Dans Le Parfum des feuilles de thé (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.
À Tokyo, Akane et Mayumi étouffent parmi les tours et les grands espaces asphaltés. Elles décident de saisir l’opportunité de partir pour les collines de Shizuoka, où Akane va reprendre la plantation de ses grands-parents après l’AVC de son grand-père. Elle n’y venait que quelques fois par an lorsqu’elle était enfant ; elle découvre maintenant la rudesse d’un métier soumis aux caprices de la météo, et cette fatigue lancinante qui finit par gagner jusqu’aux os. Les récoltes sont difficiles. Reprendre la terre, c’est aussi mesurer tout ce qu’elle exige, et on comprend aisément qu’il soit difficile de se préparer à cela.
Akane veut préserver un savoir-faire familial et le goût d’un thé transmis depuis des générations. Au moment de l’AVC de son grand-père, elle a surtout craint de ne plus pouvoir goûter cette boisson unique dont elle conserve de tendres souvenirs. Mayumi, elle, imagine d’autres méthodes et peut-être même un label qui mettrait en avant les femmes pionnières du thé. Se démarquer, peut-être augmenter les prix : Akane hésite, redoutant que le changement n’altère la saveur que sa famille a longtemps gardée secrète. Leur désaccord, construit sur les difficultés rencontrées au quotidien, fait affleurer une question : Akane est-elle prudente, ou simplement trop frileuse ?
L’album possède un second versant, plus intime. Dans une lettre, la grand-mère d’Akane affirme l’avoir acceptée malgré ses origines coréennes… Puis, après qu’Akane lui a confié sa relation avec Mayumi, elle a évoqué des thérapies et une possible guérison, pathologisant ainsi maladroitement les choix sentimentaux de sa petite-fille. Le père d’Akane, lui, sait que Mayumi est sa compagne, mais continue de l’appeler son amie, une manière, probablement, de se protéger. À leurs côtés, Nana, jeune femme trans dont les parents refusent de soutenir la transition, et Madame Uchida, critiquée pour avoir vécu seule sans se marier ni avoir d’enfants, accompagnent les deux jeunes femmes face au conservatisme d’une société encore arc-boutée à ses traditions.
La plantation est la dernière encore en activité dans le hameau. Mais la campagne n’efface pas pour autant les tensions. Camille Monceaux et Virginie Blancher le montrent parfaitement, avec des dessins doux et des lavis parfois presque oniriques. Elles brodent aussi autour du mont Fuji, symbole de résilience pour Akane. Et de la résilience, il en faut… Notamment lorsqu’un typhon frappe, et révèle clairement à Mayumi, inquiète, que la plantation est devenue son véritable foyer.
Dans ce récit d’une grande sensibilité, il est autant question des traditions nippones (le thé) que de la construction d’une identité et d’un foyer. Une belle découverte.
Le Parfum des feuilles de thé, Camille Monceaux et Virginie Blancher
Robert Laffont, 15 octobre 2026, 192 pages