheang
Scénario : Yau Nai-Hoi, Melvin Li
Histoire de : Yau Nai-Hoi, Au Kin-Yee
Directeur des combats : Wong Wai-Leung
Directeur de la photographie : Cheng Siu-Keung
Décors : Bruce Yu
Directrice artistique : Cat Leung
Costumes : Karen Yip
Montage : Allen Leung
Musique : Chung Chi-wing, Ben Cheung
Producteurs : Johnnie To, Yau Nai-Hoi, Elaine Chu
Production : MakerVille Company, Noble Castle Asia, Milkyway Image
Pays de production : Chine, Hong-Kong
Distribution France : Carlotta Films
Durée : 1h48
Genre : Thriller
Date de sortie : 17 juillet 2024

Mad Fate : infernal destination
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X Façons De Faciliter Les Transactions Internationals

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Dans le monde d’aujourd’hui, qui ne cesse de progresser tout en étant interconnecté, les entreprises et les particuliers sont fréquemment amenés à effectuer des transactions au-delà des frontières internationales.

Qu’il s’agisse de payer des fournisseurs dans différents pays, d’envoyer de l’argent à des proches à l’étranger ou de gérer des finances pour des investissements internationaux, la complexité des transactions transfrontalières peut s’avérer difficile à gérer.

Heureusement, il existe de nombreuses façons de simplifier le processus et de le rendre plus efficace en termes de transactions internationales, dont certaines sont mentionnées ci-dessous.

  1. Profiter Des Plateformes De Banque En Ligne

La majorité des banques proposent aujourd’hui des plateformes de banque en ligne qui permettent aux clients de gérer leurs comptes et d’effectuer des transactions depuis n’importe où dans le monde. Il vous suffit de vous connecter au site web officiel ou à l’application mobile de votre banque pour pouvoir transférer facilement de l’argent où que vous soyez.

En outre, vous pouvez vérifier les taux de change et contrôler les relevés de transactions. De plus, certaines banques proposent des services spécialisés pour ceux qui ont l’intention d’effectuer des transactions internationales, notamment des comptes multidevises et des outils de change.

  1. Pensez À Opter Pour Les Virements IBAN

L’utilisation du numéro de compte bancaire international (IBAN) peut faciliter les transactions en Europe. Les IBAN facilitent les transactions transfrontalières au sein de l’espace unique de paiement en euros (SEPA).

Par exemple, si vous devez envoyer de l’argent en France, vous devez connaître l’ iban france du destinataire, afin d’être sûr que les fonds sont acheminés correctement et efficacement. Cela minimise le risque d’erreurs, de fraudes et de retards liés aux virements bancaires traditionnels.

  1. Explorez Les Plateformes De Paiement De Pair À Pair :

En raison de leur facilité d’utilisation et de leur commodité, les plateformes de paiement de pair à pair (P2P) sont de plus en plus populaires. Des services tels que PayPal, Venmo et Cash App permettent aux utilisateurs de transférer de l’argent à leurs amis, familles et entreprises de l’autre côté de la frontière en quelques clics.

Ces plateformes axées sur les solutions offrent souvent des taux de change compétitifs et des frais peu élevés, ce qui en fait les options les plus recherchées par les personnes souhaitant effectuer des transactions internationales de petite ou moyenne envergure plus rapidement et en toute sécurité.

  1. Envisager De Recourir À Des Services De Transfert International D’argent

Différents services de transfert d’argent international, tels que Wise, Remitfy et bien d’autres, offrent des solutions spécialisées pour envoyer et recevoir de l’argent au-delà des frontières. Ces services avantageux offrent généralement des taux de change compétitifs, des frais transparents et des délais de transaction accélérés.

En outre, certaines plateformes proposent des fonctionnalités telles que des portefeuilles multidevises et la possibilité de bloquer les taux de change, offrant ainsi une flexibilité et un contrôle accrus sur vos transactions à l’étranger. 

  1. Exploiter Les Crypto-Monnaies Pour Des Transactions Sans Frontières

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Guest post

Twister : un vent de terreur

Facile de reconnaître un monstre de cinéma quand on en voir un. La tornade fait partie de ces phénomènes météorologiques qui engendrent autant de dégâts que de succès sur la scène hollywoodienne. Pourtant, aucune autre bourrasque ne semble faire le poids avec le second long-métrage de Jan De Bont. Parfois dévastatrice, souvent kitsch, rarement mémorable, certains y ont même placé des requins dans le tourbillon, la tornade est une star à part entière dans Twister, un récit d’action et de réconciliation.

Synopsis : Les exploits quotidiens et méconnus d’un groupe de scientifiques, chasseurs de tornades du Midwest aux Etats-Unis. Jo Harding, qui a vu son père emporté par une tornade quand elle était enfant, sillonne inlassablement les routes du Midwest à la tête d’une petite équipe de météorologues, aventuriers et casse-cou, unis autour d’un même objectif : observer les tornades sur leur terrain d’élection.

Ni l’Homme, ni sa création ne rivalisent avec la puissance naturelle (et presque divine) des éléments. Mais qu’est-ce qui peut bien divertir dans la démesure et la vision d’un monde en proie à la terreur ? Tout est possible dans les salles obscures, alors autant braver la tempête à la force de l’imagination. De Bont confesse encore aujourd’hui des prouesses et des difficultés de la production : « Quand des choses tombaient du ciel, il y avait de vraies choses qui tombaient d’un hélicoptère. Si vous filmez une voiture échappant à une tornade dans une tempête de grêle, c’était de la vraie glace qui nous tombait dessus. C’est un film qui ne peut pas être refait… Cela n’arriverait plus jamais ». Cependant, rien n’empêche l’humanité de se relever après une telle épreuve et c’est justement dans le sillon des familles recomposées qu’il est permis de renaître et aller de l’avant pour de bon.

