Festival Séries Mania : Rencontre avec Matthew Penn

Rencontre avec le réalisateur Matthew Penn au festival Séries Mania

Ce vendredi 22 avril 2016, CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre avec Matthew Penn organisée par le festival Séries Mania. Penn est un réalisateur conséquent de séries connu pour ses travaux sur Law & Order, NYPD Blue, Royals Pains ou même la nouvelle série Queen of the South sur USA Network.

 La rencontre démarra sur le nouvel âge d’or de la télévision lancé à partir des années 90s, notamment avec HBO :

« Le monde a changé, il n’y a pas si longtemps (au début des années 90’s) on n’avait que 4 networks (grandes chaines nationales américaines) ce qu’on voit maintenant s’est passé avec HBO. Avant, ils montraient les films d’autres personnes, puis ont voulu faire leurs propres créations, David Chase est ici, on pense aux Soprano. Puis d’autres s’y sont mis (…) : Netflix, Hulu… Soudainement on a eu un monde où il y a tellement d’histoires à voir (…). Et il y a des choses risquées. Il y a tellement d’opportunités aujourd’hui, et il y a des séries géniales partout. (…) C’est le second âge d’or de la télévision. Dans les années 90s, on voyait la télévision telle qu’on ne l’avait jamais vue avant (…) des gens filmaient avec des longs objectifs (…) on invitait des cinéastes (…) Regardez Star Trek aujourd’hui et vous vous dites « Hum…  » (tout en basculant la tête). La télévision a radicalement changé ». 

Puis Matthew Penn a poursuivi la réflexion sur le changement de la télévision en parlant de la venue et l’investissement des cinéastes à la télévision. Soderbergh lui a expliqué que la télévision lui permet une immédiateté, et que les séries lui permettent de faire les films qu’il voulait. L’artistique et la volonté de toucher les gens est allée à la télévision, loin des films popcorn. « On voit Scorsese et Soderbergh à la télévision et on se dit que c’est la forme finale de la réalisation, de raconter les histoires. C’est un sacré changement ». D’ailleurs, « si Scorsese et Soderbergh viennent à la télévision américaine, c’est parce qu’il y a une certaine dose de liberté et un certain appétit ! »

 Ensuite la conversation a avancé sur les relations entre réalisateur et scénariste :

« Vous avez toutes sortes de personnalités et en tant que réalisateur vous devez respecter ses volontés (…) ils connaissent l’histoire, ils connaissent les personnages (…) ce sont deux différents jobs (scénariste & réalisateur), certains sont des scénaristes-réalisateurs doués. Le mariage (entre scénariste et réalisateur) peut être différent (…). Il peut bien se passer ou non ».

Matthew Penn arrive sur l’exemple de Matthew Weiner qui « est apparu avec une idée extraordinaire (Mad Men), (…) il a vraiment capturé les pré-60’s/60’s. La chose la plus difficile pour un réalisateur est qu’un showrunner dise : « Peut-être bleue… c’est difficile… ». Voyons ! Le réalisateur doit se dire « Voici l’histoire que je raconte ». D’autres réalisateurs sont plus… Les networks veulent quelque chose, ils disent « Okay  » ». Il explique que Steven Bochco (scénariste du premier Columbo réalisé par Steven Spielberg et d’autres épisodes de la série) a refusé un ordre d’un network concernant NYPD Blues (qu’il a créée). Il y a une chose que tous ont, « ils ont une vision ». « Quand un producteur dit qu’il n’est pas sûr de pouvoir gérer cette vision, c’est fini ».

Il ajoute : « Ça ne compte pas si vous avez été scénariste et réalisateur avant, si vous réussissez c’est le plus important (…) bien sûr si vous échouez on vous ferme des portes »

Une panne de courant survient dans l’ensemble du Forum des Halles. La salle est plongée dans le noir, Matthew Penn n’a pas perdu de sa répartie : « I’m still here ! » (Je suis encore là !).festival-series-mania-rencontre-avec-matthew-penn

La lumière rallumée, Penn enchaîne sur la nouvelle série sur laquelle il travaille en tant que réalisateur et producteur exécutif : Queen of the South, diffusé sur USA Network. Le show suit l’histoire d’un personnage féminin « qui va s’enfoncer dans le milieu de la drogue et qui va devenir une femme extraordinaire ».

Après l’instant de promotion de son prochain projet, Matthew Penn revient sur le travail de réalisation dans une série télévisée et son rôle en tant que producteur (notamment sur Queen of South) : « Quand c’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. On ne peut venir le lendemain et demander un reshoot. (…) Il n’y a pas la possibilité de merder, de faire une terrible erreur (…) Et j’ai eu plusieurs jeunes réalisateurs sur Queen of the South (…) et je les ai aidés, conseillés ». « Ils se demandent comment faire une scène… Ils s’inquiètent de tous les problèmes. Alors qu’il faut s’intéresser à ce qui s’y passe, ce qui est raconté (…) Le dialogue est secondaire. Ça n’est pas difficile à filmer. (…) Il faut comprendre l’essence de la scène. C’est mon travail de ne pas les voir faillir, (…) donc je ferai tout pour que cette personne ne fasse pas un épisode correct, mais un superbe épisode. Vous ne pouvez pas dire qu’un épisode est affreux, vous ne le pouvez pas ». « C’est rare qu’on rende bon un mauvais script (…) on a besoin de chacun, parfois on peut avoir un terrible script et l’acteur en fait quelque chose de génial. (…) Mr Robot, c’est de grands scénaristes, de grands acteurs…

Il enchaîne sur les Sopranos :

« J’ai vu le pilote avant qu’il soit diffusé, je me suis dit que je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. (…) HBO était furieux car l’heure était trop longue, ils avaient dépensé beaucoup d’argent, mais le show a été béni par David Chase, les acteurs… ». « Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça et c’était extraordinaire ». Il continue sur le tournage d’épisodes de Sopranos : « C’étaient trois dirigeants sur trois épisodes (NDLR : à nuancer puisqu’on trouve dans la série plusieurs épisodes réalisés par un même réalisateur) donc Gandolfini savait qu’il ne tombera pas sur la même tête ». « Les acteurs comme Gandolfini, (…), Glen Close, sont des gens très intelligents et ont des idées brillantes, ils ont un grand sens de ce qui marche et ne marche pas ».

 Il y eu enfin deux dernières questions : peut-on réinventer l’image d’un show, peut-on imposer sa marque ?

 « Vous devez être capables de travailler sur le style visuel du show, mais même s’il y en a un, c’est rare que vous fassiez toujours la même chose. Il y a la possibilité d’inscrire sa marque sur la série. »

 Et comment se déroule le recrutement ?

« Vous engagez des personnes avec des capacités spécifiques, pour qu’ils aident le réalisateur à réaliser sa vision, mais comme je l’ai dit, il y a une certaine latitude. (…) Sur NYPD Blue, le réalisateur a fait un énorme travail (…) et c’était juste parfait. »

  Ce fut alors la fin de cette rencontre avec Matthew Penn.

Festival

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