Twister : un vent de terreur

Facile de reconnaître un monstre de cinéma quand on en voir un. La tornade fait partie de ces phénomènes météorologiques qui engendrent autant de dégâts que de succès sur la scène hollywoodienne. Pourtant, aucune autre bourrasque ne semble faire le poids avec le second long-métrage de Jan De Bont. Parfois dévastatrice, souvent kitsch, rarement mémorable, certains y ont même placé des requins dans le tourbillon, la tornade est une star à part entière dans Twister, un récit d’action et de réconciliation.

Synopsis : Les exploits quotidiens et méconnus d’un groupe de scientifiques, chasseurs de tornades du Midwest aux Etats-Unis. Jo Harding, qui a vu son père emporté par une tornade quand elle était enfant, sillonne inlassablement les routes du Midwest à la tête d’une petite équipe de météorologues, aventuriers et casse-cou, unis autour d’un même objectif : observer les tornades sur leur terrain d’élection.

Ni l’Homme, ni sa création ne rivalisent avec la puissance naturelle (et presque divine) des éléments. Mais qu’est-ce qui peut bien divertir dans la démesure et la vision d’un monde en proie à la terreur ? Tout est possible dans les salles obscures, alors autant braver la tempête à la force de l’imagination. De Bont confesse encore aujourd’hui des prouesses et des difficultés de la production : « Quand des choses tombaient du ciel, il y avait de vraies choses qui tombaient d’un hélicoptère. Si vous filmez une voiture échappant à une tornade dans une tempête de grêle, c’était de la vraie glace qui nous tombait dessus. C’est un film qui ne peut pas être refait… Cela n’arriverait plus jamais ». Cependant, rien n’empêche l’humanité de se relever après une telle épreuve et c’est justement dans le sillon des familles recomposées qu’il est permis de renaître et aller de l’avant pour de bon.

Trois semaines avant que la terre entière ne s’embrase dans Independence Day, c’est dans l’Oklahoma que l’on se donne rendez-vous. Des maisons sont rasées, des récoltes réduites à néant et les familles sont déchirées par des pertes traumatisantes. Ce n’est que du vent en apparence, mais il existe bien un monstre caché dans l’œil des tourbillons et les protagonistes ne peuvent que garder un vis-à-vis, en espérant que le vent tourne en leur faveur.

En attendant le retour à l’écran, ce 17 juillet prochain, d’une aventure originale portée par Le Isaac Chung (Minari), retour sur un film populaire qui continue de tout raser sur son passage.

Stormbusters

Si les avancées technologiques ne lui sont pas favorables, il faut reconnaître à Jan de Bont un sens aigu de la narration par la tension. L’ancien directeur de la photographie de Paul Verhoeven et de John McTiernan a donc dédié toute son attention sur le crescendo, ce qui lui permet également de compenser avec des faiblesses d’écriture. En prenant en otage Keanu Reeves et Sandra Bullock dans un bus que l’on prive de pédales de frein, le cinéaste néerlandais garde une structure similaire pour son nouveau couple, qui connaît également ses zones de turbulences. Speed puisait ainsi dans les codes du film catastrophe pour rectifier la trajectoire de ses personnages en cours de route. Et cette fois-ci la menace n’a pas de visage, si ce n’est une sombre silhouette enveloppée dont la force de frappe défie toutes les créations humaines qu’elle croise. Un programme aussi récréatif qu’un rollercoaster avec le plus d’effets pratiques possible. C’est pourquoi le film ne réclame rien de plus qu’un divertissement vrombissant, ce à quoi George Miller parviendra à compléter d’une signature d’auteur avec Mad Max : Fury Road, mais c’est encore une autre histoire…

À peine sorti d’un succès dinosauresque, Steven Spielberg confie une ébauche de scénario à l’écrivain Michael Crichton, auteur à succès de Sphère, Jurassic Park et Le Monde perdu, rien que ça. Accompagné de son épouse Anne-Marie Martin, il développe une intrigue sur-mesure pour que le rodéo au cœur de Tornado Alley prenne vie. Les astres se sont ensuite alignés pour que Jan de Bont succède aux anciens prétendants (James Cameron, Tim Burton, Robert, Zemeckis…) après avoir essuyé des conflits artistiques sur Godzilla, qui deviendra celui de Roland Emmerich. S’il n’a pas pu piétiner New York avec un kaijū, il se donnera à cœur joie de malmener les habitués du grand écran en nous propulsant dans les cockpits d’un contingent de têtes brûlées, des chasseurs de tornades (ou plutôt d’orages).

Ils ne sont pas là pour les stopper, mais pour étudier leur comportement. La météorologie reste encore un domaine rempli d’incertitudes et qui nécessite de prendre des risques pour obtenir des données scientifiques exploitables, afin de prévenir les catastrophes. L’Oklahoma semble tout indiqué pour cette étude, étonnamment prémonitoire de l’éruption de tornades qui a eu lieu quatre ans après le tournage. Les nombreuses caméras de De Bont y ont donc séjourné le temps d’une production chaotique, malgré des résultats plus que satisfaisants.