Trois semaines avant que la terre entière ne s’embrase dans Independence Day, c’est dans l’Oklahoma que l’on se donne rendez-vous. Des maisons sont rasées, des récoltes réduites à néant et les familles sont déchirées par des pertes traumatisantes. Ce n’est que du vent en apparence, mais il existe bien un monstre caché dans l’œil des tourbillons et les protagonistes ne peuvent que garder un vis-à-vis, en espérant que le vent tourne en leur faveur.

En attendant le retour à l’écran, ce 17 juillet prochain, d’une aventure originale portée par Le Isaac Chung (Minari), retour sur un film populaire qui continue de tout raser sur son passage.

Stormbusters

Si les avancées technologiques ne lui sont pas favorables, il faut reconnaître à Jan de Bont un sens aigu de la narration par la tension. L’ancien directeur de la photographie de Paul Verhoeven et de John McTiernan a donc dédié toute son attention sur le crescendo, ce qui lui permet également de compenser avec des faiblesses d’écriture. En prenant en otage Keanu Reeves et Sandra Bullock dans un bus que l’on prive de pédales de frein, le cinéaste néerlandais garde une structure similaire pour son nouveau couple, qui connaît également ses zones de turbulences. Speed puisait ainsi dans les codes du film catastrophe pour rectifier la trajectoire de ses personnages en cours de route. Et cette fois-ci la menace n’a pas de visage, si ce n’est une sombre silhouette enveloppée dont la force de frappe défie toutes les créations humaines qu’elle croise. Un programme aussi récréatif qu’un rollercoaster avec le plus d’effets pratiques possible. C’est pourquoi le film ne réclame rien de plus qu’un divertissement vrombissant, ce à quoi George Miller parviendra à compléter d’une signature d’auteur avec Mad Max : Fury Road, mais c’est encore une autre histoire…

À peine sorti d’un succès dinosauresque, Steven Spielberg confie une ébauche de scénario à l’écrivain Michael Crichton, auteur à succès de Sphère, Jurassic Park et Le Monde perdu, rien que ça. Accompagné de son épouse Anne-Marie Martin, il développe une intrigue sur-mesure pour que le rodéo au cœur de Tornado Alley prenne vie. Les astres se sont ensuite alignés pour que Jan de Bont succède aux anciens prétendants (James Cameron, Tim Burton, Robert, Zemeckis…) après avoir essuyé des conflits artistiques sur Godzilla, qui deviendra celui de Roland Emmerich. S’il n’a pas pu piétiner New York avec un kaijū, il se donnera à cœur joie de malmener les habitués du grand écran en nous propulsant dans les cockpits d’un contingent de têtes brûlées, des chasseurs de tornades (ou plutôt d’orages).

Ils ne sont pas là pour les stopper, mais pour étudier leur comportement. La météorologie reste encore un domaine rempli d’incertitudes et qui nécessite de prendre des risques pour obtenir des données scientifiques exploitables, afin de prévenir les catastrophes. L’Oklahoma semble tout indiqué pour cette étude, étonnamment prémonitoire de l’éruption de tornades qui a eu lieu quatre ans après le tournage. Les nombreuses caméras de De Bont y ont donc séjourné le temps d’une production chaotique, malgré des résultats plus que satisfaisants.

Une épreuve de vitesse

Des champs à perte de vue, un ciel assombri numériquement pour que les montres de vent puissent descendre des cieux, une armada de véhicules tout-terrain… Tous les ingrédients d’une bonne course-poursuite sont réunis. Mais au lieu de fuir le danger, la tâche consiste à s’en approcher le plus possible. Posons ensuite les bases d’une sous-intrigue conjugale et rendons la métaphore de la chasse aussi épique que la réplique de la pauvre Melissa Reeves (Jami Gertz). Cette dernière ne peut que constater avec stupeur, qu’elle n’aura jamais droit au premier plan dans le récit. Au mieux, ce sera la banquette arrière et rarement dans le même plan que les deux têtes d’affiche.

Ce qui devait simplement constituer un déplacement administratif pour enterrer un mariage dysfonctionnel se transforme soudainement en un road-trip intense. L’appel du vent et un outil révolutionnaire remet Bill (Bill Paxton) en selle pour un rodéo en tandem avec sa femme Jo (Helen Hunt). Il ne manque plus que la mise en scène et le montage fassent leur effet, car on se croirait dans un western moderne, où l’adrénaline serait l’unique carburant. Les personnages secondaires apportent également une cohésion à l’équipe, à commencer par l’énergie de Dusty (Philip Seymour Hoffman), farceur et toujours souriant. De même pour Rabbit (Alan Ruck), le cartographe qui guide le peloton vers le désastre à la trajectoire imprévisible. Il ne manque donc plus que Cary Elwes pour compléter le tableau des archétypes, dans la peau d’un concurrent suffisamment détestable pour qu’on ne regrette pas ses manœuvres inconsidérées.

