Vacances Au Cinéma : les souvenirs filmiques de la rédaction

Durant son cycle sur les vacances au cinéma, Le Magduciné a pris le temps de questionner certains de ses rédacteurs pour en savoir plus sur leur cinéphilie et le rapport qu’ils peuvent entretenir avec ce thème estival et sa représentation au cinéma. Dans cet article qui prendra le visage d’un question/réponse, il sera question de films comme Mektoub My Love, Lost In Translation, Call Me by Your Name ou même de la série Sharp Objects.

  1. Les vacances, c’est le soleil, la plage et surtout, les premiers flirts. Quel film épouse idéalement ce sentiment de danger sensuel et de tentation amoureuse?

Gwennaëlle MasleMektoub my love canto uno pour cet hymne fait aux étés, aux premiers désirs, aux premiers regards et surtout à ceux qui sont omniprésents. 

Sebastien Guilhermet  – Indéniablement, je pense que c’est Innocents (The dreamers) de Bernardo Bertolucci. Un été, trois jeunes adultes en pleine exploration d’une ville et en pleine introspection de leurs émois charnels. Un film sublimé par un trio (Eva Green) d’un rare naturel et d’une sensualité à fleur de peau. 

Jonathan Rodriguez  – Le dernier qui me vient en tête est Call Me By Your Name. A la fois parce que c’est un formidable film sur les impressions de vacances : tout respire la sérénité, la tranquillité d’une parenthèse estivale enchantée. C’est aussi un grand film sur le désir, la tentation de l’amour interdit. Luca Guadagnino arrive à jongler parfaitement entre ces deux impressions de la plénitude d’un été avec le danger du désir. Ce qui le rend particulièrement déchirant dans sa conclusion, donnant pleine mesure à la mélancolie d’un souvenir éternel.

Rayon douceur, il y en a beaucoup qui se dégage d’un film comme Before Sunrise de Richard Linklater. Pas sur le danger de la sensualité mais sur le plaisir simple d’une rencontre. Se laisser tenter par la spontanéité d’une rencontre. Rares sont les films comme celui-ci à faire passer autant de choses avec un dispositif et un scénario aussi simple. 

Chris Valette – Je ne sais pas si on peut réellement parler de « danger sensuel », mais le premier film, et plus précisément la première scène, qui me vient à l’esprit est cette partie de camping sauvage dans Moonrise Kingdom. On danse sur du Françoise Hardy, on s’embrasse pour la première fois, on dort l’un à côté de l’autre… J’adore ce moment car il cristallise toute l’innocence de l’enfance qui s’essaie à la relation amoureuse…

Jules Chambry – Je pourrais parler de Mektoub, My Love : Canto Uno, l’un des récents grands films de vacances adolescentes, mais je préfère évoquer l’excellente surprise que fut l’encore plus récente découverte de Naissance des pieuvres de Céline Sciamma. Avare de mots mais pas de regards, les deux jeunes filles de 15 ans interprétées par Adèle Haenel et Pauline Acquart sont d’une justesse rare. Les premiers désirs sexuels exultent, les vestiaires ou les douches communes deviennent le lieu d’un éveil des sens intimidant, et la sexualité devient autant une barrière qu’un moyen de se rapprocher de l’autre. D’une grande pudeur.

  1. Les vacances sont le moment pour s’évader, se retirer du quotidien. Quel film représente pour toi, ce plus grand dépaysement ?

Gwennaëlle  – Chaque film de Terrence Malick est un voyage, une épopée, une évasion dans un nouveau monde, de nouveaux paysages que sa caméra magnifie toujours avec une grâce qui lui appartient. Ce serait cela le dépaysement parfait, un film de Terrence Malick, quel qu’il soit mais surtout ces derniers où les images s’étirent à l’instar des grandes étendues qu’il capture. La poésie rythme l’œuvre et l’on s’évade, on voyage, de notre fauteuil de cinéma, si bien que lorsque l’on sort de la salle, c’est comme un atterrissage en terre inconnue, comme une re-découverte d’un nouveau pays auquel on doit alors s’adapter. Un souffle chaud, les yeux qui se rouvrent et le quotidien reprend son chemin, sans jamais oublier le voyage que l’on vient de faire.

Sébastien – Beaucoup de films me font cet effet, voire le cinéma en général. Je pourrais parler du magnifique Ce Sentiment de l’été de Mikhaël Hers. Mais l’un des premiers films qui a pu me faire sortir de la bulle qu’est le quotidien fut Lost In Translation de Sofia Coppola. Il est presque impossible de ne pas ressentir une immense tendresse pour ce duo que composent Bill Murray et Scarlett Johansonn. Un Tokyo labyrinthique, une musique shoegaze planante et une mise en scène aussi douce et amère que sa trame narrative. On suit le parcours initiatique de ces deux âmes en peine et on divague avec aisance dans les ruelles étroites d’une ville tentaculaire. Magnifique. 

