Deauville 2016: Et la femme créa Hollywood de Julia et Clara Kuperberg

Et la femme créa Hollywood: un doc incroyable sur ces femmes pionnières, une histoire souvent passée sous silence et pourtant, elles ont construit Hollywood

Déjà présentes à Deauville l’année dernière avec This is Orson Wells, Julia et Clara Kuperberg sont revenues pour cette 42ème édition avec un documentaire sur l’étonnant rôle de la femme dans la genèse d’Hollywood. Passionnées par le cinéma américain, les soeurs réalisatrices continuent d’explorer l’envers du décor d’une industrie frénétique . Il y a un an de cela nous étions charmés par La censure à Hollywood, excellente plongée dans les studios des années 40 et l’absurde application du Code Hays. Aujourd’hui nous mettons la main sur une vérité bien cachée depuis 80 ans : l’implication décisive de la femme dans la naissance du cinéma au début du XXème siècle !

Le premier constat est simple et percutant, le poids de la femme dans le milieu du 7ème art était bien supérieur en 1916 qu’en 2016. Cent ans de lutte, d’éducation, de réformes pour finalement réaliser que certains domaines sont aujourd’hui plus hermétiques à la parité qu’à une époque où les femmes ne pouvaient pas voter. Le plus dramatique étant que consciemment ou non, l’histoire a bien été réécrite. A l’aide de témoignages, d’archives, et d’un formidable travail de recherche Julia et Clara Kuperberg refont le siècle, élaborant une histoire du cinéma où la femme n’aurait pas été systématiquement relayée au rang de dactylo ou de pin-up. De l’injustement inconnue Alice Guy Blaché (contemporaine et inspiratrice de Méliès) qui produisit le premier film parlant, jusqu’à l’Oscar remporté par Kathryn Bigelow, c’est tout un art qui retrouve ses fondatrices. Chiffres, salaires, photos à l’appui, les réalisatrices déterrent deux décennies d’impulsions féminines qui paraissent presque anachroniques. Bien sûr tout est argumenté et analysé ;  au début du XXème siècle, travailler dans le « cinéma » n’est ni respectable ni rentable, rares sont ceux qui vont flairer si tôt son immense potentiel artistique et financier. Mais nombreuses sont celles qui vont profiter de cette curieuse désertion du patriarcat. Agiles de leurs mains, elles domptent rapidement la pellicule, monteuses, coupeuses elles accèdent rapidement à des postes plus créatifs ; de l’écriture à la réalisation, les femmes sont actrices devant et derrière la caméra. La situation perdure jusqu’à ce que l’argent tombe et que les salles se remplissent. Les hommes, dont certains ont tout perdu en 29, découvrent comme par magie une industrie qui va bouleverser l’art de se divertir et de s’enrichir. Tout amateur de cinéma ou d’histoire devrait voir ces 52 modestes minutes qui réhabilitent la femme dans son rôle de pionnière du 7ème art.  

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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