Chacun est filmé dans sa voiture, pied enfoncé dans la pédale d’accélération et musique à fond. Le champ-contrechamp fonctionne encore mieux dans ce dispositif où la parole est d’argent. Communiquer est à la clé d’une bonne relation de confiance et la thérapie du couple ne s’éloigne pas de ce constat. Ce sera la même chose pour venir à bout de la fameuse tornade F5, selon l’échelle de Fujita. Son entrée est aussi fracassante que Jack Torrance dans Shining, mais la comparaison n’est pas si fortuite avec un peu de bon sens. Les héros cherchent à comprendre le phénomène qui les relie et qui les maintient en joug dans le même temps. Le tour de force du cinéaste néerlandais réside dans sa façon de transposer la dualité de Bill et Jo, deux êtres heurtés par une forme d’injustice qu’ils prennent à cœur de combattre. Et souvent pour des raisons personnelles.

Des monstres et des hommes

De plus en plus puissantes, les tornades fascinent pour leur puissance destructrice. Il fallait donc les représenter avec beaucoup d’acuité, tout en restant cohérent avec l’aventure dantesque du récit. Les effets n’ont pas tant vieilli que ça, car le sentiment de danger compense les petites imperfections narratives et techniques. À l’aide d’un turboréacteur orienté vers les acteurs, De Bont jette un vent à décorner les bœufs et à envoyer valser les vaches. Et si vous pensiez qu’il y en avait deux dans le tourbillon, détrompez-vous. Il s’agissait bien de la même ! Le film ne manque pas non plus d’humour, ce qui fluidifie le visionnage au fur et à mesure que l’on s’approche du climax.

Pourtant, les bonnes intentions ne sont pas toutes rassurantes. Aveuglement par des lampes électroniques, marécages insalubres, cascades douloureuses, intempéries fréquentes, accès de colère du cinéaste… L’orage est bien passé sur le tournage du film, qui a laissé de nombreuses cicatrices aux comédiens et aux équipes techniques, qui ont subi plusieurs remplacements en cours de route. Ce point noir n’est pas à occulter, même si on préfère prendre tout le plaisir à traverser les champs de maïs à toute berzingue. Le contrecoup de la vitesse se ressent dans les retours d’expérience, qui attestent que rien de conventionnel n’a vraiment eu lieu sur les plateaux à ciel ouvert ou même en studio.

Propulsé par Amblin, distribué par la Warner, Twister reste aujourd’hui un indémodable film catastrophe et d’action qui emporte tout sur son passage. En maximisant les effets pratiques, quitte à mettre la santé des comédiens en danger, le film témoigne d’un savoir-faire qui s’est perdu parmi les séries B. Le spectateur est constamment mis sous tension, avec la belle assurance qu’elle ne redescende pas de sitôt, même à la fin du générique. Si tout n’a pas été parfait en coulisses, il faut reconnaître les qualités d’un artisan tel que Jan de Bont, un magicien du numérique et un conteur d’une incroyable efficacité. Ses tornades n’ont pas à bouder celles qui lui ont succédé, qu’elles soient des F5 ou plus. C’est ce qui différencie foncièrement ce film d’un Black Storm assez malhonnête dans sa conception du danger pour qu’on y croit. Si le vent n’a toujours pas tourné d’ici là, autant sauter sur ce divertissement qui tient toutes ses promesses.

Bande-annonce : Twister

Fiche technique : Twister

Réalisation : Jan de Bont
Scénario : Michael Crichton et Anne-Marie Martin
Musique : Mark Mancina
Photographie : Jack N. Green
Montage : Michael Kahn
Décors : Joseph C. Nemec III
Costumes : Ellen Mirojnick
Conseiller scientifique : Harold E. Brooks (National Severe Storms Laboratory)
Producteurs : Ian Bryce, Michael Crichton, Kathleen Kennedy, Laurie MacDonald, Steven Spielberg
Sociétés de production : Warner Bros. Pictures, Amblin Entertainment et Constant c Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Warner Bros. Entertainment
Durée : 1h53
Genre : Catastrophe, Action, Aventure, Drame
Date de sortie : 21 août 1996

« Atlas géographique mondial » : le monde en cartes

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Aurélie Boissière, géographe et cartographe, publie aux éditions Autrement un passionnant Atlas géographique mondial. En quelque 300 pages, elle offre aux lecteurs une vision globale et détaillée du monde, à travers des cartes thématiques et des perspectives inédites.

Aurélie Boissière utilise des bases de données géoréférencées actualisées pour offrir une représentation précise et actuelle de notre planète. En abordant diverses thématiques, elle permet de problématiser des questions démographiques, culturelles, environnementales ou sociales, avec à chaque fois la cartographie pour révélateur. 

Les cartes sur le climat révèlent par exemple les vastes étendues désertiques comme le Sahara et les zones arides d’Australie, tandis que les zones économiques exclusives, ces espaces maritimes où les États côtiers exercent leurs droits, s’appréhendent dans l’ouvrage en un coup d’œil. Ailleurs, ce sont les cartes démographiques qui mettent au jour les zones de forte densité de population, comme la Californie du Sud, Mexico, la vallée du Gange et le delta du Yangtsé. C’est d’ailleurs l’une des fonctions principales de la cartographie : elle permet un aperçu précis des dynamiques de population, mondiale comme locale, et des migrations, aspects évidemment présents ici.