Jonathan Question dépaysement pour un petit occidental comme moi, difficile de ne pas penser à Lost In Translation de Sofia Coppola. C’est un film incarnant parfaitement la bulle du dépaysement, le spleen de la solitude et du décalage et la douceur d’une rencontre hors du temps dans ce Tokyo contemporain immense et inépuisable. Sinon, pour le plaisir, je choisirais aussi Mud, sur les rives du Mississippi, pour le plaisir de découvrir les profondeurs d’une Amérique sauvage et passionnante en compagnie du fugitif et attachant Matthew McConaughey. Question évasion, il n’y a pas mieux.

Chris – Plutôt que dans les grands espaces et autres paysages magnifiques, je trouve, au cinéma, bien plus de dépaysement dans les comédies musicales. Ce choix de dire aux personnages de « chanter leur vie » est pour moi une échappatoire rêvée à l’enclavement que représente la terrifiante routine d’un quotidien bien rodé. Quel meilleur exemple, alors, que Les Demoiselles de Rochefort ? Les notes merveilleuses de Michel Legrand, les idylles d’une vie, les frites de madame Garnier, les artistes de la place du village… Ça a de la gueule pour des vacances d’été non ?

Jules – Bien souvent, le dépaysement nécessite une certaine mise à distance de son environnement quotidien. L’exotisme des îles offre, pour l’occidental que je suis, un dépaysement certes facile, mais paradisiaque. C’est notamment le cas dans le dernier film de la trop courte carrière de Murnau, Tabou, tourné à Bora Bora durant les vacances du cinéaste allemand et sorti en 1931. Malgré le noir et blanc, on devine la couleur turquoise de l’eau, la blancheur du sable et le teint mat des autochtones. Les couronnes de fleurs, les danses traditionnelles, les cabanes en bois, les parties de pêche participent d’une communion avec la nature où l’amour ne peut que triompher, malgré les tabous encore prégnants dans ces communautés.

  1. Quels sont les films que l’on aime regarder en vacances entre amis ?

Gwennaëlle  – Nos jours heureux, d’Olivier Nakache et Eric Toledano, pour les rires que provoque ce film, l’esprit collectif qui rassemble et se dégage de cette colonie de vacances. C’est le film qui détend, fait passer un bon moment, le divertissement parfait pour les soirées amicales en quête de légèreté. 

Sebastien – Difficile à dire. Je ne sais pas s’il existe une période particulière pour regarder tel ou tel type de film. Mais je pencherais pour le bon blockbuster des familles, celui où tu rentres dans la salle de cinéma avec des amis et où tu sais que tu vas te payer une bande tranche de bastons ou de scènes d’actions épiques qui vont t’égratigner la rétine. Pour citer un exemple récent, la trilogie des John Wick rentre parfaitement dans cette catégorie. 

Jonathan – Un bon film reste un bon film, peu importe le moment où l’on regarde. Mais il est vrai que l’on peut avoir tendance à se diriger vers le bon vieux film d’action qui dépote ou la comédie que tout le monde a déjà vu un million de fois. Je pencherais pour Astérix et Obélix : Mission Cléôpatre d’Alain Chabat, inlassable et indémodable. 

Chris – Je pense que l’on a tous plus ou moins connu cette période, à l’adolescence la plupart du temps, où l’on prend un malin plaisir à s’enfermer dans le noir avec ses amis pour goûter à ses premiers films d’horreur. Personne ne veut montrer qu’il a peur, et il y a toujours la personne idéale pour désamorcer la tension des scènes les plus terrifiantes à coup de commentaires parodiques. C’est comme cela que j’ai découvert les personnages de Freddy, Grudge, ou encore le réussi premier volet d’Insidious. Mais c’est surtout à cette époque que mon traumatisme pour le personnage de Ça (téléfilm de 1986) est apparu. Et c’est drôle car, ce sont ces vacances 2019 que j’ai choisies pour me plonger dans le roman de King

Jules – Rien de tel qu’un bon OSS 117  pour passer une après-midi d’été entre amis. Avec le temps, et sans doute avec l’âge, ce sont des films que j’apprécie de plus en plus, notamment le second, Rio ne répond plus, qui par le lieu où se déroule l’action fait déjà penser aux vacances, mais qui propose surtout, selon moi, les répliques et situations les plus drôles et cultes des deux films. Jean Dujardin est au sommet de son art dans son personnage chauvin et involontairement antisémite, du moins très borderline dans ses préjugés. Entre une amicale d’anciens nazis, une définition légendaire de la dictature, un Anglais pas très poli ou encore des Chinois revanchards, il y a de quoi passer et repasser de nombreux moments d’hilarité.

