Séries Mania : I Love Dick, la nouvelle série signée Jill Soloway

Découverte au festival Séries Mania 2017 d’I Love Dick, la nouvelle série de Jill Soloway (Transparent) suit avec humour et bienveillance une quarantenaire paumée trouver un nouveau point de repère et une nouvelle passion en la personne d’un certain Richard, surnommé Dick.

Synopsis : Chris (Kathryn Hahn) est une réalisatrice, mais est-elle une bonne réalisatrice et surtout une cinéaste accomplie et reconnue ? Chris est mariée, mais son couple fonctionne-t-il réellement ou est-il en délitement ? Autant de questions qui travaillent la quadragénaire paumée alors qu’on la découvre suivre son mari Sylvère dans la petite ville texane ultra culturelle de Marfa. Celui-ci y démarre une résidence pour “penser l’holocauste”. Cela sous la responsable d’un certain Richard (Kevin Bacon), surnommé Dick, un artiste et surtout un homme pour lequel Chris va se passionner.

« Dear Dick »

Le show signé par Jill Soloway suit la passion peu de commune de Chris pour Dick, qui va se matérialiser sous la forme d’une correspondance épistolaire, et d’une perception fantasmée par Chris de la réalité.

Cette dernière écrit, beaucoup. Des idées, des désirs, des aveux, le tout étant destiné à Dick. Les lettres sont d’abord des écrits cathartiques, certes pour Dick, mais elles permettent à Chris de vider son sac, d’exprimer ses fantasmes, ses envies à un homme qui ne semble en aucun cas la désirer et même la considérer. Toutefois cette passion secrète pour Dick ne le sera plus quand elle en parlera à Sylvère. Étrangement, leur couple va retrouver leur sexualité mise de côté et leur flamme grâce au fantasme qu’incarne Dick.

Kevin Bacon est Dick.

Et pourtant, l’homme est loin d’être un samaritain. Alors que Dick, Sylvère et Chris sont réunis lors d’un dîner à un restaurant, l’événement organisé par cette dernière va prendre une toute autre tournure. L’artiste se moquera du nouveau film de Chris qui a à peine présenté son sujet : « un couple, ou plutôt une femme dans un couple qui représente toutes les femmes écrasées par les attentes sociétales ». Il demande alors à Sylvère, en chuchotant, et sur un ton moqueur, si elle est douée. Chris ne sait déjà plus comment réagir, paralysée face au comportement bête et méchant des deux hommes. Mais ça c’est fini, le personnage incarné par Kevin Bacon déclare alors sûrement : « Les femmes font de mauvais films parce qu’elles sont dans une position de victimisation. » Comme le note Iris Brey (dans son retour du pilote sur le site des Inrocks) : « Le beau gosse devient alors clairement un “real dick”. Un vrai connard. » Chris a tenté de répondre au machisme de Richard, en sortant, désespérée, des noms de grandes cinéastes : Jane Campion, Chantal Akerman. Mais rien n’y fait, et Chris part aux toilettes, où sa folle passion n’a en rien été éreintée par la conversation, au contraire.

Plus tard, alors que Chris lit sa première lettre à son compagnon Sylvère, elle dévoile sa vision fantasmée de ce moment au restaurant, mise en scène par ses désirs : le pied droit de Dick caressant le sien sous la table occultant le regard naïf de Sylvère, entre autres choses – ; mais frustrée par ses attentes non comblées : elle aurait aimé qu’il la rejoigne aux toilettes, par exemple.

Le cinéma/la télévision pour inventer ; révéler ; et lire

La mise en scène de fantasmes représente de véritables moments visuels dans la série. Ces derniers travaillent le portrait sublime – imaginé par Chris rappelons-le – de Dick, alors véritable déité ; et présenté comme une figure de sex-symbol ; aussi Dick se voit être filmé tel le cowboy, mâle hégémonique ; ou encore, certains de ses gestes deviennent de véritables mouvements de beauté pure pour Chris, comme lorsqu’il allume une cigarette. Les fantasmes contribuent à nuancer la passion de Chris pour Dick, qui n’est pas juste sexuelle, ou juste celle d’une femme désespérée dans son foyer, ou encore juste celle d’une cinéaste face à sa muse. Justement, la série va tenter de révéler par différents moyens – tels que le fantasme comme invention/réinvention d’une réalité alors alternative – ces bouleversements passionnels que connaît Chris.

À l’écran, des mots, des morceaux de phrases des lettres, apparaissent souvent en caractères blancs sur un fond rouge. Car il s’agit de lire Chris Kraus, personnage de la série, mais aussi le matériau d’origine, ouvrage éponyme qui la prend la forme d’une autobiographie fictionnalisée dans un échange de lettres. Cette forme est aussi un hommage, et plus que ça, la reconnaissance d’un héritage au cinéma de femmes. Notamment de Chantal Ackerman, remémorée et remerciée par d’autres femmes.

« Dans I Love Dick, le livre, Chris Kraus cite l’artiste Sophie Calle pour contextualiser sa démarche. Le XXème siècle a été le moment où les plumes féminines ont été considérées, le XXIème sera celui où les réalisatrices le seront. C’est le message que Soloway met en scène (…) »

– Iris Brey, Ibid.

En effet, I Love Dick est une série certes signée par Jill Soloway, mais surtout construite par un groupe de femmes réunies par celle-ci. Un groupe au féminin dans lequel on trouve Sarah Gubbins, dramaturge qui a adapté le roman avec Soloway ; Mandy Hoffman à la musique ; Catherine Haight, Julie Cohen et Christal Khatib au montage ; et notamment Kimberly Peirce (Boys Don’t Cry ; Carrie, la vengeance) et Andréa Arnold (Fish Tank ; American Honey) à la réalisation d’épisodes.

Les trois épisodes projetés ont révélé une nouvelle série à suivre absolument. Servie par un casting formidable (Kathryn Hahn, l’une des stars de Crossing Jordan, est éblouissante), I Love Dick annonce un nouveau souffle pour les femmes dans le milieu du cinéma/de la télévision qu’elle marquera certainement.

Bande-Annonce : I Love Dick

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Fiche Technique : I Love Dick – 3 premiers épisodes

Création : Jill Soloway, Sarah Gubbins
Réalisation : Jill Soloway, Andrea Arnold, Kimberley Peirce
Interprétation : Kathryn Hahn, Kevin Bacon, Bruce Gilbert, Meshell Ndegeocello
Production : Amazon Studios, Topple Productions
Producteurs exécutifs : Jill Soloway, Sarah Gubbins, Andrea Sperling, Victor Hsu
Distribution : Amazon Studios
Diffusion : Amazon Prime Vidéo (États-Unis & France)

États-Unis – 2017

[irp]

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.