L’Atlas géographique mondial s’attarde aussi sur des sujets ou des régions souvent sous-représentés dans les atlas traditionnels. Car en plus de mettre en évidence les populations, les fleuves, les montagnes et d’autres caractéristiques géographiques plus usuelles, il aborde aussi le monde de manière originale. Aurélie Boissière propose ainsi des cartes rarement vues ailleurs, comme celles des villes traversées par l’équateur, ou portant sur les différences en termes de système métrique, de sens de conduite, de prises électriques ou de formats de papier, révélant des différences culturelles et pratiques entre les pays.

Cet atlas sera particulièrement utile pour les étudiants, les chercheurs et les passionnés de géographie souhaitant approfondir leur connaissance des continents et océans. L’accent y est également mis sur des thématiques modernes comme les câbles sous-marins, essentiels pour la connectivité internet mondiale, et la liberté de la presse, montrant les zones où elle est particulièrement menacée, comme en Russie, en Chine, en Inde et dans le monde arabe. Ces cartes enrichissent notre compréhension des enjeux contemporains et des disparités globales.

Sans surprise, cet atlas accorde une attention particulière à la France, explorant sa population, ses langues, sa géologie, son hydrographie, ses paysages et ses espaces naturels. Les cartes détaillent le tourisme, les pistes de grandes randonnées, les vignobles et les points culminants, offrant une vue relativement large des richesses naturelles et culturelles du pays.

L’Atlas géographique mondial d’Aurélie Boissière est un ouvrage de référence qui permet de mieux appréhender la géographie mondiale. Il combine des cartes thématiques traditionnelles avec des perspectives originales et des données actualisées, offrant une vision accessible, fine et nuancée du monde. Malgré quelques cartes qui nous paraissent moins lisibles, comme celle sur les organisations régionales, il n’en demeure pas moins une ressource précieuse pour tous ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance du monde.

Atlas géographique mondial, Aurélie Boissière
Autrement, juin 2024, 296 pages

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4

« Métamorphes » : entités et identités

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Le premier tome de Métamorphes, intitulé « Beast Friends », voit le jour aux éditions Bamboo, dans la collection « Drakoo ». Cette bande dessinée signée Olivier Gay et Jonathan Aucomte plonge les lecteurs dans un récit young adult où les protagonistes, Ambre et Lucas, voient leur vie bouleversée par une mystérieuse transformation.

Au cours des premières pages, les auteurs opèrent une dichotomie nette entre les deux protagonistes. Ambre, la fille populaire du lycée, organise des fêtes prisées et se caractérise par une tendance à ridiculiser ceux qui ne répondent pas aux normes de beauté édictées par son groupe. En contraste, Lucas, passionné de lecture, de musique et de jeux de rôles, mène une vie bien plus rangée et discrète. Ce n’est qu’après avoir été aspergés d’un liquide inconnu qu’ils se rapprochent. Et pour cause : Ambre devient une louve-garou poilue, puissante et musclée, tandis que Lucas se transforme en vampire agile et hypnotique, bien qu’intolérant au soleil.

Ambre et Lucas se découvrent un nouvel état, avec ses avantages et ses vulnérabilités. Cette chose qu’ils ont désormais en commun doit en revanche être cachée aux autres, pour ne pas les effrayer. Partant, ce que narre Métamorphes tient avant tout à la découverte de soi et de l’autre. Si la narration parallèle des premières planches soulignait les différences initiales, les deux adolescents traversent la même épreuve et vont par conséquent développer une certaine complicité.

Sur le plan personnel, Ambre est issue d’une famille aisée avec un père député et distant. Son petit ami Gaëtan, superficiel, se montre souvent indifférent à ses émotions. Lucas, de son côté, est entouré de parents protecteurs et d’amis fidèles. Olivier Gay et Jonathan Aucomte n’hésitent d’ailleurs pas à incorporer des fiches informatives çà et là, pour consolider le background de leurs deux protagonistes. Ensemble, ils découvrent bientôt une conspiration étroitement liée à leur transformation.

Cette épreuve initiatique les pousse à regarder le monde d’un œil neuf et à questionner les valeurs et les préjugés qui les entourent. Ce parcours formateur est habilement illustré par les auteurs. Par ailleurs, les dessins de « Beast Friends » sont marqués par des couleurs vives et des formes arrondies, typiques du style young adult. Cette esthétique renforce l’accessibilité de l’œuvre . La narration, dynamique et rythmée, alterne entre les points de vue d’Ambre et de Lucas, permettant aux lecteurs de s’immerger pleinement dans leurs pensées et leurs émotions.

Métamorphes en pose les jalons : Ambre et Lucas ressortent de cette aventure transformés, non seulement physiquement mais aussi intérieurement. Ainsi, Olivier Gay et Jonathan Aucomte nous livrent une histoire à hauteur d’ados, illustrée avec maîtrise, dans laquelle apparaissent successivement les thèmes familiaux, amoureux, sociaux et identitaires.

Métamorphes : Beast Friends, Olivier Gay et Jonathan Aucomte
Bamboo/Drakoo, juillet 2024, 64 pages

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3.5

Interviews croisées : Floriane Joseph et Juliette Elamine nous parlent de leurs écrits

Elles ont en commun une maison d’édition (Sterenn), quelques salons du livre, et certainement beaucoup plus. Elles sont deux autrices aux univers très différents mais aux écritures fortes et touchantes. Floriane Joseph a déjà publié deux romans (La Belle est la Bête et Les vivants sont des rois) ainsi qu’un recueil de poésie (Tant qu’il restera des corps à étreindre). Juliette Elamine est une autrice très prolifique au quotidien (entre écriture quotidienne et ateliers d’écriture qu’elle anime), qui a déjà publié Les Chroniques de l’imaginaire, Le Nom de mon père et son dernier roman en date, Les Enfants de la vie. Toutes deux auront respectivement une nouvelle publication chez Sterenn éditions d’ici janvier 2025. Pour prolonger leurs textes tour à tour engagés, poétiques et ambitieux, elles ont accepté de répondre à quelques questions.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’écriture ?