  1. Si tu devais partir en vacances avec un personnage de film, qui choisirais-tu ?

Sebastien – Il est sûr que je ne partirai pas avec François Perrin du film La Chèvre de Francis Veber. Sa malchance et la mienne ne feraient pas bon ménage. Ni avec la bande de copains de Midsommar d’Ari Aster. Parfois j’aimerais juste faire partie d’un film d’Eric Rohmer et me perdre dans ce jeu de dialogue et cette humanité qui déborde de tous les côtés. 

Jonathan – Après mûre réflexion, je partirais avec les deux personnages de Soyez Sympas Rembobinez de Michel Gondry (Jack Black & Mos Def). Trois maladroits ensemble en train de refaire les films populaires de l’histoire du cinéma, c’est le délire assuré. Ou sinon plonger dans un film d’action avec Schwarzy dans Last Action Hero. Histoire de faire les bad-ass sans conséquences. 

Chris – Instantanément, c’est un personnage de série qui m’est venu à l’esprit. C’est celui de Camille Preaker (incarnée avec un talent et une sincérité monstres par Amy Adams) dans la mini série Sharp Objects. Vu de l’extérieur, ce choix peut paraître bien saugrenu, mais quand on me connaît un peu, ainsi que mon attachement et mes points communs avec ce personnage, on ne peut douter de mon besoin de passer des vacances entières en sa compagnie en parlant, enfin, sans honte aucune… Mais bon, répondons correctement à la question et choisissons donc la Amy de Her puisque c’est comme ça ! Dans l’espoir de vivre des vacances semblables à la relation d’amitié magnifique qui l’unit à Théodore.

Jules – Les vacances ne riment pas qu’avec la baignade et la plage : c’est aussi l’occasion d’aller crapahuter dans les bois, faire de la randonnée et explorer les derniers bastions de nature sauvage. Pour cela, rien de tel qu’un guide comme Dersou Ouzala, du film éponyme de Kurosawa. Un ermite ingénu et touchant, qui respecte toute vie et semble à des années lumière de toute mauvaise pensée. La bonté et la sagesse incarnées. Un vieil homme petit et au visage abîmé, qui connaît les forêts sibériennes comme sa poche et serait le compagnon de route idéal pour ce genre d’aventure. De quoi en apprendre beaucoup, sur le monde comme sur l’humanité.

  1. Si tu devais te baigner dans une scène de film…

Gwennaëlle Moonlight. Quand toute la beauté d’une œuvre se retrouve dans une scène d’une grande finesse ça donne une scène bouleversante, mémorable où Mahershala Ali illumine le plan. Chiron se baigne avec son père adoptif, dealer au cœur tendre, qui lui apprend à nager. Dans cette même scène de baignade, on peut alors saisir l’ampleur du film, les questionnements sur qu’est ce qu’être un homme, l’accompagnement sublime de la musique, la beauté des images et ce lien précieux de parrain/enfant qui entoure l’histoire de ses bras chaleureux comme Juan tient Chiron dans l’eau. D’une délicatesse à l’image de l’œuvre entière, si je devais me baigner dans un océan de douceur alors cette scène me parlerait à l’infini. 

Sebastien – Sans hésiter, dans la scène finale de Still The Water de Naomi Kawase. Une plongée en pleine mer, d’une beauté et d’une douceur peu communes. Comme souvent avec la cinéaste japonaise, il s’échappe une véritable osmose entre la nature et l’humain. Deux identités nues qui ne font qu’un. 

Jonathan  – Je me baignerais dans toutes les scènes de Ce sentiment de l’été de Mikhaël Hers. Celles où les personnages flânent et discutent au bord du Lac d’Annecy. Ainsi que dans cette sublime scène finale sur la plage, celle de la promesse d’un avenir radieux. Un film qui porte si bien son nom tant les impressions estivales bordent l’oeuvre de toute part. Très grand film.

Chris – Je crois que je ne peux passer mon chemin sans associer la baignade au si sensuel La Piscine… Plonger dans l’eau puis m’étendre sur les dalles brûlantes en observant secrètement le plus beau couple que la Terre ait jamais porté ? Je saute à pieds joints…

Jules – Le lieu idéal pour se baigner, à mes yeux, est sans doute dans le merveilleux Porco Rosso de Miyazaki. Caché du monde, dans la crique servant de repère à Porco et Fio, perdu au milieu de l’adriatique italienne, je pourrais passer ma vie à lire à l’ombre du parasol, sirotant un cocktail, et partant nager au large. Un îlot hors du temps et de l’espace.

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