Je me tue à le dire, un film de Xavier Seron : Critique

Xavier Seron propose dans son premier long-métrage, Je me tue à le dire, une histoire montrant habilement les peurs autour de la mort. Divisée en plusieurs chroniques, nous suivons la vie de Michel, interprété par Jean-Jacques Rausin, qui prend soin de sa mère malade, personnage incarné par la talentueuse Myriam Boyer.

Synopsis : Michel Peneud va mourir. Comme vous, comme moi, et comme sa mère, sauf que sa mère, c’est son médecin qui le lui a dit. Alors elle a décidé de vivre.
Et vivre pour la maman de Michel Peneud, ça veut dire nourrir ses chats, boire du mousseux comme si c’était du champagne, et aimer Michel.
Mais cet amour, Michel le trouve parfois un peu encombrant. A tel point qu’il semble soudain développer des symptômes très proches de ceux de sa mère. Et si Michel avait lui aussi un cancer du sein ?

La maladie montrée au second degré

À travers divers épisodes, nous sommes témoins du quotidien, assez banal, de Michel qui jongle entre sa vie familiale et sa vie amoureuse.
Le film se concentre sur les angoisses du cancer qui reste un sujet très dur et toujours difficile à vivre, comment le combattre et comment vivre avec cette maladie ?
Seron l’interprète à sa manière, et prend le parti de le représenter avec dérision. Il montre une certaine véracité dans ses dialogues et son écriture, rendant certaines scènes entre mère et fils très fortes et très sincères.
L’humour noir dégagé dans le jeu de Jean-Jacques Rausin est adapté avec intelligence, entrainant un décalage sur ces situations dramatiques qui en deviennent comiques. Par conséquent, le scénario tente d’alléger la fatalité de la menace réelle du cancer avec brio.

De plus, les personnages sont très bien écrits. En effet, nous ressentons vraiment tout l’amour de Monique pour son enfant, elle ne vit que pour lui (et ses chats). Elle l’idolâtre et le materne même un peu trop (qu’ils ne soient que tous les deux, ou en présence d’autres protagonistes), de telle manière que Jean-Jacques Rausin n’existe qu’à travers le rôle du fils-à-maman, toujours dépendant du lien maternel.
Finalement, cette relation est tellement forte qu’il prend même le statut de sa mère.
Il veille sur elle, fait en sorte qu’elle vive le plus confortablement face à son cancer, il devient Monique.
Son anxiété, à caractère hypocondriaque, lui fait même croire qu’il présente aussi tous les symptômes du cancer du sein comme sa mère (alors que son docteur lui explique que ce n’est rien d’inquiétant). Je me tue à le dire prend tout son sens à ce moment-là.
Quand Michel essaye par tous les moyens de faire comprendre à son entourage qu’il a un cancer. Il reste borné, n’écoute personne et sait qu’il a raison sur sa santé. L’exagération et le comique atteignent ici leur paroxysme, notamment dans sa scène finale (très artistique et presque religieuse) où Jean-Jacques Rausin remplace littéralement le rôle de Myriam Boyer.

Cependant, malgré son humour, et une proximité vers ces deux acteurs, nous pourrions reprocher un manque d’investissement pour que le spectateur se sente proche d’eux. On pourrait avoir du mal à apprécier Michel qui prend les décisions pour Monique sans prendre en considération l’avis de cette dernière.
Enfin, certaines séquences un peu lentes, ou trop en décalages par rapport à l’intrigue, cassent le rythme du film, et notre intérêt à suivre l’évolution de Michel.
Néanmoins, cela reste une décision du réalisateur, permettant une mise en scène assez réussie. Par son cadre, et son besoin de filmer en noir et blanc, Xavier Seron fait ainsi un bel éloge à la photographie. Ses choix de réalisation, qui jouent sur la lumière, l’obscurité, l’immobilité des plans, renforcent l’état d’esprit des personnages et leur mélancolie.
Nous sommes dans un univers étrange, le héros est bizarre, mais l’ensemble du long-métrage se présente dans cette veine, assez burlesque par moments.

Après avoir travaillé sur des courts-métrages et des documentaires, Je me tue à le dire est le premier essai de long-métrage pour Xavier Seron qui arrive à rendre un discours intéressant, décalé sur des personnages qui s’approchent de la mort, et tout le plaisir sera d’apprécier le cynisme du destin absurde de Michel Peneud.

Je me tue à le dire : Bande-annonce

Je me tue à le dire : Fiche Technique

Réalisation : Xavier Seron
Scénario : Xavier Seron
Interprétation : Jean-Jacques Rausin (Michel Peneud), Myriam Boyer (Monique Peneud), Serge Riaboukine (Darek), Fanny Touron (Aurélie), Benjamin Le Souef (Eric)
Premiers assistants : Nicola Oliverio, Pablo Munoz Gomez
Image : Olivier Boonjing
Ingénieur du son : Arnaud Calvar
Montage image : Julie Naas
Montage son : Julien Mizac
Mixage : Philippe Charbonnel
Musique : Thomas Barrière
Chef décorateur : Erwan Le Floc’h
Production designer : Sophie Monroy
Chef costumière : Laure Maheo
Chef maquilleuse : Séverine Martin
Maquillage SFX : Oriane De Neve
Musique originale : Thomas Barrière
Producteurs délégués : Novak Prod – Olivier Dubois, Bernard De Dessus Les Moustier ; Tobina Film – Tobina Joppen, François Cognard
Producteurs associés : Johan Knudsen, Amel Bouzid, Benoît Van Wambeke, Vincent Canart, Johanna Bourson
Distributeur France : Happiness Distribution
Durée : 90 minutes
Genre : drame, comédie
Date de sortie : 6 Juillet 2016

Belgique / France – 2016

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.
Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

Le Château de l’araignée : quand Kurosawa habille Macbeth de brume et de kimonos

"Le Château de l'araignée" transpose Macbeth dans le Japon féodal, entre codes du théâtre nô et fresque guerrière signée Akira Kurosawa. Toshiro Mifune et Isuzu Yamada portent ce récit d'ambition et de trahison, restauré en 4K et de retour sur grand écran.