Floriane : J’ai l’impression d’avoir toujours voulu écrire. Petite je lisais énormément, et vers l’âge de dix ans environ, j’ai commencé à écrire de petits textes.

Juliette : La lecture ! Et la découverte du roman de Louisa May Alcott Les Quatre Filles du Docteur March. Je me suis complètement identifiée au personnage de Joséphine March. J’enviais ses feuilles jaunies, sa plume et son encrier. J’avais l’impression d’avoir beaucoup d’imagination moi aussi. Ce livre, et plus tard le film, ont été des déclics.

Est-ce que tu vis aujourd’hui de l’écriture ? Si non, quel est ton métier ?

Floriane :  Non, je ne vis pas de l’écriture aujourd’hui. Un auteur touche en général autour de 10% du prix du livre, donc très peu d’auteurs vivent véritablement de leur plume. Je suis prof d’anglais, et je fais actuellement une thèse de littérature anglaise.

Juliette : Je ne vis pas entièrement de l’écriture. J’anime un grand nombre d’ateliers littéraires dans les établissements scolaires ou lieux culturels (médiathèques, librairies, etc.), j’adore ça ! Et je travaille pour le fonds de dotation Le Cèdre Solidarity. Je suis chargée des projets culturels et éducatifs, et rédactrice des contenus. Nous nous donnons pour mission de soutenir des initiatives en faveur d’un Liban juste, écologique et résilient.

Justement Juliette, tu partages ton travail d’écriture dans des ateliers auprès de différents publics, dont des scolaires, peux-tu nous en parler ?

Juliette : J’adore ça. La transmission de ma passion pour la lecture et du prolongement développé dans l’écriture me tient à cœur, à l’heure où la jeunesse délaisse la littérature. Après les phases de travail avec les jeunes, quelles que soient les productions obtenues (en quantité je veux dire) les jeunes ont le sourire, sont fiers d’eux. Il y a une vraie satisfaction dans la production écrite, même si ce n’est pas un centre d’intérêt pour eux au départ.
La cerise sur le gâteau c’est quand, en plus, nous écrivons sur le Liban ! Enfin, leur plaisir d’écrire nourrit le mien.

Floriane, tu écris principalement des drames mais avec un certain élan de vie, en tout cas dans ton deuxième roman (Les vivants sont des rois) comme dans ta poésie … Qu’en penses-tu ? D’ailleurs Les vivants sont des rois  est un texte très poétique dans son approche et son écriture, quel est ton rapport à la poésie ?

Floriane : C’est vrai je crois, je n’y avais jamais pensé comme ça … Je crois que je suis intéressée par les chagrins, mais aussi, justement, par ce qu’il reste quand tout s’effondre.

J’essaie justement d’écrire des textes poétiques, même lorsqu’il s’agit de prose. Je veux que chaque phrase soit ciselée, que le texte soit comme un poème qu’on puisse relire juste pour sa beauté. J’ai toujours adoré la poésie. Plus jeune, j’en lisais énormément, surtout les classiques qui me tombaient sous la main (Hugo, Aragon, Rimbaud…) et je retenais sans effort à force de relire les poèmes que je trouvais beaux. J’en connaissais pas cœur et je les récitais parfois dans ma tête par petits bouts comme on chantonne une chanson.

Juliette, tu écris sur le Liban, pourquoi ? Quel est ton lien avec ce pays ? Est-ce que tu t’y rends parfois ?
Dans ton premier roman (Le Nom de mon père), il y avait un rapport à la nourriture, qui revient un peu dans le deuxième (Les Enfants de la vie), peux-tu en parler ?

Juliette : Je suis séduite par mes origines libanaises depuis… que je suis née ! Je veux dire que mon père m’a baigné dans la culture et les traditions libanaises depuis mon plus jeune âge. Enfant, j’ai découvert le Liban d’après-guerre (en 1994) et j’en suis tombée amoureuse. Adolescente, j’ai compris l’histoire du pays plus profondément. La guerre de 2006 m’a poussée vers l’écriture de mon premier roman et mes recherches ont ensuite nourri mon imaginaire.
J’y vais depuis que j’ai 5 ans et demi, très régulièrement. Depuis mon engagement au Cèdre Solidarity, je m’y rends encore plus souvent.

La nourriture, la cuisine libanaise sont des vecteurs puissants de transmission culturelle. Une partie de mon amour pour le pays vient de sa gastronomie. Les recettes de mon père, de ma grand-mère sont un don précieux. C’est véritablement un héritage! Et puis, la cuisine libanaise est absolument délicieuse et addictive… alors autant inviter les lecteurs à déguster avec moi !

Floriane, tu as écrit sur l’amitié, où puises-tu la matière de tes écrits, comment travailles-tu en amont de l’écriture ? Compte tenu de tes personnages, qui sont décrits comme des astres au début de Les vivants sont des rois , peux-tu nous parler de la manière dont tu inventes l’individu au milieu du groupe dans ce récit d’une soirée?

