Naruto The Last, Un Film De Tsuneo Kobayashi : Critique

Un film pour les conclure tous

Si vous n’avez rien compris à ce synopsis, vous pouvez directement arrêter la lecture de cet article : Naruto the last ne s’adresse pas à vous. Contrairement aux films Marvel qui sont toujours suffisamment indépendants les uns des autres pour pouvoir être vus séparément (même si cela devient de plus en plus difficile), Naruto the last est là pour conclure provisoirement l’histoire, après 72 volumes papier et plus de 500 épisodes de la série animée. Si le film commence par un résumé des luttes entre clans ninjas dans un noir et blanc inspiré du manga très élégant, et si de nombreuses séquences clés seront revisitées, cela n’a pas pour but de rendre le film plus accessible, mais au contraire de réveiller les souvenirs des fans, auxquels le film s’adresse directement.

Le titre Naruto the last n’est pas innocent puisqu’il s’agit de la conclusion de la partie Shippuden, avant de changer de génération avec Naruto Gaiden. On y retrouve les personnages principaux, un peu plus vieux et devenus importants dans la société. Naruto notamment, n’est plus le jeune fou des débuts du manga, mais est devenu une présence rassurante et aimée de tous.

Plus particulièrement, le film s’intéresse à un événement survenu lors de la bataille contre Pain : la déclaration d’amour de Hinata envers Naruto. Un moment poignant qui n’a bizarrement eu que très peu d’effets sur la suite de la série, comme si cela n’était pas arrivé. On sait que les Japonais distinguent assez radicalement mangas destinés aux filles (Shojo manga) basé sur la romance et mangas destinés aux garçons (Shonen manga) basés sur la baston et l’amitié, mais enfin il était difficile de ne pas ressentir de frustration concernant ce point. Pour pouvoir passer à la nouvelle série consacrée au fils de Naruto et à la fille de Sakura, il fallait bien y revenir pour en proposer une conclusion satisfaisante, ce qui est le but de ce très romantique Naruto the last.

Please notice me Naruto Senpai

L’héroïne de ce film est donc tout autant Hinata que Naruto. Aussi amoureuse que timide, on la retrouve affairée à tricoter une écharpe pour Naruto, réplique de celle qu’il avait abîmée lorsqu’il avait pris sa défense étant enfant, moment où elle avait compris qu’il serait l’homme de sa vie. Toutefois rien n’est simple : Naruto n’est plus un paria mais le héros du village, sollicité de toutes parts. Heureusement pour elle, le caractère de Naruto va favoriser son plan : s’il est prêt à se sacrifier pour la survie des autres, il n’a aucune idée de ce qu’est l’amour.

Tout pourrait continuer ainsi dans le non dit le plus total quand arrive Toneri, rival en amour dont la proposition de mariage a pour arrière pensée un plan de destruction du monde dont Hinata est la clé.

Cette arrivée va accélérer les relations entre Naruto et Hinata de plusieurs manières :

1 – en lui opposant un rival, Naruto va-t-il ressentir une certaine jalousie ?

2 – échouant à capturer Hinata, Toneri va finalement capturer sa sœur Hanabi, ce qui va amener Hinata et Naruto à partir en mission et donc à passer beaucoup de temps ensemble.

3 – Surtout, en partant à la poursuite de Toneri, le groupe composé de Naruto, Hinata, Shikamaru, Sakura et Sai, va devoir traverser une grotte où d’énormes bulles de savon permettent de revivre certains moments importants de leur vie. Naruto va non seulement voir qu’Hinata a toujours été auprès de lui, mais qu’il a aussi toujours compté pour elle.

La romance entre Naruto et Hinata se développe alors d’une manière étonnamment shonen : pour faire face à un ennemi puissant, Naruto va découvrir son amour comme il apprendrait une technique : c’est d’ailleurs en unissant leurs chakras que les deux finiront par vaincre le méchant.

