De l’autre coté du mur, un film de Christian Schwochow : Critique

Le cinéma allemand ne cesse de questionner la fracture du pays, sa répercussion sur son histoire moderne et au-delà, ce devoir de mémoire rétrospectif prompt à éveiller les nouvelles consciences endormies sur la nécessaire remise en question de toute certitude trop évidente.

Synopsis : fin des années 70, quelques années après la mort de son fiancé, Nelly décide de fuir la RDA avec son fils afin de laisser ses souvenirs derrière elle. La jeune femme croit à un nouveau départ de l’autre côté du mur, mais en Occident où elle n’a aucune attache, son passé va la rattraper… La jeune femme va-t-elle enfin réussir à trouver la liberté ?

La fracture entre liberté et idéologie

Comme si les traumatismes d’un passé communiste étouffant et pas si lointain, ne demandaient qu’à resurgir à la moindre petite étincelle populaire, annonciatrice d’une méfiance renouvelée à l’égard d’une classe politique pernicieuse et inquisitrice. Ancrée dans une tradition cinématographique germaine quelque peu à bout de souffle au sortir de l’antagonisme Est/Ouest, la contestation de l’ordre établi semble à nouveau inspirer les cinéastes, qui s’emparent avec beaucoup d’habileté d’un matériau dramatique usé jusqu’à la corde, pour redessiner les contours de ce renouvellement. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil intéressé sur cette dernière décennie: Good Bye Lenin! (2003), La Vie Des Autres (2006), La Bande à Baader (2008), Barbara (2012), pour les plus illustres. Ils ont pour la plupart rencontré une belle reconnaissance internationale.

Que peut nous apporter, en 2014, une énième mouture sur cette dualité culturelle saxonne? A première vue, une histoire d’espionnage sur fond de guerre froide et d’incompréhension entre les peuples, rien que de plus classique. Et pourtant! La singularité De l’autre coté du mur est de marier ce classicisme un peu rétrograde à une forme d’utopie consolatrice, et de lier ces deux éléments narratifs à une échelle équivalente. Le danger de cette synchronisation aurait été de privilégier une repentance morale trop écrasante pour faire de son héroïne principale une martyre symbolique, une sorte de « bonne » allemande incomprise franchissant la frontière pour mieux révéler l’effroyable emprise inique de la RDA. Tel n’est pas le cas ici, où l’apparence irréprochable de la mystérieuse mère cache bien des fêlures enfouies, troublante métaphore d’une liberté viciée de l’autre côté du mur. Si les rouages bien connus de la filature incarnant toute la défiance d’une époque flouée, traversent évidemment l’intrigue, c’est pour mieux s’en démarquer et caractériser implicitement la confusion mentale d’une Nation à la recherche d’une nouvelle identité. La réunification, lente et douloureuse, demande de consentir à une union non pas parfaite, tant elle relève de l’impossibilité, mais à même d’apaiser et de soutenir le sentiment d’appartenance intrinsèque au pays. Ce faisant, le long-métrage incite L’Ancienne Europe à apprendre de ses erreurs passées pour mieux s’interconnecter. Ainsi de ces origines soviétiques dialoguant avec des compatriotes natifs de Pologne rencontrés fortuitement, advient une communauté faisant fi des antagonismes pour s’inscrire dans un avenir plus serein, tandis que l’impérialisme américain sauveur du monde s’octroie le droit d’assujettir insidieusement l’opprimé.

L’ouverture, glaciale de contrôle et de privation, dépeint la suspicion permanente et l’absence d’espace privé. Le corps (qui plus est féminin) n’appartient plus à l’individu mais doit se soumettre tout entier au regard méprisant d’une entité officielle. Les démarches administratives, nombreuses et harassantes, instaurent l’emprise étatique et parachèvent dans une implacable démonstration, la machine infernale d’un système totalitaire. Dénoncer cet impair revient à s’isoler encore davantage, traître au sein de sa propre patrie (beau personnage masculin d’indécis, tenaillé entre son illusoire échappée Fédérale et son hypothétique retour en Démocratie). L’enjeu principal se situe la : la liberté si chèrement acquise n’est-elle pas vidée de toute idéologie émancipatrice, sous ses atours attrayants ? Se peut-il qu’une division aussi béante s’efface aussi simplement par un juste transfert territorial ? Qu’en est-il de l’état de droit dans un contexte particulier, quand il réduit des vies entières à de simples fonctionnalités optampérantes ?

Le film s’empare avec force et subtilité des interrogations qu’il suscite et parvient à captiver l’attention, aidé dans sa tâche par des acteurs en totale adéquation avec le projet. Ce n’était pas évident, d’autant plus que le scénario alambiqué demandait pas mal de concentration et qu’il était parfois peu aisé d’appréhender les nombreuses pistes tracées. Le résultat final n’en aurait été que plus exaltant sans quelques fausses notes évitables (la brève romance avec l’enquêteur attendri par tant de détermination, une propension assez maladroite à mettre en avant l’aide masculine en guise d’avancée et l’incroyable séquence surréaliste de nouveau bonheur façon encart publicitaire), et une fin certes ouverte à de multiples interprétations, mais sans réel lien direct avec l’ensemble. N’en demeure pas moins une belle découverte et la preuve que l’héritage alémanique reste bien vivant.

De l’autre côté du mur – Bande-annonce VOST

Fiche technique du film De l’autre côté du mur

Titre : De l’autre côté du mur
Titre original : Westen
Réalisation : Christian Schwochow
Scénario : Heide Schwochow, d’après le roman Feu de camp de Julia Franck
Montage : Jens Klüber
Musique : Lorenz Dangel
Photographie : Frank Lamm
Producteur : Thomas Kufus et Barbara Buhl
Production : Ö Filmproduktion Gmbh, Zero One Film et Terz FilmProduktion
Distribution : Main Street Films et Sophie Dulac Distribution
Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne
Langue originale : allemand
Genre : Film dramatique
Durée : 102 minutes
Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

 

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