Floriane : L’inspiration est très différente suivant mes écrits. Pour Les vivants sont des rois, j’ai eu l’idée de ce roman pendant des soirées avec mes propres amis. J’ai pensé qu’il y avait tant de beauté, tant de chagrin, et tant d’amour qui flottaient durant ces moments, et que tout s’envolait au matin… Alors, j’ai voulu écrire un livre qui capte tout cela, qui le garde quelque part pour que ça ne s’envole pas. Les premières phrases du roman, qui disent « Je voudrais capter de vous… » c’est un peu l’intention du roman que j’expose dès le début, ce sont les phrases où moi, personnellement, je suis le plus présente.

Ces six personnages-là me sont apparus très naturellement, comme une photo dont les couleurs se révèleraient petit à petit. Ensuite, de petits ajustements ont été faits grâce aux remarques de mon agente, Julie, et de mon éditrice Clémence, qui m’ont beaucoup aidée. Les relations amoureuses de certains personnages étaient moins développées que pour d’autres par exemple, les relations d’amitié entre les filles également. J’ai beaucoup de chance d’avoir eu de si précieux retours, qui ont vraiment contribué à rendre le livre meilleur. C’est comme si elles m’avaient fait remarquer des tâches de noir qui restaient à des endroits : alors j’ai pu y braquer une lampe de poche et voir ce qu’il manquait.

Juliette, Les Chroniques de l’imaginaire est le titre d’un recueil de textes, c’est aussi le nom des textes politiques de Georges, l’un des personnages des Enfants de la vie, quel est le rapport dans tes romans à l’imaginaire ? Écrire des chroniques, est-ce un travail quotidien pour toi ?

Juliette : En fait, lorsque j’écrivais Les Enfants de la vie, j’étais aussi rédactrice pour le média en ligne Ici Beyrouth. Un média d’information, avec différentes rubriques, dont une culturelle. Ici Beyrouth offre, entre autres, un accès gratuit à la culture pour tous. J’écrivais donc à rythme régulier des histoires imaginaires imprégnées de Liban, dans le but de le valoriser.
Je créais le personnage de Georges en parallèle, pour mon deuxième roman. Georges, lui, écrit des chroniques imaginaires basées sur des faits réels de l’histoire du pays. Et sa liberté d’expression est un vrai questionnement. La mienne aussi. Écrire des fictions inventées sur base de faits réels est un vrai défi, une passion pour moi. Presque quotidien ! Je dirais qu’écrire des histoires courtes, chroniques, nouvelles, poésies, est un acte quotidien. Dans ma tête et/ou sur le papier. Et quand il y en a trop dans ma tête, j’en écris plusieurs d’un coup.

Plus largement comment écrit-on sur la guerre, le traumatisme ? Comment travailles-tu en amont de l’écriture ?

Juliette : J’effectue un très grand nombre de recherches, afin de conserver le plus de neutralité et objectivité possible sur les sujets que je traite. Le Liban et son histoire sont bien souvent ma toile de fond. L’imaginaire me conduit vers des histoires diverses et variées et en fonction, j’oriente mes recherches et suis amenée parfois à creuser des sujets que je n’avais pas envisagés. Et ça c’est super !
Écrire sur la guerre peut être « traumatisant ». Je mets des guillemets parce que ce n’est rien comparé à la réalité. Il n’empêche que cela me remue beaucoup, fait partie de mon histoire et pas seulement relative au Liban, et l’écriture soulage ces douleurs. Les fictions sont une échappatoire puissante.

Et le rapport à l’enfance dans l’écriture ? 

Juliette : Il est vrai que depuis Les enfants de la vie, j’écris beaucoup sur l’enfance, je donne la parole aux enfants et aux mères. Je suis personnellement très remuée par le sort des innocents victimes de guerre. Au-delà de ça, l’enfance est un cadeau dont on mesure le caractère précieux lorsqu’on devient adulte. Donner naissance à des enfants de papier est aussi un plaisir immense dans l’écriture.

Peux-tu nous parler de la maison d’édition Sterenn. Plus largement, comment approches-tu le monde l’édition ?

Floriane :  Sterenn est une pépite ! En fait, la fondatrice de Sterenn, Paloma Gressien, était mon éditrice dans ma précédente maison d’édition (Frison-Roche Belles Lettres, chez qui mon premier roman, La Belle est la Bête, a été publié). Frison-Roche Belles Lettres a fait faillite, mais avant cela, Paloma avait déjà comme rêve de fonder sa propre maison d’édition, ce qu’elle a fait avec Sterenn. Dès la fondation de la maison, elle est tout de suite revenue vers moi pour voir la façon dont on pourrait travailler ensemble, notamment sur la poésie. Et je suis ravie que mon premier recueil, Tant qu’il restera des corps à étreindre, soit publié chez elle ! Ce n’est que le début d’une merveilleuse aventure, j’en suis convaincue ! Plus largement, le monde de l’édition est parfois un peu compliqué à appréhender je trouve (jamais je n’aurais imaginé que la première maison d’édition qui me publierait ferait faillite). C’est pour cela que j’ai fait appel à celle qui a accepté de devenir mon agente, Julie Finidori. C’est grâce à elle que Les vivants sont des rois a été publié aux éditions Michel Lafon par exemple. Au-delà de défendre mes livres, elle m’explique les contrats, et elle me permet d’avoir un suivi global de tous mes projets, sur le long terme, auprès de plusieurs maisons d’édition si besoin. Cela me donne un sentiment de stabilité très rassurant.

