Les Visiteurs – La Révolution, un film de Jean-Marie Poiré : Critique

« Ils sont revenus les malades ! » Voilà l’exemple d’une réplique devenue culte au fil du temps, à l’instar des autres « Okeyyy !!! », « Dingue ! » ou autre « Merci la gueuse, tu es un laideron mais tu es bien bonne » ! Bien plus qu’une simple réplique, elle devient ici une réalité, puisque 23 ans après le succès considérable des Visiteurs premiers du nom et de ses 13,8 millions d’entrées, Jean Reno et Christian Clavier, sous les traits des désormais célèbres Godefroy de Montmirail et l’écuyer Jacquouille la Fripouille, reviennent pour une troisième aventure (il vaut mieux oublier le remake américain), placée cette fois ci au temps de la Révolution.

Synopsis : Bloqués dans les couloirs du temps, Godefroy de Montmirail et son fidèle serviteur Jacquouille sont projetés dans une époque de profonds bouleversements politiques et sociaux : la Révolution Française… Plus précisément, la Terreur, période de grands dangers pendant laquelle les descendants de Jacquouille La Fripouille, révolutionnaires convaincus, confisquent le château et tous les biens des descendants de Godefroy de Montmirail, aristocrates arrogants en fuite dont la vie ne tient qu’à un fil.

Un retour paresseux

Dès lors les premières craintes apparaissent : après une bande annonce des plus navrantes (absence de gags, musique inadaptée…) et le refus de Gaumont de montrer le film aux journalistes, le bashing assez ahurissant du film et ses critiques très négatives n’ont eu de cesse d’inquiéter les fans de la première heure, peurs d’être déçus voire trahis de ce retour jugé a priori beaucoup trop tardif. Cela ne date pas d’hier : les Inconnus en ont fait les frais, ratant leur retour tant attendu avec Les 3 frères deux ans plus tôt, victime de critiques ayant beaucoup nui au long métrage (et que toutefois l’auteur de ces lignes a jugé trop sévères).

De même, les nombreuses polémiques nées autour de la promotion du film n’ont en rien aidé à asseoir sa réputation : citons entre autres l’absence du nom de l’acteur Pascal N’Zonzi sur l’affiche alors que tous les autres interprètes y sont, ou encore le budget faramineux du film, s’élevant à environ 25 millions d’euros, mais allégé notamment par des crédits d’impôts belges et tchèques, sous contrainte bien évidemment de tourner sur leurs territoires. Par conséquent, face à tout cela, on est en droit de se poser la question suivante : le retour du film est-il légitime, justifié, et pensé pour satisfaire les fans de ce patrimoine comique français ainsi que l’ensemble des autres spectateurs ?

 

On se surprend, contre toute attente, à répondre par l’affirmative durant le premier quart d’heure du film. Et ce par un élément essentiel : la fibre nostalgique. L’apparition du logo Gaumont sur fond du principal thème musical des deux films précédents a des allures de madeleine de Proust. Il en est de même lorsque l’on voit après plusieurs années d’absence le duo reformé à l’écran : le prompt chevalier et son fidèle écuyer, le fort et le faible, l’Auguste et le clown blanc, Godefroy et Jacquouille. Les sourires sincères apparaissent, et également un début de soulagement, après une courte scène d’action, lorsque les prémices de l’histoire nous sont annoncés. A nouveau bloqués dans les couloirs du temps, le duo se retrouve au temps de la Terreur, passage phare de la Révolution, et symptomatique, voire symbolique de la future relation entre nos deux héros, puisqu’il s’agit du moment charnière où les descendants de Jacquouille prennent possession des lieux et biens des Montmirail. La noblesse se retire, le peuple triomphe, et Jacquouille prend conscience de ce revirement. Aspect formellement intéressant donc…mais malheureusement bien trop peu exploité. Car si l’intrigue et le scénario dans sa globalité s’avèrent plutôt convaincants à première vue, leur développement reste bien trop en surface pour tenir sur les 110 minutes que nous proposent le long métrage.

 

Et là est bel et bien le défaut principal du film : sa paresse. Une paresse qui se reflète à la fois dans l’écriture de ses personnages mais aussi, et c’est là où le bât blesse, dans sa propre catégorie cinématographique, son propre terrain : la comédie. En effet, le film n’est pas drôle ! Ce nouveau décalage culturel aurait pu donner naissance, à l’instar des deux premiers opus, à des gags intéressants et autres répliques et joutes verbales, surtout entre le franc parler de Jacquouille et la délicatesse faussement snob de la noblesse. Il n’en est rien ! Seuls deux ou trois rires émergent (notamment la scène du ronflement ou du savon) mais au beau milieu de punchlines se reposant trop sur leurs acquis (toujours les éternelles blagues sur la mauvaise haleine et l’odeur des pieds, constituant par conséquent le cœur même de la majorité des gags du film) et d’interminables lignes de dialogues entre les personnages secondaires. Par exemple, des scènes entières sont consacrées au décryptage du contexte historique en place, de la suite du plan des révolutionnaires après la prise du château de Montmirail ou encore la manière dont le journaliste Marat établissait ses écrits. Certes très intéressantes du point du vue historique, ces différentes interactions entre les personnages apparaissent quelque peu inadaptées et ennuyeuses dans le registre de la comédie populaire.

