John Wick Parabellum, Keanu Reeves vs. the World

Après un deuxième opus sidérant en matière d’action et dans la manière dont il étendait habilement l’univers du désormais célèbre tueur, on retrouve un John Wick plus en en forme que jamais dans cet épisode intitulé Parabellum. Plus fort, plus rapide, plus tout en ce qui concerne une action virtuose, ce troisième film démontre tout de même les limites narratives de la saga.

Synopsis : John Wick est désormais en cavale. Une prime de 14 millions de dollars a été mise sur sa tête car il a tué un membre de la Grande Table. De plus, l’ayant fait dans les murs du Continental Hotel, il se retrouve Excommunicado. John peut malgré tout compter sur l’aide de Winston, le directeur du Continental, qui lui a laissé une heure avant d’être considéré comme banni. John va alors tout faire pour quitter New York.

Sorti de nulle part, le premier film de la saga John Wick avait su surprendre tout le monde par la précision de son action, son univers intriguant et le retour en forme de Keanu Reeves. Mené par Chad Stahelski et David Leitch, qui a bifurqué vers une carrière de moins en moins intéressante par ses blockbusters insipides, on y retrouvait un amour de la chorégraphie des combats et de l’action bien découpée, pour en décupler tout son impact. Les deux réalisateurs étant d’anciens cascadeurs, ils n’ont jamais caché vouloir rendre hommage à cet aspect de leur travail. Lorsque le deuxième John Wick sorti, c’était entre la joie de retrouver ce personnage iconique, mais aussi la crainte de voir ses producteurs tirer sur la corde, et exploiter l’univers au point de le dévitaliser. Pourtant, cette suite surpassa en tout point son prédécesseur, par sa cinématographie encore plus experte qui magnifiait des fusillades de plus en plus viscérales et impressionnantes, mais aussi par un univers plus étendu, qui ne perdait jamais son aspect insaisissable. Plus tentaculaire et chimérique que jamais, il venait même poser une brillante amorce pour le 3e volet. La promesse d’une fuite en avant désespérée et épique pour la survie de son personnage. Et c’est à peine quelques minutes après cette intense conclusion que débute ce John Wick Parabellum.

Le film gardera l’intensité de ce postulat durant toute sa première heure, enchaînant à une vitesse sidérante des morceaux de bravoure à s’en décrocher les mâchoires. Chad Stahelski, et son chef opérateur Dan Laustsen, on redoublé d’efforts pour offrir une photographie encore plus léchée et esthétisante, qui donne à la réalisation un écrin assez saisissant, mais aussi pour accompagner une mise en scène encore plus brutale et virtuose. Que ce soit dans l’utilisation des décors, l’intelligence du cadrage qui privilégie encore les longs plans à un montage sur-découpé, ou encore la violence des chorégraphies, tout transpire l’ingéniosité. L’action n’a jamais été aussi inventive et diversifiée, délaissant par moments les fusillades pour y injecter une rixe aux couteaux aux accents cartoonesques, une course poursuite en motos absolument brillante de maîtrise qui renvoie à la folie créatrice des films d’actions hongkongais, ou encore l’utilisation d’animaux pour dynamiser l’action. Et c’est là le vrai tour de force du film, notamment lorsqu’il se lance dans une fusillade de plusieurs minutes, composée de plans séquences dans lesquels se baladent des chiens meurtriers et qui accompagnent les chorégraphies très élaborées de Keanu Reeves et d’Halle Berry. Impressionnante à regarder, cette scène a dû être d’autant plus impressionnante à tourner. Mais il est un peu dommage de voir le tout s’essouffler dans un dernier acte un peu moins inspiré. Notamment le climax qui reprend le même principe des miroirs et des reflets du second opus, en poussant le concept à peine plus loin. En ça, les deux derniers combats s’avéreront un peu trop mous, là où Keanu Reeves affronte plus fort que lui et où l’on sent que ses adversaires doivent retenir leur coups pour paraître crédibles. L’implication de l’acteur n’en reste pas moins impressionnante, surtout qu’il se retrouve au centre de cascades de plus en plus vertigineuses où il démontre encore son savoir-faire et sa maîtrise des armes.