Réflexion et destruction

Naruto the last est un film au rythme étrange : à l’aspect comédie romantique plombé par la timidité pathologique des deux héros s’ajoute une structure extrêmement répétitive. Les spectateurs de la série sont habitués à la réutilisation de séquences entières, qui permettent aux non assidus de pouvoir suivre et au Studio Pierrot d’avoir moins à animer, mais l’on ne s’attendait pas à retrouver cela dans un film. Ces répétitions ralentissent le rythme d’une histoire qui met longtemps à démarrer, même si elles gagnent en intérêt en cours de route. De simple retour sur des événements que nous connaissons déjà, elles dévoilent peu à peu d’autres facettes, revenant sur le passé pour dire ce qui était alors passé inaperçu. A l’image du manga, où toute action dépendait de la compréhension des événements passés, le film est basé sur les malentendus : méchant qui pense poursuivre la volonté du Rikudo, Hinata qui pense que Naruto ne l’aime pas à cause de l’écharpe qu’il porte, Naruto qui pense qu’Hinata suit Toneri de son plein gré… C’est en découvrant la vérité que nos héros pourront se retrouver.

Si ce parti-pris est théoriquement intéressant, il semble inadéquat dans le contexte d’un film qui se voudrait haletant. Entre les répétitions, les genjutsus, le château en image de synthèse, et les ennemis en forme de poupées diaphanes on a parfois l’impression d’être dans un mix de Naruto et de l’oeuvre contemplative et onirique de Mamoru Oshii.

Une direction artistique qui disparaît pour la bagarre finale, où l’on retrouve une pyrotechnie et un sens de la destruction digne de la puissance développée par Naruto au cours de ses aventures. Ce duel final est malheureusement rendu moins épique par le fait que Toneri a du mal à exister en tant que menace crédible : après des volumes entiers de guerre contre les quelques membres de l’Akatsuki aux capacités incroyables, on a du mal à croire qu’un ennemi sorti de nulle part puisse tout remettre en cause. Naruto n’est pas un manga où les ennemis se succèdent, mais un manga qui approfondit peu à peu les personnages : il était par conséquent presqu’impossible d’introduire un ultime méchant dans un film censé conclure l’histoire.

Fly me to the moon

Avec son rythme lent et labyrinthique et son action finalement assez peu convaincante, Naruto the last n’est pas un grand film. Malgré cela, il n’est pas envisageable qu’un vrai fan de Naruto puisse le rater, parce qu’il propose une conclusion somme toute très satisfaisante à la relation Naruto – Hinata. Le méchant est fade, Hinata a toujours autant de mal à se battre, les autres membres de la mission sont un peu relégués au second plan, sans parler d’un Sasuke uniquement de passage pour nous montrer ses beaux yeux, mais on oublie tout quand nos héros finissent par comprendre leurs sentiments, accompagnés lors de notre séance par les applaudissements d’une salle en délire. Il sera difficile aux fans de contenir leur émotion lors du générique de fin et de la séquence qui le suit (ne partez pas trop tôt!), et c’est au fond tout ce qui compte : une belle histoire d’amour et de destruction, une romance shonen qui fait pleurer les gros durs.

Synopsis : Deux ans après la grande guerre ayant opposé les villages ninjas enfin unis à l’armée de clones de l’akatsuki, le village de Konoha a retrouvé la paix et Naruto en est devenu l’idole : les jeunes l’admirent, les filles l’entourent et l’ensevelissent sous les cadeaux.

A l’écart, Hinata continue à le regarder de loin, hésitant à lui offrir l’écharpe qu’elle a pourtant tricoté avec amour pour lui. L’arrivée d’un mystérieux sélénite, héritier du Rikudo venu demander la main de l’héritière du clan Hyuga, va montrer à Naruto qu’il est plus difficile de comprendre ses sentiments que de maîtriser le rasengan.

 Fiche technique : Naruto the last

Réalisateur : Tsuneo Kobayashi
Genre : Animation / Manga / Shonen
Année : 2014
Date de sortie : 13 mai 2015
Durée : 01h52
Musique :  Yasuharu Takanashi, Yaiba
Scénario : Maruo Kyozuka d’après et sous la supervision de Masashi Kishimoto
Nationalité : Japonaise
Character design et Direction d’Animation : Masashi Kishimoto, Tetsuya Nishio, Hirofumi Suzuki
Maisons de production : Aniplex, Dentsu, Shueisha, Studio Pierrot Co. Ltd., TV Tokyo, Toho Company
Distribution (France) : Eurozoom, Kana Home Video

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Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

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