Le Pull Over Rouge, un film de Michel Drach: Critique

En ce 13 mai 2015, jour de l’examen du dernier recours du français Serge Atlaoui, condamné à mort en Indonésie, LeMagduCinéma aborde la question de la peine capitale au travers du long-métrage Le Pull-Over Rouge de Michel Drach. Ce film traite du procès de Christian Ranucci, antépénultième prisonnier exécuté en France.

Du Pull-Over Rouge à Serge Atlaoui

Synopsis : À Marseille, le 3 juin 1974, une fillette de 8 ans disparaît. Une heure plus tard vers 12h00, deux voitures ont un accident à un carrefour non loin de là, l’une d’elles prend la fuite. Le véhicule immatriculé 1369 SG 06 est retrouvé. Le conducteur s’appelle Christian Ranucci, il a 22 ans. Lorsque la police découvre le corps mutilé de la jeune victime, la population locale est en émoi. Ranucci doit être sévèrement puni.

Le scénario de Michel Drach, est une adaptation du roman éponyme de Gilles Perrault, contre-enquête du procès de Christian Ranucci, qui le conduisit à la guillotine le 28 juillet 1976. Le livre publié en 1978, fait naître le doute sur la culpabilité du condamné et ouvre aussi la question sur la peine de mort. C’est sur cette base que Michel Drach a travaillé.

La réalisation est simple mais efficace. Elle se passe d’artifices stylistiques et met l’accent sur l’aspect informatif, prépondérant vis-à-vis de « l’art cinématographique » en tant que tel. Les faits sont détaillés avec minutie, c’est un point manifestement important pour le réalisateur.

Michel Drach se sert en premier lieu d’un montage ciselé pour reconstituer toute l’histoire. Des sauts dans le temps ou des commentaires, parfois dirigés, poussent l’adhésion du spectateur à la thèse soutenue par son film.

Le drame démarre sans autre prologue que l’enlèvement de la « minotte ».

La caméra omnisciente lèche les personnages et dépeint toutes les forces en présence. L’angoisse de la famille, l’intimité du coupable, le sort terrible de l’enfant, sans oublier la pression populaire sur l’enquête et le système judiciaire. Toujours elle reste pudique, ne dévoile ni le corps, ni comment en France on peut encore « couper un homme en deux ». Michel Drach évite ainsi de verser inutilement dans le film polémiste. Avec des journalistes intrusifs et des protestations passionnées dans les rues, il critique au contraire la polémique médiatique qui eut lieu quelques années auparavant autour de l’affaire, mais reconnait dans le même temps la légitimité de l’indignation générale.

Il parle des contradictions multiples dans l’accusation, des vices de forme  incroyables, et dévoile une procédure à charge uniquement. La juge d’instruction paraît outrageusement caricaturée. Sa virulence déplacée marque au vif une justice pressée par les observateurs, privée d’indépendance, totalement dépassée par la quête de la vérité.

Alors quel crédit donner au film ?

Certains affirmeront que les rôles sont surjoués, étiquetés à l’extrême, d’autres penseront qu’ils restent d’un bout à l’autre en parfait accord avec la gravité du sujet. Certains seront persuadés de la culpabilité de Christian Ranucci, d’autres diront qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment. Il n’en reste pas moins que le film met parfaitement en évidence la question préliminaire essentielle au débat; la certitude sur la culpabilité de l’accusé premièrement, l’impartialité des juges secondement.

Comme le soutenait le journaliste Yves Mourousi, l’exécution de Christian Ranucci relance la discussion sur la peine capitale, et par ailleurs, fournit à ses détracteurs les premières armes pour la combattre.

La peine capitale

La peine de mort existe depuis la nuit des temps. Elle punissait et punit encore toutes sortes de crimes, du simple vol au régicide. Les civilisations Mésopotamiennes sont les premières à graver dans le basalte le cadre du châtiment suprême, avec le code de Hammurabi. Sous la Grèce Antique, Platon y voit la purification de l’âme malade; Aristote croît qu’elle compense le crime. Puis le Moyen Âge, où à chaque faute correspond un supplice. La pendaison pour les voleurs, le bûcher pour les incendiaires ou encore le bouillage pour les faux-monnayeurs.