 

Car Poiré et Clavier affichent clairement leur volonté de donner vie à tous leurs personnages. « J’adore écrire de bons rôles pour des acteurs », répétait sans cesse Clavier durant la promotion du film. Mais ce développement se révèle plutôt vain, tant la caractérisation des personnages est simpliste et prévisible : les Montmirail, tous sans exception, à part la benjamine quelque peu rebelle et forte, sont horripilants au possible, Franck Dubosc, Alex Lutz et surtout Karin Viard en snobinarde cruche et caractérielle. Ary Abittan, en pauvre marquis opportuniste et dépassé par les évènements, est plutôt inutile. Marie-Anne Chazel, descendante directe de Ginette, ne surprend pas, tout comme Pascal N’Zonzi, nettement plus drôle dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, déjà avec Clavier. Ce dernier est le seul à sortir un tant soit peu son épingle du jeu. On le sent heureux et gargarisé de retrouver son personnage fétiche. Nous arrachant quelques sourires avec ses cris et sa gestuelle, on ne retrouvera malheureusement pas des répliques et situations aussi drôles que les premiers Visiteurs. Quant à Jean Reno… Il apparaît bien fatigué, entraînant de surcroît un personnage très loin de ses idéaux chevaleresques et de son dévouement originel. Sa quête étant résumée ici qu’à un seul objectif (remettre le dauphin sur son trône), le personnage apparaît monotone, et l’engouement du spectateur vis-à-vis de lui réduit à peau de chagrin.

 

Tout n’est évidemment pas à jeter comme dit plus haut : certains aspects plus techniques sont réussis. En tête, les décors, tout comme les costumes, qui sont très travaillés et participent à la cohésion de l’atmosphère de l’époque. Mais ce n’est pas le cas des effets visuels, soit totalement ratés, notamment une très mauvaise nuit américaine, soit tout simplement absents. On ne voit pas par exemple les transformations des deux personnages principaux lorsqu’ils embarquent pour un autre temps, alors qu’elles étaient une des attractions principales des premiers opus. Ce n’est pas le cas également de la musique : outre les thèmes principaux déjà connus des nombreux spectateurs, Eric Levi ne propose pas d’autres partitions marquantes en lien avec l’histoire. On se demande alors comment ont été alloués les 25 millions d’euros constituant le budget du film, tout en sachant que Clavier et Reno ont touché près de deux millions d’euros pour leur seul cachet d’acteur.

Ainsi, Les Visiteurs – La Révolution est un retour plutôt raté de nos deux aventuriers hors du temps. Ne se reposant que sur ses acquis, tant du niveau des gags que de certains aspects techniques comme la musique, le long métrage se révèle être paresseux, dont les seules innovations apportent certes une certaine cohérence à l’ensemble, notamment du point de vue historique et de la continuité de l’histoire originelle, mais entraînent le plus souvent l’ennui chez le spectateur. De plus, ne sachant conclure son film que sur une fin ouverte des plus confuses, Jean-Marie Poiré semble avoir perdu son goût de la réalisation et de l’écriture sur un terrain où on le croyait totalement maître : la comédie.

 Les Visiteurs – La Révolution : Bande Annonce

 Les Visiteurs – La Révolution : Fiche technique

Réalisation : Jean-Marie Poiré
Scénario : Jean-Marie Poiré, Christian Clavier
Interprétation : Christian Clavier (Jacquouille la Fripouille), Jean Reno (Godefroy de Montmirail), Franck Dubosc (Gonzague de Montmirail), Karin Viard (Adelaïde de Montmirail), Sylvie Testud (Charlotte Robespierre), Marie-Anne Chazel (Prune), Ary Abittan (Lorenzo Baldini), Alex Lutz (Robert de Montmirail), Pascal N’Zonzi (Philibert)…
Directrice artistique : Isabelle de Araujo
Montage : Philippe Bourgueil
Son : Dominique Warnier, Marc Bastien, Marc Doisne
Musique : Eric Levi
Costumes : Pierre-Jean Laroque
Production : Sidonie Dumas, Marc Vade
Société de production : Gaumont, Ouille Productions, Nexus Factory, Okko Productions, TF1 Films Production
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 110 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 avril 2016
France – 2016

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Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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