Juliette : Sterenn éditions est une maison d’édition indépendante, à compte d’éditeur. Elle publie de la poésie, des romans et des nouvelles. Sterenn éditions est la maison qui abrite mes Enfants de la vie avec bienveillance. Sa fondatrice, Paloma Gressien est brillante et très professionnelle. Le travail éditorial du texte est une véritable aventure, dans laquelle le fond de l’histoire est respecté, la forme est réfléchie ensemble. Mon éditrice me permet de grandir dans l’écriture. Elle me conseille bien au-delà de ce seul roman. Elle veille sur les manuscrits que je lui soumets, me pousse dans mes retranchements.

Je choisis les maisons d’éditions à qui j’adresse mes manuscrits en fonction de mes lectures, de leur ligne éditoriale, des échos que j’en ai de la part d’auteurs rencontrés en salon par exemple. Mais surtout, je choisis en fonction du sentiment qu’elles m’inspirent. Et quand l’envoi d’un manuscrit se prolonge d’un échange avec un éditeur ou une éditrice, la relation humaine compte beaucoup.

Quels sont tes futurs projets d’écriture ?

Floriane :  Mon prochain livre sera un recueil de nouvelles, intitulé Elles dormaient sous le sable. Il s’agira de nouvelles qui traversent les âges, de réécritures de mythes antiques (au féminin) à des récits qui ressemblent à des contes, jusqu’à des histoires contemporaines. Mais toutes seront liées les unes aux autres comme différentes étapes d’un même voyage où les héroïnes seront particulièrement mises à l’honneur, mais pas uniquement. Il sera publié chez Sterenn le 24 septembre 2024. Je travaille également sur une série de livres pour enfants, ainsi que sur mon prochain roman adulte, mais je préfère ne pas en dire plus pour l’instant…

Juliette : Mon prochain roman sera publié en janvier 2025 chez Sterenn éditions ! Mon quatrième manuscrit attend son sort chez différents éditeurs. J’ai démarré plusieurs autres projets, pour lesquels j’attends des avis, des conseils ou qui reposent en attendant que j’y revienne, tout simplement.

Enfin, quelles sont tes lectures favorites ?

Floriane : En ce moment, je lis beaucoup d’auteurs et d’autrices contemporaines. J’adore Line Papin, Laurent Gaudé, Sophie Astrabie… Je lis aussi pas mal de poésie : la poétesse Renée Vivien a été en partie effacée du canon littéraire par exemple, alors que ses vers n’ont rien à envier à Baudelaire !

Juliette :  Je lis beaucoup de romans très différents. Pas forcément des classiques, de tout en fait. J’ai en tête quelques coups de cœurs ces derniers mois : Le Livre des reines de Joumana Haddad, Trois de Valérie Perrin, La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné, Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet et puis bon… Harry Potter bien entendu !

Interview : Oli pour L’Art de la Bonté

Oli est aussi pétillante et inspirante que son ouvrage L’Art de la Bonté. Si vous la croisez en salon du livre (son livre jaune ne passe pas inaperçu, son sourire non plus), elle aura sûrement dans les mains une boîte à bonbons transparente remplie de petits post-it, pardon  « pense-bonté » comme elle aime les appeler. L’idée ? Offrir à celui qui pioche un message positif qui souvent entrera en résonance avec son propre état intérieur. Ce projet, elle le prolonge dans L’Art de la Bonté, qui n’est que réconfort (même si la question de la souffrance n’est pas écartée). Un texte truffé de citations et autres références, qui n’a d’autre but que de rencontrer un lecteur qui a besoin de lui pour « avancer dans la  vie ». Oli a accepté de répondre à quelques questions, pour prolonger la dose de bonnes ondes qu’elle offre quotidiennement sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’écriture ?

J’ai toujours écrit, c’est une façon pour moi d’exprimer en mots ce que je ressens et perçois du monde… Pendant le premier confinement, j’ai décidé de me faire un condensé de mes écrits, comme un manuel pratique pour bien vivre dans mon monde intérieur, en quelque sorte… Je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais le partager quelques années plus tard, et même le publier et écrire la suite !

Est-ce que tu vis aujourd’hui de l’écriture ? Si non, quel est ton métier ?

Non je n’en vis pas, je suis auteure et professeure des écoles. Mon but est de diffuser L’Art de la Bonté pour aider ceux qui pourraient en avoir besoin. Qu’en au fait d’en vivre, nous verrons bien ce que l’avenir nous réserve…

Peux-tu nous parler de ton éditeur ? Plus largement, comment approches-tu le monde l’édition ?

Je suis éditée chez Hello Editions, une maison d’édition traditionnelle parisienne (ils ont également une librairie-café là-bas) qui a lu et choisi mon manuscrit pour être publiée vers début 2023… J’envoyais mon manuscrit aux maisons d’édition traditionnelles depuis plusieurs mois et j’avais conscience que je n’aurais sûrement aucun retour… Mais il a suffit d’un ! En fait, je découvre les subtilités du monde de l’édition en m’investissant dans la promotion du livre et en échangeant lors des dédicaces et autres salons du livre, où je rencontre toujours des auteurs formidables avec qui je crée des liens profonds et inspirants.

Tes textes appellent la joie, L’Art de la Bonté  est un titre évocateur… est-ce un état d’esprit quotidien ?