En France, les premiers débats officiels sur l’abandon de cette « survivance barbare » datent de 1791. Elle disparaît sous l’impulsion de Robert Badinter alors Garde des Sceaux du premier septennat Mitterrand, qui expose ses doutes sur l’affaire Ranucci dans sa plaidoirie en faveur de l’abolition. La loi est largement adoptée le 18 septembre 1981, avec 369 voix pour, 113 contre et 5 abstentions. Bien que ce dossier fût largement commenté, le dernier homme exécuté en France reste à ce jour Hamida Djandoubi, guillotiné le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes de Marseille.

Aujourd’hui encore, partout dans le monde, les avis sont partagés. 140 pays sont abolitionnistes sur les 197 reconnus par l’ONU.

En 2014, 22 pays ont procédé à au moins 607 exécutions selon Amnesty International, sans tenir compte de la Chine où le secret d’Etat reste de rigueur. On trouve à la tête du peloton de l’intransigeance la Chine, mais aussi l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak et les Etats-Unis. Certains procèdent à des exécutions en public. Toujours selon Amnesty International, 2466 condamnations à mort ont été prononcées dans 55 pays, soit une augmentation de 28% par rapport à 2013.

Le combat acharné mené par les associations, à grands coups de campagnes de communication et de débats autour du sujet porte malgré tout leurs fruits. Pour preuve, lorsque Amnesty International lance son action en 1977, seuls 16 états avaient complètement aboli ce châtiment. En 2014, les procès au Bangladesh, au Nigéria ou en Indonésie n’ont conduit à aucune peine capitale.

Pour ou contre la peine de mort ?

Dans son allocution, Robert Badinter souligne : « rien n’indique que la peine de mort soit plus dissuasive contre la criminalité que l’emprisonnement ». Pourtant, un sondage récent (Ipsos pour le Monde) montre que 52% des français y seraient favorables. Cette même enquête ne rapporte aucune abstention. Devant cette question cruciale « Pour ou contre la peine de mort ? », chacun s’interroge car personne ne peut y être indifférent, tout comme rester absolument impartial.

La mort pour l’assassin ou le pédophile n’est-elle pas sa juste rétribution ?

Mais le coupable, quel qu’il soit, est-il coupable à 100% ?

L’assassiner en retour, même pour les actes les plus ignobles, n’est-il pas rendre compte de la même cruauté ? Et par conséquent, porter atteinte à cette « même vie » que l’on défend ?

Aux Etats-Unis, selon la Coalition Nationale pour l’Abolition de la Peine de Mort, 138 condamnés à mort ont été innocentés, dont 17 par les tests ADN. Quatre, au moins, ont été exécutés. Comme le suggérait déjà le code de Hammurabi, la valeur de la vie du condamné semble dépendre en premier lieu de son groupe social. Toujours de l’autre côté de l’Atlantique, les statistiques montrent que la provenance ethnique reste un facteur déterminant dans l’application de la peine de mort, notamment celle de la victime. « Le risque d’être condamné à mort est quatre fois plus grand lorsque la victime est blanche que lorsqu’elle est noire, et jusqu’à 11 fois plus grand quand l’auteur du crime est un noir et la victime blanche », rapporte Amnesty International sur son site internet.

En Indonésie, pour le même chef d’accusation, un français a donc potentiellement moins de chance d’être épargné qu’un habitant de Jakarta.

Finalement, l’application de la peine capitale n’est pas plus une position étatique que le prolongement d’un souhait populaire.

Dans son interview au Figaro, l’avocate pénaliste Corinne Dreyfus-Schmidt résume très justement la question. La peine de mort, pour laquelle l’homme semble avoir une imagination sans borne, reste le choix entre deux directions opposées. « Un choix moral » et rien de plus.

Bande Annonce – Le Pull Over Rouge:

https://www.youtube.com/watch?v=lw-iPSsepSk

Fiche technique du film – Le Pull-Over Rouge:

Réalisation : Michel Drach
Scénario : Michel Drach
Photographie : Jean Boffety
Son : Bernard Ortion
Montage : André Gaultier ; Pierre Levy ; Soazig Chappedelaine
Musique : Jean Louis d’Onorio
Production : Michel Drach
Société(s) de production : Gaumont, Port-Royal Films

Société(s) de distribution : Gaumont
Distribution : Serge Avédikian; Gérard Chaillou; Roger Ibanez; Michelle Marquais; Claire Deluca.

Document connexe :

Extrait du discours de Robert Badinter :

 

 

 

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