Une éducation, un film de Lone Scherfig : Critique

Éducation = Art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d’affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie. Telle est la définition que nous donne le dictionnaire. Et tel est le sujet de ce film, brillamment enluminé par Carey Mulligan.

Synopsis: 1961, Angleterre. Jenny a seize ans. Élève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, dans un pays qui passe de Lady Chatterley aux Beatles, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.

L’école des femmes

Londres, sa banlieue du moins ; les années 60, 61 pour être précis ! L’école, les copines et les copains, mais surtout le latin… Et Jenny, smart and pretty, studieuse, un tantinet irrévérencieuse. Préparant son admission à Oxford entre deux cours de violoncelle, seul hobby concédé par ses parents. Son objectif, y étudier la littérature anglaise. Son rêve, vivre à Paris, écouter Greco sur les quais de Seine. Dans son école, cravatée et chaussée comme le sont toutes les étudiantes, elle y apprend normes et leçons, solfège sociétal, tout pour faire d’elle une demoiselle. Jenny est douée, protégée de sa prof de littérature, on lui prédit un avenir radieux, dans la continuité de son aptitude à raisonner. Et on peut encore lire sur le coin de ses lèvres une candeur juvénile, mais également cet ardent désir de s’affranchir. Et elle aime s’exprimer en français, d’un délicieux accent, sans une once d’hésitation. Et si tout n’est pas parfait, son sourire confiant traduit une certaine sérénité. Comme si, devant elle, la voie dégagée lui offrait la vue de jours parfaits. Puisque son éducation est sa passerelle, son pont vers sa vie d’adulte.

Seulement, lorsque la pluie battante met en jeu l’intégrité de votre violoncelle. Quand un homme, au volant de sa voiture bordeau se propose de le protéger et que vous acceptez, vous vous exposez à certains risques. Au risque de rencontrer des personnes merveilleuses, dont vous tomberez amoureuse par exemple. Mais si vous avez 16 ans, et que cette personne en a le double, il est peut être judicieux de sacrifier votre instrument. Évidemment il n’en est pas ainsi, et en refermant la portière, Jenny scelle une histoire qui a tout pour plaire.

David (Peter Sarsgaard), absolument charmant, flegmatique à souhait, passionné et cultivé, apparaît aux yeux de l’étudiante comme une évidence. Incarnant une toute nouvelle forme de vie, qui se nourrit de jazz, d’art et d’insouciance. Et, les rêves auxquels s’abandonnait Jenny, allongée sur la moquette de sa chambre, soigneusement étiquetés dans la partie utopique de ses aspirations, prennent matière devant elle. Les concerts se substituent aux cours, les devoirs s’effacent, laissant place aux nightclubs et aux voyages. L’instruction par la raison cède sa place à l’éducation par la passion. Et, rayonnante, presque solaire, Jenny n’est plus ce qu’elle était, mais n’est pas encore ce qu’elle veut être, une femme. Ainsi, bien qu’ayant abandonné l’uniforme, et revêtit les petites robes parisiennes qu’elle chérissait tant, elle demeure adolescente. Aveuglée par de cruelles promesses et de doux mensonges. Et, dans sa « nymphescence » comme nous disait Nabokov (Lolita), Jenny alimente le désir chez David, qui l’entraîne dans les méandres d’un monde qui n’est pas prêt à l’accueillir.

Lone Scherfig signe ici un excellent film, une totale réussite sur le fond comme sur la forme. Effleurant et déflorant la fougueuse jeunesse d’une jeune fille pressée de vivre. Déroulant dans un premier temps un tapis idyllique sous les pas d’une fraîche romance, jamais obscène. Baignant dans le beau, dans les arts, dans le visible. Chantant l’âme romanesque de Jenny, qui, noyée dans son bonheur, croit se forger son éducation. Au grès des ballades à Montmartre et des baisés volés.

Puis dans un second, rabattant sur l’intrigue tout ce qu’elle promettait, le film sursaute dans un élan de rationalité. Conférant à la méritocratie tout ce que la passion ne peut offrir, le sentiment d’avoir gagné le droit d’être heureux, tandis que l’amour est une victoire de tous les jours. Il s’agit alors pour Jenny de choisir entre bâtir ou découvrir.

Dans une mise en scène somme tout classique, relevée par une jolie distribution (Rosamund Pike, Alfredo Molina, Emma Thompson), le film s’enchevêtre entre deux conceptions de l’éducation radicalement différentes. L’une incarnée par l’institutrice de Jenny, en laquelle cette dernière voit son futur, pâle et sans relief. L’autre évidemment figurée dans David et ses amis, où jouissance et plaisir semblent tout rendre possible. Carey Mulligan (Drive, Inside Llewyn Davis), délivre une performance magistrale, abîmée par ses doutes, déchirée par ses certitudes. Dans une Angleterre conservatrice délicieusement sixties, où résonnent des airs désinhibés, le film s’érige en hymne à l’émancipation et à la femme moderne.

Une éducation (VOST) – Bande Annonce

Une éducation: Fiche Technique

Réalisatrice: Lone Scherfig
Titre original: An education
Distribution: Carey Mulligan/ Peter Sarsgaard/ Alfredo Molina/ Dominic Cooper/ Rosamund Pike/ Olivia Williams/ Emma Thompson
Scénario: Nick Hornby (D’après les mémoires de Lynn Barber)
Photographie: John de Borman
Musique: Paul Englishby
Production: Finola Dwyer
Distribution: E1 films
Date de sortie: 24 février 2010
Durée: 125min
Box office France: 140 452 entrées

 

 

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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