Halle Berry n’est d’ailleurs pas non plus en reste. Elle s’investit corps et âme dans son rôle, au point d’en voler presque la vedette à son alter-ego masculin lors de la séquence de combat qu’ils partagent, montrant avec crédibilité les fruits de son entraînement. Mais son personnage subira les conséquences du défaut de ce John Wick Parabellum, son écriture. Non pas que les deux premiers films avaient des scénarios sensationnels, ni que ce soit un élément foncièrement important dans ce genre de film, mais ce Parabellum enchaîne plusieurs erreurs que ses aînés avaient su éviter. La première étant sur ses personnages. Ceux-ci se voient bien trop souvent écrasés au profit de l’action, et on aura du mal à sentir les liens qui les unissent. Dans John Wick 2, on se souvient encore de cette sublime séquence où le protagoniste se voit contraint de tuer une vieille amie ; qui,  par son ambiance posée et la précision de ses dialogues, arrivait à faire comprendre le poids de leur passif en quelques minutes à peine. Ici, toutes les relations semblent devenues artificielles, notamment celle qui est censée unir Reeves et le personnage de Berry, puisque ceux-ci finissent juste par énumérer des liens dont on ne ressent plus jamais la force. Il y a donc un côté expédié qui ressort de ce 3e opus, comme s’il ne prenait plus le temps de s’attarder sur ce qui alimente son action, mais juste sur l’action en elle-même. Même John Wick paraît effacé et subit un développement légèrement incohérent lorsque sa raison de continuer et de rester en vie apparaît finalement assez faible. Il n’est plus qu’un héros lambda de film d’action, et perd ce qui le rendait si captivant. Et cela va de pair avec le traitement de son univers, plus enclin ici à n’être qu’une machine à facilités scénaristiques, même si il accouche pour une fois de très bons antagonistes.

John Wick Parabellum s’avère au final plus une porte ouverte pour la suite, que la quelconque fin d’une trilogie. Et c’est finalement ce qui amoindrit ce nouvel épisode qui apparaît plus comme un opus de transition. Avec le temps de son action limitée, les développements très peu présents ou sa narration en forme d’aller-retour, on se retrouve face à un film qui n’a pour but que de servir l’action, et non pas, comme par le passé, à poser un univers ou développer une histoire. On se retrouve donc face à un épisode qui apporte assez peu à la saga sur le plan narratif, de plus sa fin assez maladroite s’impose comme un point de départ répétitif et peu intéressant pour un quatrième film. Il n’y a donc pas de sentiment de conclusion ou de satisfaction pour ce Parabellum, mais au contraire l’impression d’une frustration. Par une fin un peu incohérente, mais aussi un climax un peu plus mou et répétitif que le reste. Mais rester sur cette légère déception serait passer à côté de la sève de ce 3e film qui offre avant ça, deux tiers absolument dingues et virtuoses. On aura rarement vu aussi impressionnant et inventif dans le cinéma d’action hollywoodien, et rien que pour cet aspect, John Wick Parabellum s’impose comme un ténor du genre.

Furieux, viscéral et d’une maîtrise isolante, John Wick Parabellum est un grand film d’action où chaque joute et chaque fusillade se transforment en ballets funestes aux chorégraphies majestueuses et au service de jeux de massacres jubilatoires. Plus artificiel que John Wick 2, mais bien plus inventif et abouti que le premier film, John Wick Parabellum ne sera pas le sommet tant attendu de la saga, mais en reste un très bon représentant. Surtout si l’on s’en tient à son action sidérante. Mais il aurait sans doute été plus judicieux de clôturer l’ensemble en gardant la tête haute, plutôt que se risquer à cette ouverture maladroite qui annonce un éventuel 4e film de manière plutôt répétitive, amoindrissant l’impact de ce Parabellum. De plus, un autre opus ne serait-il pas l’épisode de trop ? Seul le temps nous le dira, mais faire mieux sans se répéter sera assurément un challenge.

John Wick Parabellum : Bande annonce

John Wick Parabellum : Fiche technique

Titre original : John Wick: Chapter 3 – Parabellum
Réalisation : Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad, Shay Hatten, Chris Collins et Marc Abrams
Casting : Keanu Reeves, Ian McShane, Mark Dacascos, Laurence Fishburne, Asia Kate Dillon, Halle Berry, Lance Reddick,…
Décors : Kevin Kavanaugh
Photographie : Dan Laustsen
Montage : Evan Schiff
Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard
Producteurs : Basil Iwanyk et Erica Lee
Production : Lionsgate et Thunder Road Pictures
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Durée : 131 minutes
Genre : Action
Dates de sortie : 22 mai 2019

États-Unis – 2019

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4

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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