« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

À l’Opéra Garnier, une cantatrice meurt et Christine Dubois, appelée à prendre sa place, voit sa carrière naissante mêlée à une affaire criminelle. Une voix menaçante murmure en effet depuis les hauteurs des lieux. Le récit s’écarte ainsi des chemins les plus familiers du mythe pour prendre la forme d’un mystère à tiroirs, où chaque personnage semble dissimuler quelque chose. 

Tyler Boss ne cherche pas à reproduire sagement une version antérieure devenue canonique. Il puise notamment dans le film Universal de 1943, dont il retient le goût des décors fastueux, puis redistribue les rôles pour donner à l’enquête sa véritable ossature. 

Le Fantôme reste une présence trouble : mi- monstre, mi- homme blessé, et metteur en scène de sa propre légende. Dans cette histoire, la question n’est pas seulement de savoir qui se cache sous le masque, mais qui, parmi les gens de la scène, fait œuvre de duplicité. Tout le monde joue un jeu. Et derrière les crimes, l’album laisse deviner la jalousie et l’obsession.

C’est Martin Simmonds qui donne à ce récit sa matière. Son dessin texturé paraît parfois tenir de la peinture. L’Opéra semble se refermer sur ses occupants, avec ses escaliers, ses recoins et ses dessous. Le dessinateur joue des contrastes : Christine baignée de clarté, le Fantôme presque englouti dans l’ombre… Et tout au long, une ambiance envoûtante et inquiétante.

Il y a du policier dans la mécanique mise en œuvre, de l’horreur en suspens et dans les meurtres, mais aussi une forme de romantisme dans la fascination qui lie Christine à cette silhouette mystérieuse. Le masque est celui du tueur, bien entendu, mais il est aussi social, conditionné par la scène et ses rivalités.

L’album prend son temps, peut dérouter par sa construction parfois absconse, mais possède un relief passionnant qui doit beaucoup à la chair humaine dont il fait état. Filiation, désirs, envie, arts du spectacle, mystère : tout est là, contenu en quelque 120 pages convaincantes. 

Le Fantôme de l’opéra, Tyler Boss et Martin Simmonds
Urban Comics, 9 octobre 2026, 120 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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