Oui en fait c’est vraiment une philosophie de vie, pour moi la gentillesse est une force et ce qu’il y a de bon en nous est à cultiver de tout notre cœur. Cette question est tellement passionnante, je pourrais en parler pendant des heures ! Ce que j’ai la chance de faire en salons du livre et dédicaces grâce aux lecteurs, mais aussi chaque jour dans mes écrits, notamment pour les prochains tomes, étant en train d’écrire le tome 2 : L’Art de la Bonté 2, découvrir notre merveilleux potentiel

Penses-tu écrire de la fiction pure, roman, nouvelle, peut-être poésie ?

À vrai dire j’ai retrouvé des écrits datant de plus de quinze ans pour un roman fantastique en plusieurs tomes, et je crois bien que je vais en reprendre l’écriture avec enthousiasme ! Tout en poursuivant l’écriture de L’Art de la Bonté car j’ai encore tellement à en dire… Quoi qu’il arrive dans l’avenir, je continuerai d’écrire… Toujours.

Enfin, quelles sont tes lectures favorites ?

La question la plus difficile, moi qui suis à la fois auteure et grande lectrice, et je lis de tout ! Mais je condense mes plus grandes inspirations dans ma bibliographie du tome 1, Du Petit Prince en passant par L’Art de la méditation de Matthieu Ricard… La bibliographie du tome 2 risque fort d’être tout aussi riche ! Par exemple, en ce moment, je lis les formidables ouvrages du philosophe Charles Pépin, comme La Rencontre ou encore La Confiance en soi

“Danse avec le diable” : tout a commencé par une danse sur TikTok

Netflix a encore frappé avec une série documentaire qui dévoile la descente aux enfers de danseurs et influenceurs TikTok. Au-delà des apparences, nous plongeons dans les dessous d’une industrie cachée et manipulatrice, diablement orchestrée par l’entreprise de gestion de talents The 7M Films et surtout par l’homme derrière tout ça : Robert Shinn.

La série documentaire est divisée en trois parties où nous suivons le témoignage de la famille Wilking. Tout part d’un rêve d’enfant des sœurs Wilking passionnées de danse depuis toujours : c’est définitivement ancré en elles, elles en feront leur métier.

Pour y arriver, elles décident de danser ensemble et de se lancer sur les réseaux sociaux sous le nom des Wilking Sisters : un succès qui prend rapidement de l’ampleur mais qui ne suffit visiblement pas à une des deux sœurs : Miranda. Cette dernière finit par prendre un autre chemin vers ce qu’elle pense être le succès. C’est à partir de ce moment-là que le rêve vire au cauchemar pour toute la famille Wilking.

En 2021, c’est le coup de grâce. Les deux sœurs arrêtent de produire des vidéos ensemble et Miranda quitte définitivement le nid familial pour intégrer un collectif de danseurs pour les 7M Films, une entreprise de gestion de talents située à Los Angeles. Le nouveau chemin que prend Miranda semble donc anodin et innocent aux premiers abords, mais cela va vite prendre un autre tournant. En effet, on apprend très rapidement que 7M Films est en fait rattaché à une église chrétienne Shekinah Church International, dirigée par Robert Shinn. Ce dernier se présente lui-même comme “homme de Dieu” et affirme que lui seul peut sauver ses adeptes de l’enfer, si et seulement s’ils acceptent de couper les ponts avec leur entourage.

Contre toute attente, Miranda, après quelques mois dans cette organisation et sous l’influence de son gourou, a coupé les ponts avec sa famille pour se consacrer entièrement à la danse et à sa nouvelle famille : les danseurs de 7M.

Danse avec le diable est une série documentaire touchante, troublante et originale. Touchante, car on suit le parcours d’une famille éclatée en mille morceaux, qui, par le biais d’une série documentaire, essaie de retrouver tant bien que mal, leur fille. Touchante aussi, car nous suivons le témoignage d’autres rescapés qui nous partagent leur combat au quotidien. Troublante, car l’affaire est encore en cours et que la famille Wilking cherche encore aujourd’hui à renouer contact avec Miranda, et surtout, car le collectif de danseurs performent toujours sur place. Originale, par le sujet en lui-même qui part d’une simple histoire de danseurs TikTok qu’on voit tous les jours lorsqu’on scrolle sur son téléphone et qui tourne très vite en sujet plus dramatique.

Tous ces éléments donnent un ton particulier à cette série documentaire. Certains danseurs ont décidé de rester, d’autres de partir. Certains témoignages, à vif, sont touchants comme le témoignage de Pryscilla Lee, membre de Shekinah qui est restée plus de 25 ans de sa vie dans cette organisation.

Une action en justice a fini par être engagée contre 7M Films et Robert Shinn pour manipulation émotionnelle, extorcation d’argent et harcèlement sexuel. Mais à ce jour, son activité continue et Robert Shinn n’a pas été condamné. Pour ce qui est de Miranda, elle a décidé de prendre la parole sur les réseaux sociaux pour exprimer sa déception envers sa famille pour avoir créé son documentaire sans son consentement… affaire à suivre.

Bande annonce – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Fiche technique – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Titre original : Dancing for the Devil: The 7M TikTok Cult
Diffuseur : CNN
Genre : Documentaire
Première diffusion (France) : 29 mai 2024 (Netflix)
Première diffusion (États-Unis) : 29 mai 2024 (Netflix)
Pays d’origine : États-Unis
Statut : Terminée
Nombre de saisons : 1
Durée : 58 min
Synopsis : Comment de jeunes aspirants danseurs, stars des réseaux sociaux, sont entrés au sein du culte 7M et sous l’emprise de Robert Shinn.