Vacances Au Cinéma : La Piscine, l’île de la tentation

Durant les vacances, les corps comme les esprits se dénudent et s’échauffent pour griller au soleil. Pour certains, cette période estivale peut rimer avec tranquillité et déconnexion par rapport à un quotidien qui s’avère parfois endurant. Pourtant, ce calme n’est pas forcément signe de bonheur. Au contraire, il peut être synonyme de tentation, de vulnérabilité et de mensonges. Comme en atteste La Piscine de Jacques Deray.

Comment ne pas tomber amoureux des premières images du film : un soleil qui tape, une nature à foison, une piscine au bleu cristallin et deux corps aux allures divines, à la peau luisante. Une esthétique de rêve et l’extase de la banalité de la vie : Alain Delon (Jean Paul) et Romy Schneider  (Marianne) illuminent le cadre. C’est peu de le dire. Le silence est roi et le seul bruit qui vient effleurer les oreilles de chacun est celui des plongeons dans la piscine, celui des discussions autour du café ou les ébats sensuels de notre couple qui ne cesse de lézarder sous un immense ciel bleu. Puis un ami du couple (Harry) et sa fille (Pénélope) viennent contrebalancer toute cette tranquillité et mettre un peu de piment autour de cette accalmie. La tension et les non dits auront raison du bronzage intempestif autour de la piscine.

Jean Paul verra Harry comme un concurrent direct, sachant que ce dernier fut selon les rumeurs l’ancien amant de Marianne ; et Marianne regardera Pénélope et ses jambes élancées d’un mauvais œil. Un jeu de séduction, d’ambiguïté et de destruction va alors s’immiscer dans ce cloaque qui préfère s’amuser des regards sur les corps plutôt que d’accorder sa beauté sur de grandes lignes de dialogues. Les vacances sont une période vaste pour le cinéma – cathartique (L’été de Kikujiro), existentielle (Spring Breakers) ou même générationnelle (Little Miss Sunshine) – et c’est souvent un moyen pour les cinéastes de mettre leurs personnages à rude épreuve, de les recentrer sur eux mêmes, mais aussi de les observer avec accointance.

La Piscine a longtemps comme seule toile de fond la contemplation des corps et la structure sensorielle de la chaleur ambiante véhiculée par les vacances : Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin et Maurice Ronet forment un quatuor qui sait alimenter le désir et les effusions de l’envie. Mais le long métrage va dévier de cet arc et va se concentrer au final sur un autre versant de son architecture pour se définir comme un véritable thriller psychologique. L’amour, la sureté du couple et la confiance en l’autre sont des notions bien troubles, et qui, d’un claquement de doigts peuvent vite vaciller. Ce n’est qu’éphémère : La Piscine raconte les bases solides ou peu solides du couple dans cette bulle de chaleur que sont les vacances. Sous un soleil de plomb, les rancœurs commencent à s’amorcer et la douceur de vivre à fondre comme neige au soleil.

C’est un peu l’Ile de la tentation avant l’heure. Loin de tout, les problèmes et le passé ne sont pourtant jamais invisibles : ils ressortent avec plus de lueurs et d’éclats. Il est intéressant de noter comment le film mue peu à peu en film noir, à la fois dans sa mise en scène des personnages, et la luminosité du cadre : les sourires, les éclats de rire, les corps en maillot de bain ou en topless, la fougue sexuelle aux abords des buissons vont avec le temps laisser place aux questions, à la dérive de la parano et à une jalousie écarlate. Autour d’un repas, d’une partie de carte ou d’une soirée dansante, les regards vont se faire fuyants, les discussions vénéneuses et les querelles sous-jacentes. Le calme des rayons de soleil va alors se transformer en tempête de couple. Au lieu de réunir, de fédérer autour de la plage et d’un bon barbecue entre amis, les vacances sont aussi ce moment propice à la distance et à l’explosion des certitudes. 

Festival

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