Une épreuve de vitesse

Des champs à perte de vue, un ciel assombri numériquement pour que les montres de vent puissent descendre des cieux, une armada de véhicules tout-terrain… Tous les ingrédients d’une bonne course-poursuite sont réunis. Mais au lieu de fuir le danger, la tâche consiste à s’en approcher le plus possible. Posons ensuite les bases d’une sous-intrigue conjugale et rendons la métaphore de la chasse aussi épique que la réplique de la pauvre Melissa Reeves (Jami Gertz). Cette dernière ne peut que constater avec stupeur, qu’elle n’aura jamais droit au premier plan dans le récit. Au mieux, ce sera la banquette arrière et rarement dans le même plan que les deux têtes d’affiche.

Ce qui devait simplement constituer un déplacement administratif pour enterrer un mariage dysfonctionnel se transforme soudainement en un road-trip intense. L’appel du vent et un outil révolutionnaire remet Bill (Bill Paxton) en selle pour un rodéo en tandem avec sa femme Jo (Helen Hunt). Il ne manque plus que la mise en scène et le montage fassent leur effet, car on se croirait dans un western moderne, où l’adrénaline serait l’unique carburant. Les personnages secondaires apportent également une cohésion à l’équipe, à commencer par l’énergie de Dusty (Philip Seymour Hoffman), farceur et toujours souriant. De même pour Rabbit (Alan Ruck), le cartographe qui guide le peloton vers le désastre à la trajectoire imprévisible. Il ne manque donc plus que Cary Elwes pour compléter le tableau des archétypes, dans la peau d’un concurrent suffisamment détestable pour qu’on ne regrette pas ses manœuvres inconsidérées.

Chacun est filmé dans sa voiture, pied enfoncé dans la pédale d’accélération et musique à fond. Le champ-contrechamp fonctionne encore mieux dans ce dispositif où la parole est d’argent. Communiquer est à la clé d’une bonne relation de confiance et la thérapie du couple ne s’éloigne pas de ce constat. Ce sera la même chose pour venir à bout de la fameuse tornade F5, selon l’échelle de Fujita. Son entrée est aussi fracassante que Jack Torrance dans Shining, mais la comparaison n’est pas si fortuite avec un peu de bon sens. Les héros cherchent à comprendre le phénomène qui les relie et qui les maintient en joug dans le même temps. Le tour de force du cinéaste néerlandais réside dans sa façon de transposer la dualité de Bill et Jo, deux êtres heurtés par une forme d’injustice qu’ils prennent à cœur de combattre. Et souvent pour des raisons personnelles.

Des monstres et des hommes

De plus en plus puissantes, les tornades fascinent pour leur puissance destructrice. Il fallait donc les représenter avec beaucoup d’acuité, tout en restant cohérent avec l’aventure dantesque du récit. Les effets n’ont pas tant vieilli que ça, car le sentiment de danger compense les petites imperfections narratives et techniques. À l’aide d’un turboréacteur orienté vers les acteurs, De Bont jette un vent à décorner les bœufs et à envoyer valser les vaches. Et si vous pensiez qu’il y en avait deux dans le tourbillon, détrompez-vous. Il s’agissait bien de la même ! Le film ne manque pas non plus d’humour, ce qui fluidifie le visionnage au fur et à mesure que l’on s’approche du climax.

Pourtant, les bonnes intentions ne sont pas toutes rassurantes. Aveuglement par des lampes électroniques, marécages insalubres, cascades douloureuses, intempéries fréquentes, accès de colère du cinéaste… L’orage est bien passé sur le tournage du film, qui a laissé de nombreuses cicatrices aux comédiens et aux équipes techniques, qui ont subi plusieurs remplacements en cours de route. Ce point noir n’est pas à occulter, même si on préfère prendre tout le plaisir à traverser les champs de maïs à toute berzingue. Le contrecoup de la vitesse se ressent dans les retours d’expérience, qui attestent que rien de conventionnel n’a vraiment eu lieu sur les plateaux à ciel ouvert ou même en studio.

Propulsé par Amblin, distribué par la Warner, Twister reste aujourd’hui un indémodable film catastrophe et d’action qui emporte tout sur son passage. En maximisant les effets pratiques, quitte à mettre la santé des comédiens en danger, le film témoigne d’un savoir-faire qui s’est perdu parmi les séries B. Le spectateur est constamment mis sous tension, avec la belle assurance qu’elle ne redescende pas de sitôt, même à la fin du générique. Si tout n’a pas été parfait en coulisses, il faut reconnaître les qualités d’un artisan tel que Jan de Bont, un magicien du numérique et un conteur d’une incroyable efficacité. Ses tornades n’ont pas à bouder celles qui lui ont succédé, qu’elles soient des F5 ou plus. C’est ce qui différencie foncièrement ce film d’un Black Storm assez malhonnête dans sa conception du danger pour qu’on y croit. Si le vent n’a toujours pas tourné d’ici là, autant sauter sur ce divertissement qui tient toutes ses promesses.

Bande-annonce : Twister

Fiche technique : Twister

Réalisation : Jan de Bont
Scénario : Michael Crichton et Anne-Marie Martin
Musique : Mark Mancina
Photographie : Jack N. Green
Montage : Michael Kahn
Décors : Joseph C. Nemec III
Costumes : Ellen Mirojnick
Conseiller scientifique : Harold E. Brooks (National Severe Storms Laboratory)
Producteurs : Ian Bryce, Michael Crichton, Kathleen Kennedy, Laurie MacDonald, Steven Spielberg
Sociétés de production : Warner Bros. Pictures, Amblin Entertainment et Constant c Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Warner Bros. Entertainment
Durée : 1h53
Genre : Catastrophe, Action, Aventure, Drame
Date de sortie : 21 août 1996

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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