« Métamorphes » : entités et identités

Le premier tome de Métamorphes, intitulé « Beast Friends », voit le jour aux éditions Bamboo, dans la collection « Drakoo ». Cette bande dessinée signée Olivier Gay et Jonathan Aucomte plonge les lecteurs dans un récit young adult où les protagonistes, Ambre et Lucas, voient leur vie bouleversée par une mystérieuse transformation.

Au cours des premières pages, les auteurs opèrent une dichotomie nette entre les deux protagonistes. Ambre, la fille populaire du lycée, organise des fêtes prisées et se caractérise par une tendance à ridiculiser ceux qui ne répondent pas aux normes de beauté édictées par son groupe. En contraste, Lucas, passionné de lecture, de musique et de jeux de rôles, mène une vie bien plus rangée et discrète. Ce n’est qu’après avoir été aspergés d’un liquide inconnu qu’ils se rapprochent. Et pour cause : Ambre devient une louve-garou poilue, puissante et musclée, tandis que Lucas se transforme en vampire agile et hypnotique, bien qu’intolérant au soleil.

Ambre et Lucas se découvrent un nouvel état, avec ses avantages et ses vulnérabilités. Cette chose qu’ils ont désormais en commun doit en revanche être cachée aux autres, pour ne pas les effrayer. Partant, ce que narre Métamorphes tient avant tout à la découverte de soi et de l’autre. Si la narration parallèle des premières planches soulignait les différences initiales, les deux adolescents traversent la même épreuve et vont par conséquent développer une certaine complicité.

Sur le plan personnel, Ambre est issue d’une famille aisée avec un père député et distant. Son petit ami Gaëtan, superficiel, se montre souvent indifférent à ses émotions. Lucas, de son côté, est entouré de parents protecteurs et d’amis fidèles. Olivier Gay et Jonathan Aucomte n’hésitent d’ailleurs pas à incorporer des fiches informatives çà et là, pour consolider le background de leurs deux protagonistes. Ensemble, ils découvrent bientôt une conspiration étroitement liée à leur transformation.

Cette épreuve initiatique les pousse à regarder le monde d’un œil neuf et à questionner les valeurs et les préjugés qui les entourent. Ce parcours formateur est habilement illustré par les auteurs. Par ailleurs, les dessins de « Beast Friends » sont marqués par des couleurs vives et des formes arrondies, typiques du style young adult. Cette esthétique renforce l’accessibilité de l’œuvre . La narration, dynamique et rythmée, alterne entre les points de vue d’Ambre et de Lucas, permettant aux lecteurs de s’immerger pleinement dans leurs pensées et leurs émotions.

Métamorphes en pose les jalons : Ambre et Lucas ressortent de cette aventure transformés, non seulement physiquement mais aussi intérieurement. Ainsi, Olivier Gay et Jonathan Aucomte nous livrent une histoire à hauteur d’ados, illustrée avec maîtrise, dans laquelle apparaissent successivement les thèmes familiaux, amoureux, sociaux et identitaires.

Métamorphes : Beast Friends, Olivier Gay et Jonathan Aucomte
Bamboo/Drakoo, juillet 2024, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.