Channel Zero, une série de Nick Antosca : Critique du pilote

Channel Zero rappelle étrangement le Ça : Il est revenu de Stephen King. Pourtant, la série s’inspire en grande partie de Candle Cove, une légende urbaine qui circule sur le net (aussi appelée « creepypasta ») sous la forme d’une nouvelle écrite par Kris Straub en 2009.

Synopsis : Ravagé par la disparition de son frère jumeau et par des événements morbides survenus dans son enfance, Mike retourne dans sa ville natale pour enquêter. Mais rapidement, de nouveaux drames surviennent…

Un peu de Ça  :

Celle-ci fait le récit des épisodes d’une émission glauque et effrayante diffusée quelques mois seulement en 1971. Dans l’histoire originale, les personnages se remémorent les marionnettes épouvantables qui présentaient le show et les épisodes gratinés qui l’alimentaient jusqu’à arriver au plus terrible : le douzième. Un retour dans le passé qui fait froid dans le dos.
Ce retour dans le passé, Mike (le personnage principal incarné par Paul Schneider) va aussi devoir le faire pour résoudre les crimes mystérieux qui ont eu lieu en 1988 dans cette adaptation. Le pilote de Channel Zero est ainsi parsemé de flashbacks qui entretiennent non seulement le suspense mais aussi le stress chez le spectateur. Certaines images sont fugaces mais assez sanglantes pour marquer notre esprit. Dès lors, nous sommes un peu comme ces enfants devant Candle Cove, otages de l’écran, otages de cette fichue émission de télé.
En effet, les enfants semblent victimes d’un (ou plusieurs ?) monstres dont on se demande s’ils sont ou non imaginaires. Car si certains font échos à la petite souris ou à la « Fée des Dents », l’horreur est pourtant bien réelle, la souffrance aussi : violence, enlèvements, meurtres, tout y est – et le squelette Skin Taker (littéralement Preneur de Peau) nous ferait presque regretter le clown de Ça !
Channel Zero est sordide et dérangeant à souhait car elle s’attaque à nos peurs ancestrales et à l’enfance. Mais là où l’œuvre de Stephen King présentait ces enfants presque comme des héros combatifs, la série en fait des victimes passives, soumises, à la merci d’un « Grand méchant », d’un père fouettard, cruel et injuste. On n’a alors que peu d’espoir pour ces pauvres bambins, d’autant que le seul adulte qui puisse leur venir en aide est aussi étrange que perturbé mentalement. Autre similitude avec Ça, l’ancienne victime du monstre a perdu son frère et va tenter de résoudre l’affaire… Humm ça nous rappelle quand même des choses.
Hanté par ses démons et manipulé par cette chose irrationnelle et mystérieuse, Mike manque tout de même de crédibilité et de sang-froid aux yeux des autres personnages, qui ne lui font pas confiance évidemment, mais aux nôtres aussi. Quels espoirs reste-t-il aux victimes potentielles dans de telles circonstances ? La suite nous le dira mais notre crainte est latente : pari tenu pour les créateurs !

Cette nouvelle série d’horreur d’anthologie, après Channel Zero : Candel Cove, donnera lieue à une saison 2  intitulée Channel Zero: The No-End House, officiellement commandée et également constituée de 6 épisodes que nous pourrons découvrir en 2017.

Pilote de Channel Zero : Fiche Technique

Créateur : Nick Antosca
Réalisateurs : Craig William Macneill, Nick Antosca
Casting : Paul Schneider, Fiona Shaw, Luisa D’Oliveira, Natalie Brown, Shaun Benson, Luca Villacis, Abigail Pniowsky, Cassandra Consiglio…
Producteurs : Nick Antosca, Craig William Macneill, Universal Cable Productions, Don Mancini, Harley Peyton, Max Landis, Dawn Parouse
Genre : Drame, Epouvante-horreur, Thriller
Nationalité : Américaine
Format : 6 épisodes de 42 minutes
Date de sortie : mardi 11 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.